Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
  • Contact

Profil

  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

Texte Libre

Rechercher

25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 09:35

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

VI

5

Peu après leurs quelques moments de tendresse et de douces folies, Muguette et Gnito se dirigeaient vers la Maison de la Radio. Histoire de respirer un peu l’air des couloirs de RFI, de marcher un peu sur la moquette et le linoléum sur lesquels se trouvaient les traces des pas d’Ică et de Stroë, confondues avec celles de tous les autres sujets de RFI et de leurs invités ou collaborateurs.

- Elles étaient en manque.

Au quatrième, les deux belles femmes passèrent devant les locaux de la plus récente des rédactions de RFI, l’Internet. Les bureaux séparés par de grandes vitres, étaient lumineux. Le silence-roi donnait l’impression que les trente personnes tapotant sur les claviers étaient des spécialistes de haut niveau. Leur regard, un peu absent, fixé sur l’écran prouvait qu’un nouvel être avait fait son apparition dans le monde en amenant avec lui des nouvelles béquilles.

- À mi-chemin entre l’animé et l’inanimé, dit Muguette, entre l’intelligent et le stupide, le mortier informatique donne satisfaction à l’humain.

Et, après une courte pause :

- L’humain qui, lui, dialogue, pleinement intéressé, absorbé, immergé dans du plaisir, avec l’écran et avec l’au-delà de celui-ci.

- L’univers est plus riche, désormais, ajouta a son tour la nouvelle et belle maîtresse du patron des Français de RFI, Gnito.

<>

Au cinquième, les travaux de rénovation ne touchaient pas l’espace « open » de la Rédaction centrale. Vu les cloisons élégantes, prévues de vitres translucides qui attendaient à être montés, on pouvait conclure que les futurs bureaux du Directeur de l’Information, celui du Secrétaire Général, avec toute son équipe, et ainsi de suite, allaient être plus beaux qu’auparavant.
- Ah ! ça c’est bien, fit Gnito en indiquant d’un geste le mur en train d’être nettoyé,
Au sixième, entre les deux « open », celui de la rédaction anglaise et celui de l’Amérique Latine, quatre personnes aux visages pâles et sombres « clopaient ». L’atmosphère du couloir était assez enfumée1. Celle des espaces « open », moins. Ça sentait la poussière partout.

Au septième, la moquette était beaucoup plus luxueuse. C’était l’étage de la Présidence, des différentes Directions et de quelques salles de réunion.

Muguette et Gnito s’arrêtèrent devant la plus grande d’entre elles. Dans le couloir, quelques syndicalistes consolaient le petit Pierre Laisarde. Vivace, avec ses cheveux noirs et joliment bouclés, celui-ci pérorait :

- Ça pourrait être drôle, loufoque même, si ce n’était pas triste et dramatique ! Tragique même ! De toute évidence, l’histoire prend des dimensions idéologiques et politiques.

Pause. Ensuite :

- Hitler a dégoûté le monde de tout socialisme. Staline, de tout communisme.

Soupire :

- Pourtant, le socialisme n’est pas du nazisme et le communisme n’est pas du stalinisme.

Regard chargé de « significations » vers l’assistance.

- Quant à nous autres, les syndicalistes, nous sommes contraints d’adopter la terminologie, donc la pensée, du patronat. Nous y sommes réduits ! Voilà ce qui est vrai ! Nous ne pouvons pas avoir nos propres idées. Nos idées sont réactives. Elles sont suscitées, toutes, par le patronat. Si le patronat n’avait pas d’idées, lui, nous n’existions même pas. Voilà qui est vrai !

Re-soupire.

- Inutiles, donc, du point de vue historique, nous sommes condamnés à jouer un rôle pratique, dépourvu de toute envergure, de toute hauteur… Les salaires, les primes, les conditions de travail, les retraites, tout ça n’a pas d’envergure, ni de hauteur.

Pause. Et puis, pour finir tout en beauté :

- Ce n’est pas parce que la société est bonne qu’on ne doive pas la changer !

<>

La dernière phrase (« Ce n’est pas parce que la société est bonne qu’on ne doive pas la changer ! »), remplissant d’une certaine vérité les âmes de l’assistance, résonna comme un appel.

Le couloir fut inondé de gens qui engagèrent une marche sillonnant tous les étages, pour terminer devant le bureau de la Présidence. Ils s’y arrêtèrent et y scandèrent, en tapant des pieds et en donnant des coups de poing dans le mur présidentiel :

« La société est bonne. On la changera ! »

« Présidence, t’es foutue, RFI est dans l’couloir ! »

« Tous ensemble, tous ensemble… Ouai-Ouai ! Meuh-Meuh ! Wouah-Wouah ! Miaou !»

  - Je sens, dit Muguette à l’oreille de sa belle compagne, des frissons de tendresse et d’auto-tendresse me traverser la poitrine, la gorge, les seins, le cœur, les hanches, les cuisses, les bras, les doigts, les orteils, la langue, la nuque, le front, les genoux, les coudes, le cuir chevelu, le pubis, les fesses, les cheveux, les poils, les ongles, l’ombre, la pénombre.

Au premier rang des manifestants, Pierre Laisarde, vivace, le visage livide et les yeux éclatant d’excitation et de tension. Il menait ses hommes2 vers des lendemains rayonnants, que ni Marx, ni Lénine, ni Trotski, ni Himmler ou Goebbels ou Mengele, ni même les leaders inconnus de l’actuelle Alter-Mondialisation n’avaient imaginés.

- Ridicules ! décréta Muguette.

Elle n’était que trop irritée.

 

 

 

1 On n'est pas encore dans l'époque où la cigarette – vestige capricieux d'une certaine civilisation héritière d'une certaine époque portant le nom de Prohibition, extraite cela à son tour, de l'époque ou Savonarole faisait prohibait par des autdafés certains écrits.. (alcools et livres reacceptés aujourd'hui.– sera interdite un peu partout en France, en Europe, au Etats Unis, mais pas en Asie ou en Afrique..., et pas dans les filmes et productions TV qui mettaient toujours devant le public, le vrai, des cigarettes non-vrais, fumées plutôt par les méchants, mais pas toujours, les bons ayant droit eux aussi à la transgression socio-économique du présent...

2 Note du secrétaire particulier de Manele Nicolâyë :

« Parmi les manifestants on pouvait apercevoir ici ou là des gens étrangers à RFI, qui militaient pour d’autres causes. Quelques-uns retenaient notamment l’attention : ceux qui étaient pour la liberté de l’immigration illégale ; ceux qui protestaient contre la restauration rapide ; ceux qui se prononçaient (avec une certaine ambiguïté) pour les femmes battues ; ceux qui étaient favorables au pouvoir comptable ; ceux qui s’opposaient exclusivement aux manipulations transgéniques, transchimiques, transphysiques, transpsychiques ; ceux qui se sentaient exclus de la furie générale du foulard islamique qui allait se transformer dans une loi contre la burqa ; ceux qui n’étaient pas d’accord avec la terreur démocratique ; ceux qui s’opposaient à l’eau de parfum ; ceux qui se prononçaient contre les banlieues et contre les cités ; ceux qui voulaient bannir la philosophie de l’histoire de Hegel ; ceux qui étaient contre les adeptes du système solaire ; ceux qui s’opposaient à la loi ‘naturelle’ des cinq doigts à la main et de cinq orteils au pied (le fait que Buffon n’avait pas trouvé une réponse satisfaisante à la question ’pourquoi cinq ?’ n’étant pas accepté comme excuse) ; ceux qui étaient contre la PUB (l’idée de base : toute publicité c’est de l’information, toute information c’est de la publicité ; – un homme bien informé, aujourd’hui, est un homme bien ‘pub’-isé, bien crétinisé, chose multipliée à l’infini lorsqu’on se situe à l’échelle de la société ; on ne veut pas d’une société crétine !; on n’en veut pas !; non et non et non ! – et non !) ; et beaucoup d’autres encore.

« Le convoi des manifestants criait et piaffait – sabotait ! (du mot ‘sabot’)– devant le bureau de la Présidence.

« La Présidence n’y était pas. »

 

 

Partager cet article

Repost0

commentaires