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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 09:22

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 


 I

4

Cependant, à côté, dans son bureau, le Coq-sans-crête jetait des regards assassins vers la Naine-qui-pue. Aussi, il vociférait silencieusement.

- Collaboration n’est pas complicité. 

- Peut-être pas, hurla inaudiblement la Naine-qui-pue. Mais ce n’est pas le problème. Le problème c’est que, en réalité, il n’y a pas de différence. Il n’y a pas de différence de nature entre la collaboration et la complicité. Enfin, il ne faudrait pas qu’il y en ait, je veux dire. Sinon, la société n’avancerait plus, et l’homme stagnerait, prisonnier de sa propre capacité de socialisation.

La Naine-qui-pue était le partisan – la partisane ! – de l’idée selon laquelle l’homme doit se libérer non seulement de sa société, qui l’enferme et qui le fait perdre du temps, mais aussi de lui-même. L’homme, le vrai, c’est celui qui n’est plus social et, comble de la perfection, qui n’est plus lui-même ! Cette réalité était indéniable pour la Naine-qui-pue.

- D’accord ! haussa négativement la voix Zakharias Cocâltãu en croisant son regard photographique avec celui nauséabond de sa collègue. Mais cela n’empêche que le management de ses subalternes soit fondamentalement différent du management de ses chefs. Au point de se demander si c’est toujours du management.

- Peut-être, fit la Naine-qui-pue en montrant les dents, mais cela n’explique et ne justifie en rien cette histoire de double comptabilité de la langue méconnue1. Il faut qu’on trouve et secoue les coupables. Et, en tout cas, je dirais même, indépendamment, Stroë (à propos, y a t il quelqu’un capable de nous dire le prénom de ce Charlot ?) et Ică Glande. Ça ne peut pas s’éterniser comme ça.

<>

C’est sur ces mots de la Naine-qui-pue que tous les téléphones portables commencèrent à sonner. On s’excusa et on se retira chacun dans un coin du bureau, de sorte que la conversation « portable » reste la plus confidentielle possible.

Petit à petit, l’intérêt et la gravité s’étalèrent sur tous les visages. Pendant que les Directeurs Généraux écoutaient les nouvelles données par leurs interlocuteurs, ils jetaient des regards soupçonneux vers leurs pairs. Ils empruntaient tous une attitude rappelant plutôt la complicité, et beaucoup moins, voire du tout, la collaboration. Pour ne pas parler de camaraderie – portée absente.

Ils étaient informés tous personnellement, chacun par sa propre source, du changement de la Présidence. Tous les Directeurs Généraux de RFI, chacun dans un coin du bureau de Coq-sans-crête, le portables à l’oreille, paraissaient désemparés.

Tout le monde était d’accord qu’il s’agissait d’une sanction, pour la Présidence sortante, et d’une punition, pour la Présidence arrivante2et 3.

<>

Les Directeurs Généraux de RFI sortirent en flèche du bureau et se dirigèrent en trombe vers le bureau de la Présidence, laissant derrière eux une Virginie en larme : elle aimait le chabichou présidentiel ; elle était obligée maintenant d’en faire le deuil.

Dans l’antichambre de la Présidence, Madame Pomponne, la secrétaire de la Présidence, les informa qu’elle-même ignorait tout. Notamment tout ce qui pouvait avoir un lien quelconque avec cette histoire. Elle avait pourtant entendu que la Présidence, qui se trouvait à Cotonou, en aurait été informée. Et tout, d’une manière trop brutale ! Sauvage, pour tout dire !

- Les gens on perdu toute humainité. Ce sont des abrutis ! Il n’y a pas d’autre mot !

La nouvelle Présidence, que personne ne connaissait encore, paraissait plus que très pressée. Elle aurait pris l’avion pour Cotonou, paraît-il, où l’ancienne Présidence se trouvait déjà, et aurait demandé à cette dernière que la passation du pouvoir se fasse là-bas, à Cotonou, sans attendre le retour à Paris.

- Mais, dit Madame Pomponne en regardant les quelques Directeurs Généraux de RFI qui se trouvaient devant elle, c’est quoi ce pouvoir qu’on doive passer ?


1 RFI se singularise encore plus dans l’univers des médias internationaux en émettant, à côté des langues inscrite dans l’atlas des langues, dans la langue méconnue, déjà évoquée.

  - Encore une exception française ?

  Beaucoup des détracteurs de cette exception sont prêts à jeter la pierre. Mais la langue méconnue fait le délice des connaisseurs.

Néanmoins et dernièrement, il paraissait que la rédaction produisant ces émissions, en langue méconnue, pratiquait la double comptabilité. Autant pour les tableaux de service que pour le fond des piges ou pour celui des missions. Ce qui énervait tout le monde, dans cette histoire, c’était le fait qu’il n’y avait pas de preuves irréfutables de ces malversations, tout contrôle effectué de l’extérieur étant impossible dans une autre langue que la méconnue. Or, personne au monde ne parlait la langue méconnue. Les membres de la rédaction inclus.

  - Et tant pis !

 

2 Et tout cas, de moins en moins de gens ordinaires acceptaient de prendre la responsabilité de RFI. Il fallait trouver chaque fois quelqu’un désireux de prendre l’irresponsabilité de cette grande radio.

 

3 Quant aux RFI-ens, maîtres absolus (et ténébro-énergiques) de la planète étrange portant le nom de RFI, qu’eux seuls dans l’univers peuplaient, ils regardaient avec un sourire presque giocondien, en y mélangeant et de la finesse et du raffinement, la tête de chaque nouvelle Présidence. Ils acceptaient, on dirait avec joie, le défi d’apprendre à la nouvelle Présidence les règles RFI-ennes de conduite.

Avec joie, car de toute évidence le pari était faussé. Les Présidences avaient « des mandats » limités dans le temps, même si renouvelables. Les RFI-ens, non.

- Pour ceux-ci, le temps n’était qu’infini. Il n’avait même pas de dimensions.

Les Présidences ne se RFI-saient jamais. À peine avaient-elles le temps de faire connaissance avec la maison, qu’elles devaient partir. Il est arrivé plus d’une fois qu’à la fin de son mandat, la Présidence sortante ne sache avec précision ni la masse salariale (dont personne ne pouvait maîtriser l’augmentation), ni le nombre des services, ni la mission des rédactions, ni la qualité des filiales, le nombre des radios partenaires ou d’autres sous-traitants – qu’elle avait présidés.

- RFI était une structure qui recevait les Présidences comme on reçoit au sein d’une famille d’accueil un enfant handicapé.

Un enfant à problèmes dont on ne voulait pas. Ni l’adopter, ni, à fortiori, l’assimiler. Et cela depuis toujours et pour toujours.

Cela n’était donc pas un pari, mais plutôt un cirque.

 

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