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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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25 mai 2008 7 25 /05 /mai /2008 08:24

 

Alexandre Papilian

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la queue de l’éléphant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Spectacle en deux parties

d’après le récit Le bien que je n’ai pas fait du même auteur

publié chez Le bruit des autres, 2002


 

 

 

 

Le théâtre est pavoisé avec des photos évoquant les deux Ceausescu (en pleine gloire ; pendant leur soi-disant procès ;  morts), ainsi que la Révolution Roumaine; la décoration commence à l'extérieur, dans la rue, continue dans le hall d'entrée et dans la salle, pour finir au fond de la scène. Des textiles, aussi, seront employés, notamment des drapeaux roumains, avec le célèbre trou au milieu... Selon les possibilités, on utilisera des images diapo, vidéo ou de film, du dit couple Ceausescu et de ladite Révolution Roumaine, projetées sur des murs, des parois ou des écrans; boucle visuelle à mettre en synergie avec la boucle sonore qui accompagne le spectateur dès son entrée dans la salle (des bruits et des sons reconnaissables de la Révolution Roumaine, plutôt un murmure au début, avec des variations d'intensité qui la rend « audible mais supportable »). Cet « agencement » audio-visuel, ou seulement audio, séparera, pendant le spectacle, certaines scènes...

 

Au fond de la scène, accrochée de telle façon que tout le monde puisse la voire, pendant tout le spectacle, une banderole : Pourquoi a-t-il une queue, l’éléphant ? Pour le reste, la scène sera meublée le plus simplement possible, mais de telle façon que les lumières, qui pourraient jouer un rôle très important, aient « des points de chute », sur quoi « s'appuyer ».


 

 

Personnages:

 

L'homme

la cinquantaine bien conservée

 

La marionnette

elle peut évoluer dans le cadre d'une petite scène de théâtre de marionnettes, spécialement aménagée, ou sur la grande scène, (avec ou sans la présence visible de son marionnettiste) ; sa voix sera de préférence grave, voire de basse.

 

L'épouvantail

Rigide, pouvant porter de masques différents, en fonction de la scène jouée. Sa voix et celle de la Marionnette doivent être très contrastées. 

 

Le porteur de pancartes

au minimum un simple porteur de pancartes ; c’est un rôle évolutif, selon les qualités de mime de l’interprète. 


 

 

 

Première partie

 

­              [Il fait noir. La boucle sonore passe à une intensité de plus en plus forte. Les lumières, d’abord faibles, ensuite de plus en plus puissantes, balayent les photos et les objets accrochés aux murs de la scène et de la sale. Le tout devient assourdissant, apocalyptique... - Soudain, tout s’arrête, en pleine lumière.]

                       

 

1

 

La marionnette

              [en indiquant l’épouvantail] Tout ça, à cause de cette ordure !... [pause] Et puis, il y a l’autre. La fille de… Chuuuuuut… Le moment de dévoiler son nom n’est pas encore arrivé… Mais, on peut, tout de même, donner un indice. Ce n’est pas la fille du Roi Lear. Elle n’est pas shakespearienne. [rire] Son père non plus. Sa mère, n’en parlons pas... [après une pause, en indiquant l’homme] Quant à celui-ci... [bras d’honneur; pause] Enfin. Bref. Tout ça, à cause de lui. Si. Aussi. Il a une âme, celui-là: ça ! [elle indique  l’épouvantail] Il ne trouve pas dégueulasse – ça. Que d’avoir une âme. [elle indique l’épouvantail] Que d’avoir ça. Si on peut parler de... ça. [elle indique l’homme] C’est ce qu’il clame, pour autant. Ce qu’il réclame depuis un moment. Il se demande pourquoi a-t-il été appelé de son néant originaire ? Pourquoi est-il arrivé dans ce monde avec le néant dans ses tripes ? Pourquoi, aujourd’hui, ce néant-même l’absorbe, l’appelle, le pousse, le bouscule ? Il est rongé par son histoire inutile, d’un côté, et par la peur, par sa peur de la mort d’un autre. De sa mort, évidement !

 

L’épouvantail

              Rien de révolutionnaire dans le néant et dans la mort. [il indique l’homme] Dans ce néant-ci, dans cette mort-ci. [cynique] Au fait, il ne leur trouve rien de révolutionnaire, à la mort et au néant. Mais seulement d’affreux. Et toc!

 

L’homme

              [à la marionnette, en parlant de l’épouvantail] Oui, c’est vrai. C’est mon âme. Je le sais. Elle est belle, hein ! [avec sarcasme] Sa mort serait tellement insignifiante… tellement… pff… qu’elle ne représenterait même pas une diminution ; même pas celle de la laideur.

 

L’épouvantail

              Une âme ? Une ordure ! Même... petite. Même si tout petite-petite. [pause ; à l’homme] Ton ordure. [à la marionnette] La tienne aussi. [au public] Aussi la votre. Je suis même la Tout-Petite Ordure Générale. [rire] L’ineffable. La vaporeuse. La moléculaire. La brownienne. L’atomique. La chaotique. La fractale. L’irréductible et la complètement, la totalement fréquente. Pour les esprits plus frustes, qui ne font pas dans le détail, je suis la continuité. L’ordure continue. C’est à dire, normale, banale... Naturelle... Et par..., naturalisation, Enorme, avec majuscule. Celle que l’on ne peut plus apercevoir, tellement elle est trop grande, tellement elle est trop totale. Tellement elle est trop acceptée. Tellement elle est trop désirée aujourd’hui. Trop transformée en besoin. Trop nécessaire. [pause, au public] Je m’y soumets... Trop... Pour l’instant. [aux deux autres] Vous vous y soumettez... Trop... Vous êtes trop actifs, car trop apprivoisés. [aux deux autres, au public et à lui-même] Vous..., et vous..., et nous... Donc, donc, DONC - Nous sommes actifs. Vous…, et vous…, et vous… C’est notre Révolution, ça ! Nous... Trop !

 

La marionnette

              Bon, bon ! Ça va ! On se calme ! Relax !

 

l’homme

              [parlant de l’épouventail] Elle est un... ineffable dépotoir. Salope. Altérée. Abîmée. Concassée. Broyée. Corrompue. Pervertie. Enlaidie. Méchante-malheureuse-mesquine-bornée. Déroutée. Détournée. Viciée. Dégradée. Répugnante. Torchon. Profanée. Auto-méprisée. Flinguée. Fumier. Détériorée. Dégue. Détraquée. Ravagée. Ordure. Putain. Saccagée. Massacrée. Ruinée. Délabrée. Dépérie. Rabotée. Esquintée. Abattue. Minée. Sapée. Cassée. Baisée. Défoncée. Laminée-tordue-corrodée-rongée. Etouffée. Annulée...

 

L’épouvantail

              [à l’homme] Tu nous fais le coup du dictionnaire, ou quoi ?

 

L’homme

              [à l’épouvantail] Correcte ! Quoi de plus simple, de plus... humain qu’un dictionnaire ?... J’y suis pour rien, moi ! J’ai été animalisé, desanimalé, transanimalé... j’ai été alphabétisé..., dictionnairisé...,  audiovisualisé..., moralisé..., démoralisé, immoralisé, amoralisé... révolutionné... domestiqué..., intellectualisé..., divinisé, dédivinisé, transdivinisé..., diabolisé, dédiabolisé, transdiabolisé..., et, maintenant, post-sexualisé..., environnementalisé..., nucléarisé..., OGM-isé [prononcé: « ogéémisé »]..., astralisé...

 

L’épouvantail

              [à l’homme] Tu veux dire: de l’ennui et du rien. De l’inutile. Du stupide. [à la marionnette] Ensuite, nous... [au public] Et vous... Tout le monde, quoi ! ... On est tous des dépotoirs... Dans le gigantesque dépotoir de l’histoire. Dans l’hyper-gigantesque dépotoir de l’avenir, aussi. Dans le dépotoir de l’humanité, quoi ! Des petits dépotoirs déposés, dépotoirisés dans l’Enorme. Dans l’Infini. Dans l’Ineffable. Ineffable, voilà le mot ! Ineffable – donc supportable...

 

L’homme

              [isolé par un spot de lumière, reprend, en indiquant le drapeau roumain] C’était la même chose là-bas. Avec quelques particularités. La « totale », là, était arrivée petit à petit. Ce n’était pas un holocauste... directement effrayant. Non. C’était quelque chose de secret.  Dans le sens de... sécrétion, de subtil..., de discret. Tiède. Languissant. Indigne du pays du Dracula. Quelque chose encore plus fort que la brutalité et la violence. Quelque chose de massif. De tout-couvrant. De tout-noyant. Le temps infini, surtout. Le temps sans bornes... Quant à elles, la brutalité et la violence, pareil, elles étaient tièdes. Aussi, éternelles. C’était, comment dire, une autre nature. À longue haleine. Quelque chose de profondément, de transprofondement éducatif. De tangent à l’objectivité irréfutable, implacable, cosmique. Tout le monde, là, était ineffablement dépotoirisé. Supportablement, pour autant. On vivait, supportablement, dans le, dans des dépotoirs paramatériels, postmateriels, transmatériels. Ineffables, quoi! A l’intérieur de. [pause] L’insupportable était rendu ainsi encore plus supportable. Donc: tout le monde - dans les... entrailles du dépotoir. Tout le monde. Tous. Même les dissidents.

 

La marionnette

              [isolée brusquement par un deuxième spot de lumière] C’est parfait !

 

L’épouvantail

              [isolée brusquement par un troisième spot de lumière] C’est révolutionnaire !

 

                                                                  [Noir]

 

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