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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 12:22

 Avant propos

 La finesse, une qualité très étrange dans un monde où l’hyper petit industriel (ou, peut-être, le petit hyper industriel ?) commence à faire sa loi, la finesse, donc, n’est pas trop recherchée aujourd’hui. On lui substitue avec une certain soulagement, voire plaisir, l’étrange, le kitch et presque pervers hyper petit produit à la chaîne. ----------- La réussite de l’opération est totale. La nano-techologie fraie son chemin dans le monde « civil », et remplace « les dimensions » de la beauté traditionnelle, classique. Le monde aperçu par l’autre but des jumelles commence à s’imposer comme une nouvelle norme spirituelle. L’esprit même se voit dirigé vers une auto-interprétation déstabilisante : s’écrouler dans l’infini petit, dans le rien petit. Voilà ce qui  n’entrait pas dans la coutume des prédécesseurs. Ou, peut-être, si ? 

 

 

Pleine lune

(croquis)

 

Guillaume ouvrit les yeux. La chambre était éclairée d’une manière inhabituelle. À vrai dire, c’était inhabituel qu’elle fût éclairée. La nuit, d’ordinaire, il y régnait un noir presque parfait. Les fenêtres, situées juste sous le toit, étaient petites, et les nuits – sombres...

Guillaume ferma et rouvrit les yeux. La lumière, bizarre, était toujours là. Forte et tirant sur un bleu (« presque » artificiel) vu seulement à la télé, dans des films de l’épopée spatiale ou dans ceux d’horror.

C’était la pleine lune.

...Enveloppé dans sa robe de chambre en soie bleu-ciel, enfilée par-dessus son pyjama en soie vert-poireau, Guillaume sortit des toilettes et descendit au rez-de-chaussée. Il ouvrit la porte de derrière. Le verger, bleuâtre dans la lumière lunaire, le reçut avec une familiarité étrange, qui ressemblait fort à un souvenir d’enfance et, à la fois, à une prémonition. Il pouvait être dissout, lui même, Guillaume, dans l’espace sidéral. On n’attendait que son désir. On n’attendait que sa volonté. On n’attendait que lui.

Guillaume regarda le ciel. Dégagé, celui-ci était plein d’étoiles. Comme hier, lorsque Léonard, un de ses petit-fils qui passait quelques jours de vacances chez lui, chez son grand-père, s’est exclamé :

- Comme elles brillent !...

C’était vrai, à Paris il regardait rarement le ciel, le soir, avait-il continué. Et lorsqu’il regardait vers le haut, il ne voyait rien. Que des lampadaires... Formidable !... On oubliait que ça (les étoiles, dans le noir éclairé) existait !...

Guillaume enfonça son regard dans le blanc muet, hystérisant, de la lune. Silence parfait. Du marbre transparent. La lune, immobile, envoyait son inquiétante brillance vers l’espace des soleils lointains, minuscules, ponctuels. Le silence débordait le verger pour aller se perdre dans les profusions spatiales.

- Ca va, papi ?

Guillaume bougea un peu, pour faire de la place à son petit-fils qui, pieds nus, en bermuda et tee-shirt, sortait du noir de la maison.

- C’est quelque chose, non ? dit le jeune homme en le rejoignant. Je dirais même, extraterrestre. On devient extraterrestre. On peut le devenir.

- T’as pas sommeil ?

- Non.

- C’est à cause d’elle, fit Guillaume en indiquant d’un mouvement de tête la lune froide.

- C’est possible... Et toi ?

- Eh, moi... Tu sais, on dort de moins en moins avec l’âge. De plus en plus souvent, et de plus en plus court. Tu peux parler de coups !  De sommeil, ou de veille.

Ils rirent. Ensuite, ils regardèrent la lune ; autour d’elle, il y avait un large halo de lumière irréelle, mais vraie.

L’atmosphère du verger paraissait immobile. Rien ne bougeait.

- Et dire que c’est mathématique ! chuchota Léonard.

- Hein ?!

- Ça !

Léonard indiqua à son tour, avec un mouvement de tête, la lune. Ou, peut-être, le verger. L’extérieur, en tout cas.

- Et ça ! ajouta-t-il en tendant la main et en ouvrant la paume.

C’était une pièce électronique ; un petit rectangle de couleur foncée, sur lequel luisaient, en jaune et en blanc, des tout petits points métalliques.

- C’est mathématique, reprit le jeune homme. Avec des conséquences physiques. Mais sinon, pour le reste, ça reste – l’ironie de la voix de Léonard fut plus que saisissable – invisible. L’objet mathématique, je veux dire, continua-t-il en revenant au ton antérieur, normal. Sans espace et sans temps, inodore, incolore, insipide, mais transmissible, dans le mental d’un autre, dans la matière mentale d’un autre – et Léonard montra du doigt dans la direction de son grand-père –, dans la matière d’un autre ordinateur – et le jeune homme fit sauter le petit rectangle qu’il tenait dans sa paume –, où dans la matière tout court – et il indiqua de nouveau la lune –, dans l’inintelligible.

- Sans doute, tu te sens capable de voler, de planer, de partir dans le vague, sourit Guillaume.

- Comment tu sais ça ? sursauta le jeune non sans humour.

- C’est mathématique, fit Guillaume, avec un sourire encore plus large, en indiquant à son tour, à la fois la lune et son petit-fils. Et c’est tendre comme tout.

Le vieux et le jeune se regardèrent en complices prix d’une petite fraction de seconde. La décharge fut rapide et extrêmement intense : de la tendresse atténuée par – trempée dans – une l’ironie acide, forte, réconfortante.

 

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