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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 08:10

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

VII

 

5

(Épilogue, suite)

- C’est un grand plaisir de te revoir, reprend Nicolâyë, en anti-gros-plan, chose impossible ailleurs que dans l’univers des caprices, en l’occurrence dans un des hologrammes gémellaires éjectés maintenant par toutes les machines à café disjonctées de RFI.

Elles sont en pleine débandade fonctionnelle, les machines. À la limite folle de la normalité.

- Peut-être.

Ou, ce qui revient presque au même – et pourtant si opposé ! –, à la limite normale de la folie.

- Personnellement, dit Nicolâyë dans cet hologramme, je suis vraiment enchanté. Voire plus. Je ne prolongerai donc pas cette effusion, déjà trop séduisante, gracieusement sympathique… Il faut savoir s’arrêter dans la vie, n’est-ce pas ?… Mais je vais continuer.

Le ministre pratique l’humour. Peut-être, en aurait-il en surplus ?

- Voilà…

Une courte pause. Du temps donné à la caméra, pour explorer d’une manière aléatoire l’environnement exemplairement banal du séjour des Glande.

On nous attirera l’attention sur les orteils de Muguette, pris dans une danse délicate, finement ironique et subtilement sexy. Aussi – et surtout ! – sur le ventre de Nicolâyë, théâtre d’une vive lutte intestine (au sens littéral : la bataille s'y donne dans tous les intestins, y compris dans l’appendice du ministre) entre des succubes et des incubes.

<>

Nicolâyë, après cette courte pause, avec une mélodramatique « élégance » :

- J’y joue ma tête.

La voix de Muguette, en off, coquette :

- Ça fait peur. C’est excitant. Oh !

Nicolâyë, rire avec beaucoup de bonhomie :

- Pardon. C’est irrépressible.

Muguette, en off :

- C’est inné.

Nicolâyë, avec un sourire ironique et complice :

- Tu sais bien, s’il y a un pays qui aurait gagné le droit total, intégral, souverain, de s’occuper des putes, c’est le mien.

Muguette, en premier plan, ironique et complice, elle aussi :

- Des putes et des mendiants.

Nicolâyë, avec une expression devenu plus sérieuse :

- Pour les mendiants, ça y est.

Muguette dans n’importe quel encadrement, grave :

- Nous sommes tombés d’accord, la France et la Nomadie.

Elle commence ce qui va devenir immédiatement un duo d’opéra :

- Vous nous envoyez les vôtres.

Nicolâyë en tant que partenaire de duo :

- Avec leurs chefs-gérants.

Muguette :

- Ils exploitent un peu la masse de crétins bien pensants ou pas d’ici, de chez nous.

Nicolâyë, le même jeu :

- Ensuite vous les arrêtez et les envoyez…

Muguette :

- …menottés ou pas, par charters ou autrement…

Nicolâyë :

- Ensuite vous les arrêtez et les envoyez, menottés ou pas, par charters ou autrement, chez eux, chez nous, pour que nous les imposions comme il faut…

Muguette :

- …conformément à vos lois non-écrites.

Nicolâyë :

- À !

<>

Nicolâyë se penche, prend la main de Muguette et la porte vers ses lèvres :

- En revanche, nous ne faisons baisser mondialement ni le prix des escargots de Bourgogne, ni celui du TGV, ni celui du foie gras, ni celui de l’Airbus, ni celui du Beaujolais, ni celui de la haute couture ou de la banane antillaise, ni celui du Perrier, ni celui des centrales atomiques, ni celui des cuisses de grenouille… 

Muguette, émue par le geste de tendresse de Nicolâyë :

- Vous ne fournissez mondialement des mercenaires que là où la France n’est pas mondialement présente ou là où elle vous demande d’en envoyer.

Nicolâyë, en embrassant tendrement la main de Muguette :

- Et, last but not least, nos deux pays font mondialement front commun à l’ONU ou ailleurs.

Muguette et Nicolâyë, ensemble :

- Surtout contre les Américains… Mais ça peut être contre n’importe qui…

Nicolâyë :

- Bon ! Ça c’est réglé. Je n’insisterai pas. Pour les deux associations, par contre, c’est une toute autre paire de manches.

Muguette :

- D’abord, ces associations, « Ni putes, ni soumises » et « France – Prostitution », ont théoriquement des buts non-lucratifs, mais néanmoins des buts opposés. La chose est encore plus complexe lorsqu’on se souvient que, chez vous, les putes et les soumises – féminines, masculines ou autres, des puto-soumises – sont comme des poissons dans l’eau, chez vous, les Nomadiens, elles sont… naturelles, directes, car vous, vous n’avez pas cette marge, qui nous permet à nous d’être gagnants même si, et surtout parce que, non-lucratifs.

Nicolâyë, après quelques secondes de silence :

- Nous avons, donc, les putes, vous – les associations !

Muguette :

- Le déséquilibre, quoi !

Nicolâyë :

- Des putes, des soumises, des puto-soumises organisées en associations ! Mais regardez-moi ça ! Est-ce que c’est ça que d’être soumises, c’est ça que d’être des putes ? Organisées ? Associées ? Et puis quoi encore ? Travailler, peut-être, vos trente-cinq heures ?…

Muguette :

- Non, non, non !

Nicolâyë :

- La situation demande à être normalisée.

Muguette :

- Oui, car c’est simplement une question d’image.

Nicolâyë :

- Il ne faut pas que la France et la Nomadie restent avec des images séparées, distinctes !

Muguette :

- Toutes nos puto-soumises ne sont pas associées. Toutes les vôtres ne sont pas des victimes.

Nicolâyë :

- L’unification, l’internationalisation des deux, c’est possible.

Muguette :

- Je suppose qu’une commission mixte (de préférence parlementaire) pourrait faire l’affaire.

Nicolâyë :

- Pour offrir une image unitaire, cohérente de ces puto-soumises de France, de Nomadie ou même d’Univers.

Muguette :

- Voilà !

Le chœur sans paroles (réplique adéquate de la création puccinienne), dehors, peut-être près de l’ambassade de la Nomadie à Paris, la caravane stationnée sous les fenêtres de Muguette :

- Ainsi, plus d’images distinctes de la France, de la Nomadie, de l’Univers ! Mais une image seule et distincte, très distincte de la France etde la Nomadie et, pourquoi pas, de l’Univers.

Nicolâyë :

- Ce qui compte, en fin de compte (tu vois : compte – compte) c’est l’image.

Le chœur sans paroles :

- Vu à la télé, comme dirait l’autre. C’est tout-tout-tout et encore tout, et rien d’autre ! Et, pour dire encore plus, il conviendrait d’aller de l’image, de la télé, vers le son, vers la radio.

Muguette :

- Suivez mon regard.

Le chœur sans paroles :

- Le son, qui est encore plus insidieux, plus subversif, plus non-séparateur, plus unificateur, plus… beaucoup plus de plus…

- Nicolâyë :

- Oh, ma chère Muguettetine ! Tu te souviens, on t’appelait Muguettetine. Moi aussi je t’appelais… Muguettetine. Je ne peux pas te dire quel plaisir… combien ça me fait du bien de te voir. L’intelligence, ça commence à me fatiguer. Je n’en veux plus.

Muguette :

- Eh, ben, pour un compliment…

<>

Scène muette maintenant dans l’hologramme gémellaire éjecté par les machines à café affolées ou mieux encore, folles, de RFI.

Nicolâyë sourit de toutes ses dents. Appréciation de l’aigreur ironique de Muguette. Ensuite, regard vers le plafond – avec une expression de fatigue, de résignation et d’auto-appréciation aussi superlative que modeste.

Il se lève, poursuivi par une caméra agitée et instable, suggérant l’inquiétude.

Le ventre animé par la colite holographique et flatulencière que des succubes et des incubes, en lutte pour la survie, les uns contre les autres, provoquent dans le boyau ministériel, Nicolâyë se diriget vers le canapé.

Muguette, assise sur le canapé, prise comme entre le marteau et l’enclume par deux énormes masses d’Ennui, deux masses capricieuses, du Passé et du Futur, preuve que le Grand Caprice se trouve autant derrière que devant elle, déploie ses charmes de femme mûre et parfumée1.


1  Note du secrétaire particulier de Manele Nicolâyë.

« La caméra se fixe à l’endroit où, parfois, on trouve une glace vissée au plafond. »

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