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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 12:41

Avant propos

La nature de la lumière demeure une inconnue. ----------- Encore. ----------- Et pourquoi ? ----------- Pareil, à l’endroit de l’ombre. ----------- Certes. ----------- Quoiqu’on dise ! ----------- Quoique ! -----------Quant à la nature même… ----------- N’en parlons même pas !

        

 

Quatre-vingt kilos de lumière.

 

Il fait beau. Le jeune homme regarde le ciel clair, transparent. Il sent avec force, brutalement, qu’au-delà de cet abîme hautain se trouve un autre infini.

- Brusquement accessible.

La lumière est éclatante. Dorée. Le soleil, hivernal. Brillant à l’extrême. Mortel!

Entre deux bâtiments, on peut apercevoir une partie de la Tour Eiffel et une partie de la ligne du métro aérien.

Le jeune homme a la force de croire que l’amitié existe. Il est prêt à jurer sur l’amitié. Il la vit. Sans être contenue et définissable, elle jouit, à ses yeux, d’une certaine consistance... Elle est même transmissible, mais jamais contagieuse. Jamais !

- Qu’est-ce que ça pouvait être une épidémie d’amitié ?

Pour moi, le jeune homme, ce jeune homme précisément, représente une dette sans créancier. C’est la dette virtuelle – voire irréelle – que n’importe quel vieux a envers n’importe quel jeune. Le devoir de transmettre du savoir (le sien, ou celui du monde – le débat n’est pas clos). Le devoir de se faire vivre – et revivre –, par le jeune.

 

 

- Autant de son vivant que même après (avant n’étant pas encore possible, en dépit des avancées fulgurantes des biotechnologies et d’autre théories aux temps réversibles, renversés ou détournés ; en dépit des grandes réserves de sarcasme et de trivialité accumulées dans les esprits d’élite, privés et singuliers, mais aussi dans ceux ordinaires, publics, interchangeables, collectifs)…

 

Le devoir d’histoire. Plus largement, le devoir culturel. Impersonnel. Impératif. Surhumain ----------- à la hauteur de l’inhumain. C’est la manière empruntée par tout vieux qui veut jouir encore de la vie et du monde.

- Même trahi par son corps.

- Lâché !

- Même leurré par son espoir faustien.

- Même meurtri par l’implacable qui rend lucide.

            Il m’autorise à disjoncter, le jeune homme. Il me pousse, malgré mon âge avancé, à sortir de moi-même pour me retrouver là, à l’extérieur, en et au-dehors, au-delà de moi-même.

Je prends la liberté de m’imaginer moi-même en tant que quatrième âge, cinquième même ----------- lâché ----------- vieux cloué dans son rocking-chair, recevant le Messager.

 

 

Pour le Messager, la forme lumineuse et l’incandescence silencieuse, c’était plus que de l’habituel. – Aussi l’homme de lumière. Aussi l’homme de la lumière. – Aussi la brûlure invisible.   Aussi le feu invisible. – On les trouvait partout. – C’était et du reposant, et du terrifiant. Les deux et entre les deux. Du médian. – Le miroir dirigé par personne vers nulle part, n’était pas en mesure de rendre compte de la vraie mésaventure du Messager. Une mésaventure importée d’ailleurs sur la terre ; allogène ; irrespectueuse ; violeuse du terrestre, du naturel ; vécue dans la solitude ;  irrépétable ;  mémorable ;

- Une expérience, la seule, capable de  se dispenser des références -----------  l’illumination (variante édulcorée – ou seulement prélude – de transfiguration).

 

La description faite par le Messager même, la description brute, « pure » de ce que lui est arrivé, est, « naturellement », révélatrice de la capacité du Messager de communiquer avec les Non-Messagers.

- Avec Moi.

De sa capacité de « messagérer »... …seulement...

 

 

 

Il est touchant. Même plus : émouvant. Il admire Panaït Istrati. La chose ne manque pas de piment.

- Il aurait lu Panaït Istrati, je veux dire.

(Parce qu’on lisait ! ----------- Nous n’avons peur de rien, voyons ! Franchement : Panaït Istrati !)

Il est touché par la liberté désespérée et désespérante que l’amitié puisse encore nous donner. Il croit aujourd’hui que l’esprit qui a fait jaillir Panaït Istrati qui l’a fait pénétrer dans le monde, qui l’a fait accepter par ledit monde, règne toujours dans certains coins plus ou moins perdus… du monde.

- Bizarrement, pour moi c’est une sorte de post-sentiment.

 

 

Il m’est difficile de dire ensuite ----------- en tant que Messager ----------- si la forme est celle d’un homme, d’une femme, ou autre. Dans le clair-obscur volumineux du brouillard, la forme pourrait être tout aussi bien Hermès qu’Aphrodite, l’Archange Gabriel que la Vierge, les Erenies que les Possédés, ou une (tout) autre vision quelconque de n’importe qui... C’est plutôt ça : une vision quelconque ; de n’importe qui ; ou de n’importe quoi. Et pourquoi pas ? Pourquoi la vision quelconque de n’importe qui ou de n’importe quoi ne serait-elle importante ? À quoi sert-elle, sinon, une vision ?

- Que mésagère-t-elle ?

 

Il se dirige vers moi, il vient chez moi. Le jeune homme. Ce qui reste du non-moi aujourd’hui. ----------- Le non-moi d’aujourd’hui. ----------- Je le vois « mentalement » – instantanément – montant l’escalier en pierre jaune, couvert d’un gros et long tapis bleu foncé. Il y fait corps étranger, avec ses baskets délabrées, ses jeans troués, sa casquette rouge mise souvent de travers... Il vient chez moi animé, poussé par un espoir que je ne puisse caractériser que de fou.

- Il émigre de sa banlieue où l’accent remplace l’identité et où rien n’existe entre gagner et dilapider.

C’est son monde bourré de drogues, de graffitis, de mobylettes et de voitures volées, qu’il quitte pour me rendre visite. Le monde de ses « potes » et « frères » taillés en stupidité dure et transparente comme le cristal. Stupidité toute aussi vitale que mortelle. ----------- Le monde de ses « nanas », vite pétrifiées, enlaidies, masculinisées, voire transfigurées par la peur. Le monde de ses parents au chômage, mécontents, malades de leur situation, déjà morts... Le monde fatalement émancipé, car fortement aliéné par rapport à l’histoire. Son monde à lui.

 - Le monde de l’échec de cette histoire.

- Le monde anhistorique.

C’est (pour autant et simultanément) le monde « possiblement futur », gouverné par des instincts a-symboliques ; par des pressentiments incapables de contenir et de définir les sentiments à venir ; par la non-détermination.

- Qui surgissent même dans un milieu hostile ; qui arrivent à « régler » tout et partout, même dans un univers éminemment « artificiel », comme celui des cités.

- Pour apporter la preuve de la force vitale aveugle, comparable, assimilable à celle encore plus brutale, de l’existence-même. ----------- si l’on en avait encore besoin.

 

 

... Je suis un simple squelette dans le sarcophage de l’histoire. Elle est rarement autre chose, l’histoire, que le noir d’un sarcophage. Chose valable paradoxalement même pour l’homme de lumière ; notamment dans le noir de plus en plus lointain, de plus en plus hautain de l’énorme banalisation d’aujourd’hui.

 

Il vient vers moi avec ----------- poussé par ----------- un autre espoir encore et tout aussi fou que celui de lier amitié avec moi.

- Il arrive avec ----------- deux espoirs.

C’est quelque chose de plus innocent et de plus naïf et de barbare que l’on ne croit. Il détecte la sagesse et cède devant elle. Il croit pouvoir s’y plier ----------- comme preuve de sa consubstantialité avec. Il aimerait se laisser absorber par elle. Anéanti par elle.

- Il vise la purification.

Il croit en la sortie des ténèbres. Il substitue la sagesse à la purification. La sagesse d’un autre – à sa propre purification à lui.

- Pour commencer.

Pour lui, la sagesse n’est que la mise en réalité ----------- réalisation ----------- du savoir.

- La culture rendue terrestre.

Il y aspire sans saisir le manque de sens et de consistance de l’entreprise, le contresens de l’affaire.

- Pareil pour la croix et la bannière qu’il porte ----------- tel que chacun des nous.

Il espère trouver la pureté auprès de moi. Il n’accorde que trop d’importance à cette purification par combustion ----------- culturelle.

Sans savoir combien cette sagesse-culture est superficielle, irresponsable (car... objective), autosuffisante, au moins para-humaine sinon inhumaine...

Il aspire à la pureté. ----------- À moi. ----------- Pourquoi ? Pourquoi veut-il se débarrasser des choses qui l’impurifient ? Pourquoi veut-il accéder à la pureté ?

 

 

Je le vois, mentalement, arriver devant ma porte, juste avant d’actionner la sonnette. Je le construis. Je l’incarne. Je l’accompagne. Je me rends compte que je l’attends. Il me manque. Il entre dans ma vie. Il s’y est insinué. Il s’y est installé. Il y est. Il demeure dans ces dernières palpitations, dans ce qui me reste de cette vie.

- On ne s’est même pas rendu compte...

 

 

- J’ai l’impression d’avoir seulement passé, d’avoir seulement traversé ce monde. Un reflet dans le Miroir. Mais aussi repoussée par Miroir.

               Quatre-vingts kilos de lumière. Quatre-vingts kilos de lumière immobilisés dans un  rocking-chair. Mon rocking-chair. De la lumière paralysée... – ...Un arôme putride, frais et sec…

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