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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 15:51

 

Avant propos

Le « je » provoque pas mal d’obsessions. C’est connu et reconnu. Le « je » littéraire ne fait pas exception.

Par conséquence, pour relier ce qui vient d’être dit dans d’autres avant-propos antérieurs, disons que le « je » irait très bien avec le petit. Mieux encore, avec le minuscule, avec l’hyper-petit, avec l’élémentaire peut-être.

Le « je » ne peut être que petit. Mieux encore, minuscule, hyper-petit ----------- élémentaire, peut-être. Il ne peut exister qu’en petit, le « je ». Le reste tiendrait de Dieu. Mieux encore, le reste serait Dieu (ou Silence, comme disait l’autre).

Il y a beaucoup de suffisance dans ce qui vient d’être dit. Commode ----------- vétuste et confortable.

Littérairement, le « je » petit, c’est à dire strictement personnel, serait contenu par la nouvelle, par le récit, pour ne par parler du croquis. L’autre le « je » qui transgresse la personne, le « je » trans-personnel, non-personnel, voire divin, trouverait  en revanche sa place dans le roman, dans la Saga, dans l’histoire (sublimée ou pas en des Saintes Écritures).

Quant à moi, en tant que particule de la Francophonie, je finirai cet avant-propos en empruntant, à l’endroit de ce qui vient d’être dit, le sage dire normande : peut-être b’en qu’oui, peut-être b’en qu’non.  

 

 

 

La confession d’un apprenti

(croquis)

 

Il s’agit de deux frères. Vingt-deux et vingt ans. Ils ont tué une vieille. Pour cent euros. Des débiles ! Des crétins ! 

Ils sont entrés chez elle et l’ont tuée à coups de couteau. Mais ils ont fait bloc, ensuite. Ils ont tout nié. Ils ont résisté comme ce n’est pas possible. Ils ont joué les innocents imbéciles. Avec un talent grave. Plus grave que la vérité, quoi !

C’est mon maître qui avait pris leur cas. Il les a parfaitement instruits. Ils ont joué le jeu à merveille. Sans faute aucune. On dirait, des génies. Faute de preuves, on les a relâchés. Ils étaient tellement quelconques, les deux ! L’un, « agent de surface » – moto-crotteur, quoi ! –, l’autre, commis dans une imprimerie. Plus plat que ça, tu meurs. Le rien. Le vide. Il n’y avait rien à y voir !

Mais… La vie, c’est fou ! Tellement fou !  

Dix mois écoulés, le cadet s’est rendu à la police pour déclarer que c’était bien eux qui eussent tué la vieille. C’était l’aîné qui l’eut poignardé. Lui seul – juré ! Oui, c’était lui qui ait porté le coup fatal. L’aîné ! Mais ils avaient agit ensemble, tous les deux, l’aîné et le cadet. Tous les deux, ensemble... – C’est ce que le cadet soutient maintenant.

L’aîné, quant à lui, il nie toujours...

Leur bloc s’est brisé. Il n’y a plus de bloc, maintenant. Pourquoi ? Mystère ! Maintenant l’un, avec des accents véridiques d’imbécillité innocente, accuse son frère et s’auto-accuse lui-même, tandis que l’autre nie toujours, en jouant la même corde, de simplet innocent… Il y a un vide plein de froid et d’obscurité entre eux, maintenant.

Et pourquoi je vous parle de tout ça, mon père?... Parce que tout ça c’est trop lourd pour moi. Je ne suis pas croyant. Mais, comme vous pouvez le constater, mon père, je m’adresse à vous. Et je me suis agenouillé ! On m’a agenouillé !

...Je suis étudiant en droit. Je mène une existence plutôt aisée. J’en menais, je veux dire. Mais aujourd’hui c’est fini. J’ai l’âme lourde. Terriblement lourde !... Noire !... je suis lourd moi-même. Tellement lourd, que je m’écroule à l’intérieur de moi-même. À l’extérieur aussi, d’ailleurs. Sinon pourquoi mettrais-je genoux à terre ?

La vérité de la vie, la vraie vérité, la vie véritable n’est pas celle que l’on imagine, celle qu’on s’imagine, ni celle que l’on raconte – mais celle qui ne pardonne rien ; celle qui ne pardonne pas. Le pardon n’y existe pas.

Cela, je l’ignorais.

Je me suis trompé intégralement. En totalité. En énormité !

Il faut que je cadre mieux ma place dans ce monde, mon père. S’il en existe une.

J’hésite entre la situation d’un aveugle et celle d’un simple égaré. Je penche plutôt pour l’aveuglement. – …L’aveuglement d’un chiot ou d’un chaton – qui ouvrerait les yeux et qui serait ainsi par la lumière.

…C’est une lumière qui me fait mal, très mal, mon père.

            Je suis en stage dans un cabinet d’avocats. Je prends contact avec toutes sortes de cas. Toutes sortes de choses. Généralement, c’est la misère du monde que l’on touche lorsqu’on est avocat. Encore plus même que lorsqu’on est médecin ou, pourquoi pas, prêtre. Ils travaillent pour le Bien (avec majuscule) ceux deux-là, le médecin ou le prêtre, comme vous, mon père. Tandis que l’avocat travaille, lui, pour le bien de son client. Même si ce bien est… mauvais. C’est une misère, je veux dire, qui passe souvent, presque toujours en de la merde, dont l’avocat est une espèce d’éboueur. L’avocat mange souvent de la merde, pour ainsi dire.

            … … … …Et, le moins qu’on puisse dire, c’est que je ne m’attendais pas à ça. Mais, pas du tout ! Du tout ! Je viens d’apprendre..., de comprendre... que, contrairement à ce qu’on croit, l’ignorance est tout aussi imputable et impardonnable que n’importe quelle autre coulpe ! L’ignorance, comme toute autre coulpe, n’est que sottise, n’est que folie. Et par consequence, elle est toujours sanctionnée. Punie ! Elle doit l’être.

On n’a pas le droit à l’ignorance !

Moi, je ne suis qu’un stagiaire. Un apprenti. Un roquet, un idiot, quoi !...

Celui qui a pris le dossier du cas, par contre, mon maître, c’est un maître. Le doute, il connaît pas. Il est toujours sûr de lui, calme, assez souvent cynique... En le regardant, je me dis que l’on devient cynique, même si, au départ, on n’en est pas doué. Il existe trop de matière cynique dans ce métier. Aussi, dans le monde en général, certainement ! Trop de matière cynique, donc, pour qu’on ne le devienne pas soi-même. Disons même que l’homme est cynique – ou il n’est pas ! Mais ça, ça je viens seulement de le découvrir !...

C’est quelqu’un qui s’est frotté à beaucoup de choses. Je parle de mon maître. Il fait preuve, avec beaucoup d’aisance – je dirais même, de doigté –, d’un manque exemplaire de sensibilité. Je dirais en tout cas qu’il est animé par un vrai manque d’affectivité. – Moi, je flippe. Je n’ai plus aucun repère. Tout est précipice. Tout est gouffre. Mais pas pour lui. Pour lui, ce n’est que de la terre ferme. C’est ça qu’il trouve sous ses pieds : de la terre ferme ! C’est à dire, morte ! Morte, pétrie et endurcie – ferme ! Et je flippe encore et encore et d’autant plus lorsque je le regards, sûr de lui-même comme il est. Je ne comprends pas d’où tient-il cette assurance. De quoi est-il si sûr. Ne serait-il pas fou – lui ? Ou c’est moi – le fou ?

La question qui me donne des vertiges, mon père, c’est la question du centre, la question psy !

Y avait quoi dans l’âme du cadet lorsqu’il est entré au commissariat pour s’auto-dénoncer, lui et son frère ?

Il s’y est rendu pour tout dire. Quoi – tout ? Tout – quoi ?

Il a dénoncé son frère. Mais il s’est auto-dénoncé aussi lui même. Avait-il découvert que son frère était un criminel et lui-même seulement un criminel à moitié ? Voulait-il se débarrasser de ses remords (ce qui suppose qu’il aurait eu une conscience formatée et active) ou voulait-il se mettre en scène, hystériquement mais bêtement, certes, pour attirer l’attention de l’opinion publique sur lui ?   

Ce qui m’agace c’est le butin : cent euros ! C’est plus que stupide ! C’est plus qu’idiot ! C’est plus que débile !  

  ...Je pense sans arrêt à ces deux frères, mon père ! À leur séparation apparente. À leur fusion dans cette pelote, dans cette bulle infernale.

Mon maître prend la chose d’une manière très détachée. Je dirais même, désinvolte. En tout cas, le renversement de la situation ne le trouble pas. Il a l’air de dire que, s’ils ont tué, ils doivent payer le prix. Et tant pis pour eux s’ils sont fous ! Eux ! Ou bêtes ! Eux ! – Et c’est tout !

Ainsi, le cas est résolu. Il n’y a même pas de cas. Pour mon maître, je veux dire. – À présent, il est l’avocat de l’aîné, le plus menacé des deux frères. Et tout ça, sans aucun état d’âme. Du moment où il est payé pour son travail, il s’y applique. C’est tout.

Il va essayer de mettre le cadet dans un asile de fous et de sauver ainsi l’aîné. Sans savoir, finalement, où est la vérité. Ni de quelle vérité s’agirait-il.

Mais ce n’est pas ça qui me tracasse le plus, mon père. C’est qui m’épouvante ce sont les songes qui me secouent lorsque je pense à ces deux frères en tant que frères. Ce doit être effrayant. Ils sont isolés, enfermés dans un ensemble..., comment dire…, un ensemble sans paire, le leur ! Ils sont seuls, l’un et l’autre, et ils se définissent l’un par rapport à l’autre, l’un face à l’autre sans aucun apport (ni rapport avec l’) extérieur. Et cela, indifféremment de ce qui va se passer. Un huis clos, un monde pour soi ! Pour eux, c’est pareil ! En prison ou en liberté, c’est fini !... Ils n’ont plus aucune chance !... Pour eux, il ne reste plus rien que leur souffrance ; leur combustion ; leur haine... Rien que cet intérieur.  Avec, comme délivrance, toujours interne, la fatalité !

Et pourquoi tout ça, mon père ? – Pourquoi ?

Je me sens désarmé, entièrement, absolument démuni devant cette situation. Complètement à nu ! Ecorché. Je ne sais pas si je peux vivre dans un tel monde ! Mon père ! Si le monde était ça, je veux dire. Vous comprenez ? Je ne me sens pas de ce monde. Je ne sais pas comment m’y accorder. Avec le monde, je veux dire. Ni avec cette situation d’exclusion. Je ne sais même pas si ça vaut la peine de se poser de telles questions. Je me suis vraiment égaré et perdu, mon père. Voilà pourquoi vous me trouvez agenouillé ici, en vous chuchotant tout ça...

Croyez vous pouvoir m’aider, mon père ? – …Suis-je bête ? Suis-je malade ?... – …Mon père !... – …Suis-je… fou ?... – …Qu’est-ce que je suis, moi ?... – …Et où ?

 

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