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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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10 août 2008 7 10 /08 /août /2008 07:38

Avant propos

« Les écrivains sont les consciences de leurs collectivités nationales », disait dans les années 70, comme un écho à Soljenitsyne, un très important écrivain roumain, Marin Preda[1].

L’esprit, affolé par la brutalité avec laquelle se passait sa dépersonnalisation dans l’extension de l’internationalisme prolétaire, se rendait au passé rassurant et reposant, idyllique et inerte, à la prison de l’Être National.

----------- Et Ceausescu fut ! -----------

Elle s’avérait moins dépersonnalisante et plus « naturelle », cette prison, que le futur dénationalisant et désindividualisant imposé par le sovietisme. Aussi, la personne, qui ne se retrouvait plus dans ledit internationalisme, confirmait du coup l’inachèvement du problème national ; ou sa pérennité. ----------- La personne  valait nation. ----------- La personne s’avérait nationalisante, nationaliste, voire Nationale. ----------- Une Nation qu’elle s’appropria ----------- la personne ; qui devint La Personne. ----------- La Personne validait la Nation ----------- l’avalait.

En revendiquant non pas le pouvoir de représentation de la nation métabolisée par la personne, mais le rôle de composante d’une (certaine) conscience sur-personnelle, communautaire, capable de métaboliser la Personne qui métabolisait la Nation, à l’instar d’un Hugo ou d’un Tolstoi-Dostoïevski[2], Preda volait la vedette au politique.

Cependant, à l’Occident, naissait une civilisation individualiste ----------- en décentralisant, déstructurant, décomposant, atomisant l’Être National ----------- se dirigeant vers l’européanisation, vers la mondialisation, vers « la société globale », internetisée, anationale. ----------- Une névrose identitaire s’emparait de tout un chacun, en mettant le feu autant à la santé mentale qu’à son contraire.

----------- Lente explosion ! -----------

Sur le plan littéraire, en dirigeant l’attention vers l’intérieur « inexprimable », vers l’Intimisme du Désespoir, travesti en Lucidité et Objectivisme (déchu depuis, ramené au ----------- féminisme, masculinisme, hétéro- et bi-isme, à d’autres ésotérismes ou écriturismes), cassait tout et proposait des personnages à personnalités de plus en plus vides, des « particules élémentaires » hypertrophiées, des riens (des classes sans aucun élément) interchangeables mystérieusement gonflés, des sans repères cosmiques, des inconsistances universels…

Quel rapport avec ce qui suit ? ----------- Peu importe ! ----------- Allons-y ! -----------Plongeons ! ----------- ----------- -----------Ce n’est que de la littérature !... … …

 

 

D’une inconnue nature         

 

On te dit que tu serais en train de vivre ton histoire de la cinquantaine. On te dit que tu la vis avec beaucoup d’émerveillement. Même si elle ne donne pas vraiment droit à un espoir juvénile (fou, déchaîné, compatible autant avec la grande communion qu’avec la grande haine), elle (te) laisse quand même la porte entrouverte pour la rédemption. Cet amour de la cinquantaine permet, à tort ou à raison, de croire que la maturité des protagonistes (Luisa et toi) pourrait allier le bien et le mal dans un savoir vivre de la dernière chance. Il laisse croire que leurs vécus respectifs, bien assumés, pourraient racheter les péchés passés. Il laissait croire que les choses répréhensibles de leur vie, métamorphosées d’une manière appropriée, comme les vers dans les chrysalides, pourraient les quitter comme des papillons, pourraient leur éviter de commettre d’autres… Comme si la Providence tentait (et mettait à l’épreuve) la dégénéralisation, afin de prendre corps.

On te parle bien, hein !

Oh, comme on te parle bien ! Comme on te fait croire cacher le néant (ou plutôt l’infini) qui ne demande pas être caché, mais assumé : le néant infini de ton propre agencement. Même si l’on ne te le dit pas, sache que ton être contient quelque chose qui n’a ni égal, ni correspondant : ta vraie substance. Celle-ci exerce une influence sur le reste, en le rendant… méconnaissable.

…Luisa, ton actuelle, a eu un regard dérouté lorsque tu l’as embrassée. Il y a déjà un moment depuis. Tu l’embrassais pour la première fois. Et l’incrédulité qui brillait, pure, dans son regard se laissait remplacer par l’espoir. Il y avait aussi de l’humour. Plus quelque chose qui contenait autant de tendresse qu’une espèce particulière de férocité, la férocité du bonheur. C’était de la compréhension transformée partiellement en pitié…, autant qu’en confiance peureuse…

La Drôme, où Luisa est née, a imprégnée sa peau. On y trouve du soleil, du calcaire et de la lavande. Sous cette peau, c’est du sang bleu qui pulse. Luisa est marquise. Marquise espagnole. Ses parents lui ont laissé à leur mort des terrains agricoles et une montagne avec des alpages et des bois, ainsi qu’un élevage des taureaux (corrida oblige).

Ils étaient des anti-franquistes, les parents. Leur fille a hérité aussi de cette idéologie. Elle est aussi résolument antiaméricaine.

Elle fume beaucoup et boit pas mal. Elle est mignonne et superbement normale ; – sans tomber pour autant dans le banal, on te dit, ni dans l’ennui. Elle n’est pas fatigante. Dans son appartement d’une normalité écrasante, place Jeanne d’Arc, elle passe d’une pièce dans l’autre comme une lumière chaude, comme un flamme paisiblement vivante. Ceux-ci, simple fait, simple constat, t’attendrissent.

Arrivé à un certain niveau de l’évolution, la vie véritablement humaine te parait ne pas être possible si l’importance fait défaut. Tu t’avanceras même et tu affirmeras qu’il y aurait autant d’humanité que d’importance ; que la mesure de l’humain consiste dans la quantité de l’importance qui y loge (ou qu’on lui prête, qu’on lui consent). – À cinquante ans, quand on ne sait ni combien a-t-on encore à vivre, ni comment vivra-t-on ce qui se trouve dans le panse du destin, on se restreint – on se rétrécit même – autour des choses qui se montrent incontournables. Le reste s’effrite, s’envole, se volatilise. Il en reste des traces de plus en plus fines (raffinées jusqu’au détournement ou jusqu’à la perversité, parfois), dans une mémoire de plus en plus concentrée sur (et contrée par) l’importance déjà évoquée (à la mesure de sa purification). Alors, si l’on a l’énergie – que tu as ! –, l’amour pour une cinquantenaire devient non seulement possible, mais très remplissant et enrichissant…

Ni l’un, ni l’autre ne recherchera pas d’entrer, de creuser trop dans le passé de l’autre. Sous peine de séparation ! On découvre, concomitant, son propre passé en tant que réalité extérieure à soi-même, en tant que méconnu, en tant qu’inconnu. Ce qui fait que le passé de chacun, la vase déposée au fond de chacun est, forcément, de plus en plus acceptable, l’avenir de chacun d’entre vous, Luisa et toi, étant de plus en plus court, de plus en plus très court !

Luisa ne veut plus s’auto-dépasser ; d’autant moins de s’outrepasser. Elle ne possède plus des sens vierges, purs, sur-excitables. Mais elle n’est pas sclérosée, pour autant. Elle est seulement apaisée. Elle veut aimer, certes, mais paisiblement. Ensuite : paisiblement, certes, mais de toutes ses forces. Et dans ce but, elle a besoin parfois de se retrouver seule, qu’on la laisse tranquille, « dans ses eaux », comme disait l’autre. – On te parle de Luisa ! – Elle a besoin que l’amour soit ramené à son échelle à elle. L’amour reçu, mais aussi celui offert, dispensé.

Autant marquise qu’elle soit, elle a du gérer la misère. C’est quelque chose, te di-t-on, n’est-ce pas ? Il s’agit de la vraie misère. De la misère vécue en chair et os – en amour. Une misère collée à la souffrance.

Explication. – Luisa porte en elle cette plaie ouverte. Julien, son fils d’un premier mariage, s’est clochardisé[3]. Il ne touche pas aux drogues, dit Luisa. Il ne vole pas. Ce n’est qu’un miséreux. Un profond miséreux.

Tu comprends tout. Tu sens tout. Le courant passe, presque au sens propre du terme, entre Luisa et toi. – Elle s’estime heureuse que Mireille, sa fille d’un deuxième mariage, ait connu un parcours normal[4].

Tu ne saisies pas pourquoi se dilatent ou se contracte-t-elles les prunelles de Luisa… On te le dise. Noires et luisantes au milieu de ses iris bleus clairs…  Lorsque vous faites amour, tu surprends un voile de plaisir dans son regard. À la fois tendre – et féroce… On te dit qu’elle se sent électrocutée par toi, Luisa. Tu deviens humble. En même temps, dans ta poitrine, la joie-force-fiérté-arrogance bouillonne…

Comme astuce, elle a la tolérance. Souvent. C’est de la vraie tolérance qui se manifeste même en l’absence de compréhension. Et ça, c’est… bandant. C’est maternel. À répétition, à plusieurs niveaux et degrés, pour ainsi dire. La maternité lui va comme un gant. Comme deux gants : elle est déjà plusieurs fois (trois, te dit-on) grand-mère.

Tu es grand et lourd. Luisa, elle, est petite, mince et, par rapport à toi (tu dirais même : pour toi), fine et légère. Cette différence de gabarit vous rend un peu raides. Pour ne pas ajouter que cinquante ans, c’est cinquante ans.

À cinquante ans, l’amour est une aventure tellement remplie de sagesse morte ! – Trop de sagesse nuit.

Luisa, avec ses yeux « trop bleus pour toi »… C’est une vraie joie de l’apercevoir, dans son appart, place Jeanne D’Arc. Un appartement moderne, impersonnel, avec vue sur l’église entourée les jeudis et les dimanches par un marché ni plus ni moins pittoresque que tous autre marché parisien… – Mère, grand-mère et amante à la fois, elle a l’air de saisir, de « réaliser » parfois le miraculeux de sa situation. Ce sont les moments les plus exquis que tu n’aies jamais vécu. Elle est, avec ses membres graciles, avec ses os fins, avec le calcaire-soleil-lavande de sa peau, avec ses mouvements d’une élégance très valorisante (pour elle ; et peut être encore plus pour toi), une étincelle qui tremble et clignote  sans cesse dans une vie pas encore crépusculaire !!

Vous habitez séparément, chacun dans sa demeure. Vous passez ensemble, quatre soirées sur sept. Parfois, tu dors chez elle. Parfois, c’est elle qui découche. (À cet égard, comment te voit-elle, dans ton appartement ? Comment, dans le sien ? Comment croit-elle être vue par toi ?...) Vous êtes bien, l’un avec l’autre, l’inconnu de l’un avec l’inconnu de l’autre.

Lorsque tu aperçois la flamme vitale de Luisa déambulant dans l’appartement place Jeanne D’Arc, la tendresse t’envahi. Tendresse, d’accord. Douceur, idem. Tristesse, ibidem. Les derniers sentiments de l’humain ? L’humain dans ses états ultimes ? Les dernières stases de l’humanité ? Ce qui (s’en) suit : la froideur tueuse, l’incandescence brûlante… J’aimerais remettre tout à plat et tout recommencer, tout reprendre avec mes enfants, que dit Luisa. Aussi, me laver de mes péchés… recommencer !... être généreuse, souriante, bonne !..., qu’elle dit. Ou du moins, ne pas faire du mal… C’est le maximum que l’on peut attendre de moi. Et encore ! qu’elle dit. 

Quant à toi, te dit-on, tu pourrais mettre à tout moment fin à ton histoire. Tu te sens fini et transparent dans l’éternité. Ce n’est pas que tu ne serait pas en chair et os. Tu l’es ! Ce n’est pas que tu ne serais pas né et destiné à la mort. Tu l’es toujours ! C’est parce que seul Bon Dieu sait pourquoi ! S’il y a un savoir pour ça ! Si ça permet d’être su.

Ni convictions, ni aspirations particulières. Ta femme t’a quitté justement à cause de ça. Tu ne pouvais être qu’ennuyeux. Soporifique. Le maximum de méchanceté (il faut être méchant pour être pris en compte), dans ton cas, c’était l’aigreur. Et encore ! Ta femme appelait cela platitude… …elle – « femme libérée », cherchait son équilibre entre l’insatisfaction fournie par son travail à l’ANPE, et celle de son foyer dépourvu d’enfants… …elle voulait et ne voulait pas en avoir… …tu n’en es pas sûr… …tu es sûr seulement qu’elle vous a fait passer des testes, elle et toi ; vous vous révélâtes « absolument normaux », elle et toi ; c’était seulement une question d’indifférence – ou, que sait-on ?, de volonté – divine. Elle haïssait ça. Elle te haïssait. Elle te quitta pour sombrer dans sa noire dépression. Elle t’en rendit coupable. Elle se désocialisa vite. Toujours en larmes, elle quitta le monde relationnel pour se réfugier dans une maisonnette héritée de ses parents, dans un mi-isolement malheureux au milieu et au profit des quelques citoyens d’un bled oublié du monde, près de Parthenay, pas loin de La Roche sur Yonne. À moitié perdue, elle fut mise sous tutelle. C’est une bonne femme très brave et correcte, qui s’est chargée de ne pas la laisser faire trop de sottises. Une femme du pays. Une femme de la France profonde. La demi-débile – MON EX[5] – lui fait part de ses réflexions… La brave femme de la France profonde lui prête oreille. Et ça, ça leur fait du bien, à toutes les deux paraît-il[6], te dit-on. On te demande d’y croire et d’(y) savoir, avec une joie forte et étrange, désinvolte, arrogante, d’une inconnue nature…



[1]              Je lui suis redevable : c’est lui, Marin Preda qui m’a fait entrer par la grande porte dans le pas trop grande littérature Roumaine, dans son  monde… Un monde de « consciences nationales », donc. ----------- Il y avait peu de dissidents en Roumanie. La plupart provenaient du monde littéraire.

 

[2] Tolstoïevski ?

[3]              (…le visage de Julien était émacié, « sucé » de l’intérieur, pâle… …il n’était pas malade, si la misère n’était pas une maladie… …Julien, le fils de Luisa… …cette photo, où il montrait une tête de Christ dont la souffrance n’avait réveillé ni l’intelligence, ni la compréhension et d’autant moins la révélation…)

 

[4]              Le fait qu’elle ait terminé ses études, qu’elle ait travaillé correctement, qu’elle se soit mariée, qu’elle ne travaille plus à présent, pour pouvoir se dédier entièrement à ses enfants (trois petits garçons), tout ça la consolait. Partiellement. Elle ne s’est pas perdue, sa fille. Du moins ! Son fils, par contre…

[5]              ----------- disons-le avec force, crions-le : celui qui dit tout ça, c’est moi, MOI ----------- non pas un quelconque ON ----------- …un ON quelconque... -----------

 

[6]              …maintenant, en même temps, ici, à Paris, dans son appartement d’une banalité écrasante, dans le treizième, déambulant d’une pièce à l’autre, comme une flamme vive et apaisée, Luisa te (ME) fait savoir qu’elle est enceinte… …dans son regard, une question… …Luisa est en attente d’une réponse… …tu (JE) ne sais ni ce qu’elle te de (ME) demande, ni, surtout, d’autant plus, quoi lui répondre… …du tout…

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