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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 06:52

Avant propos

               

Tout de suite, prenons un exemple.

- La Bodin.

- Que la Bodin soit !

 

Souffre douleur

 

           

Jeune, svelte et agile. Taille moyenne. Des cheveux raids, châtains. Des yeux gris pétrole qui luisent étrangement. La Bodin ne regarde pas ce qu’elle paraît regarder, mais autre chose, qui n’existe certainement même pas. ----------- Peine : dix ans fermes ; – trafique des drogues ; proxénétisme aggravé ; viol de deux enfants : son demi-frère et sa demi-sœur d’une famille recomposée.

- Ça fait beaucoup pour une seule âme, hein ?

- Pour une âme seule.

Elle venait de d’avoir dix-huit ans : elle entrait en tôle. On l’avait fait avaler les cheveux des deux salopes. Et pas seulement les avaler, simplement ; – mais les manger, les mâcher, les ruminer.

- C’était le pet mental de la vieille Berthe.

On s’amusait bien alors. Surtout avec les nouvelles. Avec les pédophiles, encore plus. ----------- La Bodin avait l’air naïf, inexpérimenté ----------- ni-touche. ----------- Perverse jusqu’au bout de tout. Salope ----------- autant qu’elle contenait, renfermait, englobait ----------- gobait.

- La garce !

Elle n’a même pas bronché.

Non pas qu’elle se serait attendue, ni qu’elle aurait été choquée, abasourdie, prostrée.

- Ça non.

Citrouille. Mollusque. Indifférente. ----------- Qu’elle était. ----------- Ça nous a beaucoup irritées, nous autres. ----------- Il y avait de l’espace pour tous les écroulements abyssaux, pour toutes les implosions vertigineuses ----------- nano-néantisation merdique de merde. Ça promettait d’être un très bon souffre-douleur. ----------- Les meilleures sont les extrêmes.

- C’est ce que les cultivées disent ----------- tout ça ----------- et tout.

D’ailleurs, elles aussi sont passées par-là, les ‘telligentes. Y a pas de plus de merdique que les brillantes ----------- avec leur savoir lire, écrire, compter et papati et papata, et chichis-ci et chichis-là ----------- et tout ça et tout. ----------- On se demande même ce qu’elles foutent ici, à l’ombre de nous. Elles font hurler et chier toute la meute ----------- le monde. ----------- C’est qui elles ? Hein ? Qui ?

Dehors, peut-être seraient elles encore utiles, les putasses. Pas certainement, pour autant. ----------- Sinon, pourquoi seraient-elles envoyées en tôle ?

- Qu’est-ce qu’elles viennent nous fabriquer ici, dedans, où elles ne servent à rien ?

- Les brillantes, eh !, plein le cul !

Mais, même sans être Gorgone ou Aphrodite (‘telligent, non ?), elle a fait grave l’affaire, la Bodin : elle a avalé tous les cheveux qu’on lui a présenté, et tout ce qu’on lui a fourré dans l’oral. Autrefois on leur donner à savourer de la merde et boire de la pisse. Sucer les orteils. Lécher des chattes et des culs. Cette fois on a trouvé les cheveux. On a trouvé ça pas mal réfléchi. ----------- Ça grattait pas mal l’envie, l’instinct. ----------- C’était la mère Bertha qui, en prêtresse, lui enfonçait tout ça dans la gargamelle. ----------- La messe ! -----------Il fallait la voir, la vieille baderne. Excitée comme huit millions de puces. Elle était super. Hyper-hideuse.

Quant à elle, la Baudin était terriblement calme. Sereine. ----------- Pas de ce monde, quoi !

- C’était bien.

Elle nous excitait, nous les autres. Elle nous faisait trembler d’irritation, de haine, de jalousie ----------- d’envie. ----------- C’était quelque chose ----------- que d’avoir sous sa main une chose pareille. Un joli morceau que c’était ----------- et tout.

            On l’a fait avaler les cheveux des trois autres salopes.

- Elles ont profité pour changer de coiffure.

Les salopes ! ----------- Aujourd’hui, se vrai, on peut se faire la tête que l’on veut. De porc. De crapaud. De chèvre. ----------- Elles en ont profité !

Il fallait voir au travail les gros doigts de la vieille Bertha lorsque, pour la faire finir, elle lui enfonçait dans le gosier les dernières files ramassées sur le ciment ! -----------      Qui a vu ces doigts a changé pour toujours le sens des mots comme saucisse ou saucisson.

            - Et pour cause : on a trouvé la vieille, la Berthe, deux jours plus tard, morte, à la douche, les joues fendues de la commissure des lèvres jusqu’aux oreilles, quatre doigts coupés, un fourré dans la gorge, un autre dans l’oeil, le troisième dans la chatte, le dernier dans le cul.

            On savait qui c’était. On s’est tu. On la tu.

On dirait aujourd’hui que les choses n’ont pas changé, la mort de  la Berthe mise à part. Il en reste toujours des souffre-douleurs, ici, dedans.

            - Mais ce n’est plus la même joie.

            Ni le même plaisir.

La Bodin n’est pas la Berthe. Elle regarde ce qu’on fait. Et nous le faisons. Elle n’a même pas besoin de nous parler. On fait tout comme il faut, sans qu’elle se donne la peine de l’ouvrir. ----------- Et pourtant. ----------- Elle regarde, c’est vrai, mais ailleurs.

            Il se peut que se soit la plus active qui se retrouve morte ----------- aussi. Punie, tel que la Berthe, autrefois.

Mais il arrive aussi que ce soit la victime qui connaisse le même sort…

            - Pas toujours, pour autant.

- Et pas pareil.

- Vas comprendre ça.

On sait ce qu’on sait, mais on ne comprend pas ce qu’on sait. On ne peut pas comprendre ce qui est ailleurs, nulle part. ----------- On ne peut pas.

Voilà !

Ici, on meurt. ----------- Berthe, Bodin ; avant, après, sans elles, qu’importe ! ? ----------- Ça vient, de toute façon. ----------- On le sait.

- On sait qui le fait.

Mais on n’a pas les couilles pour agir. ----------- Des souffre-douleurs qu’on est. Ce n’est même pas à chier. ----------- À quoi bon ? ----------- Tout bêtement. ----------- Pourquoi serait-il autrement ? ----------- On n’a plus l’audace. ----------- Aucune ! ----------- La rage, certes. Mais pas le courage. Pas la folie.

 

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Et Bodin fut.

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