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Théâtre

Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /Avr /2009 09:02



8

 

[lorsque les lumières s’allument de nouveau, sous la banderole Pourquoi a-t-il une queue, l’éléphant ? on voit une autre : Pour qu’il ne se termine pas brusquement !]

L’homme

            Finissons en queue d’éléphant ! Nous sommes du vrai ! Vraie queue d’éléphant qui ne laisse pas la fin arriver comme ça, d’un coup. [pause] Nous-mêmes, nous ne finissons pas comme ça, d’un coup. On dirait que nous ne pouvons même pas finir, nous ! [pause] Je quittais tout en quittant la Roumanie. J’y laissais une femme de qurante-cinq ans, trois enfants jeunes-adultes, énormément de parents, frères, sœurs, cousins, neveux et nièces, amis copains, des simples connaissances. Bref, une société ! Pareil, une carrière moyennement compromise, mais pas très mauvaise. [pause]  C’est-à-dire - enfin, je veux dire que - dix ans avant la chute de Ceausescu - j’avais changé de cap. J’étais devenu un quasi-dissident.

 

La marionnette

            Quelqu’un de bien : ni trop mauvais, ni trop bon. Un à-peu-près.

 

L’épouvantail

            On ne composait, créait… inventait !... plus de chœurs écœurants à la gloire du Camarade et de la Camarade. On composait, par contre, des suites et des concertinos. Jamais joués. [pause] Dirait-on : du parfum albanais ?

 

L’homme

            Je me suis lentement et sûrement éloigné du cercle des lèche-culs actifs. Mais je ne me suis pas efforcé d’effacer les faits accomplis, ni d’imposer mes nouvelles créations, apartiniéennes, apatriotiques… J’étais un tiède, un raté bien placé socialement. Mon nom n’était ni trop mauvais, ni trop bon. Moyennement (mais pas moins) depotoirisé. Comme je disais, un à-peu-près. Un de ceux que Dieu vomit de sa bouche.

 

La marionnette

            Une fois arrivé à Paris, tout bascula.

 

L’épouvantail

            Ça a été très soudain.

 

L’homme

Très soudain, absolument. Comme… je ne sais pas comme quoi, comme qui. Il n’y a pas de comparaison. [pause] J’étais quelqu’un au futur court, certes, mais largement béant.

 

La marionnette

            Il ne pouvait pas se renouveler.

 

L’épouvantail

            Chose ressentie avec un lourd désespoir.

 

L’homme

            Au mieux je pouvais être quelqu’un de sous-humble, d’infra-simple. Je vivais cette volatilité qu’est la sensation de ne pas trouver un certain endroit assez peuplé par des valeurs inter-conciliables et, ensuite, compatibles avec moi-même, un endroit qui puisse me servir de squelette extérieur, qui puisse me squelettiser extérieurement. [pause] J’étais un nulle part ambulant.

 

L’épouvantail

            Plutôt étonné, tu essayes à présent de saisir la couleur de ta propre flamme psychique.

 

La marionnette

            [explicatif] Il est trop vieux pour haïr.

 

L’épouvantail

            Tu aimerais, seulement, avoir la paix.

 

La marionnette

            Il aimerait ne plus faire du mal.

 

L’épouvantail

            Pareil, tu aimerais d’oublier le bien que tu n’as pas fait.

 

L’homme

            Pour toujours. Pour toujours.

 

L’épouvantail

            Oublier pour toujours.

 

La marionnette

            Le bien qu’il na pas fait pour toujours.

 

L’homme

            Le bien que je n’ai pas… [pause] …Pardon ! Voilà ! Je demande pardon ! Je ne demande même pas de la compréhension. Même pas de la tendresse. Ni d’amour. Même pas.

 

L’épouvantail

            Tu n’es ni Dieu, ni totalité.

 

La marionnette

            Encore faudrait-il qu’ils existent, eux !

 

L’homme

            Je crois n’être aucune de ces… inventions nécessaires au bien-être de notre stupidité capable de vide, réconfortante.

[pause]

 

Le porteur de pancartes

            [la nouvelle pancarte : POST-SCRIPTUM]

 

La marionnette

            Ayons une queue d’éléphant.

 

L’épouvantail

            Soyons l’éléphant d’une certaine queue.

 

L’homme

            Élephantisons D’un coup. Disons que tout ça [indiquant l’épouvantail] - à cause de cette ordure. À cause de ma névrose.  

La marionnette

            C’est pareil. Ordure, névrose… Pareil. C’est pareil dans son cas. Dans les cas pareils.

 

L’homme

            Ou, peut-être, c’est à cause d’autre chose.

 

L’épouvantail

            [geste : « tu parles ! » ; ensuite, en parlant de l’homme] On voit avec une extrême clarté la mort approcher. On va mourir bientôt. Très. Très bientôt. Comment ressent-on la mort qui approche ? Comment ?

 

La marionnette

La mort. C’est comment... La mort...?

[Long silence]

 

L’homme

            [au public, avec l’espoir d’être contredit] Ce n’est pas un dépotoir, au moins ?!?... [pause] Il fait noir. Il fait froid. Ici. Dans la queue de l’éléphant ! [en chouchoutant, après une pause] Une Révolution ?... Un Révolution... à moi ?

 

[Long silence. - Noir. - ...Eventuellement, dans le noir:

 la chanson de John Lenonn,  « Revolution »]

ou

[Long silence. - La chanson de John Lenonn « Revolution » plus une sarabande des personnages. La lumière s’éteint, peu à peu, mais la danse continue ; les personnages sont munis des torches électriques ; ils sortent un par un de la scène qui reste dans le « noir sonore »…]

 

Fin

Par Alexandre Papilian - Publié dans : Théâtre
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Samedi 18 avril 2009 6 18 /04 /Avr /2009 14:21

7

 

L’homme

            À Pékin, pour vingt-quatre heures. Du tourisme. Le ciel, les volumes, l’espace, sont extrêmement différents par rapport à la Roumanie... -  J’apprends qu’on ne va pas prendre le même chemin, pour le retour. Nous allons nous diriger, d’abord, vers le Pakistan, ensuite le Liban, et la Grèce. Ça me fait plaisir.

L’épouvantail

            « Mais, pas de réception, dit Zoé. Je n’ai pas de robe. J’ai que ces trois paires de pantalons. » - « Pas de réception », promet Iliescu.

L’homme

            ...En haut de la Grande Muraille, le souffle coupé, ma poitrine est pleine d’une joie indescriptible. Ouais!, sans blague! Personne de ma famille, aucun des miens n’a jamais mis les pieds par ici, et on ne sait pas si quelqu’un  le fera après moi! - Ensuite, en regardant Zoé trotter énergiquement sur les dalles multimillénaires, je me rends compte que - c’est comme ça la vie! - nous avons vu ensemble les deux Murailles de notre monde, de Berlin et de Chine.

L’épouvantail

            Et voilà l’histoire !

L’homme

            L’histoire ? L’histoire ? L’histoire ?

L’épouvantail

             « Je crache sur le nom de Ceausescu ! » [en criant]  « Je crache sur le nom de Ceausescu ! » Voilà l’histoire ! [ironiquement] Zoé ! Pauv’ fille !

 

[Boucle sonore. Lumières agitées. - Le vacarme s’arrête soudainement, en pleine lumière.]

La marionnette

A Karachi, surprise ! C’est le ministre de la Jeunesse qui les accueille. Iliescu bouillonne. Zoé, pareil. Au propre (la chaleur est épouvantable) et au figuré. Ils partent, en roulant à gauche, des Jeeps militaires en tête de la colonne pour vous frayer un chemin dans ce bordel de voitures, de fiacres, de feux manquants et de piétons « pluridirectionnels », pour la résidence qui leur a été réservée, aux murs entièrement couverts de glycine mauve fortement odorante. Le ciel est très gris et très bas. L’atmosphère est saturée de vapeurs. Un garde militaire leur présente les armes, à l’entrée.

L’homme

            Dans le grand hall, quelques hélices, immenses, suspendues au plafond, font mine de ventiler l’air plus qu’humide. Nous sommes attendus par quelques compatriotes de l’ambassade, que nous trouvons trop élégants, trop aimables, trop préoccupés par leur tennis, golf, polo..., trop habillés de vêtements légers, aux nuances claires...

La marionnette

            De trois côtés du hall se dirigent vers eux trois domestiques dans de longs vêtements blancs, avec de grands turbans sur la tête, nus pieds dans des sandales aux minces barrettes, et portant des plateaux avec des boissons rafraîchissantes de toutes sortes et de toutes les couleurs. La caverne d’Ali Baba !

L’épouvantail

[fait entrer le porteur de pancartes muni de deux pancartes ; sur la première : PAS DE ROBE] « Je n’ai pas de robe. » - « Comment ça, camarade ? » s’étonne sincèrement la femme de l’ambassadeur. - Zoé hausse les épaules. - [à l’homme]...Ensuite, silencieuse, avec un rien refroidissant, de Gorgone Méduse, dans son expression, ta Zoé montre ses dents... Puis, elle fait signe à l’un des trois bruns habillés en blanc de s’approcher avec son plateau de boissons rafraîchissantes... [ironiquement] Ali Baba ! Sinon rien ! [la deuxième pancarte du porteur de pancartes : ALI BABA ! ALI BABA !]

L’homme

            À peine suis-je entré dans ma chambre, après la réception - Zoé s’y est rendue en pantalons -, dans la nuit, tard, que j’entends des voix agitées sur le palier. - Il y a un lézard sur le plafond de la chambre de Zoé. - Elle ne peut pas dormir avec des reptiles dans sa chambre ! - Iliescu, jeune et aimable, sûr de lui et de ce qu’il doit faire, s’offre à... - Zoé me raconte avec humour, le lendemain, que la chasse a duré plus d’une heure et demie. - Oui, la chasse !

La marionnette

[après une pause] A Beyrouth, le chargé d’affaires est un homme petit, trapu, affable, aimable. - Iliescu, quant à lui, doit rencontrer deux délégations libanaises de la jeunesse. Des cocos, bien sûr ! Ni Zoé, ni lui, ils n’avaient pas à participer aux discussions. Elles n’étaient pas pour eux ces discussions. Because ? Des armes ? Des drogues ? Des ventes de juifs, d’allemands ? C’est quoi l’impossible ?

L’épouvantail

            Promenade avec Zoé. Accompagnés par le chargé d’affaires. Vous flânez et contemplez la ville mi-européenne, mi-orientale... Provocatrice, Zoé demande du hachisch. Le chargé d’affaires se défausse avec une certaine élégance. Le salaud ! Dans la rue, Zoé caresse un roquet que vend un arabe. Le chargé d’affaires l’achète et l’offre à Zoé. (Tiens. Entre parenthèses : ceux qui l’ont arrêtée disent qu’elle possédait une balance en or pour peser la bouffe de son chien... Parenthèse fermée.)  « Comment l’appeler ? » demande la fille de Ceausescu en examinant avec ironie et dégoût le petit animal, moelleux et bête, qui regarde le monde avec des yeux troubles. « Habibi », propose le chargé d’affaires. Le visage de Zoé s’illumine. Parfait. Et Habibi fut !

L’homme

            [après une pause] ...Là, dans mon passé - suite. Je veux dire: ensuite. - À Athènes..., la lumière du ciel et de la Méditerranée, les oliviers petits à la feuille verte-blanche, l’éclat des colonnes de marbre et tout le cinéma et tout, plus l’idée qu’on a fait un tour du monde que peu pourraient faire, m’accablent et de joie et de colère. Pourquoi - donc et diable ! - rentrer en Roumanie ? Pourquoi retrouver la sombre télé où m’attendent des reportages à illustrer musicalement, avec des jeunes parlant d’une manière inintelligible, ignorants d’une manière insolente, brutaux, soumis à la peur parti...éenne, et..., et avec des constructeurs « enthousiastes » d’hydrocentrales ? Pourquoi m’immerger de nouveau dans l’inquiétude quotidienne du manque d’argent, dans la poussière des rues, dans l’odeur de fer brûlant, de gaz d’échappement et de sueur des bus bondés, dans le noir idiot où l’on mène la bataille contre la censure, dans...? - [à l’épouvantail] - Disons que t’es Zoé. Et moi je te pose la question:  « Et si on se faisait la belle ? » - Et toi, qu’est-ce que tu me répondes ?

L’épouvantail

            [à l’homme] Mais je te réponde conforme: « Allons-y ! » Et je te regarde droit dans tes yeux !

La marionnette

            [de l’homme] Mais lui..., [geste de mépris] couille mole !

L’homme

            [à l’épouvantail] « Ils vont nous fusiller ! »

L’épouvantail

            [à l’homme] « Possible ! »

La marionnette

            [après une pause] Lorsque l’avion commence sa descente vers l’aéroport de Bucarest, Zoé, assise à côté de lui, met sa main sur la sienne. Deux secondes, pas plus. Histoire de lui dire au revoir. [pause] Ils atterrissent. Zoé se lève. Elle descend la première. Ensuite Iliescu et les autres.

L’homme

            Par réflexe, je reste derrière Iliescu. A raison ! Vers nous, entourée à distance par des gardes du corps, s’avance La Camarade. Les pointes des pattes dirigées vers l’intérieur. Elle marche sèchement. Elle n’a pas l’air d’être vraiment habituée à la station bipède. Elle sourit. La lumière de ses yeux, forte, brûle. Semblable à la peur terrifiante. Semblable à l’impulsion épouvantable de déchirer, de hacher tout ce qui bouge.

 L’épouvantail

            [après une pause] Et puis, tu as été invité par la Securitate... Ce n’a pas été trop pénible, n’est pas ? C’était même pas au siège. C’était dans un café, le plus cousu de Bucarest... C’est bien ça, n’est pas ? Tout est civilisé. Où sont-elles les enquêtes de la Tchéka et du Guépéou ? Où sont-ils les camps sibériens ? - ...En fait... Il voulait que tu saches seulement qu’ils veillent sur toi, les ombrageux. Et, en plus, tu étais déjà, au fond de toi même, dans la réalité de la vérité, avec eux. Sois sincère ! Avec ta Zoé, avec ton UJC... Pourquoi pas, donc, aussi avec eux, avec la Securitate ? Directement, nettement !?

L’homme

            Pourquoi ? Manque de couilles. [en indiquant la marionnette] Comme dit celle-ci toujours. Voilà pourquoi. Je n’étais qu’un pauv’ intello capable de quelques demi-idées - et encore! - et des petites péchés salopins, des petites saloperies...

L’épouvantail

            [rire] ...incapable, donc, de demander un G.P.U. universel, astral, divin...

L’homme

            [rire] Certainement pas ! Je n’étais qu’un petit dépotoir, quoi. Pas plus que ça. Un petit dépotoir assez ineffable, supportable, parfois même sympathique. Pas plus... Voilà pourquoi !

[Long silence]

L’épouvantail

            Encore quelques jours et Zoé t’appelle. Elle est à Bucarest, au centre ville. Tu lui manques. Pourrais-tu sortir la rejoindre ?

L’homme

            Une heure plus tard...

L’épouvantail

            ...entre la Statue des Aviateurs - avec le Cé-i-pé-él-e-a immortalisé sur sa grande plaque commémorative en bronze - et la Place des Aviateurs, jadis Place Staline, qui allait changer plusieurs fois de nom - dans et lors de ton passé - avant de devenir au dernier en date, Place Charles De Gaulle; c’était vers la fin du mois de mai, dans ton passé de personnage anonyme, de masse, de masso-personnage...

L’homme

            ...je suis avec elle. Zoé tient dans sa main quelques ballons gonflés à l’hydrogène. Elle me les tend. Elle se fait une « queue de cheval »; elle me demande d’attacher les ballons à la queue. - « Qu’est-ce qu’il y a ? » dit-elle en apercevant ma réticence. « Regarde un peu autour », je dis. « Eh bien, qu’est-ce qu’il y a autour ? fait-elle nerveusement. Des crétins et des crétins ! ». « Mbé ! » fais-je. Je ne peux pas lui parler de la Securitate... De Shakespeare, non  plus... [rire] Ou de Giordano Bruno et du Grand Condé..., d’Electre et de non-Electre... Et qu’est-ce qu’il nous reste, sinon ?... [en se reprenant] Zoé agite, ennuyée, nerveuse, sa main. Elle attache toute seule les ballons à sa queue de cheval. Elle part vers l’Arc de Triomphe. Je la suis. Sans enthousiasme. Ils sont amusants, ses agissements. Mais ils ne vont pas avec ce monde. Avec ce monde d’ici. Avec notre monde ! - Au bout de cinq minutes, elle détache les ballons et les libère. Elle - libre, étrangère, pas d’ici, pas du coin - regarde avec regret mais aussi ironiquement, comment ils prennent de la hauteur. [au public] Aujourd’hui, vu ce que j’ai vu à la télé, je me dis que Zoé ne peut être que virtuelle ! Certainement ! Virtuelle... Sinon morte... [pause] C’est quoi, le vrai ? Mais le virtuel ? Ou la mort !?... Ou la Révolution ?... Dépotoirs, tel que nous sommes... Tous. Tous. [la lumière faiblit ; dans le noir – la voix de l’homme] Je l’appelle après deux, trois jours. « Comment ça va ? » « Mal. Habibi est mort. » « Comment ça ? » « Ils me l’ont empoisonné. »

Le porteur de pancartes

[traverse la scène dans un spot de lumière. Sa pancarte : ILS. Il sort. Le noir s’installe bien pour quelques moments.]

Par Alexandre Papilian - Publié dans : Théâtre
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Jeudi 16 avril 2009 4 16 /04 /Avr /2009 15:58

 

6

 

La marionnette

            Le lendemain, vers onze heures, une meute de tronches inconnues. Des membres du Politbureau. Ils vont tous les accompagner chez Kim Il Sung, qui recevra les amis roumains pour un déjeuner très amical et très restreint.

 

L’homme

            Parmi eux, la camarade Ô. La camarade Ô éclate en larmes. [l’épouvantail - mime-singe la camarade Ô] Qu’est-ce qui lui arrive ? je demande. – Dame !, bah !, un compositeur un peu toqué, voyons !, qui peut se permettre de telles questions indélicates ! - Vous allez voir le camarade Kim Il Sung, on me, on nous répond, et la camarade Ô en est très émue, en est très contente - pour nous ! et, comme ça, en général ! -, très... touchée...

 

L’épouvantail

            [mime-singe encore un peu en silence...]

 

La marionnette

            Kim Il Sung fait son apparition. C’est l’homme à la bouffissure. La bouffissure du Commandant Unique déborde, au dos de la nuque, du col boutonné de sa tunique gris-fer. Elle est grosse, c’est vrai. La bouffissure, c’est à dire, de l’Excellent Leader. - Il sourit de toute la figure. Il serre avec beaucoup, beaucoup de chaleur et de hauteur parentale la main de Zoé. Un peu moins, celle de Iliescu. Et, stop ! Les autres, néant, n’existent même pas.- Ils pénètrent ensuite, en formation très restreinte - le Politbureau reste dehors - dans la salle à manger où c’est la femme de Kim Il Sung qui vient au devant d’eux. De nouveau un large sourire. La femme de Kim Il Sung serre la main de Zoé. Les autres, re-néant. La pièce est aveugle, sans fenêtres. Un bunker. Et tant pis pour les claustrophobes !... La lumière est agréable. La climatisation fonctionne bien. - Ils s’assoient autour d’une table ronde dont un quart est réservé au Leader et, assez approximativement, à sa femme.

 

L’épouvantail

            [à l’homme] Enfin, à ce que l’on vous a présenté comme étant sa femme. [rire] Sa femme approximative ? C’est pas comme en Roumanie, [rire] avec la... dictatoriale, hein ?!

 

L’homme

            [rire complice, sarcastique] Elle aurait pris un autre quart de la table, si ce n’aurait pas été une bonne moitié, ou, pourquoi pas ?, l’intégralité !

 

Le porteur de pancartes

            [traverse la scène en pas d’oie, avec deux pancartes : CEAUSESCU - KIM IL SUNG]

 

La marionnette

            Kim Il Sung commence à parler. Zoé répond. Ensuite, l’homme à la bouffissure parle tout seul. A un moment donné c’est Iliescu qui parle. Puis, de nouveau, l’homme à la bouffissure. Tout seul. - Ensuite, photo de groupe. Tout le monde se tiendra figé, sur les marches du perron. Ils trouveront les journaux avec les articles concernant leur visite, ainsi que quelques photos non-publiées dans des enveloppes individuelles, dans l’avion personnel que Kim Il Sung mettra à leur disposition, jusqu’à Pékin...

 

L’homme

Le soir, avant de s’envoler pour Pékin, dans l’appartement de Zoé, Zoé, Iliescu et moi. – « Et quid de la camarade Ô ? » je pose réthoriquement la question, tout en regardant - comme dans les films occidentaux - le whisky qui tangue dans le verre que je tiens dans ma main. Zoé, de dos, cherchant je ne sais quoi sur un petit guéridon, éclate d’un rire qui la secoue. Iliescu, assis sur un canapé aux coussins fleuris et douillets, a une réaction semblable à un hoquet retenu. « Qu’avez vous avec cette bonne femme ? » dit-il avec un humour sec, fou. Zoé rit aux éclats. Elle se tourne vers nous. Ses cheveux longs lui tombent sur les joues, moelleux. La jeune femme, à l’ossature un peu trop forte, mais souple, rit sans se faire de soucis, de très bonne humeur, déverrouillée. J’essaie de me retenir. Mais je ne peux pas. Je commence à rire. Moi aussi. - Zoé lève ses mains... Irrésistible. Les paumes vers le haut... Interrogative... C’est à dire: effectivement, qu’est-ce qu’elle pouvait bien devenir la camarade Ô ? - Iliescu ne résiste plus. Lui non plus. Il commence à rire. Il se lève et quitte la pièce. En riant.

 

L’épouvantail

            [au public] Ne trouves-tu pas délicieuse l’idée qu’un certain latino-balkanique, sujet d’un Président Génie des Carpates, qui a embrassé sur l’aéroport de Pyongyang une petite Coréenne sale et haineuse, qui ne voulait pas, elle, être embrassée, nous fait part d’une autre « Histoire d’Ô » que celle « mondialement » connue, notamment de « l’Histoire de la Camarade Ô » ? [à l’homme, complice] Un crapaud qui pleure parce qu’on parvient à voir le Grand Leader - grand ami, sans doute, de ton Génie balkano-latin... - en ses chairs, bouffissure et os!... Les mutations dues à Tchernobyl ne sont rien du tout par rapport à la bien mal formée camarade Ô qui a pleuré en face de toi... Par rapport à Zoé ! A Iliescu ! A toi-même !... - ...Vous la trouviez drôle, la camarade Ô ! Vous ! – Délicieux ! N’est pas ?

[Noir soudain. Brusquement, la boucle sonore - à une forte intensité. Les lumières balayent les photos et les objets accrochés aux murs de la scène et de la sale. Apocalypse... - Le vacarme s’arrête soudainement, en pleine lumière.]

 

Par Alexandre Papilian - Publié dans : Théâtre
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Mardi 30 décembre 2008 2 30 /12 /Déc /2008 22:30

 

5

 

L’épouvantail

            [à la marionnette] Le Musée de la Révolution. Avec ses quatre-vingts salles vides, aux murs couverts de panneaux avec des citations des discours de Kim Il Sung.  [au public, en parodiant les gestes du Leader montrant, de son bras tendu, le lendemain qui chante...] Avec l’énorme statue en bronze du Leader Fortement Aimé, devant le bâtiment... - [à l’homme] Le Palais des Pionniers, ensuite, où les enfants, disciplinés, après avoir sautillé et crié avec beaucoup d’application à votre apparition. Un caillou couvert par un cube en verre, dans la cour d’une usine: le caillou sur lequel s’est assis Kim Il Sung à l’époque où rien n’existait ici...

 

L’homme

            Je m’aperçois, à un moment donné, que l’interprète-femme a, dans son sac, un revolver; je me demande pourquoi. Qu’est qu’il y a à tuer ici ? - Dans cette Corée du Nord ! A l’autre bout de la géographie de l’est ! – Qui ? Pour quoi ? Pour nous ? À cause de nous ?

 

L’épouvantail

            Vous partez, accompagnés par un vice-premier-ministre, vers le sud. Sur la route, pendant trois jours, vous rencontrez en tout une petite dizaine de camions, seulement, et rien d’autre; rien non plus dans les plaines traversées par les chaussées.

 L’homme

            Nous participons, dans une ville, à un grand spectacle donné en notre honneur sur un stade de cinquante mille places, rempli comme un  oeuf par cinquante mille porteurs de panneaux en carton colorés, qui, disciplinés, « peignent » des « fresques » révolutionnaires ou « écrivent » des « dits » du Leader Beaucoup Aimé, tandis que « des artistes », par centaines, font, sportivement, la même chose sur la pelouse. Ils font beaucoup plus fort que les crétins de Berlin-Est. Beaucoup plus !

 L’épouvantail

            Vous arrivez avec un retard de six, sept heures dans une grande usine, à une grande réunion solennelle, organisée, elle aussi, en votre honneur. Beaucoup de ceux qui s’y trouvent dorment, la tête baissée ou penchée en arrière. Mais, lorsque vous faites votre apparition sur l’estrade, ils se lèvent à la hâte pour vous acclamer longtemps, pour vous ovationner, disciplinés, tandis que de leurs regards roulent vers vous des vagues d’indifférence sale, d’ennui et, des fois, très rarement, mais de façon d’autant plus saisissable, de rancune, de haine scintillante, on dirait des éclats très impersonnels, coupants, fous... - Vous visitez une sorte de parc immense où l’on trouve une espèce de hutte... où naquit - non seulement normalement, mais hyper, surnormalement, bien sûr - qui ? Le Leader Extrêmement Aimé - en personne !... Parc sillonné par des détachements de pionniers coureurs. Puis, une école militaire, pour qu’on vous montre des gamins de neuf ans, vêtus d’uniformes, qui font tomber des cibles en carton... - ...Et ensuite, et enfin, un soir, dans une de ces villas, lors d’une étape quelconque, vous passez un moment plus relax.

 L’homme

            Dans la villa il y a un piano droit. Bien accordé ! Pourquoi ? Jouerait-il du piano, le Formidable Leader ? 

La marionnette

Ils se sont rassemblés tous, plus le vice-premier-ministre, leur « ange-gardien » nord-coréen. Ils bavardent. Le vice-premier-ministre jette des regards - convoitise très maîtrisée - vers leurs cigarettes. Il lui en offre une. D’abord, le Coréen refuse. Ensuite, il ne résiste pas. Ils apprennent à cette occasion que les jeunes Nord-Coréens n’ont pas la permission de fumer avant vingt-huit ans. A cet âge ils peuvent commencer aussi à penser au mariage. On ne leur cache ni le fait que l’adultère est puni par des travaux forcés dans la mine... 

L’homme

            Ce n’était pas mieux, beaucoup mieux en Roumanie ? 

L’épouvantail

            Si ! Bien sûr ! Et quoi ?... – Au diable la Corée ! Au diable la Roumanie ! Au diable leurs Leaders Hyper-Bien-Aimés. On s’assoit devant le piano, là, dans la villa nord-coréenne de Kim Il Sung, et on essaie quelques accords. Ca sonne bien. 

L’homme

Iliescu demande au Coréen s’il aime la musique. - Oui, il aime. - Nous chanterait-il quelque chose ? - Affirmatif. - Il va chanter. - Pour nous.

                                                           La marionnette

            Le Coréen se met debout. 

L’épouvantail

Il chante. - Quelque chose sur une marche victorieuse.

L’homme

            Très bien, dit Iliescu. Et maintenant, à nous de chanter quelque chose. Une romance. O.K., je dis, et je commence une romance. Après la première strophe, je passe au rythme de boogie-woogie. 

L’épouvantail

            [dans le rôle de Iliescu] « Pas comme ça, hé ! La romance c’est du chuchotement. Du murmure » . 

L’homme

            Peut-être. Mais les autres protestent. Ils veulent du boogie-woogie. C’est bon le boogie-woogie. 

Le porteur de pancartes

            [entre en scène avec une pancarte nouvelle : BOOGIE-WOOGIE] 

L’épouvantail

            [en dansant] Boogie-woogie, boogie-woogie… Là, dans la villa de Kim Il Sung. 

L’homme

            [sourire malicieux d’approbation 

La marionnette

            Iliescu laisse tomber. Zoé invite le Coréen à danser. [suivant ses mots, le porteur de pancartes et l’épouvantail miment le ministre et, respectivement, Zoé] Il refuse, mais... Il s’agit, n’est-ce pas ?, de Zoé... Ils esquissent quelques pas... [le porteur de pancartes et l’épouvantail - danse] Mais, soudain, on frappe à la porte... [jeu du porteur de pancartes] Le Coréen sursaute comme brûlé au fer rouge... Il repousse Zoé... Il se dirige vers la porte et l’ouvre. Il échange quelques mots avec la personne qui s’y trouve... Il ferme la porte. Zoé essaie de continuer la danse, mais le vice-premier-ministre refuse. Il reste encore une minute et se tire. Il emmène l’interprète avec lui. 

Le porteur de pancartes

            [sort en traînant la pancarte derrière lui 

L’épouvantail

            [après une pause] Mais, alors, à Pyongyang, hein !. - Au spectacle de l’opéra donné en votre honneur. Lorsque la salle se met debout pour vous applaudir longtemps, lorsque vous faites votre apparition dans la loge centrale !... Hein !... Tu frimes!... Spectacle très spécial; assistance très triée, vous glisse l’épouse de l’ambassadeur, mais la présence est, comme d’habitude, obligatoire dans la salle. 

L’homme

            Le sujet: la lutte, bien sûr, « révolutionnaire »... La musique : du Verdi aplati par un rouleau compresseur. - Un éclair de - ou dans - ma mémoire, et je revois les visages de mes trois collègues coréens du Conservatoire n° 1 de Bucarest... Et s’ils se trouvaient, eux, maintenant, dans la fosse d’orchestre ?  

L’épouvantail

            Enfin, la scène finale. Grandiose ! L’épouse chante, en pleurant et en caressant le manteau de l’époux révolutionnaire qui, paraît-il, a été tué... Mais, non ! Eh, bien, non ! Le possesseur, le maître du manteau n’a pas été tué par les méchants capitalistes contre-révolutionnaires... Il est là, le voilà, et il va conduire les masses vers le communisme victorieux... 

L’homme

            Le rire m’étouffe. Il me fait sortir dans le hall désert. Zoé me suit. La femme de l’ambassadeur n’ose pas quitter la loge. Elle reste avec Iliescu et les autres. Avec le manteau et avec le communisme. Avec son manteau et avec son communisme à elle, à eux. - Je regarde Zoé. Elle me regarde. Nous rions. Nos bouches, largement ouvertes. Aucun bruit. Aucun ! - C’est du riro-cris muet ! - Je décèle une certaine lumière dans les yeux de la jeune femme aux cheveux longs et blonds, en face de moi. – « Ne sois pas désespérée », je dis. 

La marionnette

            Et Zoé lui répond : 

L’épouvantail

            [à l’homme, en jouant le rôle de Zoé] « Toi non plus. » 

[Noir soudain. Brusquement, la boucle sonore - à une forte intensité. Les lumières balayent les photos et les objets accrochés aux murs de la scène et de la sale. Apocalypse... - Le vacarme s’arrête soudainement, en pleine lumière.]


Par Alexandre Papilian - Publié dans : Théâtre
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Mercredi 17 septembre 2008 3 17 /09 /Sep /2008 08:53

 

                                                                       4

 

La marionnette

            La ville est déserte. Aucune voiture. Rarement, très rarement, si rarement que ça devient un événement, un bus. Il y a des feux - mais personne dans la rue. La colonne officielle roule sans aucune difficulté dans ce désert. Ils rencontrent, pourtant, un détachement de pionniers qui courent. - Leurs accompagnateurs et Iliescu parlent avec l’aide de deux traducteurs, des Coréens, les deux, un homme et une femme, qui ont été scolarisés en Roumanie, pendant la guerre de Corée...

 

L’homme

            Comme mes petits camarades : Kim Kim Woo, Am De Yong, et un troisième, dont j’ai oublié le nom.

 

L’épouvantail

            [après une pause] ...Nous arrivons devant une grille à l’ouverture automatique. La grande allée nous fait pénétrer dans un parc très soigné; extrêmement beau. Plein d’arbres étrangers, jamais vus, avec des feuilles et des fleurs peintes en des couleurs très délicates ou, parfois, très flamboyantes, frappantes. - Le ciel est clair. Il fait chaud. - Kim Il Sung met à notre disposition l’une de ses résidences présidentielles.

L’homme

            Elle est grandiose.

 

L’épouvantail

            Nous montons, tous, sans exception, démocratiquement, dans l’appartement de Zoé. Le bar - généreusement rempli. Nous ouvrons une bouteille de whisky.

 

[Les lumières s’éteignent; tout plonge dans le noir; l’homme seul reste isolé par un spot de lumière.]

 

L’homme

            Tout peut être fatal ! Il n’y a pas de démonstration valable pour le contraire. Notre tête n’accepte que la fatalité comme valeur sûre ! Ni la nécessité, ni le divin ! Ou bien, si. Dans la mesure où ils sont fatals, eux aussi. La nécessite. Le divin. - Fatals ! -  Ça ne demande pas d’explication, ça. La fatalité. - [pause] Être ou ne pas être poursuivi par le K.G.B., par la Tchéka, par le N.K.V.D., par le G.P.U. [prononcé:  « guépéou »], par la Securitate.

 

L’épouvantail

            [isolé par un autre spot de lumière] Tiens. Ca me rappelle quelque chose. [rire] Etre ou ne pas être! [au public] Certainement! Oui! Mais, au delà de cela! Le nom d’Aragon, Louis Aragon vous dit quelque chose?... Oui?... Non?... Ecoutez[1] :

 

Je chante le Guépéou qui se forme                  

en France à l’heure qu’il est                

Je chante le Guépéou nécessaire de France                

Je chante les Guépéou de nulle part et partout             

Je demande un Guépéou pour préparer la fin d’un monde                   

Demandez un Guépéou pour préparer la fin d’un monde,                    

pour défendre ceux qui sont trahis                   

pour défendre ceux qui sont toujours trahis                 

Demandez un Guépéou                       

Il vous faut un Guépéou

 

La marionnette

            [voix, dans le noir] Vive le Guépéou figure dialectique de l’héroïsme

 

L’épouvantail

Vive le Guépéou véritable image de la grandeur matérialiste

            Vive le Guépéou contre le pape et les poux

Vive le Guépéou contre la résignation des banques

Vive le Guépéou contre les manœuvres de l’Est

Vive le Guépéou contre la famille

Vive le Guépéou contre les lois scélérates

 

La marionnette

            [voix, dans le noir]

Vive le Guépéou contre tous les ennemis du Prolétariat

VIVE LE GUÉPÉOU

 

                                               [Lumières pour tout le monde]

 

L’homme

            Puis-je reprendre? [approbation silencieuse de deux autres] O.K.. Donc. Être ou ne pas être suivi par le G.P.U.. Et tout ça..., et tout...  Vivre ou pas vivre en des Fatalands. Même. Donc. Ou même et donc ! - Être ou ne pas être à côté de la fille de Ceausescu.

 

L’épouvantail

            [après une pause] ...Vous vous trouvez sur l’immense terrasse de l’appartement de Zoé. Les autres se sont retirés. Il est deux heures du matin. Le ciel est clair et transparent. Les ombres du parc exhalent une humidité fraîche. Vous vous trouvez dans la maison, dans le parc - sur la propriété ! - de Kim Il Sung ! Que, diable, cherchez-vous ici ? Enfin, là, là-bas ! Que, diable, y faites-vous ? Zoé s’appuie contre toi. Vous avez pas mal bu. Elle t’incite à la prendre par ses épaules. Le parc sombre, ténébreux et frais vous envoie ses effluves purificateurs et frissonnants. Tu retournes dans le salon. Elle te suit. Tu verses du whisky dans les verres. Tu lui pose la question: « Tu sais que je suis marié ? » Dans ses yeux mordorés - de la surprise. « Non. Je ne le savais pas. » Ensuite, en te dévisageant d’un regard difficile à adjectiver, on dirait, quand même, profond, sans fond, fou, de toute façon très tendu, elle te dit: « Et pourtant, tu vas coucher avec moi. »

Le porteur de pancartes

[traverse la scène, avec deux pancartes déjà vues : PIZDA et PERDU]

[Noir soudain. Brusquement, la boucle sonore - à une forte intensité. Les lumières balayent les photos et les objets accrochés aux murs de la scène et de la sale. Apocalypse... - Le vacarme s’arrête soudainement, en pleine lumière.]



[1] «  Prélude au temps des cerises » 1931

Par Alexandre Papilian - Publié dans : Théâtre
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  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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