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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 11:01

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

VI

 

2

Installée sur le futon zébré du séjour de Stroë, la tasse de thé dans la main, Muguette ouvrit la conversation :

- Je suppose que tu n’es pas sans savoir pourquoi j’ai tenu te voir maintenant, tout de suite après ta visite chez la Corneille Bicéphale ?

- Oui, je crois.

La très agréable Gnito était assise sur le tabouret bas, à côté de la table en bois foncé, de telle façon que Muguette puisse apercevoir sa petite culotte blanche, attendrissante, « cachée pour mieux se montrer » sous la mini-minijupe.

- Tu voulais… me parler en absence des hommes. Tu te méfies d’eux. À juste titre, bien sûr. Malheur à la fille, à la femme qui fait confiance à un bouc. Naturellement !

Muguette resta coite, la tasse à mi-chemin vers sa bouche. Ensuite, elle dit :

- Si je m’attendais à ça !… Alors, là !… Ça c’est quelque chose !

L’autre sourit. On dirait, avec beaucoup de sagesse.

- Reconnais-le, dit-elle. Je peux très bien remplacer la petite frappe qu'Ică est en train de sauter. Maintenant. Là. En Nomadie. Dans une chambre climatisée de leur hôtel. Oui. Cette petite frappe qui essaye de concilier, de jumeler même la platitude et la profondeur. Qui essaye de rendre – avec beaucoup de succès – plate la profondeur, et profonde la platitude. Et cela, dans cette vie post-capricieuse… Ou post-capriciale ?… Je peux accomplir même mieux qu’elle la tâche dont elle s’est auto-chargée1.

Muguette la regardait ahurie.

- Je m’explique, fit la superbe créature. Un homme, s’il court trop après de femmes, c’est pas bon. S’il court trop peu, c’est pas bon non plus. Mais moi, moi je suis une femme. Je veux vivre dans des chiffons, des musiques, des éclats, des lumières, de bonnes odeurs, des sensations…, dans l’écume du jour, comme disait l’autre. Je veux que l’on me traite en femme vraie. Ou en vraie femme. Que l’on ne tienne pas compte de quoi que ce soit hormis mon sexe. Si on me bouscule, si on me brutalise avec le but de pénétrer mon sexe, de mepénétrer, si on agit ainsi pour mon sexe, pour moi, tout est pardonné. J’embrasse. Je divinise. Surtout s’il y a un enfant à la clé.

Une éclaire victorieuse traversa le regard de Muguette2.

Une fois l’éclair de son regard éteint, en cachant sa satisfaction sous une expression d’humilité, elle dit :

- Tu veux être regardée comme une femme tout en n’étant pas regardée comme une femme, ni comme un homme, mais comme une tout autre chose. Décidément, tu es des nôtres. Quant à moi, ce que tu vois, maintenant, lorsque tu me regardes, ce que tu me vois n’a presque plus rien à voir avec la Muguette d’autrefois. Dans la gorge de cette Muguette-ci, présente, la réplique, vive, acide et coupante s’est arrêtée comme un stop-cadre. Aujourd’hui, Ică lui donne des leçons – à cette Muguette-ci, que tu vois de tes beaux yeux ! Il aborde, pour ces occasions, son expression de donneur des leçons. Une expression qui énerve sans faute et terriblement cette Muguette-ci, dont tu t’empares à ton tour avec tes beaux yeux. Elle reste muette au point de suffoquer, la Muguette dont on parle. Cette fois, comme toujours depuis un moment déjà, elle est sans parade. Ică ne la gifle plus, il ne la jette plus littéralement par terre, il ne la crucifie plus sur le lit conjugal, comme dans le bon vieux temps. Maintenant, les choses se passent d’une toute autre manière3.

- Oui, je crois comprendre. Je crois sentir même, dit la superbe Gnito. C’est de l’inquiétude. C’est du sérieux. Ică t’inquiète avec sa hantise… On ne va pas tourner autour du pot. Oui, c’est ça. Il est hanté. Il est poursuivi par une espèce d’amour misanthrope. Ce n’est pas bon signe. Il ne faut pas se laisser hanter par l’amour. Ce n’est pas normal ! Or, chez Ică et, surtout, aveclui, ça se normalise. C’est ce qui se passe. Ça. L’amour et la misanthropie rodent à l’intérieur de lui. C’est une érosion interne subliminale mais très puissante. Immatérielle, asubstantielle, cette présence, en Ică, c’est quelque chose de pire encore que le Spectre non-hamletien, d’avant la chute de Mur de Berlin, le Spectre du Communisme et de l’Anticommunisme !

<>

Muguette s’approcha de la sur-belle sous-créature de l’hyper-laide Barbara. Celle-ci sentait angéliquement bon. Muguette parut céder à une impulsion obscure et brûlante qui l’empalait intérieurement, qui la transperçait, qui l’embrochait. Ne se maîtrisant plus, elle mit ses mains sur les épaules de l’hyper-beauté et lui chouchouta en pleine figure, en pleine bouche :

- Quelle merveille ! C’est comme la première fois, mais vu de l’autre côté. Le miroir existe vraiment. Il impose deux réalités. Deux existences. Ses deux réalités et ses deux existences. Je crois savoir maintenant qu’est-ce que l’homme sent en fonçant sur la femme. Ce qu'il sent en la pénétrant, en la lui mettant. Je suis vierge à nouveau. Mais, comment dire, de l’autre côté ! Plus précisément, d’un autre côté. Il y a plusieurs côtés – pour une seule virginité. Énormément de côtés. La totalité des côtés, lorsqu’on se trouve au centre des faits, au centre de l’action.

La belle éclata dans des pleures nerveux. Elle se laissa embrasser par la femme d’Ică, qu’elle embrassa à son tour. Sur la bouche.

- En mettant la langue.

 


1 Note du secrétaire particulier de Nicolâyë :

« Le regard de Gnito disait encorei : 

« - Il ne pas malade de sa mémoire, mais de ses couilles. Sa maladie n’est pas une surabondance de mémoires. Elle n'est ni un inceste historique, immémorial, virtuel, sans épaisseur aucune et à tout jamais.

« Non !

« - C’est une tout autre chose !

« Une chose absolue ! Un amour misanthrope.

« - Ça existe, quoi qu’on en dise.

« La misanthropie amoureuse, voilà qui est intéressant dans notre époque où l’amour est assiégé de tout les côtés. – Le tout vient de partout, comme on dit ! – Un amour très localisable. Dans ses couilles. On trouve l’amour, dans l’une, et la misanthropie, dans l’autre. C’est à sucer jusqu’à la moelle. À s’empoisonner. À se perdre dans les tréfonds, dans l’infini de l’ennui.

« - Hé !

« - Esprits des Grandes Lumières, courez à mon secours !

« - Hé !

« - Lucifer !

« - Hé !

« Que je puisse éclairer ce pauvre monde de chairs et d’ombres sur le sort qu’il doit préparer et réserver à Ică Glande, le Directeur des Langues de RFI, en mission avec sa boîte en Nomadie, au Sommet de la Francophonie !

« - Aidez-moi, vous, hé !, créatures tutoyant la mélanco-folie et la sage-inutilité de l’Art, à montrer le droit chemin à cet élément de la réalité peut-être fractale qu’est la contemporanéité !… Bref ! Me suis-je laissée fasciner par la mémoire multiple de ce géant goujat... ?

« - Ou par sa tristesse pré-coïtale ? »

 

2 Note du secrétaire particulier de Nicolâyë :

« Dans le regard de Muguette se disait approximativement cela :

« - Hé ! Tu es confrontée à d’énormes difficultés, toi, ma chère Gnito. Tu n’as pas d’enfants. Tu n’es pas la seule, sûrement. Ne pas avoir d’enfants n’est pas un délit, certes. Mais, si ce n’est pas un forfait, qu’est-ce que c’est ?

« - Une faute ?

« - Une faute sans responsabilité ?

« - Sans péché ?

« Avoir ou ne pas avoir d’enfants est lié au dire. Enfanter c’est ‘expressioner’. Les journalistes, surtout les journalistes radio, qui parlent sans cesse, ne devraient pas ressentir le besoin d’avoir des enfants… À l’avenir, pour perpétuer l’espèce, il suffira de parler. Il suffira d’être journaliste-radio.

« - Si, si !

« Avec une petite réserve, quand même. C’est qu’il existe quelque chose d’inconnu (de non agrée, donc, par les journalistes ; – radio ou pas radio), il existe une mémoire qui précède la parole. C’est ça, l’enfant. Le vrai ! C’est ça la radio. La vraie ! Avant d’accéder à la vie, avant de vivre, l’enfant est une expression.

« - Il est de l’avant-radio, de la pré-radio, l’enfant. Lorsqu’il articule son premier mot, il n’est plus (dans le) vrai. Il n’est plus un (vrai) enfant – mais autre chose…Il est (dans la) radio. Quant à la radio !…

« - Hé ! »

 

3 Note du secrétaire particulier de Nicolâyë :

« Il y a, donc, des changements à signaler dans le contenu même des relations entre Ică et Muguette.

« Si le premier, comme il vient d’être dit, ne frappe plus son épouse en lui appliquant avec le dos de la paume des gifles plus ou moins monumentales, la seconde, même en haïssant et en méprisant comme toujours tout ce qui bouge ou pas, regarde avec un espoir absolument injustifié vers son époux, en attendant que celui-ci parvienne à renouer avec le pré-caprice. Elle aime recevoir des gifles. Elle y trouve des justifications de toutes sortes...

« Elle est aussi un peu faustienne, la Muguette. Elle veut jouir non pas d’une éternelle jeunesse (rien de plus idiot qu’un jeune, surtout lorsqu’il s’avère éternel), mais d’une maturité sans fin.

« C’est à sa maturité, atteinte avant l'arrivée du Grand Caprice, qu’elle ait ressenti le trop-plein de la vie. La maturité c’est l’âge où le mépris, le pouvoir de mépriser, touche à l’art.

« - Pour vivre, il faut mépriser.

« Être laide, comme il est préconisé pour Barbara (et, en toile de fond, pour Gnito), n’est plus satisfaisant. En réalité, c’est même une erreur. Même si on pouvait toujours parler de l’art.

« - L’art s’avère ainsi tout aussi puissant qu’atemporel.

«  Mais, enfin, bref, le mépris s’impose ! »   

 

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