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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 08:48

 



Avant propos

Certaines vapeurs, nocives et vaguement (finement) nauséabondes, sortent par certaines soupapes pour se répandre dans l’atmosphère environnante, comme les débris des satellites qui salissent la stratosphère, en mettant en danger les missions spatiales.

Nocives – c’est quoi ?

 

 

 

 

 

Inexplicable ?
          (croquis)
                                                                                                                                                                                                                           

              En s’appuyant sur sa béquille, à droite, le sac en plastique dans la main gauche, Raphaël descendit lentement les marches de la station de Cluny. Le quai le reçut comme toujours, avec sa froideur bêtement snobe. Incrustée dans le mosaïque collé sur plafond voûté, un tas de signatures de célébrités mortes depuis des lustres. Des anciens sorbonnards avec qui se pavanaient les besogneux bons-à-rien d’aujourd’hui... Devant qui ? Devant d’autres besogneux bons-à-rien, montés à Paris des tréfonds de l’Hexagone, où de plus loin encore, après un voyage sans sens, d’Amériques, d’Europes, d’Asies, d’Afriques et de cons de leurs putains de mères qui les ont enfantés comme ça, pour rien!

              Raphaël était, depuis une heure, dans un état plus négatif que d’habitude. Il ne se négligeait plus lui-même. Il ne se méprisait plus, non plus. Il se haïssait. Comme ça, sans raison ou explication. Finalement, il était dans son droit. Tout à fait.

              À la Défense, d’où il s’était extrait (sauvé !) in extremis, la vie était devenue insupportable. C’était à cause de ces yougoslaves, serbes, croates, macédoniens, monténégrins, bosniaques ou kosovars, des enculés à enculer !, qui y pullulaient. Ils ne parlaient aucune langue humaine. Ils se tapaient tout seuls des canettes de bière et des bouteilles de rouge. Ils se permettaient de cigarettes comme c’était pas possible. Ils baisaient même – parfois. Ils étaient jeunes. Leur rage était aveugle et forte. Ils étaient puissants. Ils contrôlaient la situation. Il a du se casser. Ils l’auraient tué, sinon. Ou l’équivalent. C’était leur territoire, maintenant. Qu’ils aillent se faire foutre ! Leur espace. Leur vie, quoi !

              Le monde n’est pas bon. C’était sa conviction à lui, à Raphaël, maintenant. Il n’est pas bon, mais on n’y peut rien. On ne peut pas s’en passer. On ne peut pas le quitter quand on veut. C’est pas parce qu’il a des règles, le monde... Les règles – mon cul ! Ou, enfin ! Ha ha ha ! Mais c’est parce qu’il n’est pas possible. Se laisser mourir de faim ? À quoi bon ? Se faire écraser par une voiture ? Connerie ! Quoi d’autre ? Se pendre ? Simple à dire ! Na !

              Il fut un temps où l’âme de Raphaël avait une certaine énergie. Une certaine énergie animale (...anima – âme...). C’était lorsqu’il était encore entouré par des amis. C’était avant que la civilisation ne l’accable et envahisse. Autant que l’ennui transformable en lassitude, en auto-lassitude et (tout de suite après) en haine. C’était à l’époque où Raphaël riait encore. Et Dieu sait qu’il riait de tout coeur, avec un intégral bonheur. À l’époque. Il était bête, mais heureux. Aujourd’hui, il ne riait plus. Quant à la bêtise... (Il n’était pas moins bête, pour autant.)

              Et la voilà : avec ses cheveux énormes, hirsutes, cendrés ; avec ses pieds nus, les ongles des orteils longs, courbés, noirs ; avec le regard bleu ni attentif, ni perdu – nul ! – Imbaisable !

              Certes ! – Mais elle avait, comme toutes les autres, une fleur d’iris entre ses cuisses. Puante, je te dis pas ! Pareil à sa bite à lui, quoi ! Ou moins... ou plus…! Qu’importe ?! Elle était noire de saleté. Ses ongles d’en bas – la preuve. Longs, noirs, recroquevillés. Pareil, les commissures de ses lèvres ! La boue s’y était incrustée depuis trois siècles et demi !

              Elle fut une déesse, jadis. C’était évident. C’était visible. Ses traits laissaient croire qu’il existait encore une race supérieure. Même miséreuse, tel qu’elle l’était, elle était très loin du singe originaire. Il n’y avait pas de singe en elle. Elle abritait dans son dedans du (ou le) feu sacré. Son regard noir envoyait des éclats dans l’univers. Des convictions. Quelle sorte de convictions, Dieu sait ! Elle brûlait, dans son dedans. Elle avait quitté le monde pour s’enfoncer dans la saleté. La saleté faisait partie du monde, elle aussi. Comme toute autre réalité. Et, voyons, à quoi bon que d’être propre ? Hein ?! Hein ? Elle était manifestement folle. Divine.

              Raphaël se sentit mieux. La présence de la jeune clocharde, seule, sale, brillante, dans la station froide et snobe, le réconfortait. Elle le ressourçait. La folle était non seulement vivante, mais vive. Ca donnait de la chair à la vie. Non pas du sens, mais du divin : du non sens, donc.

              Raphaël s’arrêta devant la clocharde assise sur le banc.

              - Salut !

              La femme tourna vers lui son regard étincelant, tout en restant muette.

              Raphaël sourit.

              - Tu sais, dit-il, la chair mourante de la femme émane tant de tendresse, qu’on peut penser qu’elle abrite sinon Dieu, le Bien.

              La femme ne lui répondit pas. Elle le regardait, en l’arrosant de ses éclats, mais qui n’étaient pas de l’attention.

              Ensuite, Raphaël reprit son chemin. Arrivé au bout du quai, il descendit les quelques marches en béton. Il entra dans la bouche largement ouverte du tunnel.

              Il se perdit dans le noir.

              Le regard de la femme le suivit en changeant de lumière. Un soupçon de sourire, peut-être ? Ou, simplement, un intérêt non défini et, peut-être, même inexplicable ?

 

 

 

 

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