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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 06:05

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

IV

3

- Chaque jour avec sa peine, chaque mal avec son bien, dit Muguette à Gnito un peu plus tard, dans la matinée, en prenant une nouvelle gorgée de mirabelle. Je ne sais pas si tu te rends compte, mais tout ça tombe à pic. De la concordance à l’état pur.

- C’est vrai, dit la belle compagne de Stroë. Tellement vrai que je pense même au miracle.

- N’exagérons pas.

Sur les quelques tables occupées, des boissons transparentes donnaient de la couleur aux rayons doux du soleil parisien automnal.

L’atmosphère était calme, pacifique.

- Miracle, reprit Muguette, c’est sans doute trop. Mais l’idée de ton homme, je la trouve admirable. C’est extrêmement positif d’être reçue par la Présidence. Aussi bicéphale soit-elle ! C’est par là que tu dois faire ton entrée à RFI. Par la grande porte, je veux dire.

- Et toi ?

- Moi, je n’ai pas un homme comme le tien.

Muguette fit une pause, pour souligner l’importance des mots qu’elle allait prononcer.

- Chuuut, un secret ! Les deux Présidences que tu rencontreras tout à l’heure, sont couvertes de brillants. Des vrais !

<>

D’où venaient ces brillants ? On ne le savait pas.

- On, peut-être pas, mais elle, Muguette, si.; elle le savait, elle.

Les Présidences en question avaient mis à leur profit une certaine avancée technologique qui permettait le compactage des ancêtres. Grâce à cette avancée, les cendres biologiques (y compris humaines) étaient compressées et comprimées au point que le carbon s’y trouvant se transforme en diamant.

- L’opération suivante était bien sur plus délicate.

Il ne s’agissait pas d’une simple taille du diamant, en brillant ou en table, suivie par un certain polissage progressif. Il s’agissait d’un choix métaphysique. Le possesseur, c’est à dire le rejeton direct ou indirect du ou des trépassé(s) ainsi « diamantisé(s) », devait indiquer lui-même la méthode, la manière, le style de la taille.

- Ainsi que celle du polissage à suivre.

- Ainsi que.

Autrement dit, il était emmené à choisir la modification de ses ancêtres.

- À les modifier, éventuellement.

En fait, les diamants bruts, « initiaux » avaient des formes, des transparences, des coloris uniques et des rapports particuliers avec le défunt.

- Tel mort, tel diamant.

Le libre-arbitre du possesseur d'ancêtres pourra embellir, enlaidir ou rendre méconnaissable ses prédécesseurs.

À l'instar des possesseurs de l'histoire !

Le problème qui se posait pourtant était celui de l'avenir. Les modifications apportées au brillants par les générations successives d'héritiers, diminuaient les pierres d'une manière objective.

- Ici s'arrête donc, la comparaison avec l'histoire. L'histoire peut être diminuée, certes, mais aussi élargie – selon.

- La chose ne sera que de moins en moins valable pour les descendants du possesseur actuel… Pour l’avenir, la collection, faite du passé, sera du présent…

…Muguette ne voulait même pas penser aux disputes familiales à prévoir dans le futur, dans le cas assez banal finalement des plusieurs héritiers.

…Elle, Muguette, était consciente que les Présidences dont il était question maintenant à RFI n’étaient pas capables de gérer une telle situation. Personne, d’ailleurs, n’en était capable.

- Muguette mise à part !

Elle était consciente que lesdites Présidences entretenaient des rapports étroits avec ceux qui visaient la Révolution Mondiale, donc le Présent – pour anéantir et le Passé et le Futur ! Elle était persuadée que les Présidences devaient abandonner leurs brillants. Qu’elles le veuillent ou pas !

Convainque de la justesse de sa cause, Muguette voulait rendre les brillants des Présidences au monde. – À Dieu !

<>

Le sourire-réponse de la splendide sous-Barbara – Gnito ! – se figea. Crispée, la belle femme regarda Muguette « dans la lumière des yeux » directement.

- Je sais, dit-elle. C’est vrai. Je tombe à pic. Mais pour une autre raison. Une raison qui ne m’appartient pas. Je me sens comme transportée et comme transplantée. J’ai une autonomie restreinte, de mission. Comme celle d’une plante inconnue destinée à devenir une forêt dans une terre nouvelle. Quoique peu, ça a le mérite d’exister. Je me trouve dans une situation assez inhabituelle, où l’on n’existe plus comme acteur, mais seulement comme quelqu’un qui fait l’acteur. Je n’ai plus de base, de matière. Le monde est en train de changer de consistance, de substance intime. Le virtuel de ce monde commence à occuper le terrain, tout le terrain… Un terrain virtuel, naturellement ; qui a toujours était ainsi : virtuel. Même si le virtuel a toujours besoin du concret pour s’exprimer et, à partir de là, pour exister…

- T’es noire, fit Muguette, soupçonneuse. Ce serait peut-être mieux de reporter le rendez-vous de tout à l’heure.

- Non, non. Ça va aller – point ! Je n’arrive jamais même pas à me saouler – re-point ! C’est rien – sur-point ! Mais dis-moi, quelle sorte de… comment dire… qu’est-ce qu’elles sont ? Ce sont des personnes ou des travestis ?

- Des travestis ? C’est nouveau ça !

- Il dit – je parle de Stroë, naturellement –, il dit que tout le monde est travesti aujourd’hui. Être vivant c’est être travesti. Être, tout simplement, c’est être mort. Les vrais êtres, eux, sont morts. Comme Dieu !

- C’est plus que joyeux, tout ça ! s’exclama Muguette. Un peu de nécrophilie ne fait pas du mal !

- Nécrophilie, si tu veux, mais pas de ma part. Pour ma part, je suis simplement belle. Je tâche, simplement, de rester belle. Belle comme c’est pas possible. Une merveille. Mais, qu’est-ce qu’on fait de mes racines ? Je suis d’extraction horrible. Du pur jus de vilain. De l’essence de hideux, pourrait-on dire. Et pourtant, je suis belle, resplendissante. C’est la vapeur de la laideur, la beauté. Qui, quoi, comment suis-je dans tout ça ? Une femme est d’autant plus vraie, d’autant plus une femme vraie, qu’elle souffre. Seule la souffrance fait d’une femme une vraie femme. Ça, on le sait. Depuis long, longtemps. Barbara – mon terreau à moi – en est une. T’es au courant, n’est-ce pas ?

- Oui, bien sûr. Mais tout ça c’était sans compter avec le Grand Caprice. Depuis…

- Rien n’a changé depuis. Je me demande même si le Grand Caprice finira un jour. Seule la laideur féminine féminise la femme. Et, à partir de là, le monde. Or, pour ma part – et par malheur –, je suis belle. Par conséquent, normalement, je devrais me sentir malheureuse. Mais, hélas !, je suis heureuse. Tout bêtement. La beauté, chez moi, va de pair avec le bonheur. Franchement, c’est tellement triste ! Je suis heureuse, je suis remplie de félicité, de béatitude. Naturellement, ça me rend malade, ça me rend malheureuse ! C’est idiot. Complètement !

Pause. Ensuite, les prunelles soudainement dilatées, comme si une réalité extraordinaire avait frappé d’un coup sa conscience avec force et sans retenue, sans limite :

- Je peux être tout aussi stupide que n’importe quel autre mortel.  

 

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