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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 14:58

 

6

 

La marionnette

            Le lendemain, vers onze heures, une meute de tronches inconnues. Des membres du Politbureau. Ils vont tous les accompagner chez Kim Il Sung, qui recevra les amis roumains pour un déjeuner très amical et très restreint.

 

L’homme

            Parmi eux, la camarade Ô. La camarade Ô éclate en larmes. [l’épouvantail - mime-singe la camarade Ô] Qu’est-ce qui lui arrive ? je demande. – Dame !, bah !, un compositeur un peu toqué, voyons !, qui peut se permettre de telles questions indélicates ! - Vous allez voir le camarade Kim Il Sung, on me, on nous répond, et la camarade Ô en est très émue, en est très contente - pour nous ! et, comme ça, en général ! -, très... touchée...

 

L’épouvantail

            [mime-singe encore un peu en silence...]

 

La marionnette

            Kim Il Sung fait son apparition. C’est l’homme à la bouffissure. La bouffissure du Commandant Unique déborde, au dos de la nuque, du col boutonné de sa tunique gris-fer. Elle est grosse, c’est vrai. La bouffissure, c’est à dire, de l’Excellent Leader. - Il sourit de toute la figure. Il serre avec beaucoup, beaucoup de chaleur et de hauteur parentale la main de Zoé. Un peu moins, celle de Iliescu. Et, stop ! Les autres, néant, n’existent même pas.- Ils pénètrent ensuite, en formation très restreinte - le Politbureau reste dehors - dans la salle à manger où c’est la femme de Kim Il Sung qui vient au devant d’eux. De nouveau un large sourire. La femme de Kim Il Sung serre la main de Zoé. Les autres, re-néant. La pièce est aveugle, sans fenêtres. Un bunker. Et tant pis pour les claustrophobes !... La lumière est agréable. La climatisation fonctionne bien. - Ils s’assoient autour d’une table ronde dont un quart est réservé au Leader et, assez approximativement, à sa femme.

 

L’épouvantail

            [à l’homme] Enfin, à ce que l’on vous a présenté comme étant sa femme. [rire] Sa femme approximative ? C’est pas comme en Roumanie, [rire] avec la... dictatoriale, hein ?!

 

L’homme

            [rire complice, sarcastique] Elle aurait pris un autre quart de la table, si ce n’aurait pas été une bonne moitié, ou, pourquoi pas ?, l’intégralité !

 

Le porteur de pancartes

            [traverse la scène en pas d’oie, avec deux pancartes : CEAUSESCU - KIM IL SUNG]

 

La marionnette

            Kim Il Sung commence à parler. Zoé répond. Ensuite, l’homme à la bouffissure parle tout seul. A un moment donné c’est Iliescu qui parle. Puis, de nouveau, l’homme à la bouffissure. Tout seul. - Ensuite, photo de groupe. Tout le monde se tiendra figé, sur les marches du perron. Ils trouveront les journaux avec les articles concernant leur visite, ainsi que quelques photos non-publiées dans des enveloppes individuelles, dans l’avion personnel que Kim Il Sung mettra à leur disposition, jusqu’à Pékin...

 

L’homme

Le soir, avant de s’envoler pour Pékin, dans l’appartement de Zoé, Zoé, Iliescu et moi. – « Et quid de la camarade Ô ? » je pose réthoriquement la question, tout en regardant - comme dans les films occidentaux - le whisky qui tangue dans le verre que je tiens dans ma main. Zoé, de dos, cherchant je ne sais quoi sur un petit guéridon, éclate d’un rire qui la secoue. Iliescu, assis sur un canapé aux coussins fleuris et douillets, a une réaction semblable à un hoquet retenu. « Qu’avez vous avec cette bonne femme ? » dit-il avec un humour sec, fou. Zoé rit aux éclats. Elle se tourne vers nous. Ses cheveux longs lui tombent sur les joues, moelleux. La jeune femme, à l’ossature un peu trop forte, mais souple, rit sans se faire de soucis, de très bonne humeur, déverrouillée. J’essaie de me retenir. Mais je ne peux pas. Je commence à rire. Moi aussi. - Zoé lève ses mains... Irrésistible. Les paumes vers le haut... Interrogative... C’est à dire: effectivement, qu’est-ce qu’elle pouvait bien devenir la camarade Ô ? - Iliescu ne résiste plus. Lui non plus. Il commence à rire. Il se lève et quitte la pièce. En riant.

 

L’épouvantail

            [au public] Ne trouves-tu pas délicieuse l’idée qu’un certain latino-balkanique, sujet d’un Président Génie des Carpates, qui a embrassé sur l’aéroport de Pyongyang une petite Coréenne sale et haineuse, qui ne voulait pas, elle, être embrassée, nous fait part d’une autre « Histoire d’Ô » que celle « mondialement » connue, notamment de « l’Histoire de la Camarade Ô » ? [à l’homme, complice] Un crapaud qui pleure parce qu’on parvient à voir le Grand Leader - grand ami, sans doute, de ton Génie balkano-latin... - en ses chairs, bouffissure et os!... Les mutations dues à Tchernobyl ne sont rien du tout par rapport à la bien mal formée camarade Ô qui a pleuré en face de toi... Par rapport à Zoé ! A Iliescu ! A toi-même !... - ...Vous la trouviez drôle, la camarade Ô ! Vous ! – Délicieux ! N’est pas ?

[Noir soudain. Brusquement, la boucle sonore - à une forte intensité. Les lumières balayent les photos et les objets accrochés aux murs de la scène et de la sale. Apocalypse... - Le vacarme s’arrête soudainement, en pleine lumière.]

 

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