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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 15:17

 

Avant propos

 

L’autre ne meurt pas quand on veut. Il meurt quand il veut lui. Et encore, pas toujours.

- La mort de l’autre este une question de patience.

Alors, parlons un peu patience.

Il y a des ceux qui, dans la proximité de la mort, en patientant, se mettent à réfléchir. À leur guise ou non. Réfléchir ou, du moins, sentir ----------- des choses jamais ressenties auparavant. Mais il y a aussi des ceux qui ne le font pas, qui ne réfléchissent pas, qui ne sentent pas. Du moins, pas de ces façons fraîches, inattendues, enrichissantes. ----------- Ou pas du tout.

Et même si cela peut représenter une perte pour le monde, le monde ne cesse pas de s’enrichir ----------- aussi ----------- en perdant.

Intéressant ----------- ou pas ----------- non ?

 

 

De l’esprit dans une chambre d’hôpital

 

Une chambre banale d’hôpital.

- Dans le lit, un homme.

Gros et grand, avec la chevelure complète, extrêmement blanche. Sans dents. Ses lèvres paraissent absorbées par le vacuum buccal. Jadis, il avait sûrement été un bel homme. Il a les yeux fermés. Ses bras gros et décharnés, tranquilles, longent le corps très vaguement animé par une respiration inaudible qui fait quand même bouger un petit peu le ventre gros et bombé.

- Une des veines de sa main gauche est percée par l’aiguille de la perfusion.

Classique !

Près de la fenêtre, dans un fauteuil aux bras métalliques et à la couverture en plastique vert, se trouve assise une vieille solide, grande, massive, compacte. Ses cheveux gris sont serrés dans un chignon soigné. Les pommettes et les hanches larges, elle est taillée à la serpe. Elle pose un regard bleu-gris dur, de félin neutre, sur le corps du mourant. Elle attend que l’on meure.

On sait que l’homme, lors de ses ultimes secondes de veille, avait gémi :

- Je la sens, maman ! Elle est là. Elle tourne autour de moi ! Ne m’abandonne pas, maman ! Elle va m’emmener !...

On sait que l’homme a été, dans sa vie active, antiquaire. On sait que sa femme, qui (le) guette et attend qu’il meure, n’a jamais travaillé, elle. On sait que tous les deux avaient déjà été mariés. Elle, avec un riche vieillard, qui lui laissa un peu d’argent par testament (le reste de sa fortune étant englouti par les héritiers issus de ses quelques trois mariages précédents) ; avec elle, le vieillard n’a pas eu d’enfants. Lui, si.

- Avec quelqu’un qui lui avait fait quatre gosses.

On sait que tous ces jeunes, d’un côté comme de l’autre, ne les aimaient pas. Ni lui, ni elle.

- Et réciproquement.

Ils évitaient de se voir.

On sait, ensuite, qu’ils n’ont pas eu d’enfants ensemble, l’homme en train de mourir dans son lit d’hôpital, et la femme qui (le) veille dans son fauteuil d’hôpital.

On sait qu’ils ont mené une vie « bourgeoise », lui et elle, lisse, dans un cercle de gens assez aisés et assez cultivés.

Ils ont voyagé. Ils ont accumulé certaines « valeurs » ; des couverts en argent et des bijoux en or, des tableaux et des petites sculptures bien situés dans les catalogues ; quelques meubles, un peu d’argent déposé à l’étranger.

On sait, ensuite, qu’après la mort des parents et de l’un et de l’autre, ils se sont sentis – retrouvés ! – très seuls sur cette terre, l’homme qui meurt dans son lit d’hôpital, et la femme qui veille dans son fauteuil d’hôpital. Voire, lâchés !

On sait qu’ils ont adopté une petite éthiopienne fine et gracile, très gentille, câline et drôle...

On sait ensuite qu’ils n’ont pas été heureux avec la nouvelle arrivée dans leur vie. La fillette adoptée, en dépit de sa gentillesse, de sa tendresse et de sa douceur, est devenue un facteur de désordre dans la vie de ses parents adoptifs. On sait que, une fois la fillette adoptée, la femme s’est rendue compte qu’elle ne supportait plus son mari.

- Il la gênait.

Il gênait tout le monde. Voilà ! Il n’était pas haïssable. Il était seulement encombrant. Embarrassant. C’était tout. Qu’il s’en aille, donc ! Il était temps qu’il le fasse. Grand temps, même ! Voilà !

La femme, maintenant, inquiète mais soulagée, regarde avec ses yeux immobiles, de félin neutre, le moribond. Elle voit le précipice. Elle voit le mourant au bord de l’abîme. Elle attend que l’agonisant se décide, qu’il prenne le courage de s’en aller, de s’envoler. Qu’il y saute, y plonge, s’y laisse tomber. Y fonde. Y disparaisse. Elle sait maintenant ce que c’est que mourir. Avec tout autant de finesse, d’exactitude et de certitude que, lors de l’arrivée de la petite dans sa vie, elle a appris ce que c’est qu’enfanter.

- Elle n’a plus besoin de lui.

 

L’esprit qui plane, en remplissant la pièce où l’homme meurt et la femme guette et veille, est très riche en savoir. Il s’auto-fractalise, s’auto-liquéfie, s’auto-restructure. Il bouge sans cesse. À l’infini. À l’infini intérieur. Imprévisible. Insistent.

 

 

Il lâche dans la nature un espace sans volume, « un champ » où tout est renversé, où c’est la femme maintenant qui est le corps alité, et c’est l’homme qui, assis près de la fenêtre, guette et veille. Un endroit où c’est lui, l’homme, qui trouve qu’elle a assez vécu, la vieille ; que la petite adoptée, tendre, gentille, qui serait devenue un facteur de désordre dans la vie du couple, etc., cette petite, donc, et lui même, pouvaient très bien se passer d’elle, de la femme mourante, enfin, de la forme humaine compacte qui n’arrivait pas à mourir.

 

 

La modification est de taille et, en même temps minuscule, peut-être même inobservable ----------- [(l’homme = la femme) = (la femme = l’homme) = la mort].

Il y a de l’esprit dans la pièce.

- Et du savoir.

Pour le reste, même si tout est visible et évident et tout ----------- aucune importance

 

Pas du tout besoin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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