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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 06:42

 

 

 

 

 

 

5

 

                                                           La marionnette

              Le cas de Ghiocela, maintenant!... Qui c’est cela, Ghiocela?

 

L’homme

              Ghiocela, à l’heure de notre histoire de jeunesse, était une môme. Une catherinette « aux formes en formation ».

 

La marionnette

              ...Forme...? C’est quoi... la formation... d’une forme?

 

L’homme

            Un  visage agréable. Un nez délicat. Une bouche trop petite et trop corail pâle. Un petit menton, aigu et très peu sensuel. Des seins qui se profilaient, généreux, sous le haut de son uniforme scolaire. Des hanches qui pressentaient des courbes assez prometteuses...

 

La marionnette

               Il n’a pas aimé Ghiocela. Par contre, elle, elle l’a aimé… Elle seule… - Ça a laissé des traces. On ne sort pas indemne d’une telle situation, quand on est aimé sans aimer. [en imitant le rire de tout à l’heure de l’épouvantail] Hi hi hi hi....

 

L’épouvantail

              [à l’homme] Le triomphe s’écume en toi. Il te cristallise, toi. Il te squelettise. Il te tue… Ghiocela, entièrement nue, seule avec soi même - et seule avec toi… Ce qui se passe est trop grand pour elle. Elle quitte tout. Sa mère. Son père. Ses frangins. Tout. Elle quitte, aussi, la stupidité inquiète de l’adolescence pas encore vraiment sexuée, pour gagner une autre: l’idiotie de le sexualité aboutie, de la maturité, l’idiotie mûre. Elle est seulement encore très jeune, mais quoique et autant jeune qu’elle soit, elle accumule, entasse, engouffre tous les sentiments que la vie avait peut-être réveillés, peut-être créés en elle, tous ses sentiments, tous ses moyens avec lesquels elle s’emparait de la vie - dans l’amour seul. [pause] Elle téaime. [pause] Elle se dionne à toi. C’est ça que de t’aimer. Parfois. [pause] Puis, elle gagne la fatalité, le Fataland. [pause] Elle ne veut être que quelque chose à toi. Elle veut être à toi, la tienne... Et toi - à elle, le sien... [pause] Sans passé, ni l’un, ni l’autre. Remplis de futur, et l’un, et l’autre. Elle s’ouvre devant ta raide-verge-raide. Elle veut un enfant de toi. Elle se quitte elle-même - pour devenir elle-même. - Et tout ça - accumulé, entassé, engouffré en toi. Le jeune musicien qui chassait des sons et des sonorités de et dans un univers infranchissable pour elle... Etranger et beau. Fort de son étrangéité et de sa beauté. De sa jeunesse. De sa musique.

 

L’homme

              Bref! C’était la grande chance de sa vie. [pause] L’unique chance. La chance. [pause] C’était son destin qui changeait. Ou, plus fort encore: c’était son destin qui... arrivait. Qui lui arrivait. [pause] C’était moi ce qui lui arrivait. [pause] Mais moi, je ne l’aimais pas, moi. Et, lorsqu’on n’aime pas, l’autre n’est que de la matière.

 

L’épouvantail

              [avec rancune] Oui, de la matière… première. - Tout ça pour dire que le mal s’installa en toi. Le mal, c’est à dire le mépris. Le mépris pratiqué...

 

L’homme

              Exercé. Le mépris exercé. C’est à dire, routinier... Je l’ai découvert à quarante ans. Je parle du mal qui... habite le mépris..., qui lui suit... Seulement à quarante ans. En me regardant dans la glace. J’étais déjà sérieusement abîmé. Dépotoirisé... Je n’ai pas su, là, dans mon passé, et je ne le sais aujourd’hui non plus, si c’était le mal ou la vieillesse qui me renvoyait cette image... centré sur son propre contenu, sur le mépris et sur le manque de... visibilité qui... explosait dans mon âme. Mais là, devant le miroir, je ne sais pas pourquoi, sans me poser la moindre question sur la cause ou sur l’origine de ce que j’étais en train de découvrir, je pensai tout de suite, là, sur le seuil de ma vieillesse, à personne d’autre qu’à Ghiocela. Le fait que je n’ai pas aimé celle m’aimait  tant… Je trouve ça absolument condamnable. Et portant…

 

L’épouvantail

              Tu ne l’as pas aimée. Et ça t’avait rendu irrévocablement, même si... ineffablement... dépotoir. [en ricanant] T’as été rendu... dépotoir par l’ineffable amour avec lequel Ghiocela se clouait elle-même dans ce monde. [pause ; rire] Mais, c’est con ça ! Très con !

 

Le porteur de pancartes

              [traverse la scène muni d’un nouvelle pancarte : REMORDS]

             

[Noir]

 

 

 

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