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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 08:36

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 8

 

Je regarde le vieux à la tête puante. Il tient les yeux fermés. Il respire lentement. À peine audible. Il est calme. Ses mains sont osseuses, immobiles, osseuses et propres. Sa tête puante pue la vie. La vie est toujours présente dans la pièce. Il est toujours en vie, lui. Le mort c’est plutôt moi, Patrice. Ma vie est... morte. Elle existe toujours pour autant. Je ne sais pas. Je ne sais plus. J’ai l’esprit trouble, opaque. J’ai peur. Je me retrouve dans l’Esprit paternel d’Hamlet. Inquiet, assoiffé d’une vérité appelant la vengeance. Ou, Dieu sait. Plutôt non.

- Je ne sais pas quel sont mes besoins.

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Pour être Homme, il faut être seul. La norme humaine doit être la solitude. L’homme doit beaucoup à la solitude. À sa solitude. Entre sa naissance et sa mort, il vit en communauté et maltraite sa solitude ontologique. C’est son délire particulier, spécifique. Son délire vital. Une extravagance.

Entre sa naissance et sa mort, l’homme est irrationnel, dément. Son essence c’est la déraison. Il est l’incarnation de l’escapade. L’incarnation du sens perdu. Son champion.

Pour être Homme il faut être fou. Tout simplement. La raison d’être de l’Homme, c’est tout simplement la folie.

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Les proches du vieux sont loin de partager mon opinion. Je dirais même plus : ils n’en ont rien à cirer. Ils ne savent même pas que j'ai concocté une opinion. _______________ Désagréable. _______________ En tout cas, Patrice ne leur en parle pas. _______________ Je me contente d’échanger avec eux des banalités. Ils peinent à cacher leurs interrogations concernant notre présence, celle de ma mère et la mienne, au chevet de leur père. _______________ Finalement, nous devons leur paraître assez bizarres avec notre « dévotion » professionnelle _______________ suspectes.

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La vie terrestre commence à m’échapper. Opinions comprises. Elle ne me manque pas pourtant. Ni les opinions. La gravitation m'abandonne, me quitte. La terre ne me retient plus. Le soleil ne m'attire pas. L'impondérabilité se déchaîne dans tous les sens _______________ sans raison.

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J’évite de rencontrer les progénitures du vieux. Pas facile. Depuis son retour chez lui, ils viennent tous le voir presque tous les jours. Tous. Et tous les jours. _______________ Leur éternité à eux ! _______________ L’appart de ce précadavre sert plutôt à des rencontres familiales qu’à une veille. Parfois, j’imagine, ils y tiennent même des conseils de famille dans le séjour. _______________ À côté, dans sa chambre, le vieux ne veut pas mourir. Il ne veut ou il ne peut pas. _______________ Il n’a pas un alter-égo approprié.

Pour me protéger – je crois l’avoir déjà dit – je plonge bille en tête dans une activité soit-disant systématique. Je métabolise des réflexions disparates et, en tant que secrétions/excrétions de leur métabolisation, je pratique la fuite en avant. _______________ Je touche (à) la mort pour me préserver de la folie. _______________ Le désordre disparaît, absorbé par des cases inexistantes ailleurs que dans nos têtes de « scientifiques ». _______________ Pour toucher (à) la mort, j’ai mon métier. Lorsque je veux faire sublimer ce métier en art, j’ai Lucie. _______________ (Mais maman, quand est-ce que j’ai maman ? Maman ! !)

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Lucie, de son côté, plonge dans une expression artistique qui refuse la logique et qui s’avère d’autant plus contagieuse. Elle est trop jeune pour pouvoir créer véritablement. _______________ À peine pourrait-elle tomber enceinte. _______________ Enfin ! Voyons ! _______________ Elle calligraphie des idéogrammes sur papier et sur soie. Elle étale des couleurs et des lumières sur des cartons et toiles.

Lorsque Patrice regarde ces peintures, il met une césure entre la couleur et la lumière. Il le fait d’une façon intime.

C’est bon et puissant.

Et moi, Patrice, je suis dément. _______________ C’est mon droit. Ma force. Ma non-mort. Ma vie.

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Les idéogrammes de Lucie transmettent des sentiments-pensées. _______________ À voir – en termes d’auto-transmission – comment se perpétue la civilisation actuelle dans un univers de signes dévitalisés, comment « la culture en soi » fonctionne dans l’aride – sans cause, sans apport, sans support et enfin sans but humain : dans l’inhumain. _______________ Il s’agit, en général, des sentiments-limites, des réalités qui n’ont pas de symbole. Qui n'en auront jamais.

Tombant dans « une flaque d’intelligence », je dirais qu’à l’instar de la nature profondément contradictoire des choses, une terrible énergie rayonne des écriteaux de Lucie. C’est une espèce de physiologie immatérielle a-symbolique, irréelle, habillée tantôt en coup de canon, tantôt en expansion lumineuse soudaine et resplendissante.

 

 

En vente chez moi et sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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