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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 12:12

 

                Avant propos

Parfois, un très léger battement d’aile du papillon suffit pour détruire un monde. ---------- Aussi, pour en créer un.

C’est l’impression fragile et fugitive vécue avant d’écrire ce qui suit. ---------- Pareil, après l’avoir écrit.

Right ? ---------- Wrong ?  

 

Bucolique avec des Danois

           

Il bruinait. Au bord de la route, le vert des arbres paraissait un peu plus foncé que de coutume. L’air sentait agréablement l’humidité, le brouillard ; un peu la fraîcheur. Le ciel était blanc, indéfiniment haut ou bas.

Christian tourna à droite. La voie communale commença à sillonner entre des petites parcelles de vigne, de broussaille, de défriche. Ici et là, quelques outils de vendangeur, abandonnés au bord de la route. Des grands vendangeoirs en osier et en plastique, avec des bretelles. Des récipients plus petits, à moitié pleins d’eau, ou, peut-être, d’un autre liquide.

Un lièvre sauta pendant quelques secondes dans l’herbe, à gauche. Il trouva une brèche dans la broussaille. Il y disparut.

- Nous tombons mal, dit Marion. Ils bouffent tous, à cette heure-ci. La France profonde !

Les Danois, derrière, regardaient le paysage qui roulait d’un côté et de l’autre de la voiture. Ils avaient l’air sinon content, du moins non-contrarié, tranquille.

La voiture tourna à gauche, cette fois-ci. Elle emprunta une route couverte des graviers. La propriété n’était pas loin. Deux hangars, les grandes portes ouvertes, laissaient voir, d’un côté et de l’autre de la voie, des engins rustres. Des objets qui pouvaient être tout aussi bien des machines « raisonnables » (outil de travail – ou de torture), que des absurdités témoignant d’une histoire et d’un présent stupides.

La route tourna de nouveau à gauche et commença une descente assez vertigineuse.

- Quand il y a du verglas, ça doit être un désastre, fit Christian en freinant doucement.

Ils entrèrent dans la cour de la propriété. Le gravier blanc, soigneusement choisi et répandu sur toute la surface, paraissait lumineux ; il donnait de l’éclat intérieur au volume formé par les bâtiments d’autour, de la même hauteur, l’équivalent de deux niveaux.

À droite, un groupe de visiteurs, des blancs, des asiatiques et des noirs, des touristes américains probablement, écoutaient les explications d’un homme entre deux âges, vêtu d’une pèlerine capuchonnée. Il y avait des parapluies ouverts, au-dessus de leurs têtes.

Il bruinait.

L’homme entre deux âges, qui éduquait les Américains sous la pluie fine et fraîche et qui allait leur faire commander des cartons et des re-cartons de bouteilles, n’était autre que le père de Jeannine, qui, quant à elle, naguère, poussée, dirait-on, par le génie du lieu, s’était laissée happer par l’amour déclaré de Gaston, animer même par cette attraction, par cette disqualification, démembration individuelle, s’était fait insuffler une tout aussi forte énergie d’attraction, d’amour, de dépersonnalisation individuelle et de recomposition dans un être fusionnel avec Gaston... C’était lui, donc, l’homme à la pèlerine capuchonnée, le propriétaire de l’exploitation. L’ancêtre de Jeannine. Un grand amoureux de ses terres qui, elles, une fois le regard du maître posé sur elles, une fois pénétrées par l’énergie immatérielle de ce regard, une fois que le maître leur eût insufflé son esprit, donnaient le plus-que-du-vin qui ensorcelait maintenant les Américains ; pareil – tous les jours, toutes les nuits, toutes les heures – tous les autres, fusent-ils des visiteurs, des maîtres, des employés...

Dans la grange d’en face, une vingtaine de vendangeurs, la plupart très jeunes, des garçons et des filles, des étudiants ou des élèves, à côté de quelques figures plus mûres, de méridionaux ou de gitans, étaient assis autour d’une longue, très longue table. Ils mangeaient. Ils parlaient. Ils riaient.

Les nymphes du ruisseau qui susurrait bucoliquement quelque part derrière la grande maison familiale, chantaient doucement, très doucement, très-très doucement, doucement-doucement...

Dans la maison, Gaston et Jeannine radieux et triomphants comme toujours, plus qu’heureux, perdus, avec une immense joie exultante, dans leur être partagé, mélangeaient le centaure à la sirène, le sylphe à l’ondine, tandis que leurs farfadets, les petits-enfants du maître du lieu, fourmillaient un peu partout, en risquant leur vie à chaque instant et en devant leurs vies à leurs anges gardiens seuls, qui se montraient très actifs et plus forts que l’inventivité extrêmement riche des lutins...

Les Danois, mais aussi Christian et Marion, étaient tombés sous le charme du lieu, de l’esprit du vin, n’est pas ?, si ce n’était pas autre chose, qui ne pouvait pas porter de nom, sous la petite pluie fine, sur les terres, sur la propriété des heureux vignerons.

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