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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 07:40

Avant-propos

 

Comment ne pas être lourd lorsqu’on touche à la migration (é ou im) ? Superflue pour beaucoup, dépassée et transgressée pour encore plus (par la vie même, espèce de migration erratique entre la naissance et la mort), la question nous pousse vers le racisme et vers l’eugénisme ou, au contraire, vers un métissage accéléré et vers l’unification raciale ----------- vers l’expansion transgénétique et cosmique, encore plus lourde  que celle vers le Far West… Notre ADN erra bientôt parmi les étoiles solaires ou hyper-solaires, allumées ou éteintes, parmi les trous plus ou moins noirs ou morganatiques, emporté par des méga-ondes rayonnant de microfictions bipédo-parlantes (humanoïdes, humaines, divinoïdes, divine ----------- et tout !), parmi des vides de tous bords…

 

Nulle part

 

Que je te raconte. Le cul de sac est parfait. Sans faille. Et tu parles d’une niche, d’un terrier. Il n’y a pas de sortie.

- Entre nous – entre parenthèses – c’était par où l’entrée ?

Mais c’est plus que dans le sketch de... Comment qu’il s’appelle ? Le belge, voyons. Le gros-là. Grand et gros. Génial. Et qu’il s’engage dans un sens giratoire dont toutes les sorties sont barrées par des sens interdits. Génial !

Enfin ! Là, c’est plus que ça, c’est le manque total de sortie. Ce n’est pas que la sortie existerait et qu’elle serait interdite. C’est qu’elle n’existe même pas – et basta ! Et pourtant, je m’en suis sorti, je suis toujours vivant. Me voilà et revoilà. Touche-moi. Tu vois, on peut me toucher. Ça peut donner du courage à beaucoup. Le chômage ! Quelle histoire, le chômage ! J’ai été chômeur, moi. Moi aussi, comme toi. Plus même, peut-être. J’étais un étranger. Ce qui explique beaucoup. Tout, peut-être. Les étrangers sont plus méchants que les natifs. Ils s’accrochent avec la force de l’envahisseur. J’en fus un. J’en suis plus. En tout cas, on s’en sort si l’on s’accroche. Je te le dis, moi ! Même si ça débouche sur des sens interdits; et dans un noir complet. Tu t’en sors. Et tu t’en sortiras, toi aussi. Je te le promets. Que tu me crois ou pas, aucune importance. Je te le dis. Tant que tu restes pour m’écouter, aucune importance. Je te le promets !

Bon. Je viens de l’Est, alors. De mon Est à moi. Pas de votre Est à vous. Je veux dire qu’il est simple, voire simplet ce votre Est ! À peine savez-vous, par exemple, que la Slovénie, la Slavonie et la Slovaquie ne sont pas vraiment la même chose. Ni Budapest et Bucarest.

 

Comme si on pouvait être d’un anticommunisme secondaire ! Ou supérieur. Ou très supérieur !... Quelle connerie, ce très supérieur ! Mais le très médiocre... hein ? On est anticommuniste ou l’on ne l’est pas. Pour le supérieur ou pour le médiocre c’est pareil.

Et moi, j’en suis un ! Je veux dire, un anticommuniste.

Mais, quelle importance ! Avec ta cervelle de soixante-huitard retardé au chômage, tu vas penser, toi aussi, comme beaucoup, avoir affaire à un réac primitif. À un anticommuniste primaire !

Bon. Donc. J’arrive de mon Est à moi. Non-différencié pour vous, les aborigènes. Le barbare arrive. Avec son anticommunisme irréductible. Avec son anticommunisme primaire. Tenez bon ! Bon. Donc. Il arrive. Et il doit gagner son pain. Son pain à lui. Il a sa femme et ses deux gosses – à nourrir ; qui, eux, ne veulent même pas savoir quant aux quoi et comment sont-ils nourris.

C’est ma tournée. Qu’est-ce tu prends ? Tu ne veux pas changer ? Moi, si. Je veux changer. Pas trop. Et pas cher. Vous me mettez moitié-moitié de la gentiane et de la mirabelle. Oui, je vais me soûler. Quelle importance ? C’est pas on jour comme les autres. On ne vend pas tous les jours trois reliure cuir dans la journée ! Et pour Monsieur, la même chose, s’il vous plaît. Et deux pressions. On va être kaput. Et tant pis !

Bon. Donc.

J’arrive, alors. Je dois nourrir les gosses et la mulier... Et je me plante ici, au pied de la Tour Montparnasse, pour lorgner le monde qui me reçoit mais qui m’assiste d’une manière tellement désagréable que je me demande – moi, l’assisté, avec mon Est en moi – si je ne dois pas partir encore plus loin. Aux States, par exemple. Au Canada. En Afrique du Sud. N’importe où, ailleurs. Au Brésil... Mais pas au Laos, ni au Cuba – hé hé hé...

 

Hé hé hé… Oui, c’est le rire de la chèvre. Les chèvres rient, elles aussi. Toutes ! Elles en ont le droit, non ? Comme nous tous. Comme vous tous !... Hé hé hé...

 

… Naturellement, je suis prêt. Prêt à tout. À laver les chiottes, en l’occurrence et bien sûr. Mais pas à braquer une banque. Il n’y a pas assez de violence dans mes tripes. Il y a même du néant.

 


    

      Le néant émane beaucoup d’énergie. Peut-être toute l’énergie. Hé hé hé…

 

 Un peu trop même, si l’on y regarde de plus près. Enfin. Bon. Donc. Je regarde les cinquante et quelques étages. Et je me demande pourquoi on les a entassés l’un sur l’autre jusqu’au Panorama du haut, annoncé par les affiches d’en bas... Bon. Et je me demande combien de chiottes il y a dans cet amas de béton et de vitres. Et si je pouvais y trouver une place. C’est beaucoup pour une seule créature. Et dès qu’on a besoin de plusieurs, on se heurte contre la porte d’une société, contre une société. Or, moi, moi je n’en étais pas une. Sauf si tu trouves que j’aie une gueule de société, moi, ou que mon monde intérieur, avec son URSS, soit suffisamment riche pour pouvoir remplacer la société... C’est rien. C’était pour rire. C’était un esprit de blague. Ou une blague d’esprit, n’est pas ? – Laisse tomber ! – Quoi ! C’est rien.

Bon. Donc.

Et en ce moment, elle s’arrête en face de moi. Spectacle et re-spectacle ! Grande, souple, les hanches serrées dans des pantalons léopard très moulés. Des bottes hautes, rouge-carmin. Veste gris-pétrole, en velours, qui fait des eaux. – Belle image, hein ? – Chevelure blonde-rousse. Artificielle. Parfumée. Elle a des yeux de cuivre et fume un gros cigare. Me regarde avec une expression d’intérêt, d’envie, d’attention, de mépris et d’ironie. Je crois y percevoir de l’humour presque. Presque, parce qu’elle est trop féroce. Elle n’en est pas capable. D’humour, je veux dire. D’une ironie souvent grossière, si, peut-être, mais pas d’humour. Bon. Donc.

Elle fume un gros cigare. Plus gros que son pouce, même. Elle a des mains fines, avec des longs doigts, élancés mais fermes, puissants.

Elle me parle. Je lui réponds. Elle sourit. Moi non plus. – C’était toujours un esprit de blague, quoi ! – Et me voilà dans son bureau. Au trente-cinquième. Elle m’explique (je pourrait dire même qu’elle m’applique, tu verras pourquoi, tout de suite) en raccourci le fonctionnement de la boîte. Tout le monde, qu’elle dit, secrétaires et standardistes mis à part, touche seulement une commission sur les ventes. Le vendeur, dix pour cent du prix de vente. Son chef, huit pour cent de chaque vente de son équipe. Le chef des chefs, cinq pour cent de chaque vente de son équipe d’équipes. Et ainsi de suite.

D’ac. Si tu veux... Encore que, avec tes ventes, tu dois être encore loin d’être à l’aise...  Je suis gentil, n’est-il pas?... La même chose pour moi, s’il vous plaît, merci.

Bon. Donc. Pour finir et pour changer de conversation. Si tu veux, on peut parler femmes. Ou autres animaux et bijoux. Bon. Pour finir, elle me trouve sympathique. Elle m’offre une chance. O.K.. Je peux essayer...

 

 

Elle appelle un des ses chefs d’équipe. Elle me présente. – O.K., que dit l’autre, et se tire. Il connaît la chanson et les pratiques. Et elle se positionne de telle façon que je n’ai plus le choix : je dois mettre ma main sur ses cuisses. Elle écarte les jambes. Elle me demande, sans me demander, tu vois ?, de lui lécher la chatte. Mais ça pue. – C’est au-delà de mon pouvoir. (Je gerbe. Dans mon intérieur. À côté de mon URSS, tu vois ?) Elle se montre supérieure, très supérieure ; de toute façon pas assez médiocre : elle me pardonne. Elle me sourit et me console. Des caresses, tiens. Elle me donne un cigare et me demande de la lui faire avec. C’était dix ans avant Monica et Bill. Hé hé hé. Aucun problème. Je le fais cette fois avec autant de talent qu’elle m’envoie voir mon futur chef d’équipe...

 

…Je peux travailler. Vendre des encyclopédies. Je vais lui faire, les jours qui suivent, d’autres choses. Des choses... des choses, quoi ! Bon. Donc. Je commence à travailler. Je dépose des dépliants dans les boîtes aux lettres. Je passe quelques deux mille coups de fil par jour en dérangeant les gens et en les demandant des rendez-vous... De la publicité gratuite, quoi ! On n’en est pas payé pour... Le meilleur moment c’est le soir.  Lorsque la maisonnée s’est ramassée de la ville. Là, tu peux obtenir un rendez-vous efficient. À midi, ou dans la matinée, tu tombes sur des bonnes femmes en manque...

 

 

Tiens. Que je t’en raconte une. Bon. Donc. Je téléphone et elle donne rendez-vous pour tel jour à quatorze heures. J’y vais. C’était dans le seizième. Rue du Hameau. Tu vois où c’est ?... Ça n’a pas d’importance. Bon. Donc. Des gens friqués. Interphone et tout. Je monte, l’exemplaire de démonstration sous le bras, et au premier on m’ouvre. Elle est jeune, assez mignonne. Elle sent le parfum. Elle me fait entrer en s’excusant : elle est au téléphone. Je la suis. Séjour banal, mais riche. Elle reprend le récepteur : « Ca y est. Il vient d’arriver. Comment ? Quoi ? Ha ha ha ! Mais non, je te dis qu’il vient d’arriver... » Elle continue. J’aperçois un gamin de deux ans au grand maximum qui, le pouce dans la bouche, me regarde impassiblement. Je suis quelque chose. Elle finit de parler et prend le gosse d’une aile pour le mettre ailleurs, dans une autre pièce. En revenant, elle s’assoit sur le canapé, la jupe large et très légère laissant deviner qu’elle s’est harnachée un porte-jarretelles... Son regard, d’ailleurs, est très éloquent.


 

Je l’ai baisée. On a baisé. Mais sans joie. Du tout. Ni d’un côté, ni de l’autre. Son mec était au travail et, probablement, il était vieux ; ou sévère ; ou ennuyeux. Elle était jeune et seule et ne savait quoi faire de sa vie. Alors elle couchait avec des VRP. Parmi d’autres. Et parlait de ça avec sa copine. Si ce n’était pas sa mère. Non ? Avec l’enfant enfermé dans la pièce d’à côté...

 

Tout ça pour te dire que j’étais de plus en plus fatigué « comme tout » quand je rentrais. On habitait Rambouillet à l’époque. Dans ses banlieues, plutôt. Une bonne heure et demie de route. En train ou dans des embouteillages. Je tombais, littéralement. Crevé. Je devais me coucher illico-presto, avant que ma vieille ne puisse formuler des désirs... Eh, ben, qu’est-ce que tu crois ? En me voyant si fatigué, crevé, elle s’est découvert des réflexes révolutionnaires. Et que je devais pas me casser ainsi. Et qu’il y avait des règles et des lois dans ce pays. Des syndicats, qu’il y avait ! Et qu’il y avait un parti communiste, aussi ! Alors, avec tous ces « il y avait », il ne fallait me laisser faire... Et tout un programme. Dire qu’elle avait fui l’Est, le sien, et ses cocos ! Tu comprends ?... Elle m’a quitté dès que possible. Dès que le mur du Berlin est tombé, elle a embarqué les gosses et est rentrée avec eux au pays. Chez ses cocos déchus (de l’URSS, de son URSS, et d’au-delà de lui) qui, pour elle au moins, valaient plus que ce monde ouvert et libre d’ici. Et que la démocratie n’est qu’une dictature impersonnelle, et tout. Voilà ce qu’elle a dit ! Bon. Donc. C’est ça le noir complet dont je te parlais tout à l’heure. C’est ça, et pas autrement. Donc... Et c’est tout. Je ne sais même pas pour quoi je t’ai raconté tout ça. C’est pas très drôle. Et finalement, ça manque non seulement d’importance, mais aussi de consistance. J’ai vendu aujourd’hui trois reliures cuir. Ça s’arrose. Et ça s’arrose pas seul. On voit bien. On emprunte le rond point sans issue aucune, et puis on arrose.

 

C’est du solide, ça. Du noir solide. Quoi.

           

 

 

 

 

 

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