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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 14:16

 

 

Deuxième partie

                                                                

­            [Il fait noir. La boucle sonore passe à une intensité de plus en plus forte. Les lumières, d’abord faibles, ensuite de plus en plus puissantes, balayent les photos et les objets accrochés aux murs de la scène et de la sale. Le tout devient assourdissant, apocalyptique... - Soudain, tout s’arrête, en pleine lumière. - Au fond de la scène, une lumière argentée et vacillante évoque la lumière d’une télé.]

 

1

 

La marionnette

[le dos au public, en regardant « la télé »] Ils l’ont arrêtée ! Oui, ils l’ont arrêtée !

 

L’homme

[le dos au public, les yeux braqués sur la lumière de « la télé »] La pauvre ! La pauvre ! Après avoir tuer ses parents...

 

L’épouvantail

[le dos au public, les yeux braqués sur la lumière de « la télé »] Si ils les ont tués... Si ! Car rien n’est vraiment sûr. Surtout là-bas, en Ceausesculand ! Rien. [rire] Les Ceausescu mis à part. Encore que... [en se tournant vers le public] Qui sait s’ils sont vraiment morts ?! On ne les a pas vu mourir. On ne les a pas vu tomber sous des balles. On nous a montré uniquement deux cadavres assez bien maquillés par de la poussière. Voilà. C’est tout. C’est tout ce qu’il reste des Ceausescu. Ces images, cette morte incertaine. C’est tout ce qu’on veut nous faire croire. - Et, voilà, maintenant, ils ont arrêté leur fille, Zoé. Ils l’ont arrêtée...

 

 

L’homme

            [le dos au public, les yeux braqués sur la lumière de « la télé »] Elle est debout. Elle s’appuie contre un mur. Un mur neutre. Un mur quelconque. Les mains derrière le dos. Serait-elle menottée ?... Si ! Enfin, je crois.… Elle regarde vers le bas. Elle ne trouve pas le courage de regarder ailleurs, hors de son intérieur. À l’extérieur de son intérieur. Elle ne trouve pas le courage de recevoir ce qu’elle doit, ce qu’elle est appelée à recevoir de ce monde. – [en se tournant vers le public] ...Sa figure - ravagée par la résignation ! Ravagée ! Elle irradie une affreuse décadence. - ...On dit qu’en Roumanie circulent des vidéocassettes avec elle et ses jeunes gardes du corps... - Et vive la Securitate libre ! Le G.P.U. [prononcé:  « guépéou »] libre !... - Elle retourne, déroutée, déséquilibrée, dans la réalité. Dans la... normalité. Réalité, normalité, auxquelles elle n’appartient plus, et dont elle ne veut plus. [pause] Non, c’est clair ! Elle est virtuelle. La, à la télé, dans la télé. Virtuelle et vraie. Je sais. Elle découvre la foi et la loi; la justice dans la foi, et la foi dans la loi. Elle est terriblement apeurée.  Et elle a peur partout dans son corps. Je le sais. Pourtant, elle reste virtuelle. Virtuelle, mais vraie. On dirait même, morte... [pause] ...Elle est habillée d’un jean et d’une parka. Le capuchon rabattu sur son dos. Autour d’elle, les hommes sont munis de kalachnikovs. Ils portent des vestes matelassées. - [pause] ...Et...  Et elle... Est-elle toujours la fille de Ceausescu ? ... Toujours Zoé ?... Ça existe, ça ? La fille de Ceausescu ?... Zoé ?...

 

La marionnette

            [au public] Elle vieillit mal. Ou, peut-être, c’est la caméra? Ou - la foi... ? La loi, peut-être... ? Elle se tait. La caméra tourne autour d’elle. Nous tournons autour d’elle... Elle se tient coite. La caméra prend possession d’elle. Nous prenons possession... Elle est muette. Crispée.

 

L’épouvantail

            [au public] Elle est en vie. Ses frères aussi. Etonnant, non? Ils les ont laissés en vie ! Ils sont fous, ou quoi ? Ou, ils sont de la même tribu, de la même chair, de la même substance..., de la même nature ?... [pause] Il parait qu’elle aurait dit: « Je crache sur le nom de Ceausescu! »

 

 

 

[Noir soudain. Brusquement, la boucle sonore - à une forte intensité. Les lumières balayent les photos et les objets accrochés aux murs de la scène et de la sale. Apocalypse... - Le vacarme s’arrête soudainement, en pleine lumière.]

 

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