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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 14:29

Avant propos

La Vierge de la Pietà de Michel-Ange a parlé à cette femme. (Voir ci-dessous.)

Elle a tonné dans ses entrailles. ----------- À mi-chemin entre torture et sublimation. ----------- Son intervention n’a pas été appropriée  au « réceptacle ».

 

Pietà

 

- À moi.

Ma minuscule personne pourrait être détruite. Et ce n’est toujours pas fini. Je ne suis pas faite pour de telles révélations, ni pour de tels sentiments.

- S’agirait-il de l’effet d’une certaine indigestion culturelle dont je suis la victime, depuis un moment ?

Je vis depuis un moment avec l’impression que ce que je sais non seulement n’est pas grand chose, non seulement ne sert pas à grand chose, mais c’est quelque chose d’empoisonné, de malfaisant.

- Une sorte d’assimilation « contre nature » des engins et des ingrédients culturels.

Quelque chose de maladif et de criminel. Un certain métabolisme malfaisant, néfaste des minéraux, des végétaux, des spectres animaliers…

Je suis prof d’histoire de l’art. Je suis une femme (femelle ?) seule, pas très belle, voire même pas belle – et libre. Je suis sans être. À l’exception des moments où je suis JE SUIS, comme il paraît qu’avait dit l’autre… Chose valable pour le moment dont il est question en ce qui suit. Le moment où la Vierge m’a interpellée. (Ou, peut-être, c’était Son Fils ; à moins que ce ne fût les Deux, ensemble ?)

Le moment a été hyper court. La Vierge de la Pietà de Michel-Ange a parlé à cette femme. ----------- Foudroyant. ----------- Ou j’exagère ? ----------- En tout cas, tellement profond, que la mémoire le garde aujourd’hui encore dans son espace peuplé de mystères soulevant l’effroi. Un moment pourtant pas destructeur. Pas destructeur sur le champ, je veux dire. La mort ne m’a pas prise dans ses bras. Et réciproquement : je ne l’ai pas prise dans mes bras, la mort. – Tel que le faisait la Vierge, avec Son Fils torturé même mort ----------- sur le champs.

Pas de Pietà, donc, de ce point de vue.

« De ce point de vue », tout c’est passé devant le group statuaire de Michel-Ange. Regardé de près, c’est du marbre, de la pierre. Pas plus. En tout cas, les traces laissées par le fou qui a tiré avec son revolver sur le rocher évidé sont visibles. Ce sont elles qui donnent cette certitude : c’est de la pierre qu’il s’agit, de la pierre noble, certes, mais toujours matérielle ; de la matière cristallisée ; du marbre, et pas plus que ça.

Mais – et ainsi on touche à la partie suspecte de culture de cette histoire –, on peut très bien imaginer qu’on injecte, qu’on infiltre, qu’on inocule des sens, des sentiments, des pensées dans une statue.

- A une statue.

Vu la main de celui qui a dégrossit le bloc de marbre pour faire sortir de son intérieur les deux souffrances, celle du Crucifié et celle de la Mère (cette dernière en se voyant d’un coup inaccomplie, inachevée, en tenant sur ses genoux son fils qui l’avait trahie, en la précédant dans la mort…), vu, aussi et ensuite, les centaines d’années écoulées depuis que ces souffrances soient sorties du bloc de marbre, pour qu’on les voit, vu les milliers et les milliers de jours et nuits qui se sont succédés, en apportant de la lumière et des ténèbres sur la statue, vu les innombrables regards qui se sont posés sur elles, vu tout ça, vu, encore plus, ce qui en est et qui en sera – il n’est pas possible que la statue soit resté inchangée au fil du temps.

- Elle a du changer.

On ne peut pas ne pas constater qu’elle n’est plus ce qu’elle était tout au début, la statue. Si ce n’était que le simple fait que, en la regardant, j’aie été amenée à tripoter et malmener de telles pensées. Des sentiments, plutôt. Ou, encore, des choses qui précèdent le sentiment, tout en étant plus fortes que le plus fort sentiment possible.

- J’ai nommé ainsi la vérité.

Elle ne pouvait en aucun cas avoir jadis, notamment tout au début de sa carrière-vie, le même impact qu’aujourd’hui, la statue. Elle n’était donc plus la même, maintenant qu’au début de sa présence terrestre. Et, en plus, moi-même, je n’existais pas encore « terrestrement », à cette époque-là. Tout a changé, donc, depuis !

Cela étant dit, revenons à nos moutons.

En face de la statue, avant que la Vierge ne me parle, ne m’interpelle, s’était plantée une Sainte Famille[1]. Ce n’était pas des Italiens. Normal[2] ! Mais, qu’importe !? Ils s’étaient arrêtés devant la Vierge et son Enfant, les trois anonymes entrés par la même occasion (par la même porte du destin) dans ma vie. Ils regardaient la pierre avec une application d’élève et obligeaient implicitement et tacitement la petite se trouvant à côté d’eux de faire pareil. Quant à elle, c’était une fillette de six, sept ans. Partiellement – c’est à dire, particulièrement – édentée, elle était jolie, et sympathique.

- On voyait bien qu’elle allait être plus tard belle et joyeuse, attrayante et séduisante.

Elle regardait le group statuaire avec une, comment dire, indifférente attention. De toute évidence elle se posait des questions fortement relativisantes.

- Qui était la jeune femme qui tenait le jeune homme sur ses genoux ?

- Le mort, lui, qu’est-ce que c’était ?

- Qui était-ce ? 

- En quoi, de quoi avaient-ils mérité d’être statués ?

- Est-ce que c’était du mérite de se trouver ainsi, taillé en pierre ?

J’ai eu, face à cette scène (qui n’en était même pas une), une révélation. Deux éternités interpénétrées s’ouvraient devant moi.

- À moi !

Pour celle du group statuaire, inutile d’insister. Mais pour l’autre… Ce qui donnait du terrible à la séquence était l’éternité de la fillette. Elle ne savait pas, la gamine, qui étaient la Vierge et Son Fils.

- Il n’y avait aucune raison[3] qu’elle le sache[4].

- Elle allait l’apprendre maintenant – pourtant[5].

C’est en ce moment-là que le troupeau de mes étudiants fit son apparition.

- Comme du néant !

Giorgio, mon fils, compris. À peine sorti de l’adolescence, avec ses poils noirs et moutonnés montants sur sa poitrine jusqu’à la fourche du cou, beau et bête, comme seulement un jeune mâle peut l’être…[6]

Je me suis vu en tant que la Vierge, en tenant Giorgio, Mon Fils, Mort Crucifié, sur Mes Genoux !

- J’ai senti l’Orgueil.

Cet orgueil spécifique.

- Une douleur rocheuse se précipitant dans mes entrailles, dans mes abîmes…

La Vierge m’avait parlé, en tonnerre – et pourtant muette – martyrisant à mort mes entrailles. Elle interpellé. Elle s’est emparée de mon Être. Cela n’a pas été une bonne chose[7].

- Je me suis tu, moi ----------- moi.

Moi.



[1]           …Non, je plaisante ! Mais c’était comme si. Enfin, presque.

 C’était, en tout cas, un trio. Un père, une mère et un enfant. Et on peut commencer par accepter que tout trio de cette espèce pourrait être une Sainte Famille. Dans notre cas ce n’était pas un mais une enfant. Différence, donc. On n’est guère la Christ, mais le Christ. Uniquement. – …Des jeans, des nattes, du chewing-gum, et puis un baladeur. Vous voyez la Différence – avec majuscule ! En tout cas, les parents de la môme, plantés devant la Pietà, étaient loin des masses christiques en flamme, comme on s’est habitué de dire pour se montrer capable de ressentir de choses terribles et exquises… On était de ce qu’il il y avait de plus ordinaire. Des gens comme tous les autres. Habitués à l’informatique et à l’Internet ; avec des permis de conduire ; manifestant un certain intérêt pour les bizarreries des stars ou pour la liberté et l’aisance des jet-sept, mais aussi pour les normes des leurs pairs ; avec un crédit immobilier et, peut-être, un autre pour la voiture ou pour la cuisine ou pour la salle de bains, en cours ; avec des problèmes de dos, de dents, d’argents, d’évolution de carrière, de patrimoine, de voisinage, politiques – et ainsi de suite, sans doute.)

 

[2]              De coutume, ceux qui défilent devant la Pietà de Michel Ange ne sont pas des Italiens – à l’exception de gens comme moi-et-mes-étudiants. On est presque exclusivement des étrangers. C’est-à-dire que cette Sainte Famille ne faisait, je crois, exception. On admirait la statue. On avait même payé pour la voir. On était des Français. Ou des Anglais…, des Américains…, des Russes…, des Temporaires… peut-être ? On n’était pas des Chinois. Des Noirs, non plus. On se trouvait là, immobiles temporairement, au milieu de la foule qui tanguait à droite et à gauche, comme un liquide contenu dans un volume aproximatif. Une foule qui donnait avec beaucoup de force la sensation d’inutile. (C’était qui tous ces gens-là qui regardaient la Madone et Son Fils-amant parti pour joindre l’Inéxistent, pour joindre le Père ? Des grains de sable désertique dans lequel l’eau fraîche ne tarde pas de se perdre. L’eau inutile !)

 

[3]              - Comment pourrait-elle savoir – avant toute explication – qu’est-ce que la crucifixion ?

 

[4]              Une vraie raison impose un savoir (de type) prénatal, un héritage. On est prédestiné pour le savoir –  asservi, esclavé par lui –, ou on ne sait pas !

 

[5]              Preuve supplémentaire qu’elle ne le savait pas. – Preuve supplémentaire qu’elle savait apprendre.

- Et pourtant, on n’apprend que ce qu’on « peut » savoir, que ce qu’on sait déjà…!

 

[6]              Figlio mio ! Bello figlio della mamma !

 

[7]              Ensuite, lorsque je me suis secouée pour m’extraire de cet état d’esprit (ou d’Esprit ?), je me suis demandé : « Et si à la place de la Pietà il y avait un Bouddha, un Dragon chinois ou un Serpent inca, ou, pourquoi pas, Lénine ou Michael Jackson ? »

- La folie roderait-elle autour de moi ?

- De MOI ?

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