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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 09:44

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

 

I

 

2a

Les yeux de Zakharias Cocâltãu, un homme de taille moyenne, plutôt maigre et assez effacé fixaient la page. Il ne la lisait pas. À croire que le Directeur Général la photographiait. Il rayonnait une subtile immobilité sculpturale. Enfin, après quelques instants, il leva les yeux. En face de lui, assis dans un des deux fauteuils spartiates de bureau, en cuir et métal, Pierre Laisarde, un des Délégués Syndicaux de la maison, petit, vivace, avec des cheveux noirs et joliment bouclés, abordait une attitude de digne humilité. Il était ferme, révolutionnaire et objectif.

- Je comprends, dit Cocâltãu. Mais je crains de ne pouvoir rien faire. C’est le domaine exclusif du Directeur des Français, de Stroë. Et je ne vois pas comment le persuader. Quels sont vos arguments ?

Un sourire ambigu, malin, servile, diaboliquement mesquin, s’étala sur la figure du Délégué Syndical.

- Il y en a deux. L’un de type intellectuel, l’autre de type social.

- Vous n’allez pas vous mettre en grève pour ça, quand même.

- En grève, peut-être pas. Pas pour l’instant, au moins. Mais, vous savez, comme pour toutes les missions, la brigade sera sollicitée.

- Mais, qu’est-ce qu’elle a à faire dedans la brigade ?

- Question de solidarité. Notre collaboration est vraiment très serrée. Pratiquement, toutes les missions, nous les faisons ensemble, les techniciens de la brigade et les journalistes sportifs. Sur le terrain, vous savez, les liens qui se tissent entre les gens attelés à la même tâche s’avèrent souvent indestructibles. Ce n’est que du Marx et de l’Orwell. Cela pour faire simple.

- Ce que tu fais, maintenant, dit le Directeur, c’est de la psychologie. D’où tiens-tu ce savoir-faire ? De ton Syndicat ?

- Je me réjouis du fait qu’on se tutoie. Il était temps ! Ce n’est pas seulement du Syndicat que je tiens cette technique, pour répondre à ta question. C’est aussi une affaire de bon sens. De ce point de vue – je parle du bon sens –, de ce point de vue, je ne suis qu’un dilettante, c’est vrai, mais, sans me vanter, un dilettante de génie. Enfin, tout ça pour dire que l’idée n’est pas mauvaise, je trouve ! Elle déborde même de bon sens, il faut le reconnaître. Elle est grosse, en plus, d’une originalité indéniable. Qui, dans ce monde sous-lunaire, pourrait oser une telle aventure ? Commenter en direct, à la radio, intégralement et en solo la course du Marathon ! C’est unique au monde, c’est clair !

- Mais il n’y aura pas de Marathon en Nomadie. Il s’agit simplement d’un Sommet de la Francophonie. Un Sommet comme tous les autres. En l’occurrence, de la Francophonie.

- Justement ! Organisons-en un ! Je veux dire, un Marathon. Les comptes rendus politiques et les interviews de tous genres, c’est bien. Mais un Marathon, là où personne ne s’attend, c’est encore mieux ! C’est absolument révolutionnaire. À la limite, même pas besoin d’en organiser un. Il suffit de le transmettre.

Zakharias Cocâltãu photographia son interlocuteur d’un regard ébahi.

- Je ne comprends pas.

- Pas besoin de comprendre. Just do It et, en échange, tu auras la brigade à côté de toi. Dans la confrontation avec Madame Pinçon, l’aide de la brigade vaut de l’or, fais-moi confiance. À propos, tu sais quel est son surnom ? Je parle de la mère Pinçon.

- Non ? C’est quoi ?

- La Naine-qui-pue !

Le Directeur éclata de rire.  

 

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