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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 11:38

 

Avant propos

La francophonie littéraire, on dirait, n’est pas sortie indemne de « la nouvelle vague ». ----------- (Si sortie il y a eu…!) ----------- (Et puis, quel ennui, la déconstruction réussie par ladite « nouvelle vague » !)

Dans la francophonie littéraire actuelle, la nouvelle et le récit – pour ne pas parler du croquis – bénéficient d’un traitement d’extermination. Le « je » littéraire francophone, dans son effort… ----------- …infra ?... …sur ?... …méta ?... …humain ?… ----------- …de se reconstruire… ----------- …de devenir « moi » (voire Moi ou même MOI : un engin trans-littéraire, c’est à dire) s’y manifeste tellement fauxlittérairement, que, exaspérés, le peu de téméraires auteurs contemporains de nouvelles, de récits – pour ne pas parler de croquis – se replient dans des espaces parfois anaérobiques, insaisissables. Leur « non-je », frêle et fragile, vulnérable, s’écrase, piétiné, laminé par la lourde avalanche de « je » qui anéanti les lettres françaises d’aujourd’hui.

----------- Est-ce que parce le « je » et la littérature font deux ? -----------

----------- Est-ce que parce qu’il serait… spécial, ce « je », le leur ? -----------

----------- Est-ce que parce qu’il serait introuvable, ce « je » ? -----------

------------------------------------------------------- L’époque, de plus en plus atomisée  à l’intérieur de sa lourde globalisation, pourrait (devrait ?) favoriser, néanmoins – d’une manière objective –, l’espèce littéraire de la nouvelle, ainsi que celle du récit – pour ne pas parler de croquis. -------------------------------------------------------

----------- Mais non ! -----------

----------- Elle fait autre chose. -----------

Entre son atomisation (tournée psychanalytiquement vers l’infiniment petit du passé personnel et individualisant ----------- fur à mesure stellaire, avec le temps, pourtant) et sa globalisation (tournée psychiatriquement vers l’infiniment grand de l’avenir dépersonnalisant et sociologisant, planétaire ----------- fur à mesure stellaire, avec le temps, pourtant), l’époque laisse s’échapper dans l’atmosphère « supestructurelle », qu’elle s’est créée elle-même, atmosphère rendue aujourd’hui irrespirable à coup de bidules intellos et d’élégants machins ----------- à coup de styles, à coup de décharnements substantiels substitués à la substance artistique ----------- l’époque, donc, laisse s’échapper dans l’atmosphère, des nuages et des hypernuages spécifiques, des hybrides (écrits, audio, visuels…), sans dimensions (tournés vers les névroses de l’infiniment répétitif) ----------- soporifiques : des Sagas sans sagas – des (histoires ?) sans passé et des sans futur – des présents continus – des sans sens – des non-sens –  des ersatz  ----------- notamment des feuilletons, d’abord, des séries, ensuite ; des « OGM culturels » obstruant les canaux séminaux et les trompes de l’esprit, capables de doter le lecteur ou le spectateur des qualités mutantes ----------- d’un consommateur----------- lobotomisé.

----------- Et alors ? -----------

------------------------------------------------------- Et alors ?

-------------------------------- Et alors ?

----------- Et alors ?... ------------------------------------------------------- … – …-------------------------------------------------------… – …-------------------------------------------------------… – …-------------------------------------------------------… … ----------- Alors ?... -----------

 

        

 

 

 

Ben, oui ! Et quoi ?

(croquis)

Une fois rentrée chez elle, Nathalie sortit le portable de son sac et chercha dans le répertoire le nom de Victor. Elle s’assit dans le fauteuil en cuir bleu ciel. Elle appuya sur la touche O.K.. Elle attendit la liaison. Elle regardait les petits poissons tourner dans l’aquarium. Des tigrés noir et blanc, des roses, des argentés, des jaunes.

- Allô ?!

La voix transitée par satellite était un peu voilée. La ligne avait de l’écho.

- C’est moi. T’es où ? Je te dérange ?

- Non, non. (La réponse arriva avec du retard – à cause de l’écho.) Qu’est-ce qu’y a ?

-T’es où ?

- Quelque part. Dans le grand monde. Dans le sud de la Chine. Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il t’arrive?

- Rien de grave. Je voulais... Merde !

Nathalie décolla l’appareil de son oreille et regarda son écran. « Service indisponible ».

- Merde !

Elle se leva de son fauteuil et, le portable à la main, gagna le balcon. Le parc Montsouris, quatre étages en dessous, brillait dans la lumière du matin Elle appuya la touche O.K.. Le nom et le numéro de Victor s’affichèrent de nouveau sur l’écran. Elle appuya encore une fois sur la touche O.K..

- Alors ? fit la voix de son ex.

- Ecoute ! J’ai mis un peu d’ordre dans la cave.

- Tu m’impressionnes grave !

- Tout arrive ! Grand déballage même !

- Et alors ? arriva avec du retard, la voix de Victor de son sud de sa Chine.

- Alors… mbe..., alors je suis tombée sur des lettres du pédé qui habitait ici avant nous.

- Et alors ?

- Qu’est-ce que j’en fais ?

- Fais ce que tu veux ! Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?

- Tu veux que je les jette ?

- Je ne veux rien. Et encore depuis un bon moment. Tu sais ? Il y a déjà quatre ans que nous sommes divorcés. Tu n’as qu’à les jeter, si tu veux. Sinon, non. C’est pas mon secteur. Du tout !

- Je l’ai appelé sur son portable.

- Qui ?

- Le pédé, quoi ! T’es lourd, ma fois !

- Ah bon, lui aussi ?

- Moque-toi ! Oui ! Lui aussi ! Lui c’est pareil, il erre au bout du monde. De l’autre côté, pourtant. Dans la forêt amazonienne. Il y fait de l’humanitaire. Parmi les indiens.

- Et alors ?

- Tu sais que ça : et alors ?

Nathalie rentra dans le séjour, le portable à l’oreille.

- Et alors, il y a à peu près cinq mois, dit-elle en se rasseyant dans le fauteuil en cuir bleu ciel, devant l’aquarium. Il m’a dit qu’il me rappellera. Il y a des lettres de toutes sortes. De ses petits amis, de sa soeur, de son patron et de qui sais-je encore. Mais il ne m’a pas rappelé. Du tout !

- Et qu’est-ce que tu veux que j’y fasse, moi ?

- Me dire si tu veux que je les jette ou pas. Et... Tu sais, vous êtes tous partis. En Chine, en Amérique Latine, au Diable. Et moi, moi je regarde tourner les poissons ici, névrosés et névrosants, naturellement, dans leur aquarium... dans mon aquarium..., et je me demande si c’est eux les névrosés, les névrotiques, ou qui d’autre ? Moi ? Pourquoi pas ? Mais pourquoi pas toi ? Toi, aussi. Toi aussi tu n’es qu’un névrosé. Pas vrai ? Et lui, alors ? Pourquoi pas lui ? Lui aussi n’est qu’une névrose vivante. Comme nous tous ! All of us ! Moi – historiquement. Vous – géographiquement. Ha ha ha. Merde !

Nathalie sortit de nouveau sur le balcon et répéta les gestes de tout à l’heure. L’expression de la jeune femme se rasséréna lorsqu’elle rétablit la liaison avec l’homme du sud de la Chine.

- T’es toujours là ?

- Où veux-tu que je sois ?

- Je veux dire – là, ici ! sourit Nathalie. Dans ta virtualité. T’es qu’un virtuel. L’autre, pareil. De même, son homosexualité et, finalement, même ses lettres de la cave. C’est quoi être pédé ? Recevoir des lettres pour les mettre à la cave... Se trouver en Chine. En Amérique du Sud. Dans un aquarium... Parler dans un portable... Vous n’existez pas, vous. Ça n’existe pas, ça. Ni les anges qui sont entrés, eux, chez les filles de l’homme !

- Quoi ? Quoi encore ?

- Quoi, quoi ? C’est écrit ainsi dans vot’ Bible pas moins virtuelle celle-ci non plus. Ou, qui sait ?, peut-être que les anges, eux, virtuels, ont contaminé les filles de l’homme, réelles celles-ci. Et que, depuis, tout est mi-virtuel, mi-réel, ou, ni virtuel, ni réel...

- T’es bourrée ?

- Béate ! Je me trouve au dessus de ce foutu de parc. Tu t’en souviens ? Je parle de Montsouris. Avec sa brillance verte. Il fait très beau aujourd’hui ici, à Paris. J’ai ce parc. J’ai mes poissons. Et j’ai toi. Je t’ai, quoi que tu fasses. J’ai l’autre, aussi. Quoi qu’il fasse. Et j’ai ces lettres de merde ! Voilà ! Voilà c’que j’ai ! Pour une bourrée, j’en suis une !

- Et tu veux quoi ? Que je prenne, moi, la charge de ces lettres de merde, comme tu dis, de l’autre ? Tu veux que je me charge de ta virtualité ? De tes virtualités ?

- De nos virtualités !

- Pourquoi nos virtualités ? Nous avons divorcé depuis des lustres !...

- Et quoi ?

- Comment ça, « et quoi » ?

- Ben, oui ! Et quoi ?

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