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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 05:59

Avant propos

 

L’amour maternel est tel qu’il peut ----------- qu’il puisse ----------- rayonner et sur les filles, et sur les garçons. ----------- Au (du ?) moins. ----------- C’est un amour asexué. ----------- Étonnant, non ?

- Question de compréhension.

- D’appréhension.

Peu importe. Question, toujours. À l’infini.

- Question infinie ?

 

L’homme de la salope

                                                                                                                                                                                                                                       

Arlette regarda l’horloge-minuterie du four. Il était onze heures, presque.

- Mais qu’est-ce qu’il fabrique ?

Henri, son fils, venait de commencer sa crise d’adolescence. Il était agité, mécontent.

- Un état qui n’épargne personne.

Arlette le savait, elle même étant passée par là, les cours de pédagogie et psychologie adolescentine, en plus, lui ayant répété, lors de ses études, toutes ces choses connues et régulièrement oubliées...

- Mais qui s’estompe (une fois la crise dépassée) très vite, englouti par un oubli soulageant.

- Où traînait-il ?

Dans ses oreilles, le silence qui régnait dans la petite entrée-cuisine commença à se faire entendre.

Elle entrouvrit la porte de l’entrée. La cage de l’escalier, sombre, était muette. L’immeuble, protégé par la loi du quarante-huit, était, par la même loi, condamné : les propriétaires refusaient avec brutalité toute idée non pas de rénovation, mais de tout entretien.

- Ils s’en foutent, les salauds !

Ce n’était pas la première fois qu’elle y pensait.

- Ils s’en foutent, et nous y pourrissons !

La lumière de l’appartement éclairait le mur de la cage de l’escalier. Il était décrépit mais sec, sans la moindre trace de moisissure ; pourtant et heureusement. L’évier, en métal verdi, qui ne servait plus à rien, entrait lui aussi, à moitié, dans le rayon de lumière.

Un léger bruit à l’étage au-dessus la fit refermer la porte. Mais pas entièrement.

- Qu’elle sache, la salope, qu’elle n’est pas seule dans l’immeuble !

La salope, une femme petite, maigre-clou, tavelée de tâches de rousseur, avec des yeux bruns, méchants et luisants, attirait et terrorisait Arlette par ses fréquentations. Les hommes « s’y succédaient », « s’y enchaînaient », en montant et en descendant l’escalier. Ce n’était pas une vraie pute, pourtant.

- Ni une nymphomane.

Prise entre ces deux « catégories », la salope, lors de ses périodes « sans », devenait même supportable. Non pas sympathique. Ça, non ! Mais supportable. Elle pouvait être une brave femme. Elle gagnait sa croûte en travaillant dans une grande surface de banlieue. Arlette avait eu l’occasion d’entrer chez elle, dans son petit appart d’en dessus, quelques trois, quatre fois. Une brave et pauvre femme – et pute ! –, qui vivait toute seule, ou, plutôt, qui vivait avec sa solitude. Était-elle heureuse ? Malheureuse ? Quelle importance ? Grande chose, déjà, qu’elle vivait !...

Arlette se ressaisit. Elle était en train de penser à la salope (qui ne lui avait rien fait maintenant), et d’oublier la crise d’Henri qui, lui (Dieu seul sait, se dit Arlette traversée par un frisson d’angoisse), était peut-être en train de dealer, ou de se payer une autoradio, ou une voiture même, peut-être...

- Qu’est-ce qu’ils ne peuvent pas faire, les ados !

Arlette enseignait la physique au Lycée Condorcet, et croyait être une prof chevronnée, vaccinée contre les bêtises des jeunes. Auto-vaccinée plutôt. Les sottises qu’elle avait pu faire dans sa vie, étaient plus fortes...

- Prenons un seul exemple !

Le voyage au Yémen (avec – comment il s’appelait déjà... Laurent ? Philippe ?... et merde !), où ils n’avaient même pas quitté l’hôtel.

- Même pas pour voir le temps qu’il faisait ; nous avons bu, comme des trous ; baisé comme des malades ; fumé et dormi.

Et dehors, il y avait N’Djamena !

- Ou Dakar, ou Sanaa, ou… comment s’appelait-elle cette foutue ville extraterrestre ?

- Et puis, merde !

Ça, on ne raconte pas ça aux enfants. Surtout quand on est prof et mère, bien sûr!...

Ou un autre exemple. En soixante-huit. Lorsqu’on se bagarrait avec l’extrême droite !

- Nos camarades, tu parles des hommes !

Des ratatinés, aux lunettes épaisses !

- J’ai littéralement chié dans mon froc ; j’avais de la merde, pleines les cuisses ; je tremblais comme c’était pas possible, plus qu’une poule mouillée...

Le grincement de l’étage au-dessus se fit de nouveau entendre. Des pas faufilés, ensuite. Quelqu’un attendait, peut-être, qu’elle ferme la porte. Un homme, sans doute. De ceux qu’elle recevait, la salope ! Oui, une salope à hommes !

- Pas comme moi !

La dernière fois quand elle l’a fait, c’était… C’était, quand, merde ? ! 

Arlette ferma la porte doucement. Ensuite, elle éteignit la lumière. Elle resta immobile, dans l’entrée-cuisine, pour entendre les pas de l’homme avec lequel « la salope » avait joué à la bête à deux dos. Rien ne bougeait plus en haut. Le silence était total. Le noir, aussi. Presque. Il y avait, quand même, les chiffres lumineux, vert-bleus de l’horologe-minutérie du four. C’était le seul point de repère. Sinon, on pouvait croire qu’on était sorti de tout espace. Qu’on était perdu.

Dehors, les pas de l’homme de « la salope » devinrent matériels. Doucement, attentivement, le mâle mettait un pied après l’autre sur les marches en bois. Des pas légers. Il...

Les pas s’arrêtèrent sur le palier. Arlette entendit un tintement de clés. Quelqu’un essayait la serrure. Pour une seconde, elle eut peur.

- Un cambrioleur !

Ou qui sait quoi encore ! Mais, comme un court-circuit, elle eut la révélation. Henri ! C’était lui qui descendait à pas furtifs... Il venait d’en haut, de chez « la salope »! Alors, ça !

- Ça, alors !...

Arlette appuya sur l’interrupteur. La lumière explosa dans la petite pièce. Sur le seuil de l’entrée, Henri clignait ses paupières, aveuglé par la lumière-surprise. Dans son regard, un tremblement de frayeur, assorti d’un éclat dont on ne pouvait pas savoir si c’était du malheur, du bonheur ou de la férocité. Un éclat d’inhumain. Le tout enveloppé d’une d’un bonheur, d’une… générosité rayonnante. Et, en effet, Arlette sentit son âme mordue par la miséricorde.

- Brûlée.

 


 

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