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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 07:47

Avant propos

Le mot « cancer » est, la plupart du temps, suffisant. Pour ce qui reste, non.

 

        

Cancer de la prostate

« Dans la plus pure tradition de la vulgarisation historique, j’aperçois, je remarque, je vois l’être poilu. Ainsi, ses poux. Plein de poux. Il en est envahi. Il s’en débarrasse, pour un certain temps, en se roulant dans la boue. Nu comme un ver et fortement animé par quelque chose d’aussi agressif que stupide (on a appelé ça, plus tard, curiosité), il pénètre dans la grotte. Je le vois perdre la lumière et gagner le noir. Il tâte autour de lui. L’invisible devient de plus en plus épais. L’invisible devient de plus en plus fort. L’être s’y immerge lentement... 

« Et, boum ! Il bascule sec..., il dévale..., il s’abîme..., il s’écroule... (Il n’a pas encore rencontré la pomme de la gravitation, mais il est muni de tous les ingrédients de la masse, des certitudes aussi, des suffisances fondées sur la répétition ou carrément prescrites...) Il vient de toucher, simplement, à la disparition. De s’y heurter (si l’on peut dire ainsi:), de se frotter à la mort.

« Il hurle, avant de mourir. Il avertit ceux qui le suivent. Mais c’est sans le vouloir. C’est en parfaite méconnaissance de cause même, ceux qui le suivent. Lui n’est ce qu’il est que dans la mesure où il se quitte lui-même – aujourd’hui, en hurlant –, dans la mesure où il s’outrepasse, où il s’auto-transcende  – ...aujourd’hui, en hurlant... – ... Et tout ce bazar, dans le noir bourré de causes et d’effets de sa conscience bourrée, elle, de certitudes sans égal, sans repères, c’est à dire en parfaite méconnaissance  de cause.

« Ceux qui le suivent, s’arrêtent. Ils prennent connaissance que l’éclaireur (dans le et du noir...) est disparu, plongé dans (ou happé ! par) l’abîme obscur. Ils créent une place, à l’intérieur ombrageux, sombre, aveugle de leur connaissance remplie de toutes sortes d’incertitudes sûres, une place pour la disparition, pour l’abîme, pour le noir. Il illumine l’obscurité, le noir.

« Ils se disent qu’on pourrait transférer l’inconnu dans le connu. Transformer l’inconnu en connu... Le transfigurer, peut-être... Ils se disent qu’on pourrait glisser le connu dans la peau de l’inconnu... Qu’on pourrait empailler l’inconnu avec de la matière du connu... Qu’on pourrait amener le connu et l’inconnu à contaminer le monde et, naturellement, à se contaminer eux aussi, l’un l’autre, le connu et l’inconnu, réciproquement...

« Anomalie ? Maladie ? Virus de l’intelligence ? Épidémies d’intelligence ? Fantaisies ? Stupidité riche, complexe et généreuse ?...

« Quoi d’autre? Rien d’autre ?

« Quoi d’autre ? Rien ? Rien d’autre ?

Raoul finit d’écrire. Il plia la feuille de papier et la mit dans sa poche. Il laissa quelques pièces sur la table. Il quitta le café.

Il se rendit à l’Hôpital Cochin.

Là, on lui fit savoir qu’il avait un cancer de la prostate.

Il se demanda ce qui lui avait pris tout à l’heure d’écrire ces lignes sur le papier de sa poche ; ensuite, ce qui lui avait pris d’avoir un cancer de la prostate.

 

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