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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 08:42

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

V

 

3

« On m’informe que Gnito a été reçue par la Présidence. Une Présidence, rappelle-t-on, fraîchement rentrée – corneillée et bicéphalisée – de Cotonou... Je ne m’attarderai pas trop sur le déroulement proprement dit de la rencontre1. Je retiendrai pourtant que la décision finale prise par la Bicéphale, par le Binôme, publiée dans un communiqué « RFI – EXPRESS », fut quelque chose rappelant très fortement une machine à gaz.

« - Et cela d’autant plus que les machines à café de toute la Maison étaient évoquées plusieurs fois, avec leurs entrailles, boyaux et tripes communicationnels, à côté de Gnito, chabichou, numérisation et masse salariale.

« En règle générale, d'ailleurs, personne ne comprenait rien aux communiqués publiés par la Présidence.

« - Ce qui ne faisait que rassurer tout les monde, collaborateurs de RFI, Tutelles et, bien sûr, Auditoire.

« La pendule fut remise ainsi de nouveau à l’heure. Il était d’ailleurs temps que ça se fasse. Depuis un moment, RFI vivait avec l’impression que les choses allaient changer, ce qui n’était pas concevable.

« - On ne change pas RFI comme ça, quand on veut et comme on veut !

« - Ne change pas RFI qui veut !

« RFI est un monument. Normalement, RFI aurait du être déclarée patrimoine UNESCO, voire de l’Humanité. Dès sa création même. Mais la chose n’a pas été faite. L’humanité manquait de bon sens, certainement, de raison et de beaucoup d’autres détails de cette facture. Elle en manque encore et toujours.

« Ceci quant à Gnito. »

<>

« Au sujet de Nicolâyë, mon ministre, les choses respectent le même désordre. On m’informe qu’à l’heure où je reçois ces documents, il participe à un colloque interdisciplinaire de haut niveau. On a fait venir en Nomadie tout le gratin scientifique mondial. Parmi tout ce beau monde, beaucoup de nobélisables, naturellement. !

« Je vois tout avec une clarté totale !2

« Des figures typiques de savants contemporains. Des bourgeois tombés dans une espèce d’auto-émerveillement catégoriel. Ils se considèrent eux-mêmes, avec une humilité très orgueilleuse, comme des lilliputiens très compréhensifs et très logiques, prêts à témoigner que Dieu y soit pour quelque chose. Ils veulent briller, ils veulent créer des éclats miroitant et auto-valorisants. Ils veulent s'affirmer comme porteur de la lumière. Au pire, se substituer à eux. Ils s’admirent l’un l’autre ; aussi ils se reconnaissent dans l’autre. La réciprocité est très importante. Plus importante que la substance-même de leurs réflexions ! Nicolâyë se sent, parmi eux, comme un poisson dans l’eau. Ils leur a fait visiter la Nomadie dans des conditions cinq étoiles. (Il aurait voulu pouvoir vivre et agir, de ce point de vue, comme en France, où, à une certaine époque, au Ministère de la Culture, rue Valois, le fauteuil titulaire était occupé par le premier ministre de la Culture à Vie de l’humanité3. La chose n’était pourtant pas possible partout. La France n’existe qu’en France. Nulle part ailleurs. En Nomadie – où il n’y a que de la Nomadie et rien d’autre – non plus4. »

 

<>

« Et quid du détournement de l’avion de la presse présidentielle française ? »

 

 


1 « Néanmoins, pour ceux intéressés, ce qui suit :

« Les deux composantes actuelles de la Présidence de RFI (aujourd’hui une Corneille Bicéphale, pour mémoire), assises chacune dans un fauteuil aux dimensions appropriées à leur fonction, à moitié endimanchées avec bon goût, exhibant une partie de leurs caprices-ancêtres, dévisageaient la compagne de Stroë avec l’expression spéciale d’un lézard à quatre yeux.

« - Vous avez fait des études, sans doute, dirent-elles ensuite d’une seule voix et en septième majeure (sorte de patois ou de langue vernaculaire ; – c’était d’ailleurs le dada de cette nouvelle Présidence bicéphalisée, les langues vernaculaires que RFI ignorait avec superbe depuis toujours et qu’Elle, cette Présidence, aurait aimé les voir tourner toutes sur les ondes de RFI, même en payant le prix fort de la fermeture de certaines émissions en langues étrangères ou même – et pourquoi pas ? – des émissions en français, à l’exception notable de la langue méconnue car insaisissable), comme d’habitude.

« - Ça se voit, continua la Présidence bicéphale, tout le monde qui suit ou qui a suivi des études a besoin d’une aide psychologique, certes ! Les études rendent anormal. L’oubli présente, dans ce sens, des pouvoirs guérisseurs exceptionnels. L’inconnu, pareil. Ainsi que, bien sûr, le méconnu. Tout ça c’est contemporain. Voilà qui est un des aspects du processus de la perpétuelle hominisation déshumanisante. Le fait que vous ayez pu formuler, dès votre entrée dans ce bureau, une telle réalité est significatif et joue en votre faveur. Quelle est votre valeur éditoriale ?

« Le silence s’installa pour un long moment dans le bureau où la Corneille Bicéphale dévisageait, avec sa vision quadri-oculaire, la belle créature.

« - Je ne sais pas si ma réponse sera en mesure de satisfaire vos attentes, cligna celle-ci des yeux, comme éblouie par les éclats jaillissant des caprices diamantins de la Présidence. Pour être concise, je dirais que je sens beaucoup et comprends peu.

« Un très fin sourire fit son apparition sur les lèvres de la Bicéphale. Le Binôme était satisfait. En roulant ses quatre yeux vers les quatre points cardinaux, la Présidence dit :

« - Maintenant, enfin, la dernière question. Elle peut tuer, celle-ci, il faut le dire. Êtes-vous prête ?

« Le regard de la supèrbe Gnito devint un abîme de tension. Ses belles mains aux doigts agiles, adroits, ni trop-trop, ni très-très, restèrent tranquilles, l’une sur l’autre, sur ses genoux. Un très léger tremblement de ses belles lèvres montrait que Gnito était tendue, arc-boutée.

« - Êtes vous handicapée ?

« La belle postulante papillonna ses paupières, déroutée.

« - Si vous étiez homo, pacsée, mère célibataire, sidéenne, cancéreuse – mais, tout ça, vous ne l’êtes pas, on le sait –, ça ne serait pas mal, mais ça ne servirait pas à grande chose. Ni dans un sens, ni dans l’autre. Pour le handicap, pourtant, c’est pas pareil. Pour que vous puissiez comprendre l’importance de cette question, un exemple !

« La Corneille resta pensive, d’une manière égale avec ses deux têtes (une d’enregistrement, l’autre de lecture). Ensuite, en septième majeure, elle dit :

« -Vous n’êtes pas sourde, par hasard ?

« - Sourde… Je ne croix pas. Sourde… Pourquoi sourde ? À la radio, être sourde…

« - Justement ! C’est le handicap idéal. Nous sommes à la recherche de cette perle rare : sourde et bègue, ou sourde et muette, ou même bègue et muette…

« - ? ? ?

« - Ben, oui ! Nous avons l’obligation d’embaucher un certain quota de handicapés. En tant que société d’intérêt national, assimilée à la fonction publique, donc, au fondement même de la Société, de l’État, de la République, de l’Univers, nous devons donner l’exemple. Mais le recrutement des handicapés n’est pas une promenade de santé. Au contraire ! Où trouver le handicapé désiré ? Pour trouver le handicap idéal – la surdité et le bégaiement (à greffer sur la méconnaissance habituelle, voire nécessaire, obligatoire de la grammaire, du calcul, de la géographie, de l’histoire, de l’économie mais aussi sur celle de la nomenklatura politique interne et externe) – ça, ce n’est pas donné.

« - Je crois comprendre, dit Gnito après un moment de réflexion. Mis à part la langue méconnue qui n’en est pas une ; je veux dire, méconnue.

« - Nous sommes tous pareils, de ce point de vue. Qui peut se vanter de connaître le méconnaissable ?

« - Vous ! dit avec humour Gnito.

« La Corneille, bi-sourit avec un air plaisant et approbateur. Elle dit :

« - Et, peut-être, vous-même, bientôt… Mais, dites, est-ce que vous ne trouvez pas que votre beauté est, comment dire… trop… 

« - Trop ?

« - Très et trop, pour tout dire ! Ça peut être un handicap significatif. Ce n’est pas quelque chose de courant, d’habituel, mais qui sait…

« - C’est vrai que ma beauté, je la sens comme un fardeau. Elle m’est étrangère. C’est pas moi !

« - Vous voyez ? !

« - Oui. Et je peux dire que tous mes efforts de féminisation, qui passent par la laideur qui engendre la souffrance spécifique, sont vrais, à présent. Ça me fait mal ! C’est vrai ! Mal, mal ! Mal ! Oui ! C’est un handicap !

« - Et comment !

« Le très fin sourire qui fit de nouveau son apparition sur les lèvres de ce que, peu avant l’aventure béninoise, était encore deux Présidences en passation du pouvoir, laissait à nouveau à croire que le Binôme était satisfait. »

 

2 « - Il m’énerve !

« Je parle de Nicolâyë. En conséquence, je l’appelle, dans mon silence révolutionnaire, insurrectionnel et coupable, ministre. Avec minuscule et sans article, s’il vous plaît. Ou, si je suis excédé, par son nom seulement : Nicolâyë, voire nicolâyë. Je suis comme le taureau devant son chiffon rouge. Ce sont des vapeurs incendiaires d’hystérie. Pour y échapper, pour apaiser l’obsession brûlante et tremblotante qui travaille mes entrailles, j’utilise des soupapes, tel que : salaud ! crétin ! estropié !

« Dans mon esprit, je le vois comment, avant de sortir pour la conférence des nobélisables, le ministre (avec –mini-minuscule), le ministre, ce ministre congestionné par la perspective de se frotter à des gens pressentis pour le Prix Nobel, pressentis pour devenir des exemples pour l’humanité, car l’humanité fonctionnerait avec des exemples, ou encore, reposerait sur, ce ministre, donc, que je devais soigner et aimer, à l’instar de tout secrétaire qui s’auto-estime, s’auto-justifie, s’auto-console, s’auto-aime, s’auto-pardonne, ce ministre (avec mini-minuscule), je le vois, donc, se regardant dans le miroir, se caressant la moustache et la barbichette, blondes jadis, presque blanches aujourd'hui, vérifiant le pouvoir ‘expressionnel’ de son regard, rangeant sa lavallière vert poireau de manière qu’elle tombe ‘élégamment’ sur les plis de la graisse qui lui tiennent lieu de poitrine et de ventre.

« Je tremble, hystérisé.

« Le chiffon est terriblement rouge.

 

3 « Parmi les réalisations de ce ministre, ‘Le Jour de l’Inexistant.’ Depuis l’instauration dudit Jour, tous les velléitaires, les ratés et les incontournables voyous descendaient, le jour en question, dans la rue, dans le métro, dans les bibliothèques, dans les églises, et cætera, pour assassiner les pauv’ citadins avec tout ce qu’ils n’étaient pas eux-mêmes. C’était ça, l’inexistant ! – C’était comme si le Roi Arthur, inventeur de la Table Ronde, autour de qui les chevaliers racontaient des histoires (au lieu de se massacrer l’un l’autre), était revenu parmi les mortels, dans leurs démocraties anonymisantes, principialisantes, machinisantes d’aujourd’hui, pour valoriser ce qui ne peut pas l’être. Ce qui explique la tristesse affichée actuellement par le ministre français en question qui voit que son œuvre ne jouit pas vraiment d’une reconnaissance digne de ce nom. L’anonymat, le principe, le machinisme – quelle reconnaissance pourrait-on attendre de leur part ?) »

 

4 « L’idée qui hante actuellement Nicolâyë est celle de l’homme national. Dans le cas de la Nomadie, la notion pouvait paraître paradoxale. On ne savait même pas où se trouvait la Nomadie. Ni sur le globe, ni sur le planigobe, ni dans l'espace, ni dans le virtuel..., nulle part, quoi ! (D'où, tout naturellement le caractère aléatoire de toute tentative de s'y rendre – à pied, au vélo, en roulote, en train, ou en avion, comme aujourd'hui). Ensuite, le Nomadien ne bénéficiait pas des même critères d'identification comme le Français, ou comme le Russe, l'Américain, le Chinois ou autres Pygmées. La notion d'homme national, pour un nomadien, ne disait strictement rien. Ce qui se passait d'ailleurs : en réalité, elle ne disait rien.

« Pourtant, Nicolâyë s’est érigé en porte-drapeau de cette présence. Ni réalité, ni irréalité, mais présence.

« Nicolâyë vit ailleurs – enfin, dans les circonvolutions de son cerveaux (s'il en possède; des circonvolutions, je veux dire, voire de cerveau) –, notamment non pas dans la Nomadie, mais dans la Mondialie. C'est de là, de ces cimes – mondiale – qu'il regarde et apprécie les choses.

« - D'où son sobriquet de Nicolâyë l'Mondial !

« Il dit assez souvent :

« - L’homme est national ou il n’est pas. Il ne peut pas être mondial, que s'il est national. Français ou pas Français. Nomadien ou pas Nomadien. Espèce ou pas espèce, race ou pas race, genre ou pas genre, l’homme doit appartenir à une nation et, en s' échappant, au mondial. Pour acquérir la nationalité de la Mondialie, il doit être formé par la nation qu'il a formé lui même en tant que sous-formation du mondial.

<>

« La nation ne peut être formée que par des gens, notamment par les siens, qui la composent et la form(at)ent. On ne peut pas form(at)er une nation avec les gens d’une autre nation ou avec je ne sais pas quoi encore.

«  Ensuite, la nation, quant à elle, ne peut être qu'une partie du mondial. Puis, en appartenant au mondial, elle ne peut être, après s'être affirmée comme nation, que mondiale.

« - Autrement dit, la nation ne peut être que mondiale.

«  Et le mondial ne peut être que mondial-nation. Ainsi, on ne peut pas former le mondial avec le gens appartenant à une autre chose qu'à leur propre mondialité nationale ou avec je ne sais pas quoi encore.

« - Ce n’est pas si compliqué, enfin ! Merde !

<>

« L’arrivée en Nomadie d’Ică et de Stroë, suivie par celle de Muguette et de Gnito, inquiète beaucoup Nicolâyë. Le clivage entre l’Oubli et son contraire peut entraver sérieusement son travail de construction de l’homme mondial-national nomadien. Le national-socialiste de jadis, l’international-communiste de naguère, voilà des exemples à ne pas suivre. Ni l’un, ni l’autre n’ont trouvé le juste milieu entre le Souvenir et l’Oubli et ils ont vite dépassé, tous les deux, l’état embryonnaire de danger potentiel, pour devenir des tueurs nationaux et mondiaux, voire mondial-nationaux réels, vrais ! Le souffle tout-puissant du Grand Caprice, tel qu’un Karma International, a fait le reste. Beaucoup sont morts. Beaucoup plus encore ont survécu – pour transmettre aux générations suivantes le cataclysme des conflagrations intraplanétaires sous la forme des souvenirs impersonnels et capricieux, destinés à un oubli impersonnel et capricieux sur mesure, commençant par des mystifications plus qu’aléatoires, capricieuses mais, selon beaucoup, non déraisonnables.

« - Même si cette ultime appréciation n’a jamais été et ne pourra jamais être vérifiée une fois pour toutes. »

 

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