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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 14:36

Avant propos

Tragédie : l’homosexualité féminine confrontée à la fécondité féminine. Dans ces paramètres, la maternité ne peut être que boiteuse.

- Au moins.

Le plus souvent et en final ----------- tragique.

Quoi de plus actuel dans notre temps s’ouvrant sur une nouvelle ère matriarcale ?

Entre la domination sexuelle, le pouvoir economico-socialo-politique et celui de mettre au monde des nouveaux morveux-merdeux, la femme perd le nord ----------- le sud ----------- l’est ----------- l’ouest ----------- la tête ----------- à l’instar de son prédécesseur, l’homme.

- Mais pas au profit de ce dernier.

 ----------- Il n’a pas su quoi faire de sa liberté, le mâle devenu homme. Il a soumis la femelle devenue femme et il a fait la guerre.

----------- La femme, elle, a menait sa propre guerre : contre l’homme.

Victoire ! La femme, « l’avenir de l’homme » comme disait un versificateur communiste ----------- a soumis l’homme ----------- non pas par la séduction, mais par la force ----------- sociale ----------- et s’est retrouvée violemment seule, face à elle seule dans une société sexuellement débridée où même l’asexualité devient sexualité ----------- seule ----------- elle-même. Elle n’est plus une femme. ----------- L’homme n’y est plus ----------- pour la cerner, la convoiter, l’assiéger, l’idolâtrer, lui faire la guerre… ----------- pour faire d’elle une femme.

Fière d’être enfin elle-même, libre de se retourner contre elle-même pour compenser l’absence de l’homme, libre de donner une autre image à son hystérie profonde et permanente, elle pleure sa solitude ----------- toujours.

- Inutile.

Voilà l’aire qui se donne aujourd’hui.

 

N.B.        L’auteur n’a que très peu affaire à cela. Mais ----------- quand même.

                - Une peu, un minus, moins peut-être…

 

 

Lesbos dépravé

 

         C’est limpide comme l’eau de roche. J’ai perdu tout repère.

Ce que Eugénie veut dire est assez simple.

Je suis lesbienne. Je l’ai découvert par bêtise. Comme on découvre la cigarette, l’herbe, le tatouage, le piercing. J’ai essayé. J’ai fait l’intéressante. C’était intéressant. C’était très bon. J’étais libre. Enfin ! C’était beaucoup plus clair qu’auparavant, de surcroît. Plus de questions inutiles sur les mecs. Plus de réponses débile, non plus. Un porteur entesticulé de bite, c’est nébuleux. Y a pas de photo. Même pas ! Voilà ! Je me suis émancipée. D’ailleurs, qui peut comprendre qu’est qu’un homme ?

A partir de dix-sept ans, Eugénie élimina complètement les hommes de sa vie. Les femmes lui suffirent. Elles furent le support de sa libération ou, si l’on veut bien, de sa « solitudisation », de son individualisation, de sa… singularisation. Une certaine paresse, une certaine lassitude s’emparèrent d’elle. Elle avait découvert les bienfaits de l’absence de l’autre sexe.

Les siens ne se montrèrent pas trop brutaux avec elle. Ils furent pourtant incapables de la comprendre. Ils ne se comprenaient plus eux-mêmes, d’ailleurs ; – à cause d’elle, disaient-ils (ce qui donna lieu à des scènes-conversations dérisoires, baignées dans une lumière plutôt triste, teintes d’une certaine couleur de « douleur contagieuse »).

- Ils ne l’assumaient plus.

Chose valable, pareil, pour eux-mêmes : ils ne s’assumaient plus.

Eugénie comprit que la meilleure chose à faire sera de s’éloigner d’eux. Non pas de les quitter sèchement, tout court, mais de partir lentement, pas à pas, en se laissant remplacer petit à petit par l’oubli. – Cicatrisant !

Pour elle, pour Eugénie, cette séparation fut plus simple qu’elle ne paraît. Comme il a été déjà dit, elle trouva satisfaction avec et dans des femmes.

Jusqu’à présent. Présent commencé je ne sait pas quand et où. – Je pense qu’il s’agit du deuxième grand instant de ma vie (qui en compte trois, actuellement).

Le premier fut son premier orgasme. On a faillit la rendre complètement folle.

Il fut tellement bien que je ne me suis pas retrouvée tout au long d’une bonne semaine. Tous mes complexes (et j’en avais, c’est peu de le dire !) ont trouvé un autre domaine d’évolution et de développement. L’intensité du plaisir, mais que dis-je, du bonheur vécu, à été tellement grande, la secousse tellement forte, que j’ai décroché de tout ce que je croyais être moi-même, pour m’évaporer, m’apaisanter (je veux dire, l’opposé,  le contraire du « gravitationner ») dans un espace incendié  colossal et ardent… À l’instant, c’était ma seule dimension, cette fournaise silencieuse, muette et sans flamme, cette infinie combustion aveugle.

Elle peut s’attarder long temps sur le sujet, Eugénie. Le souvenir de ce qu’elle ait vécu à cette occasion est toujours extrêmement vivace et fort, vivant et subjuguant. C’est en ça que réside aussi sa sauvegarde, son sauvetage, d’ailleurs. Elle peut s’y réfugier (pas pour trop long temps, pour ne pas banaliser la chose) lorsqu’elle est déprimée ou déroutée, excédée, exaspérée, désemparée, désespérée, décomposée…

Je ne sais pas si j’ai commencé à perdre mes repères à cette époque-là, lorsque j’ai pris le courage de faire à Juliette ce que l’on m’avait fait à moi. C’est tout à fait possible. Le courant (de plaisir ? de bonheur ? de quelque chose qui ne porte pas son nom encore ?) qui a traversé Juliette est revenu vers moi ; – est entré en moi. Juliette était une petite brune aux yeux verts, tristes ou pervers. Le courant était frais et chaud et aromatique. Comme un songe, comme  c’est pas possible. Il m’a transpercée sans pitié, objectivement. Il tenait, il venait de Dieu. L’impuissance passait en puissance.

Et voilà, tout est parti de là. C’était alors que j’ai touché de cette manière (arrogante, bénéfique), pour la première fois, Dieu. Stupide et pas tout à fait. – Je suis devenue lesbienne par humilité, et non pas par trop plein de vie, non pas par énergie ou par arrogance. Ni par bonheur. Cependant je fus récompensée. Beaucoup.

Ensuite, tout s’enchaîna d’une manière tellement inattendue que ce ne pouvait être qu’inéluctable.

À vingt-quatre ans seulement et en désaccord avec sa couche sociale et, peut-être avec sa génération, Eugénie ressenti impérativement qu’elle devait faire un enfant. Ce fut comme un ordre. Bon et irrépressible. Surhumain. Il n’y avait pas à discuter. Elle devait mettre en route la machine à répéter l’espèce, qui se trouvait à son intérieur. De nouveau, elle touchait (à) Dieu.

On dit que les vraies racines on les trouve dans l’enfant que l’on fait. Certainement. De toute façon, si l’enfant s’absente, il y a un manque de racines.

Mais en ce qui me concerne, c’était plus que ça. J’avais découvert, j’avais senti, j’avais connu que parler vrai n’était possible qu’avec ses propres enfants. (Au pluriel ! – S’il vous plait !)

J’étais en manque. J’étais en manque de presque tout. J’avais découvert que la logique ne sert pas toujours et, en plus, qu’elle ne vaut pas grande chose lorsqu’il s’agit des données, des réalités qui n’ont rien à voir avec elle, avec la déduction, avec l’induction, etc.. Rien de déductible ou d’inductible ou d’etc. dans la réalité d’un enfant. Il se contente d’être (ou de ne pas être) là. Avec lui, sa réalité. À la portée de la main. (Lorsque je disjoncte, je dis : à l’infinie portée de la main ; à la portée infinie de la main ; à la portée de la main infinie ; à l’infinie portée… Je dis aussi : cette réalité fait souffrir la présence – de et par l’absence ; et l’absence – de et par la présence.) Et c’est tout. Il n’y a rien à ajouter ou à expliquer. Rien à attendre. C’est comme l’espace. Comme le temps. C’est UN PIÈGE. On l’appréhende – ou on l’appréhende pas. Moi, c’était « oui ».

Elle n’avait pas beaucoup d’argent, Eugénie. Elle contracta un prêt à la consommation et alla aux Pays-Bas, pour se faire inséminer « artificiellement ».

Lorsqu’on m’a dit que c’était bon, que la grossesse s’était… enracinée en moi (que j’étais piégée ; d’une certaine manière, déresponsabilisée ; fatalisée), que le gosse-racine se trouvait là – en moi –, je faillit mourir. C’était radical. C’était absolu. Je pouvais vraiment faire un enfant ! Moi ! Je pouvais l’impossible. Je pouvais l’inadmissible. – Ce n’était pas moi !!! Ou, si, pourtant, c’était moi…, moi…

 - Qu’est-ce que c’est que d’être soi-même ? Qu’est-ce que c’est que d’être moi ?…

 C’était le vacarme, cri énorme, le tonnerre, le pas fracassant d’un ange.

Elle a fait une connerie, à ce moment précis du récit, Eugénie. Peut-être la plus grande connerie de sa vie.

J’ai cru que, dorénavant, du moment où non seulement que j’avais accès à l’impossible, à l’inadmissible (je les possédais tout en étant possédée par eux), du moment où ils m’étaient permis –  tout m’était permis. Ni plus ni moins : tout, le tout. En l’occurrence, de ressayer un homme. De le mettre à l’épreuve. L’épreuve de moi-même. Et de me mettre moi-même – de me soumettre – à son épreuve; à l’épreuve de sa masculinité ; à l’épreuve de ses exigences sans sens, de sa férocité, de la dérision outrageante, de tout ce qu’on lit dans ses yeux dès qu’on accepte de… coopérer) ; à l’épreuve de son manque de contenu ; à l’épreuve de sa nébulosité – et de la mienne. De (re)devenir une femme. Réelle. Vraie.

- Un pendant de l’homme.

Quelqu’un qui s’accroche à lui, qui se soumet à lui…Tout en le tenant bien.

- En le dominant.

Une de celles qui papote avec le serpent et qui croque la pomme, pendent que lui, son pendant d’homme à elle, dort. Voilà ce que j’ai cru. Ce que je me suis permis de croire. Sans justification, sans précaution, sans mesure. Je voulais coucher avec un mec. Avec un porteur de bite, garni des couilles. Qu’il me les écarte et qu’il me l’enfile. Comme tout le monde, je veux dire. Comme toute femme – avec et par tout homme. Mais ça, c’était au début, seulement. Ensuite, la démesure est devenue du néantique. (En disjonctant : du néant – pour moi, par rapport à mes propres dimensions, à mon existence ; réelle ou chimérique, cette existence, tu parles !)

Et bla-bla-bla, et bla-bla-bla. Ce qu’elle veut dire c’est qu’elle s’appliqua à se faire remarquer par des hommes, à draguer…, mais qu’elle n’aboutit pas à ses fins. Elle ne savait plus où se situaient ces fins, d’ailleurs… Où les situer ? Elle est alors allée rue des Mauvais Garçons, chez Bibi, dans cette boîte plus ou moins clandestine de rencontres pour les extaso-friqués. Elle descendit dans le noir de la cave en picorant quelques préservatifs dans la corbeille mise à la disposition de la clientèle, sur le zinc. Une fois arrivée en bas, dans le noir exquis et haletant, on l’approcha, on lui fit ce qu’on a voulu, pu, permis de faire. À l’aveugle.

Deux des préservatifs cédèrent.

Ma tête était comme de la poussière boueuse, lourde, sans forme, mais manquant étrangement de consistance. Le lendemain, je veux dire. Le matin. J’étais seule, chez moi. Les rideaux laissaient entrer quelques rayons lumineux. Il faisait beau, certainement. Dehors, je veux dire. Intérieurement, par contre, par contraste, c’était le désastre. Je me suis dit et, d’un coup, une fois la chose articulée, je me suis rendue compte, que le SIDA était peut-être déjà là, dans mon intérieur. À l’intérieur de mon bébé aussi. À l’intérieur de mon intérieur, pour ainsi dire. À l’intérieur de mes racines. Toutes nouvelles qu’elles soient, même pas formées, encore, et déjà pourries, ces racines…

- Ce piège !

Comment est-ce que j’ai pu faire ça ? Comment ? Être tellement bête, tellementi crétine, je ne me croyais pas capable. Comme s’il s’agissait d’une capacité que d’être bête, crétine !

Mais, ce n’était pas tout. Bien sûr que non.

J’étais affolée à l’idée que je devais avorter.

Ce qu’elle veut dire en réalité, ce qu’elle veut dire pour de vrai ressemble plus à de remords qu’à autre chose. Elle se reproche d’avoir forcé (d’une manière diabolique) la petite âme du pas-encore-enfant, d’accepter – de venir se blottir dans – son ventre à elle. L’enfant, son âme, avait cédé et obéi au chant materne dévié, dépravé plutôt (materno-ondinien, materno-sylphidien, materno-sirènien) qu’elle avait entonné (en silence, sans voix, « muettement » mais avec une force et un éclat qui dépassaient de loin les capacités de son propre corps malmené, lui, par une âme qui refusait l’appareillement, l’accouplement – mais pas la reproduction) lorsqu’on lui « implantait » ses propres ovules (personnels) fécondés par des spermatozoïdes impropres (et impersonnels). Elle se dit qu’elle avait trompé cette petite âme « innocente » qui vacillait maintenant, qui tremblotait et clignotait dans les ténèbres de son ventre…

Qui donc ici, dans la présente histoire, ici, dans le monde physique ou ailleurs, n’importe où, même nulle part, qui donc est passé par ce que je vis, moi, maintenant ? Je suis seule, sans personne en face de moi pour me regarder, comprendre, pardonner. Ni mari. Ni parent. Ni enfant. Rien. Moi.

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