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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

Texte Libre

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 05:21

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

IV

 

2

« - Parano, va !

« C’est ce que j’entends assez souvent. Cela me fait tantôt plaisir, tantôt de la peine. Mais, enfin, ne sommes-nous pas là justement pour prendre du plaisir et pour avoir parfois de la peine ?

« - Suis tellement sage !

« - Tellement !

« Dans la sphère parano, la liberté d’expression n’est plus ni moins que sacrée.

« - En tout cas, et surtout pour le Français.

« Et qu'est-ce qu'il n'y pas dedans ? Tout et n'importe quoi. Un vrai capharnaüm. Qu’est-ce qu’on ne trouve pas dans l’expression libre et, surtout, et tout naturellement, dans cette liberté ? Aussi, les détournements. N’importe de quel type. Des détournements d’avion, de bateau, de sexe, de banalité, de religion, de songe... D’où l’idée plus ou moins préconçue, selon laquelle la liberté d’expression, l’expression libre – voire la liberté tout court – contiendrait aussi son contraire, voire sa mort.

« Et cela pendant que la liberté d’expression, avec celle du détournement dedans, reste quelque chose qui tient très à cœur aux Français. À tous les Français.

« - Oui, à.

« Enfin ! Ce que je veux dire c’est que j’ai découvert le rapport très serré que l’expression entretient avec le détournement. Au point qu’on serait en droit de se demander si tous les détournements ne seraient que des expressions.

« - Que ! »

<>

« Cela étant, si on grattait un peu, on constatera que la liberté d’expression porte des coups à la liberté d’information.

« - Ô, la super-sagesse !

« -Ô ! »

<>

« L’histoire, quant à elle, n’est qu’expression.

« L’histoire devient information suite à la condensation spartiate de l’expression.

« En règle générale, l’histoire n’arrive pas à être connue, mais seulement dispatchée dans des histoires.

« - Dissipée ! Déboursée ! Dilapidée ! Consommée ! Ou, ce qui revient au même, fondue, perdue dans des langues, la méconnue comprise. 

« Mais, revenons à nos moutons. Vouloir inclure dans les émissions de RFI des choses qui, certes, peuvent circonscrire, définir, ‘expressionner’ (et non pas ‘exprimer’), ‘histoiriser’ RFI par de proverbes et d’autres phrases types, mais qui ne peuvent pas faire la même chose pour les journalistes qui ‘s’expressionnent’, qui ‘s’histoirisent’ dans ces émissions, voilà qui est insupportable.

« Il est tout à fait possible, certes, que cette dernière ‘insupportabilité’ ne soit pas suffisante pour déclencher le détournement de l’avion de la presse présidentielle française.

« - Je veux dire, qu’on peut en concevoir et nourrir moult soupçons, comment dirais-je, plus ‘classiques’.

En l’occurrence, mettre toute cette histoire sur le compte des ravisseurs venus d’ailleurs, du Proche Orient, de l’Ingouchie, de la Colombie ou, pourquoi pas, de la Nomadie-même.

« J’irai encore plus loin et je dirai que RFI n’a pas les épaules, la carrure d’une telle opération.

« - Le niveau des salaires en témoigne.

« Il n’y a pas des gros salaires à RFI1

<>

« N’empêche, je suis toujours choqué. L’opération pourrait s’avérer juteuse. Donc, attractive.

« - Incitative.

« Le monde pourrait trouver grandiose le spectacle de ce détournement. Mettre la main sur le cœur-poumon-intestin journalistique de la France !

« - Voilà !

« - Grandiose !

« Mais moi, je trouve que c’est ni plus ni moins que stupide, ni plus ni moins qu’idiot de recourir à un tel acte. »

<>

« La première nouvelle de taille et très choquante, donc :

« - L’avion de la presse présidentielle française allait être détourné.

« La deuxième nouvelle de taille et très choquante encore, ensuite :

« - RFI aura une présidence bicéphale.

« J’en suis stupéfait. Je crois savoir que les deux Présidences, à Cotonou2, furent emportées par un processus violent de métamorphose (pour ne pas dire, métempsycose) sulfureuse. Elles devinrent, dans une première étape éprouvante mais libératrice, deux splendides corneilles libres et indépendantes.

« - Noires, avec un peu de bleu de Prusse foncé dans leur plumage, le célèbre noir-corneille3.

« La lumière les caressait, les gâtait. Les ailes déployées sur la moquette de l’hôtel, tournant autour d’elles-mêmes et l’une autour de l’autre, comme des étoiles gémellaires, prisonnières d’un même système dont elles étaient la vie, elles croassaient :

« - La volonté et la mémoire font partie des mystères fondamentaux du vivant. Elles ont une racine commune. Une nature commune. L’oubli est une noble contre-volonté !

« Je crois savoir aussi que la violente et éprouvante métamorphose des deux Présidences continua, accompagnée toujours par de terribles souffrances silencieuses, inarticulées ; partiellement, vaguement passées dans des vagues expressions vagues (la répétition n’est que trop voulue – trop !), comme celles-ci :

« - Psy, Oubli – même combat ! L’oubli public se trouve dans le psy public ! Voilà la meilleure idée de l’actualité ! L’idée fixe de l’actualité !

« - L’idée qui fige la réalité.

« L’oubli public c’estle psy public ! Notre bicéphalisme : de l’auto-journalisme. Du méconnu distillé et purifié au maximum. Du méconnu exprimé dans la langue (la seule !) qui lui est propre, la langue inextricable. Quant à nos ennemis, lorsqu’ils sont très énervés, ils pestent, ils hurlent, ils s’époumonent, dominés par un sanglant sentiment d’impuissance : ‘On doit beaucoup aux couples. Castor et Pollux, César et Cléopâtre, Roméo et Juliette, Marx et Engels, Hitler et Staline, Sodome et Gomorrhe – et nous en passons et des meilleurs. Aussi on doit beaucoup à la Corneille Bicéphale. La Corneille Bicéphale, mythique et archétypale, totémique ; la Corneille Bicéphale impossible ; la Corneille Bicéphale prévue d’une tête d’enregistrement et d’une autre, de lecture ; la Corneille Bicéphale, connue aussi sous le nom complètement ridicule – même si présidentiel – de Varice et Avarice.’ – Mais ils sont fous de rage et de crétinisme, ces adversaires – les nôtre.

« - Nous leur pardonnons ! »

 <>

« Si de telles nouvelles ne vous déséquilibrent pas, je ne sais plus quoi dire. »

<>

« Pourtant, je ne devrais pas me plaindre. Je me trouve à Paris, ville-lumière. La mission dont j’ai la charge est importante (très !) et se déroule pour l’instant comme sur des roulettes.

« D’autre part, la fille de l’ambassadeur quitte en apparence son obsession concernant l’attention. Elle se perd mais elle ne s'oublie pas ; au point de se couvrir d’écumes quand je met ma main sur elle pour la caresser.

« Quant à moi, j'entre parfois en résonance avec elle : mon attention s’affûte, enrichie par une perte perverse de mesure et de dimensions et devient hallucinogène.

« J’aimerais m’arrêter et mettre de l’ordre dans ce foutoir. Mais ce n’est pas évident. Les nouvelles continuent d’arriver – la plus récente chasse la précédente – et de s’entasser dans mes fichiers. La synthèse qui se fait toute seule dans un cerveau normalement constitué, tarde de se faire à présent.

« - Histoire de cerveau, peut-être ?

« - Histoire de parano ?

«  - Parano, va !

« - Suis-je fou ?

« - Moi, ou la machine à café par où (par qui) tout arrive ? »

 

 

 

1 « Des grands requins , non plus. Tout est médiocre et tiède. Autrement dit, Stroë pourrait y prendre son pied. Son appétit pour le Grand Larcin pourrait y être satisfait…

  « Alors, pas de détournement RFI-en de l’avion de la presse présidentielle française.

  «  - Pas de grandeur ! »

2 « J’ai bien noté que Cotonou, où devait se faire la passation du pouvoir entre les deux Présidences, se trouve un peu au Bout du Monde (en dépit du fait que, comme on dit, c’est là que se trouve le Quartier Latin de l’Afrique), mais il m’est difficile de saisir toutes les subtilités de l’affaire. »

 

3 « À Paris, comme dans toutes les grandes villes du monde, on rencontre toutes sortes d’hommes.

  « - Une riche variété de gens, quoi.

« Parmi eux, au Jardin des Plantes, on peut rencontrer des couples ou des solitaires qui se font un plaisir de jeter du riz ou des morceaux de pain aux corneilles.

« - Plaisir métaphysique.

« Plutôt pervers. Mais inoffensif. Souvent très esthétique. Notamment les jours sombres, au ciel couvert et menaçant, où ces gens font leur apparition et où, suite à cette apparition, les corneilles descendent comme un nuage venu de nulle part – mythique.

« - Totémique.

« Une fois sur la pelouse, en croassant vivement, avec joie, on dirait, de toute façon avec véhémence, énergie et aplomb, elles déploient leurs ailles et tournent autour d’elles-mêmes. Elles gardent un œil sur la réalité se trouvant à leur gauche, et l’autre sur la réalité se trouvant à leur droite.

« - Parallaxe oblige.

« Elles s’adressent à tous, au monde, à Dieu. À personne aussi. Le noir-corneille luisant de leurs corps 'rotatifs et bruyants' se mêle avec le vert cru et sombre du gazon.

« - Inhabituelle sensation de primaire, d’élémentaire, d’ailleurs, de bizarre, de possible.

« - C’est un autre monde qui y germe, qui s’y montre, qui y séduit…

« - C’est une autre symbiose.

« Elles dégagent une beauté fort singulière, capable de modifier des déterminants, les corneilles du Jardin des Plantes. »

 

 

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