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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 20:36

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

I

2b

Les quelques Directeurs Généraux de RFI sont tous des énarques, mais tous n’ont ni le même âge, ni le même sexe.

- Les différences, donc, sont de taille.

Les confrontations entre les générations, couplées parfois avec celles entre les sexes, sont de mise. C’est une lutte sans pitié et sans merci. Tous les moyens sont non pas permis, mais imposés et, donc, bons.

Arrivés relativement récemment dans l’arsenal des combattants, les armes psychologiques sont in – à la mode. Il s’agit, d’abord et bien évidemment, de ce que certains appellent la psychologie des masses, des foules.

- C’est un chapitre bien fourni, suite à deux guerres mondiales et une guerre froide.

Il s’agit, ensuite, des psychologies individuelles. Contenues dans la doctrine de la civilisation individualiste, ces dernières sont considérées, par les têtes plus ou moins brûlées qui comptent aujourd’hui, comme étant chic, jusqu’à très chic. Aussi, on approche autrement la Hydre spécifique cachée dans cette humanité dont certains membres sont, comme tous les énarques du monde, au minimum des gestionnaires, au maximum des despotes. En tout cas, des fonctionnaires. Les deux bouts de ce segment étant reliés – ou même pas ! – d’une manière virtuelle, voire imaginaire, en partant du paradoxe postulant, donc fondateur, selon lequel la seule psychologie possible dans l’époque contemporaine est celle de la masse individualiste, mais aussi celle de l’individualisme de masse, c’est à dire, dans une traduction légère (et chic !) (sic !), la psychologie incompressible et incompréhensible.

<>

Cela étant, brossons tout de suite, le portrait de Rose Pinçon, la Naine-qui-pue.

C’est une petite femme aux jupes extrêmement larges et extrêmement plissées, à l’ourlet excessivement décousu et tombant, à la tête normale et aux yeux particuliers, malodorants, puants. Elle pue par ses yeux. Partout où elle pose son regard, ça pue. Chaque matin, la Naine-qui-pue, après avoir pris sa douche1, use des produits cosmétiques sensés rendendre les mortels normalement supportables. Elle se considère normale, supportable, voire mortelle. Cela, en dépit de la conviction affichée par ses parents qui affirment – dans les quelques salons parisiens qui les reçoivent – que leur fille n’est pas simplement, humblement supportable mais – disons-le franchement – géniale et vouée à une carrière encore plus grande (énorme !) que toute l’imagination du monde pouvait engendrer. À peine sortie de l’ENA, n’était-elle pas déjà DG dans une boîte aussi prestigieuse que RFI ? Le fait d’avoir des yeux puants n’y changeait rien. Au contraire : c’était un atout. Qui encore, dans ce monde, avait de tels yeux, des yeux puants, de tels yeux puants ?2

Dans l’avenir immédiat, La Naine-qui-pue sera DG de RFI encore pour un an et demi. Quant à son passé RFI-en, il n’était pas plus long mais il était réalisé. Depuis qu’elle était là, elle avait signé tous les mois de gros chèques pour renouveler tous les mois et intégralement la structure techno-informatique de RFI3.

- RFI ! Quel Mystère !

De plus en plus agressive pendant les dix-huit mois à venir, la Naine-qui-pue sera obligée de quitter RFI.

- Avec des insaisissables coups de pied dans le cul !

- S’il vous plaît !

On perdra sa trace au Qatar, où elle sera nommée deuxième conseillère de l’ambassade et où elle fera des longues courses d’agrément (vendues comme diplomatiques, naturellement), en 4 x 4, dans le désert. On dira, à cette occasion, qu’une variété de scarabée, et deux autres de lézard du désert auraient disparu dans la zone, par la suite des regards puants que l’ex-Directrice Générale de RFI aurait posés sur eux.

- Certains se demanderont pourquoi les gens de RFI n’étaient pas morts sous « les lorgnements » de la Naine-qui-pue.

- En fait, oui, pourquoi ?

<>

- Et moi, demanda Zakharias Cocâltãu, une fois la crise de rire finie, moi, quel est mon sobriquet ?

Le regard du Pierre Laisarde devint brutalement abyssal.

- Je ne peux pas te le dévoiler pour l’instant. Ce n’est pas toi qui es en question, mais moi. Je n’ai pas trouvé encore au fond de moi-même la vérité nécessaire – évidemment psychologique ! – pour que ce que je pourrais te dire ne me déstabilise pas. La vérité dure et cristalline, notamment, qui fait de l’homme – Dieu.

Le Directeur Général lui jeta de nouveau un regard photographique.

- Bon, d’accord, dit-il sur un ton rude. Je comprends. Tu attends une réponse du tac au tac. Tu m’as ventilé sous le nez ton savoir psychologique. Et tu attends que j’annonce moi aussi la couleur. Je vais le faire – et tout de suite. Écoute-moi bien ! Il n’y aura pas de commentaire radiophonique en solo d’un Marathon inexistent. Ton journaliste n’a qu’à se le mettre là où je sais. Le service Sport, pareil. Je trouve, d’ailleurs, qu’il y a trop peu de culture dans ce sport-ci. Dans notre sport. Ici, à RFI. Je vais en parler à Stroë. Pourquoi ne pas faire participer des sportifs à des émissions culturelles, littéraires ou picturales ? Pourquoi ne pas amener des gens de lettres ou des philosophes ou des politiques ou d’autres, du show-biz par exemple, ou des chercheurs, ou de trouveurs, dans nos émissions sportives ?

Le Directeur fit une pause. Mais la réponse n'arrivait pas.

- Je sais, ce que tu te dis, reprit-il. Pourquoi mettre des gens pareils dans des é&missions sportives, en pourquoi ne ferions nous pareil au contraire ?

Le Délégué Syndical n'avait pas l'air d'avoir saisi la subtilité de la chose. Il vaquait toujours au premier degré de la conversation.

- C'est à dire, continua le Directeur Général, pourquoi ne mettrions nous des sportives dans des émissions culturelles, politiques sociales et que sais-je encore ? Pourquoi, je te le demande ! Ça oui ! Crois-moi ! Ce ne serait que de la pure démocratie. Or, notre rôle consiste dans la propagation de la démocratie. Et même plus que celle de la démocratie ! Ça oui ! Crois-moi ! On peut faire tout ça à RFI. On peut tout faire à RFI. Mais pour le Marathon, qu'est-ce que tu vex que je te dise ?…

- Donc, c’est la guerre, dit le Délégué Syndical, en se levant de son fauteuil très peu commode. Tu ne connais pas les techniciens de RFI, petit. Tes tripes seront bientôt fortement secouées. Gare à la diarrhée, mon pauvre.

- La guerre, si tu veux la guerre. Pas de souci. Quant aux tripes, attends voir. Pareil, pour la diarrhée. Vous allez voir ce que vous allez voir. Tous.

 

1 Certains colporteurs de nouvelles de couloir et de machine à café soutiennent qu’il s’agirait d’une douche de lumière puante ; d’où le handicap caractérisant cette Direction Générale de RFI.

Souvenons-nous aussi, tant que nous y sommes, qu’avant le Grand Caprice et même pendant, Dora, elle, prenait de douches musicales. Histoire de mettre en lumière l’évolution des mœurs mais aussi des techniques plombières.

 

2

- Stroë, connards !

Ică roulait des tonnerres chaque fois lorsqu’il était obligé d’entendre ça.

- Stroë ! Stroë, qui est mille fois supérieur à toutes des créatures aux yeux puants ! Dix mille fois. Cent mille fois ! Et pour cause : il abrite dans sa chair intérieure, dans sa chair noire, dans son noir intérieur les enfants de son grand amour de jadis, les enfants qui ne sont pas les siens, mais qu’il aime comme si.

Ică Glande évoquait en l’occurrence un certain moment d’avant le Grand Caprice. Un moment où beaucoup de choses irrepérables, irrépressibles et irrépétables, irréparables, irremplaçables et irréfutables se sont passées.

Un seul exemple. Jadis, avant le Grand Caprice, Zakharias Cocâltãu, à peine entrevu auparavant, y était toujours vêtu d’une salopette très in. Il ne portait jamais de chemise et ses brodequins étaient toujours trop grands. Après une période où il se rasait le crâne, il connut une autre, où ses longues nattes et sa longue barbe large lui arrivaient à la ceinture. En nous référant toujours à cette époque avant-coureuse, avant-capricieuse, nous dirons qu’il était le précepteur de deux enfants cyclopes et asexués. En l'occurrence, des enfants de Dora – dont nous venons évoquer (très peu) l’existence. Il les attachait au pied du lit – pour qu’ils soient sages.

- Des enfants tellement sages ! hurlait Ică. Des enfants tellement tranquilles lorsqu’ils sont bien attachés au pied du lit ! Des enfants tellement asexués, mais tellement cyclopes aussi ! Pas n’importe quel type de cyclope, s’il vous plaît. Ce sont de cyclopes qui peuvent loucher ! Ils peuvent loucher ! À leur guise ! ! ! Vous voyez ? Vous, les bi-oculaires ! (pause) Des cyclopes qui louchent ! Ça c’est quelque chose ! Des yeux puants… Ce n’est même pas moins, c’est zéro, c’est minus – par rapport à l’infini du loucher !

C’était une question très compliquée.

 

3 Des dires improbables mais possibles de la machine à café :

  « - Rien n’empêchait et n’empêche toujours pas – pourtant – les journalistes de faire surtout et toujours « du direct ». Les vieux micros et autres émetteurs traditionnels rendent toujours de grands services. À la DRH et aux Finances, les employés utilisent toujours les abaques et les bouliers. Les émissions partent toujours vers l’auditoire. Les gens sont toujours payés… »

 

 

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