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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 03:50

Avant propos

On a évoqué tout à l’heure (voir  l’avant propos du Ben, oui ! Et quoi ? ) un certain « je » francophone, et plus largement occidental, littérairement embarrassant. Un « je » qui s’efforce de devenir « moi », voir « Moi » ou même « MOI ». C’est à dire, un engin trans-littéraire. Ou, pire encore : anti-littéraire.

Et pourtant, la fonction littéraire du « je » ne peut pas être mise en cause ----------- à cause ----------- sans jeu de mots ----------- de sa capacité ontologiquement indéniable. ----------- Nul ne peut exister sans son « je » ----------- ni en dehors de lui. ----------- Dans la littérature, non plus !

Ou ----------- comment, sinon ?

 

 

 

Merci, Seigneur !

(croquis)

                                                                                         

Je ne suis que le frère de la trisomique. Et c’est déjà beaucoup. Voire énorme. Je suis aussi le frère de l’autre soeur, la non-trisomique. C’est toujours déjà beaucoup. Voire énorme. Et, en plus, je suis le fils de ma mère, la piteuse mère d’une trisomique et de deux autres rejetons, pas tout à fait normaux (eux non plus), vu qu’ils sont les frères de la triso !

Et le père, dans tout ça ? Nul. Rien. Zéro. Il n’y a pas de père. Et nous nous estimons heureux, ma soeur non-triso et moi, que nous n’ayons pas affaire avec des situations encore plus bizarres, comme les adoptions, ou plus farfelues encore, comme les familles d’accueil, ou les familles « recomposées », ou encore plus folles, tel que d’avoir comme « ascendants » des homos (mâles ou femelles), lesquels, après s’être masturbés dans des cagibis d’hôpital, après s’être fait prélever des ovules, après s’être fait injecter/implanter des embryons, etc., etc., nous auraient mis au monde en tant que leurs enfants...

Gaëlle, avec son groin, déambule dans la maison comme une malade. Elle grommelle. Je comprends ce qu’elle dit. Christine, pareil. Notre mère, pareil. Les autres, non. Les autres ne comprennent pas Gaëlle, eux, pères compris. Ils ne nous comprennent pas non plus, eux, les autres. À juste titre ! Comment comprendre Gaëlle (la bizarre ! – l’étrangère !), son espace intérieur et son espace extérieur, le contenu de ces espaces ...? Comment comprendre ce qui ne vous est pas connu ? Peut-on comprendre autre chose que celles que l’on connaît déjà. Peut-on comprendre ? Peut-on connaître ?

Ils nous fréquentent, pourtant. Et Dieu sait pourquoi. Nos pères, des amis de ma mère, des copains de Christine, des copains à moi...

Je suis enclin à croire que tout est immatériel. Je suis prêt à en témoigner. Que tout ce qui se passe – silencieusement dans nos âmes, bruyamment entre nous autres – manque non seulement de consistance, mais aussi de cohérence. C’est de la folie. De la folie de Dieu...

Dieu est fou !

Pourquoi ?

Hein !? J’écoute !

...J’ai surpris ma mère en larmes. C’était dans la salle de bain. Elle se démaquillait avec des gestes énergiques, presque furieux. Les larmes coulaient abondamment sur ses joues. Ce n’était pas de la colère, pourtant. Plutôt de l’impuissance, de la résignation, de la souffrance. Elle avait, évidemment, beaucoup de peine. Elle était, de toute évidence, extrêmement malheureuse.

C’était pas dans la coutume de la tribu, de la famille, du foyer de se mêler de ce qui ne nous regarde pas. Je n’ai donc pas posé de questions. J’ai seulement vu, entrevu le visage de ma mère sillonné par des larmes... Son regard, dans le grand miroir de la salle de bain. Endolori. Malheureux.

Christine m’a dit ensuite, hier, ce qui s’était passé.

Ma mère et Gaëlle sont allées au marché. Dimanche dernier. Et de nouveau Gaëlle a mis la main au panier à un homme. À des hommes, peut-être. Mais il n’y en eut qu’un pour protester. (...Un rustre, sans doute ! Ça ne se fait pas. Surtout quand on se rend compte à qui l’on a affaire : une pauvre handicapée, poussé par ses sombres, par ses intraduisibles désirs...) Pourquoi a-t-il alerté ma mère, l’homme ? Vas savoir ! Il l’a fait, et c’est tout. Gaëlle, qui n’est qu’un sujet des plus animales, sauvages, donc fragiles, s’est laissé aller. Elle a tripoté le mec. Sans aucun espoir rationnel. Du rationnel ? Chez Gaëlle ? Encore que...! – Enfin, sans chance de réussite. – Encore que, ça aussi, ce n’est pas entièrement sûr, pas entièrement interdit. Il y a, sans doute, de ceux qui pourraient abuser de Gaëlle. Sinon, pourquoi tant des soucis chez ma mère ? Justement ! Pourquoi ne laisse-t-on pas Gaëlle être abusée ? Elle ne demande que ça, notre Gaëlle ! Mais, non ! On le lui interdit. Elle n’a pas droit à la bite. Et les quelques-uns qui, éventuellement, seraient tellement... animalisés pour sauter la trisomique, resteront sur leur faim... Anormal ? Peut-être ! Injuste ? Certainement ! Enfin, je trouve.

Elle meugle. Elle hait (tout) le monde. Je parle de Gaëlle. Elle souffre. Ma mère aussi. Et, de même, Christine.

Et, au milieu de tout ça, moi. Le seul mâle de la tribu. Le prince. Le roi. Le roi de mes deux, assurément ! Car moi, moi j’ai peur. Une peur à la hauteur de ma libido. Mais, curieusement, ça ne me rend pas fou. Je suis plutôt calme. Je ne suis pas happé par la machine à broyer les caractères qui est la bite et, de l’autre côté, la chatte. Je suis plutôt subtilement végétatif. Heureusement, je dirais. Car si j’étais hanté moi aussi par le je-ne-sais-pas-quoi qui pousse ma pauvre Gaëlle à tripoter les mecs, je l’aurais sautée moi même. Et pas seulement elle, peut-être. Christine aussi. Notre mère de même. Et je serais torturé comme elles, mes soeurs et ma mère (mais en image miroitée, inverse), par des trucs d’autant plus abominables qu’incontrôlables et irrépressibles. Sommes nous engagés à « incontrôler », à « irreprimer »?

Ariane, la petite souris avec laquelle je sors à présent, me dit que tout ça a l’air vachement psy et castrateur. (Parce qu’elle possède des couilles, elle, na ! – et du psy !) Elle se demande comment je peux supporter tout ça. Elle se demande même si je n’y prends pas du plaisir...

Et tant pis !

...Je veux dire que je ne suis pas sûr qu’elle ait tort, Ariane. Je ne peux pas ne pas dire, tel que j’ai entendu dire ici et là : merci, Seigneur, de ne pas m’avoir fait une femme ! Seulement cela. Dire cela !

  Pour le reste, tout baigne ! N’est-ce pas ? – J’écoute ! ?

 

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