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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

Texte Libre

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29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 14:13

Avant propos

Quoi de plus inquiétant que l’infécondité ? ----------- L’espèce, dans son entier, s’en excite. ----------- Et au-delà d’elle, qui sait ?, peut être même Dieu.

L’infécondité soutenue est plus diabolique – naturellement – qu’un cataclysme… naturel (sic !), quoi qu’il soit. Endiablée, la mort lente, invisible (au début), désespérante car inéluctable quant à la totalité (à la fin), s’empare de tout un chacun… On a la mort seule ----------- comme seul avenir.

Les Saintes Écritures parlent de la Création finie avec l’érection d’un couple, d’un homme et d’un femme voués à la copulation inconsciente et incontrôlée, comme les bêtes, mais aussi – et souvent tragiquement – à l’union consciente et contrôlée (par la psycho-morale ou, au contraire, par la psycho-sociologie…), comme les humains. ----------- Après quoi, il n’y aurait plus eu de Création, Dieu s’éloignant de plus en plus de ses créatures, en les repoussant, en les abandonnant ; ----------- ses créatures qui, elles, ne voulait plus d’ailleurs depuis long, longtemps  être les siennes, mais… libres.

Quelle histoire ! ----------- Libre de quoi, lorsque l’humanité se laisse absorber par son futur ? ----------- libre de quoi, lorsqu’elle se laisse  diriger vers son avenir par la copulation ?

Hier encore, n’est-ce pas ?, il nous fallait deux – pour en faire un ! ----------- Hier, encore, l’avenir  (n’)était (qu’)un avenir copulatif. ----------- Toujours copulatif. ----------- Trop copulatif. ----------- Trop ! ----------- Trop c’est trop ! ----------- Une… servitude de trop, dont il fallait bien en libérer un jour.

Aujourd’hui, ça y est ! On y est ! ----------- Des nouvelles techniques procréatives ont commencé par éliminer la partie masculine. On n’a plus besoin de mecs pour « se la mettre en cloque ». Les sexe-toys et le clonage font bien l’affaire. Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’ils nous ont apporté ces andros ?  Des guerres et de la soumission. La civilisation des Messieurs n’est qu’un gigantesque parasitoire. Ils ne peuvent pas porter une grossesse, les bonhommes. Leur Homoncule n’est jamais sorti de sa cornue alchimique. Alors, ils exploitent la féminitude, les hercules-apollons-jules ! Les gonzesses, ils les fécondent. ----------- Dites donc ! -----------  Comme si elles ne pouvaient pas faire ça ----------- toutes seules ! ----------- Mais si, mais si ! Elles pouvaient le faire. Et si elles le faisaient, elles le font et le feront. ----------- Sans se soucier de ce qui les attendrait derrière la porte. Notamment une terrible solitude sordide, comparable néanmoins à la terrifiante solitude de Dieu…

La brève histoire d’un bizarre sentiment d’émasculation de la société (pouvait-on, avec ou sans ironie, parler d’une certaine émasculation sociologique ?), qui suit, sera peut-être révélatrice d’une certaine Tristesse ----------- immense ----------- horriblement malfaisante ----------- contemporaine. 

Et sinon, non !

 

Société émasculée

 

Maggie savait qu’elle n’était même pas forte, mais franchement grasse. Grosse et grasse. En tout cas et de surcroît, graisseuse. Le pantalon de training bleu foncé moulait ses fesses énormes, flasques, lourdes et son bas-ventre proéminent. Son tee-shirt vert pliait autour d’une poitrine débordante, d’un nombril comme une excroissance, d’hanches plus que généreuses. Elément frappant : des lèvres exagérément minces et pâles, mais très longues, qui accaparaient l’attention du spectateur (voyeur, va !), au détriment de beaux yeux intelligents, dont le regard jaillissait comme des geysers de sous un front bombé, lis, plutôt large qu’élevé.

Elle tenait dans sa main droite une cage, avec un chat blanc dedans.

Elle était chaussée de tongs vermeilles et brillantes.

Elle se tenait immobile devant une grande affiche publicitaire où on voyait une très belle femme mince, nue, à quatre pattes, dans une position « même pas équivoque », le dos, la nuque et une partie de la tête couverts d’une toison d’agneau. Il était difficile de dire si c’était une photo ou un truc sorti des pures entrailles d’ordinateur.

Maggie vivait avec étonnement une sensation de dédoublement jamais éprouvée auparavant. Elle avait l’impression de voir tout ça de l’extérieur, d’assister à tout ça. Elle apercevait les images de ce que l’on pouvait caractériser comme étant des états d’esprit successifs, qui scintillaient dans l’espace, dans l’univers squatté par la première Maggie, par Maggie la physique, qui s’était arrêtée devant l’affiche, la cage du chat dans sa main droite, la gauche se touchant inconsciemment la cuisse, mi-caresse, mi-nettoyage.

La femme de l’affiche était belle et mince. Sensuelle…, sensuelle d’une manière indépendante, autonome, sans qu’elle le veuille ; donc, véritablement sensuelle. La femme de l’affiche était chanceuse. Elle pouvait être top-modèle, gagner beaucoup d’argent, se laisser choyer et être admirer par tous, y compris par Maggie la physique, à présent. Bon, c’est vrai qu’elle se mettait dans une situation très délicate, très limite, voire très mauvaise, en prenant la posture sans équivoque qu’elle prenait sur l’affiche. Elle se dévalorisait en tant que femme, en s’exposant ainsi, à quatre pattes, en lançant de la hauteur de son affiche, de là-bas au monde, dans le vide, son appel – qu’on la saute. Mais ce n’était que de l’inutile ça. Devant l’affiche il n’y avait que Maggie, grosse et grasse, et le chat blanc, dans sa cage. Personne pour sauter qui que ce soit, ni la femme-animal de l’affiche, ni Maggie, ni la chatte… – dans cette conjoncture, dans cette société (dans cette vie, tant que nous y sommes ?!) émasculée… Elle n’était plus rien. Ni un top-modèle. Ni une jeune femme mince et belle, à la bouche large et aux beaux yeux. Ni chanceuse. Ni riche. Elle n’était même pas désireuse ; ni désirable. Elle n’était qu’une pute. Et qu’importe qu’elle ne fût qu’une image – peut-être fabriquée intégralement, totalement par l’ordinateur seul, sans support vital, sans modèle –, là-haut, sur l’affiche ? Qu’importe que les regards profanateurs et déshonorants ne se posassent pas directement sur sa chair – s’il arrivait qu’elle sût vraie – transmutée en matière à palper, à peloter, à tripoter, à pétrir, à meurtrir (sur sa viande, donc, parfois…) ? Qu’importe que, peut-être, elle n’ait jamais été vraie, qu’on l’ait fait sortir directement des entrailles électriques, électroniques, « processiques » de l’ordinateur, qu’elle fût virtuelle dans tous les coins de son être, enfin, dans tous les recoins de l’image qu’elle montrait maintenant au monde ? Aucune ! Aucune importance ! La possibilité qu’elle ait un correspondent dans la vérité, qu’elle soit vraie était tellement grande ! Elle ne pouvait être que réelle, vivante ! Alors, dans ces circonstances, la gente féminine n’avait plus le choix. Elle devait se sentir outragée, souillée, humiliée, anéantie, la gente. Et c’était très bien que les choses fussent ainsi. La femme peut prendre son pied lorsqu’elle est humiliée, lorsqu’on lui marche dessus, lorsqu’elle s’auto-annule, en laissant l’autre, le porteur du poteau phallique, la piétiner, la laminer, la brûler, jouir d’elle dans des varies hypostases et sortes, pour la joie générale du viol collectif et du bien-être impersonnel…

Le chat, dans sa cage, bougea un peu. Maggie serra les doigts autour de la poignée. Un soupçon de larmes dans les yeux.   

 

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