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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 10:42

 

3

 

L’épouvantail

              [après une pause; à l’homme] Tu l’as égorgée, ou pas ?

 

L’homme

              [après une pause] Pas du premier coup… Pas du premier coup, mais pour la vie!... [pause] Un massacre. [pause] J’avais même pas six ans. [pause] Ou un peu plus; il me manquait déjà des dents... [pause] Devant moi, il y avait une femme très jeune…

 

L’épouvantail

              Là, dans ton passé.

 

L’homme

              Certes. Où tu veuille que ce soit ailleurs ? Elle avait, je crois, seize ans. Peut-être moins. Elle était mariée et elle devait tuer une cane, pour le dîner. Elle disait qu’elle ne peut pas le faire…

 

L’épouvantail

              Tu voulais la sauter!

 

L’homme

              J’avais même pas six ans, ou… [rire] Non ! Je ne le pense pas ! Arrête ! – Soit la hache qui fut mal affûtée, que moi-même je fus gauche, certes est que je n’ai pas réussi du premier coup. Mais il y a eu partout du sang, tout de suite. Un massacre, je te dis. [se laisse secouer par son souvenir] La tête, avec son bec qui s’ouvre à sec, encore et encore... La poussière de la cour... La langue... Dans ce bec... L’œil... La paupière blanchâtre… La bête ne regarde plus rien... Et le corps qui saute comme un malade dans la poussière… Et le cou, qui sort du plumage…, rouge…, sanglant…

 

                                                           L’épouvantail

              [ironique] Et la femme, avec ses seins, avec ses pieds nus et ses ongles gros, noircis… Avec ses jambes écartées… Avec ses poils – sur les jambes, sur les bras, aux aisselles… Tu veux la sauter! Y a pas plus clair que ça!

 

L’homme

              Ce n’est pas impossible. Dans tous les cas, elle tourne son regard vers moi. Un regard noir, haineux et admiratif à la fois. On y trouvait autant de peur que de tendresse…  Et aussi...  « un peu beaucoup »... de... (pour le tout entier, pour la semence, pour la promesse de ce que j’étais en train de devenir, de ce que j’étais) ...de... pitié.

 

L’épouvantail

              Et de pardon. Voilà ! Ca c’était du pardon ! Noir, et plein les yeux.

 

[Long silence]

 

L’homme

              Vingt ans après, Rozalia, rondelette, joufflue, gémit de plaisir et répond à mes mouvements. Nous sommes ivres d’amour. Nous ne sommes pas du tout las de continuer à en boire. « Ne viens pas en moi, mon âme ! » me demande Rozalia. « Non. Pas en toi. Sur tes joues, mon ange! » je dis. « Oui, se précipite-t-elle. Sur mon visage !... »

 

La marionnette

              Elle était superbement remplie de jeunesse, cette Rozalia, n’est pas ?

 

 

L’homme

              Fraîche. Aux cheveux longs épars, en éventail sur l’oreiller… [emporté par les souvenirs] Elle m’approuve, m’encourage d’un battement de paupières. C’est une de celles qu’on n’épouse pas. Plutôt Aphrodite que Déméter. Folle, bonne, fatigante. On baise - ensemble. On fait l’amour - ensemble. On n’est pas détaché. On n’est pas obscène. En dépit de toutes nos cochonneries. Si ce n’était pas grâce à elles... [l’épouvantail mime-singe les gestes de Rozalia...] Le moment de l’éjaculation arrive. Je sors et je me positionne pour lui arroser la figure. Rozalia prend mon sexe dans sa main. Elle la serre. Je jaillis sauvagement. J’arrose le mur contre lequel s’appuie la tête du lit. Rozalia crie.

 

L’épouvantail

              [dans le rôle de Rozalia] « Plus d’un mètre, mon amour, plus d’un mètre ! Et comme elle est fragile ! Et comme elle est forte ! »

 

                                                           La marionnette

              [l’épouvantail - mime-singerie] Elle embrasse son sexe. Elle tremble de plaisir. D’émotion. D’excitation. D’orgueil. D’arrogance. D’amour.

 

L’homme

              [dubitatif, avec un certain regret] Amour ?

 

La marionnette

              [geste vers l’homme, ironique] Lui, il rugit, lui.

 

L’homme

              ...Ensuite, plus tard, la nuit, elle descende du lit, allume la lampe de bureau... A poil, elle appuie ses coudes sur la planche lisse, le stylo contre ses lèvres, pensive. « Ça va, amour ? » je demande. - Elle se tourne vers moi. Me dévisage. Son regard - comme je n’en ai jamais vu. Profond et perçant. Etranger. [pause; emporté par le souvenir] Un poème. Voilà ! C’est ça qu’elle écrit. Même pas dix vers. Court et percutant. « L’oiseau égorgé ». Elle se caresse – poétiquement – le sexe avec le cou ensanglanté. Extrêmement sensuel. Effleurant la douleur. Le cou ensanglanté de l’oiseau traverse, sexualisé et chaotiquement, le poème. Il palpite encore de la vie écoulée, perdue en des flots irréguliers... Il est surprenant, ce cou ensanglanté. Il y a de l’aveuglement dans l’air... Du sexe. Du sexe pur. C’est plus que de la sensualité, que de l’envie, que de la folie...

 

L’épouvantail

[à l’homme] Tu te sens perdu.

 

 La marionnette

              [avec sarcasme] Mais de l’amour, que nenni !

 

Le porteur de pancartes

              [traverse la scène, muni d’un pancarte sur laquelle le public peut lire : PERDU]

 

                                                                       [Noir]

   

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