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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 06:52

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

VII

3

(Épilogue)

Paris, deux heures du matin. Juste avant que la situation ne se dégrade…

Dans la cabine vitrée du KB, le technicien de nuit somnole allongé en jeune victime sur deux chaises incommodes. Les téléphones, sonnerie réduite, s’activent de temps en temps, mais on ne s’empresse pas de décrocher. Même si l’appel venait de Hong Kong ou de Los Angeles, où il ne faisait pas nuit et où la vie diurne produisait des news. Ici, à Paris, il faisait nuit. On n’y produisait pas de news.

- La vie diurne d’ailleurs n’étant pas à l’heure de Paris, n’avait qu’à s’y mettre !

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Dans l’espace « open » d’à côté, les quelques journalistes de nuit s’ennuient dans une atmosphère passablement viciée par la cigarette, silencieuse, soporifique. Devant les écrans de leurs postes de travail, ils font défiler les nouvelles de l’AFP (venues d’ailleurs, de Hong Kong, de Los Angeles…), ils rédigent des petits papiers, des chapeaux pour les correspondances qui, défiant toute résistance somno-technique ou autre, arrivent quand même dans l’ordinateur et attendent leur toilettage pour leur « mise en bouche et en onde ».

- Ils consultent aussi sur Internet des sites de jeux, porno, boursiers…

La situation commence à s’organiser comme dans n’importe quel monde interdit de toute probabilité. Le monde où le présent intervient selon les règles tantôt comprimées, tantôt étendues de l’inattendu et, finalement, du chaos.

Et pour cause : la machine à café, la première, où tout avait commencé, se met à vivre. À sa manière.

Elle cliquette de toutes ses vis, vitres et roues. Elle balbutie de tous ses tuyaux.

Il n’y a personne autour.

Dans le silence nocturne du couloir, cliquetant et balbutiant, elle commence à cracher ses gobelets remplis de morceaux de quelque chose sans nom, d’un ******* capricieux.

<>

…Le désastre gagna ensuite en violence. Interdite en principe d’explosion atomique, mais aussi de lèpre, de peste, de cancer, d’érysipèle, d’hémorroïdes, ainsi que de beaucoup d’autres, les machines à café avaient, pourtant, de la fièvre.

- Elles avaient aussi le hoquet.

Elles frissonnaient. Elle tremblaient.

Tout RFI commençait à ressentir les vagues de l’horrible désarroi qui émanait nocturnement et anti-matériellement de la ferraille fermentative à café.

Les machines avaient des hallucinations. Virtuellement, la diarrhée. Elles étaient incontinentes. Elle avaient aussi un eczéma.

- Selon certains auteurs, les machines mélangeaient les caprices et les manies aux principes.

Elles mélangeaient leurs propres microbes, qu’elles avaient rendus sains, aux autres, qu’elles avaient rendus malades. Les microbes en question étaient à la fois machinistes et machinaux. Ils n’avaient pas (trop) de sens.

- Elles clignotaient avec désespoir, follement, les machines.

Des hologrammes présentant d’une manière assez spéciale la rencontre entre Manele Nicolâyë et Muguette Glande (des hallucinations de machine) envahirent les couloirs, les « opens », les bureaux de RFI. Les stations contiguës furent touchées : France Inter, France Info, FIP, Radio Bleu…

<>

Tout le monde put voir ceci :

Le ministre nomadien, en plan entier, toujours tridimensionnel, est assis dans un des fauteuils du séjour de la famille Glande.

- Il a du talent, dit le gros-plan tridimensionnel de Nicolâyë.

Son jeune secrétaire quitte la pièce pour rejoindre l’ambassadeur dans le camping-car ambassadorial garé dans la rue, juste devant l’immeuble.

- Nous, ma chère, continue-t-il en plein plan moyen latéral pseudo-tridimensionnel, et en s’auto-indiquant d’un geste de la main, nous avons été obligés de suivre un stage d’envie.

- Pas lui ? dit Muguette en plan entier et toujours tridimensionnel, elle aussi – assise sur le canapé du séjour de la famille Glande.

Elle parle de jeune homme qui venait de sortir. L'intonation de Muguette est assez ambiguë.

- Il est terriblement jeune, répond Manele Nicolâyë. Il est terriblement jeune et il a l’envie dans le sang, dans les nerfs, dans les os. Son envie est jeune et elle a du punch. Il est l’envie métabolisée.

- Arrête ! Tu me tues !

La coquetterie juvénile de Muguette pourrait être jugée aussi puissamment sexy que ridicule – en plan moyen quasi-tridimensionnel.

- Alors, son ennui ? revenait elle au sujet de la conversation.

- Il est très fort, répond Nicolâyë en amorce plongée de dos. Je veux dire, en ennui. Il lui arrive de ressentir des plaisirs jamais ressentis par nous autres. Des sensations qui nous seront interdites à tout jamais… Mais, il n’en a pas conscience. En sa compagnie j’éprouve même du bonheur, ce qui est insupportablement ennuyeux lorsqu’on y pense.

- Vous couchez ensemble ?

Le petit minois de Muguette est perfide, amusé, souriant, en premier plan plus que tridimensionnel.

- Nnnnon… On partage parfois un pétard ou on prend un verre ensemble…

(Suivra)

 

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