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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 06:38

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

Distorsions

1

Elise Pérez. Elle est l’ancien chef du service Sport1.
Son défaut : son sourire
2 d'abord ; ensuite,3et 4.

 2

Sorin Bercovitz envoyait toutes sortes de mots grivois vers l’intelligence et vers la compréhension collective (donc, partagée) de RFI5. Le seul qui avait le courage de lui dire tais-toi, connard ! était Egon Ammann6.Tous les deux partageaient souvent non seulement la vie parisienne mais aussi la bouteille.

- Avec Ică Glande7.

 


1 Elle avait été une vraie gloire de RFI en Afrique. Elle connaissait tous les footballeurs du continent noir par leurs noms et prénoms. Aussi par leurs femmes et par leurs enfants ; plurisexualité (forme expansive et – pardon pour l’anglicisme – expandée d'hétérosexualité) oblige. Elle avait été « placardisée » suite à une situation considérée comme « inextricable », développée à l’intérieur dudit service. Son bureau actuel était une petite pièce (une « travée », une « cellule ») blottie entre la photocopieuse et le placard à outils pour les femmes de ménage, protégée par une porte ancienne, opaque.

 

2 Elise Pérez était fortement souriante. Excessivement. Exagérément. Souriante en permanence.

- Sinistre.

Ça lui avait coûté le poste. Ses ouailles, des simples et des sombres agités, avaient trouvé impossible la cohabitation avec leur bergère.

Et pour cause. Elle avait pris la mauvaise habitude de leur crier, lors des réunions de rédaction :

- Vous êtes tous de vrais individus, de vraies personnes ! 

À quoi ils répondaient de bon cœur, avec beaucoup de discipline, d’une seule et unique voix joyeuse  :

- Nous sommes tous des individus, des personnes, des vrais ! 

Sur quoi, elle leur disait :

- Pas moi !

(Tout ça, avec ce sourire-là, infect, dilaté sur toute sa figure. – Non, mais ! Pour qui se prenait-elle ? Où se croyait-elle ?)

 

3  Bonne professionnelle ? Et alors ! – Elle trouvait même « dans de la pierre sèche », comme on dit parfois, des sponsors pour les interventions à l’antenne des « sportifs » ; elle avait augmenté ainsi la présence des « sportifs » sur les ondes de RFI de trois cents pour cent, chose très « valorisante » en principe mais pas en « sous » ; non « valorisée » donc à RFI, boîte d’intérêt national, assimilée à la fonction publique – c’est-à-dire, un centre de coût, ce qui était tout autre chose qu’une entreprise dans le vrai sens du terme –, où les salaires étaient « conventionnés » et où l’initiative individuelle était en règle générale ignorée, parfois punie, au mieux pardonnée, et en aucun cas chargée ou créditée de valeur. Bonne gestionnaire, donc ? Et alors ! Un centre de coût n’est que ça : un centre de coût !

 

4 Chargée, aujourd’hui, d’une réflexion approfondie sur un sujet complexe et secret, Elise Pérez avait l’obligation de rédiger des rapports annuels pour la Présidence. Donc un unique passage annuel à RFI devait suffire. La discrétion, l’élégance même, imposait que le bureau d'Elise soit protégé par une porte opaque, personne ne devait savoir si Elise se trouvait ou pas dans les parages de RFI...

Dans ce sens, la porte opaque était non seulement utile, mais bonne. (En plus, la tradition voulait que derrière les portes opaques il y ait toujours des débauches. En couple simple, en petit train, en pelote ; hétéro, homo ou bi ; avec ou sans alcool ou d’autres drogues. – Tout ça pour dire que la beauté des nouveaux espaces « open » ou vitrés n’était ni absolue ni immobile. L’utilisation qu’on leur donnait, non plus. Loin de là.)

- En tout cas, le successeur d’Elise, comme précédemment vu, fomentait d’autres idées que celle-ci. Il voulait se faire connaître (et reconnaître) moyennant la transmission radio d’un Marathon en solo.

 

5 Il était le patron de la rédaction anglophone. Les parents de ce roux sexagénaire avaient quitté pendant la guerre l’Ukraine du Sud, pour nicher à Montréal, en échappant ainsi à l’histoire holocaustienne. Sa principale joie, habillée souvent en qualité relationnelle, était la blague sans rideau, les insanités les plus « écorchées » possible. Il les racontait avec son impossible et impassible accent anglo-saxon. Il ne laissait aucune chance à personne. Il pompait l’air de tous avec des éclats de rire homérique mettant fin à ses histoires débitées avec une voix de grand fumeur de brunes. Il faisait souvent le salut nazi, en criant Zieg Heil. Il provoquait des sourires embarrassés dans l’assistance.

Il était, maintenant, lié d’une amitié très explicite avec Egon Aman, un Allemand – on le verra tout de suite – hors-norme, un hyper-Allemand, un trans-Allemand. Il voulait se montrer lui-même comme un Juif hors-norme, comme un hyper-Juif comme un trans-Juif.

 

6 À l’époque – beaucoup avant que la masse salariale soit énervée par des dictons et par des phrases type, imaginés par celle qui lui avait succédé à la tête de la rédaction Allemande (le bouchon mal habillé comme vu tout à l’heure) –, celui-ci était le patron de la rédaction allemande.

- Il se souvenait très bien de ses vacances passées, pendant la guerre, en Pologne, dans la villa de son oncle, officier supérieur nazi, et encore mieux de sa déportation ultérieure, avec toute sa famille, à l’intérieur de l’URSS, où les parents du petit Egon, à l'instar de tous les Allemands déportés à l’intérieur du pays du communisme, travaillèrent un temps « tellement long ».

Il était, maintenant, lié d’une amitié très explicite avec Sorin Bercovitz, avec ce Juif hors-norme, avec ce hyper-Juif, avec ce trans-Juif. Il voulait se montrer lui-même comme un Allemand hors-norme, comme un hyper-Allemand, comme un trans-Allemand.

 

7 Ce dernier n’hésitait pas à hurler avec toute la puissance de ses forts paumons :

- Si vous voulez vous faire enculer, sale Juif et sale Boche, rentrez chez vous ou fondez-vous dans l’Univers, dans la merde lointaine, très lointaine et très merde, et foutez-nous la paix à nous autres, les bourgeois véritables et vrais que nous sommes !

Phrase qui attirait, invariablement, la même réplique « camaraderesque » de Sorin Bercovitz et d’Egon Ammann :

- Fuck you, boss, vieux chnoque ! 

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