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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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27 février 2020 4 27 /02 /février /2020 08:44

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 2

 

Deux mots sur la mort de l’Ineffable et de son fils. Morts le même jour, tous les deux. _______________ Je l’appelle l’Ineffable. Même si elle portait un nom humain. Très humain. Français. _______________ J’ai un problème avec le nom des gens. _______________ Lorsque Dieu donnait la terre à l’homme, il l’encourageait de prendre possession de tout ce qui existait dans le monde. Et l’homme a commencé par nommer les existences confiées à son intelligence. _______________ Je ne suis pas un vrai sujet de Dieu. J'ai un problème avec les noms. Avec tous les noms. Ceux des existants, des inexistants, des non-vivants, des vivants, des concrets, des virtuels, des possibles et des impossibles, des transcendants, des porteurs de vide... Bref, je suis une pièce défectueuse – ou manquante – de l’engrenage divin.

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Je l’appelais l’Ineffable. Je l’appellerai toujours l’Ineffable. Le fils de l’Ineffable, le Travesti, s’est suicidé. _______________ Le geste paraît simple une fois nommé (toujours et encore mes problèmes avec les noms). Simple, si on voulait sauvegarder son intégrité psychologique et psychiatrique. Qui c'est qui ne voulait ne pas sombrer dans la folie ? Qui c'est qui ne veut ne pas mourir ? _______________ Le geste du Travesti, donc, paraît simple _______________ sans lendemain. _______________ Il s’est emparé de l’inconnu qui s’emparait de lui. _______________ Il s’est inexisté. Basta !

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On dit que je m’appellerais Patrice. C’est vrai. Moi-même, il m’arrive de m’appeler Patrice. Non pas « moi », non pas « je », mais Patrice. Qu’est-ce que ça couvre, qu’est-ce que ça cache ? Qu’est-ce que Patrice couvre et cache ?

L’opération de mon baptême a été passive. On m’a nommé Patrice. On m’a donné ce nom. Mère m’a donné un nom, ce nom. Au nom de Dieu. On m’a fait sortir de l’anonymat biologique, voire pré-biologique _______________ protecteur _______________ précédant ma naissance. On m’a soumis à la loi divine maquillée en loi humaine.

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Le Travesti s’est donné la mort le soir même, juste après le décès de sa mère. _______________ Homo jusqu'aux dents, il n’avait pas tué la femme estropiée qu’il logeait. Qui gambadait en lui. Il l’emporta avec lui.

Sa mère, l’Ineffable, s’était emparée partiellement de ce fardeau par le passé. En acceptant sans réserves le comming out de son fils, elle avait neutralisé un peu les contraintes corrosives des relations homme-femme qui torturaient son rejeton ou, enfin, son Travesti.

Par contre, après le départ de son Ineffable de mère, le Travesti tomba dans un chaudron sans fond. La combustion qui le digéra fut sale, humiliante, désespérante, malsaine. Il s'évanouit sans rien connaître du troupeau d’hétéros. Rien, hormis l'aversion sauvage de cette horde écrasante à l’endroit des non-reproducteurs, les homosexuels.

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La chose fut supportable tant que l’Ineffable était en vie. Grâce à l’amour maternel, notamment, amour comparable, voire assimilable à la miséricorde divine, dirais-je. Mais, une fois la mère disparue (son amour actif et divinoïde avec), le Travesti s’est vu confronté à un noir en cours de glaciation qui ne lui permettait plus rien sinon l’accès vers ses pairs, c’est-à-dire vers les espaces d’autres Travestis, des espaces condamnée biologiquement, des espaces clos et vulnérables, chacun avec son histoire non-commune, chacun avec son univers bizarre, avec sa vision particulière.

Il n’a pas résisté, le Travesti. Il s’est donné la mort.

Il a pris une tonne de barbituriques. Le soir même de la mort de sa génitrice.

Deux jours plus tard, j’ai reçu un recommandé contenant quelques feuilles remplies de confessions, considérations personnelles du pédé, ainsi que de notes écrite par sa mère.

La chose titilla ma vanité. Voire ma bêtise.

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Ils sont morts, aujourd’hui. Tous les deux. l’Ineffable et son Travesti de fils.

Ce dernier s’est suicidé car il ne recevait plus de signaux vitaux venus de l’extérieur, de sa mère. L’extérieur n’avait plus besoin de lui. _______________ C’est ma dernière : si nous vivons à l’intérieur de nous, c’est l’extérieur qui nous fait vivre.

 

 

En vente chez moi et sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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