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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 09:06

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

III


1

Dans l’avion de la presse présidentielle, les deux cents cinquante journalistes de tous bords et couleurs physiques et politiques se préparaient inconsciemment pour la traditionnelle bataille de coussins. Personne n’aurait conçu de rater cette grande fête aérienne.

- Elle avait lieu chaque fois quand le vol de l’avion de la presse présidentielle durait plus de trois heures.

Et cela pouvait être notamment le cas.

- Notamment.

Notamment – dans la mesure où personne ne savait combien de temps – vingt minutes, deux jours, des semaines… pour toujours ou pas du tout, jamais – l’avion restera-t-il dans l’air.

- Personne ! Ni les pilotes, ni les attachés de presse de la Présidence de la République, ni même la Présidence de la République personnellement, paraît-il.

Les stewards et les hôtesses de l’air passaient entre les sièges veillant au bien-être de ces animaux bizarres, les journalistes. Ils jetaient des regards de gendarme vers ceux qui, très bientôt, allaient se transformer dans une bande des fous furieux. Quant à ceux-ci, ils cachaient pour l’instant à merveille leur jeu.

- En l’occurrence leur envie d’en découdre avec le monde.

Ils parlaient paisiblement entre eux. Ils lisaient leurs propres articles parus dans le canard du jour ; ou, qui sait, dans celui d’une date passée.

- Ou future.

Ils ne se privaient pas de lire aussi des journaux de la concurrence confraternelle. Ils feuilletaient aussi leurs propres notes concernant la Nomadie et le Sommet de la Francophonie qui allait s’y ouvrir peu après leur arrivée.

  - Comme si rien n’était, comme si rien n’allait être.

Ică Glande, confortablement installé dans son fauteuil, regardait du coin de l’œil les lignes douces et élancées des hanches-cuisses enjeansées de la jeune Yovanka. Celle-ci, appétissante, assise deux rangés plus loin, côté couloir, regardait dans le vide. Ses yeux étaient mauvement et profondément cernés. Elle paraissait déconnectée de la réalité interne du vaisseau de la presse présidentielle.

<>

Note biographique de Yovanka.

La chienne, selon l’expression de Muguette, Yovanka, originaire de l’ex-Yougoslavie, avait épousé Gilles-Etienne Martin, un photo-reporter free-lance. Celui-ci se fit prendre un beau jour en otage en Tchétchénie. La famille Martin était assez aisée, voire riche. On savait bien que les Martin pouvaient payer la rançon.

- Qu’ils la payent, alors – les salauds !

Yovanka franchit clandestinement quatre fois la frontière séparant la Géorgie de la Tchétchénie, pour négocier la libération de son mari. On disait qu’elle avait dû se prostituer un peu chaque fois et partout. Entre le Caucase, le Danube, l’Ile-de-France et Paris intra muros.

- Cela la rendait, évidemment, très intéressante.

La rançon fut chiffrée – par l’imagination publique, par l’opinion ! – à plus d’un million d’euros…

- Très intéressant encore !

Tout le monde ne pouvait pas (se) payer un million et tout le monde ne se faisait pas baiser un peu partout pour faire libérer son mari !

- Sacrée Yovanka !

On disait, ensuite, qu’une fois son mari libéré, leurs retrouvailles furent difficiles. L’ex otage, assez labile psychiquement – un vrai précadavre cyclothymique ! –, passait d’une dépression à l’autre, de plus en plus profondes, de plus en plus violentes. D’autant plus précadavre, ce mari de Yovanka, qu’à peine avoir répondu, à côté de son épouse, aux questions des services spéciaux sur les conditions de son enlèvement, de sa détention, de sa mise en liberté, il se suicida. 

- Et cela, avant même d’avoir signé le contrat éditorial et cinématographique que tout otage responsable et présentable, qui se respecte, signe au plus tard dès la fin de ses péripéties !

Voilà qui était vraiment impressionnant ! 

En fin, comme, de surcroît, elle avait du caractère, Yovanka1promettait d’être captivante. Avec sa fraîcheur. Avec sa souffrance-malédiction. Elle promettait d’être sublime ! Transcendante !

- Tout RFI – hétéro, bi et même certains pur-homos (mâles ou femelles) – aurait voulu lui passer dessus !

 


1 Note affichée anonymement à côté des machines à café de RFI.

Sur

les Pensées et sur les Paroles Obsessionnelles

du Moment

de Yovanka

« Inceste ! Voilà qui est très intéressant. Le mot traverse le passé présent, le passé passé et l'avenir de l'humanoïde. Pareil, pour quelques dieux. Pourtant, il ne parvient pas aujourd'hui à rendre compte de ses vraies puissance et importance ou, plus fort encore, de son vrai, de sa vérité.

« L’inceste, c’est quoi, c’est pourquoi, c’est où, c’est (avec) qui ? Trouver la réponse à cette question pourrait être un néo-passeport méphistophélique. C’est luciférien. C’est normal. C’est éternel.

« - L’éternité se trouve à notre portée.

« On sait aujourd'hui. Le spermatozoïde d’un arrière-arrière-arrière-etc… grand-père pourra bientôt ensemencer l’ovule de son arrière-arrière-arrière-etc… (ou plutôt future-future-future-etc…) petite-fille. L’ovule d’une arrière-arrière-arrière-etc… grand-mère pourra être bientôt ensemencée par le spermatozoïde de son arrière-arrière-arrière-etc… (ou plutôt futur-futur-futur-etc…) petit-fils.

« L’inceste, donc ? – Une tension temporaire. Du coup, temporale. Une hystérie historique.

« Incester c’est hystériser, c'est histoiriser. Dans le processus d'onanisme régressif, individualisant, d'aujourd'hui, qui rend forcement fou, histoiriser c'est forcement hystériser, c'est forcement incester.

« Pour ne pas parler de cette permanente et atroce baise réciproque de ces deux natures sensiblement apparentées, qui sont le ‘vivre’ et le ‘mourir’, le ‘vivre avec sa mort’ et le ‘mourir avec sa vie’. Plus consubstantiel, plus consanguin, plus co-mortel, plus co-incestueux que ça, impossible !

« Pour ne pas parler, ensuite, de ce que la parole signifie, de ce qu’elle veut dire. Qu’est-ce qu’elle nous fait, la parole, la coquine ? Elle s’insinue dans l’esprit. Elle s'y transforme en devenant un des ‘objets mentaux’ y siégeant. La parole féconde ce foutu esprit. Celui-ci devient un parolier. C’est ça la transmission du savoir et/ou du non-savoir ; en l'occurrence, la culture. C’est de l’exact, c’est du spirituel, c’est de l’immuable. La fécondation par parole, pratiquée naturellement et réciproquement par les parents et leurs enfants, par les frères et leurs sœurs, par les frères et leurs frères, par les sœurs et leurs sœurs, c’est de l’inceste…

« …L’inceste, comme fondement et liant de la civilisation actuelle ! On ne peut pas le contourner ! On ne peut pas lui échapper.

« Pour être civilisé, il faut connaître l’inceste. Il faut incester ! De près. De loin. En quelque sorte. De quelque part. Même de nulle part.

« Être civilisé c’est être incestueux – par les deux bouts.

« Connaître – y compris, voire surtout, l'inceste – c’est être.

  « Il reste à voir qu’est-ce que reconnaître. »

 

 

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