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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

Texte Libre

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 08:14

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

Distorsion

(Jérémiade capricieuse dans les entrailles d’une certaine machine à café radiophonique

pourtant, dans ce contexte, assez quelconque)

 

 

Muguette dit que les stations nationales de radio et de télé propagent l’ennui national, tandis que RFI propage l’ennui international.

- Chapeau, la Muguette !

L’ennui, c’est vital. Vitale aussi, et d’un non sens généreux, la lutte entre la mémoire personnelle, et celle de l’espèce, et celle de la terre, et celle para, extra, voire méta-universelle.

- Qui avale qui ?

La mémoire personnelle se remplit, avec le temps, de choses mémorables. Certaines choses sont mémorables. La mémoire niche, parfois, dans les choses mémorisées. L’existence même se révèle en tant que mémoire.

- On est mémoire – ou on n’est pas.

Moi, je n’ai pas d’enfants, moi. En tant que machine à café, je ne peux pas en avoir.

- On ne peut pas en avoir.

Mais je peux participer et à la reproduction, et à la reconduction, et à la multiplication de l’humanité. Je suis une machine à café de la radio. Une machine à café radiophonique. Je contribue à tout ce que je viens d’évoquer, reproduction, reconduction, multiplication de l’humanité – d’une manière insupportablement moderne :

- Radiophoniquement.

Je veux dire :

- Avec l’aide de cette particulière prothèse-radio sociétale, on multiplie, dans l’abîme de l’instant, la parole dite. C’est comme les pains de Jésus, ladite parole « radiophonisée ».

<>

Hé !

- Et la parole fut !

La parole dévoilera de nouvelles qualités et de fraîches vertus, beaucoup plus justifiables que la simple communication domestique et souvent mineure.

Il s’avérera que :

- Lareproduction humaine est sévèrement articulée, parlée.

Mieux encore, il s’avérera que ce qui est humain ne se reproduit pas, ne se reconduit pas, mais perdure.

- Grâce à et avec la parole.

Ce qui se passe, donc, dans et avec une radio prend une importance particulière. Inattendue ! Vitale !

- Comment imaginer l’humain et l’humanité sans la parole-radio ?

Aujourd’hui, chacun devrait avoir sa radio personnelle. (De toute façon, on ne dialogue plus, depuis longtemps !) Des radios personnelles affiliées à des radios collectrices, dotées des pouvoirs sélectifs en mesure d’extraire le général de l’individuel, l’indifférent de l’ennuyeux, la totalité du rien et le rien de la totalité.

Hé !

<>

Et de coq à l’âne.

Pendant son périple caucasien, lorsque Yovanka essayait d’entrer en contact avec les ravisseurs de son mari, elle était déchirée... Physiquement.

- Par des viols consentis.

Elle a été schizofrénisée. Elle vivait simultanément dans deux réalités absolument distinctes qui, elles, se représentaient en elle. D’un côté, le terrain, le « vécu extérieur ». Les brigands des tous bords, qui la regardaient sans la voir, elle, mais uniquement la proie vivant en elle, la proie qu’elle était

- Elle vivait ça.

Elle écartait ses cuisses, elle ouvrait sa bouche et recevais la merde spermique de l’un, de l’autre, de tout un chacun dans ses orifices…

Et, en revanche ou par contre, elle écoutait RFI en ondes courtes, et elle vivait ce qui n’existait plus, là où elle se trouvait, en Caucase : sa vie d’antan, d’ailleurs, avec son mari, avec sa petite fille, sa vie de France, sa vie française.

- Elle la vivait fortement.

Même si elle se trouvait nulle part. Même si son étant y était – dans ledit nulle part. Elle est devenue depuis un mulier radiophonica. La radio c’est, comme dirait l’autre, « du nihilisme de la moyenne » à l’état pur.

La vérité ?

La réalité ?

- On en a plein le cul et on s’en branle !

Ce qui compte c’est les news, notamment celle connues ou du moins reconnaissables.

Poussant des cris aigus et des gémissements profonds :

- Oui, je sais ! Je suis névrosée ! Et alors ? Étouffer le savoir par les news. Avoir des news. J’en ai, moi ! Les miennes. J’ai mes news à moi, mes news de machine à café radiophonisée, radiophonique, atteinte par la radiophonite, menacée par la radiose ! Et ça me suffit. Plus généralement encore, plus valablement encore : ça suffit !

- Est-ce la névrose des news ? Et alors ! Ça ne fait du mal à personne. Je ne fais du mal à personne !

- Est-ce que je vous ai fait mal ?

Y a même pas de mal ! Y a même pas de quoi !

<>

Hé !

- Dire que Yovanka mourra en Afghanistan !

À sa mort, on se rendra compte qu’elle n’était qu’un illégal, un illégitime bébé-médicament. Un bébé oublié, perdu ou abandonné à sa naissance par des parents peut-être ignobles. Par des parents qui jouissaient pourtant de certaines circonstances atténuantes. Notamment celle de regretter d’avoir conçu un tel enfant, un tel bébé-médicament. Un tel monstre qui, illégal, voire illégitime, n’allait plus être obligé de porter un masque de fer, à l’instar d’autres personnages illégitimes blottis dans l’histoire, mais qui allait être éventré et dépecé, pour fournir ses organes, ses cellules et peut-être des extraits de sa vie, pour guérir on ne sait pas qui, des anonymes guérissables, sans doute ; ou non guérissables, mortels, mourants. Un bébé-spore. Une spore nocive, illégitime, elle aussi pour le jour d’aujourd’hui. Mais présente. Plus que présente.

- La spore d’une civilisation interdite le jour d’aujourd’hui, mais toujours possible pour demain..

- Fou !

- Ahurissant !

Pas plus fou et pas plus ahurissant, finalement, que de pisser du café. Ou du thé. Ou du potage. Sans différence et avec avec autant d’indifférence.

- Et tout cela, marquée par un manque plus que fort, éblouissant de mémoire du futur.

Cependant, il y aura un certain 11 Septembre 2001. Les deux tours du World Trade Centre de New York seront détruites par deux avions civils « kamikazés ». On précipitera un troisième engin sur le Pentagone. Un quatrième, dirigé peut-être vers la Maison Blanche, s’écrasera ailleurs, suite à la révolte des passagers… Il y aura, donc, ce 11 Septembre 2001. Et il y aura des représailles occidentales – en Afghanistan. Ou, pourquoi pas ?, en Irak ou au Sénégal si ce ne sera pas la Côte d’Ivoire ou l'insaisissable Nomadie, peut-être. Il y aura des journalistes envoyés partout.

- Parmi eux, Yovanka.

Elle y sera prise en otage, elle y restera, elle y mourra... Hé !

<>

Comme image finale infinie et invisible, retenons la forme extérieure de Muguette me berçant – sur ses genoux et dans ses bras –, moi, la machine (occasionnellement à café) dans mon entier.

- Une Muguette pâle, immobile, inanimée, morte.

Image d’une Pietàadaptée au présent, entourée par une infinité d’œufs de fous répétitifs et pourtant si différents, sous la coque-coupole lointaine, transparente, invisible de l’Œuf de Fou Universel !

- Ou Générique.

Ou !

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