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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 16:45

Avant propos

 

La tristesse et l’horreur ne sont pas compatibles. Pas toujours. ----------- Si ----------- parfois  ----------- sans être compatibles, elles cohabitent ----------- des fois. Lorsqu’on est vieux ----------- notamment. ----------- Lorsqu’on est très vieux. Lorsqu’on est très. Lorsque. ----------- On est. ----------- Très.

Planant par-dessus de l’hyper ennui trop humain, on passe, à l’instar de l’albatros baudelairien chuté dans sa chair de volaille stupide, ou, au contraire, à l’instar du vilain petit canard à la laideur insouciante épanoui dans son avenir de beau cygne à la beauté froide, idiote et inconsciente ----------- remarquables tous, et surtout sans âme aucune ; ou avec une âme impossible ----------- jusqu’au moment où on se manifeste en tant qu’âme torturant notre pauvre support physio-matériel ----------- qui n’en demande pas ----------- rien de cela ----------- ou si ?

La tristesse et l’horreur, donc… !

 

 

Maman !

(croquis) 

Tu sais, maman ? Lorsque je viens te voir, je vis chaque fois l’impression que le temps est une grosse aberration. Le temps qu’on a passé ensemble me parait beaucoup plus long que celui qui s’est écoulé depuis, après ton départ. Je n’emploie pas – tu vois ? – le mot « mort ». Le concept. L’idée. La réalité. Arithmétiquement ce n’est pas vrai. Tu es partie à l’époque de mes quarante-deux ans. Je m’en souviens parfaitement. Tu étais extrêmement affaiblie, diminuée..., déjà vieille...  Moi aussi, maintenant. J’ai plus de quatre-vingt-dix ans... Bientôt, un demi-siècle sans toi, donc... La première partie, je la trouve, pourtant, toujours plus longue, plus riche, plus réelle... Lorsqu’on est jeune, on est plus sensible car plus réceptif, diras-tu. C’est vrai ! Et si l’on regarde les jeunes d’aujourd’hui - je parle de Pierrot, de Milly, de Loulou, de Jean-François et de Liliane, tes arrières-petits enfants que tu n’as pas connus..., et qui ne t’ont pas connue non plus, eux, même si je les ai fait venir ici, à ta tombe, pour qu’ils apprennent et sachent un petit peu que la vie ne commence pas avec eux, et qu’elle ne finit non plus avec eux, encore que rien de cela n’est pas encore prouvé; ils ont encore quelques bonnes années devant eux, avant qu’ils ne se mettent, eux aussi, dans leur génération, à s’entremêler les entrailles pour pondre..., pour faire augmenter et grossir l’humanité fractalisée et fractalisante (pour employer une expression tout aussi contemporaine que stupide)... Alors, on est parti de quoi ? Ah, ou ! Donc, lorsque je les regarde, je m’étonne de la différence de sensibilité qui subsiste entre eux et nous. Nous, pour ainsi dire encore. Car il n’y a presque plus de « nous ». Marie est morte. Christian et Elisabeth aussi ... Comme la plupart des mes amis d’antan, d’ailleurs. Je suis resté assez seul, maman. Assez seul. Mais, ce que j’ai voulu dire c’est que les petits, dont je te parlais tout à l’heure, que t’as pas connus, ont une sensibilité presque intégralement autre par rapport à la mienne lorsque j’avais leur âge. Je veux dire qu’ils parlent de choses qui me sont complètement étrangères. Des trucs liés à l’informatique, à la génétique, à la bionique, à toutes autres sortes de « ique », à l’astral, à la nano-technologie, au virtuel, à l’irréel, à la drogue, à une sexualité non pas débridée, même pas disjonctée, mais détournée. Pour ainsi dire, aujourd’hui, au bout, tout comme au fond du sexe, il n’y a plus l’enfant. Le sexe contemporain a changé fondamentalement. L’enfant se trouve, reste, est ailleurs. Il est fabriqué ailleurs. Il se fabrique ailleurs. Il vient d’ailleurs. S’il vient encore !... Il n’y a plus, je dirais même, il ne reste plus d’enfant. Mais il y a, il reste le plaisir. Ou, pire encore, le devoir de plaisir. Et, en revanche, ils me regardent comme un extraterrestre quand je leur dis que mon père est mort pendant la Grande Guerre et que moi, dans ma jeunesse, après ma Guerre, la Deuxième, je suis devenu communiste. La guerre et le communisme, pour eux, tout comme l’holocauste ou l’interdiction de l’avortement, c’est du cinéma. Et encore ! En noir et blanc ! Aucun rapport avec leur Net et avec leur téléchargement et avec leur zapping. Et qui sait s’ils n’ont pas raison, eux, tout compte fait ? Mais, ce n’est pas ça. Ce que je voulais te dire aujourd’hui, c’est que j’ai découvert un sentiment nouveau. La preuve que ma sensibilité, en dépit de mon âge, n’est pas annulée. Même si ce n’est pas agréable. Il s’agit d’un gars, d’un nouveau venu à la maison de retraite. Il a l’air plus vieux que moi. Et ce n’est pas facile, tu vois ?! Dès que je l’ai aperçu, je l’ai trouvé antipathique. Il m’a réveillé l’antipathie... Comme dans la jeunesse, quand on juge les gens d’après leur image ; d’après leur cinéma ! Je l’ai tout de suite trouvé, et je le trouve encore et toujours, très antipathique. Il ne m’a rien fait, mais il m’énerve. Il m’irrite. Je le hais, presque (quand j’ai la force…) ! Et pourquoi, donc ?, me demanderas-tu. Et pourquoi, donc ?, me suis-je demandé. Et la réponse s’est fait connaître comme un éclair : parce qu’il est vieux ! Voilà pourquoi, voilà donc ! Ce qui explique pourquoi, maman, je ressens de plus en plus souvent comme de la haine dans certains regards posés sur moi ! Comme dans celui qui me dévisage dans la glace.

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