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  • : Alexandre Papilian
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  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 08:35

Dentier et dentifrice

- pseudo-fabliau stomatologique -

 

 

C'est l'histoire d'un dentier et d'un dentifrice.

Serais-je schizophrène comme on me fait savoir ici et là ? Je ne le crois pas. J'incline plutôt à dire que j'aurais acquis le don de l'ubiquité. D'une certaine ubiquité notamment. Je ne sais pas trop ce qui est rêvé ou pas rêve. Je vis autant et pareil (dans) les rêves et (dans) la vie. Au point de ne plus pouvoir faire la différence.

Écoutez ce qui m'est arrivé dernièrement.

Je rendais visite à ma mère dans son petit trois pièces à Trappes. Elle y vivait avec une de ses innombrables sœurs. Papa était décédé depuis un bon moment, dans son Algérie. Mes frères et sœurs étaient éparpillés un peu partout en France et en Algérie (plutôt là-bas, où mon père a labouré sans compter nombre de femmes...). Aucun d'entre eux ne vivait dans la région parisienne. J'étais comme on dit, le seul à pouvoir prendre soin de la vieille.

Ceci, dans mon rêve.

Dans ma vie, par contre, j'étais un vrai descendent des Gaulois. Personne autour pour s'opposer que je dise : « mes ancêtres les Gaulois ». Ce qui n'était pas le cas dans mon rêve. Dans ma vie, je pouvais revendiquer le fait que Trappes fut peuplé par une population acheuléenne en 75.000 avant nous et que moi-même, natif de Trappes, comme ma famille de France connue, serais le descendant de cette population.

Dans mon rêve, je savais que papa nous a quittés il y a longtemps et que j'ai dû travailler très dur (au moins) pour mon agreg d'histoire. Les autres se sont frayé leur voie dans la réalité autre que parisienne. Nous sommes bien intégrés (comme on aime le dire ici et là, à la télé, dans les journaux et ailleurs). Dans mon rêve.

Dans ma vie, je pensais avec un certain orgueil à la reine Adélaïde, qui a donné la ville et l’église de Trappes à l’abbaye de Saint-Denis. Son fils, Robert le Pieux confirmait en 1003 (vous vous rendez compte ? en 1003 ! dans histoire !) la donation faite par la reine et (en confirmant les rapports entre l'histoire et la géographie) y ajoutait une partie de la vallée d'Élancourt et les bois de Trappes.

Dans mon rêve, je voyais ma mère vêtue d'une belle djellaba bleu ciel et vert lézard, la tête couverte d'un foulard bordeaux en gaze. Elle ne sortait qu'accompagnée. Elle ne parlait (et ne parle toujours) pas français. Pourtant, elle suivait avec plaisir les feuilletons télé doublés dans la langue de Molière. Je ne sais pas pourquoi. Elle nous préparait du couscous, nous faisait boire du thé et nous gavait des sucreries orientales sans nom. Elle était une sorte de carte postale maghrebo-française.

Dans ma vie, je voyais comment le 3 avril 1255 et le 18 avril 1259, Saint Louis (Louis IX) se rendait à Trappes. Je voyais comment, dans les années mille trois cents, Trappes était pillée au cours de la Guerre de Cent Ans. Je voyais les troupes de Charles le Mauvais, roi de Navarre, campant à Villepreux. Je voyais la population de Trappes et d'Élancourt se réfugiant périodiquement, sporadiquement, entre 1348 et 1351, à cause des incursions des « routiers » et des « écorcheurs », au château de Trappes ou dans la ferme fortifiée de la Boissière. Je voyais Édouard de Woodstock, dit le « Prince noir », menant ses troupes, en 1356, au pillage de Trappes, déjà fortement ravagée par Bouchard IV de Montmorency. Je voyais Étienne Marcel et d'autres insurgés, envoyant de Paris, durant l'été 1358, pendant la Jacquerie, deux notables, Pierre Gilles, l'épicier, et Pierre des Barres, l'orfèvre, pour incendier le château de Trappes...

Dans mon rêve, je rendais visite à ma mère, disais-je. Elle m'informait que son dentier supérieur lui faisait mal. Elle me montrait comment il bougeait. Elle avait une plaie dans la bouche. Elle ne pouvait plus manger. Que des liquides. Et encore. La honte ! Elle attendait que je lui indique le chemin à prendre. Je lui disais qu'elle trouverait des trucs dans les supermarchés. Je l'embrassais et je partais.

Au réveil, je constatais que les remords me mordaient et me remordaient. Elle ne parlait pas français, ma maman. Elle ne pouvait pas se débrouiller aux supermarchés... Certainement pas. Son dentier lui faisait mal. Elle avait certainement une plaie dans la bouche... Et moi, je me sentais comme le chat de Schrödinger (enfermé dans une boite, invisible, existant et inexistant en même temps), comme un qubit (la superposition de deux valeurs, zéro et un), comme un objet intriqué (formé de deux objets distants) et, plus terre à terre, comme le dentifrice sorti du tube. Impossible de revenir en arrière, de le faire rentrer dans son tube.

Schizophrène, moi ? Et le dentifrice récalcitrant, alors ?

 

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 05:04

Jésus, mon petit Jésus !

 

 

Jésus, mon petit Jésus, je ne savais pas que tu allais finir en croix. Si je l'avais su...

- Alors, quoi, si tu l'avais su ?

Rien. Rien. Vous avez raison : quoi, si j'avais su ? Qui peut changer l'ordre des choses ? Personne. Simplement, il t'a été donné – lui, devenu avec le temps Lui, voire LUI.

...Ensuite on m'a fait tout ce que l'on a voulu me faire, tout ce que l'on a pu me faire. Tout ce que je me suis laisser faire. Entre l'innocence sublime et celle idiote, entre maternité et virginité, entre l'annonciation et l'assomption, entre le statut de la pécheresse, voire celui de la pute, et celui très ambigu du calice spirito-charnel, rien ne m'a été épargné. Je n'ai rien raté.

Ma souffrance au pied de la croix, elle vous dit quoi à vous ? Elle vous a dit quoi, ma souffrance, quand on Lui a transpercé les mains et les pieds avec des gros clous et quand Il a crié Eloi, Eloi, lama sabachthani? Elle vous dira quoi, demain, cette souffrance, la sienne, la mienne ?

Pas grand chose. Contentez-vous de donner des nom à ma souffrance : Pietà, Mater dolorosa... La souffrance d'une mère qui doit enterrer son enfant est naturelle, voire normale. Rapidement, trop normale. Parce qu'inévitable. Il n'y a pas de mots pour parler de ÇA.

C'est dur d'endurer, de supporter l'insupportable, la responsabilité de t'avoir mis au monde.

(...)

De t'avoir mis au monde pour que tu finisses en croix. De t'avoir mis au monde pour que tu finisses en croix et pour que le monde dans lequel je t'ai mis et qui t'a mis en croix, ne t'oublie à tout jamais.

Pour que le monde vive avec toi, même si tu n'es plus de ce monde. Pour que le monde porte ta croix.

(...)

(Vous allez me dire que j'y suis pour rien. Peut-être. Mais... Mais j'y suis quand même. Je suis pour quelque chose qui dépasse TOUT ÇA – en le réduisant à la « simple » souffrance maternelle. Notamment.)

 

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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 17:09

Mon enfant se prend pour le Christ

 

 

Édouard se prend pour le Christ. Quelle mouche l'a piqué ?

Nous sommes plutôt d'accord, le père d'Édouard et moi, qu'il doit prendre contact avec le christianisme. Nous vivons dans une société chrétienne. Même si l'islam est en expansion et pose des problèmes aujourd’hui. Le christianisme c'est un peu nous autres. Alors, Édouard fréquente les cours dispensés par la pasteur (une bonne femme ni trop-trop, ni très-très, ni fort-fort) du temple protestant. Des soi-disant cours. Il s'agit plutôt d'histoires bibliques, lues ou vidéo.

- Assez fades.

Assez. Ou pas assez, vu ce qui se passe avec Édouard... Il n'a pas encore huit ans. Il change de dents et il est ma caresse quotidienne. Pas moins.

Il va chez les protestants parce que le temple est plus proche géographiquement que l'église. Et, peut-être, parce qu'ils sont plus tolérants, les huguenots.

Mais revenons à notre sujet. Il veut être le Christ. Dit comme ça, c'est idiot et drôle. Mais en réalité, je n'aime pas du tout.

- Je pense qu'une des manifestations du mensonge est de ne pas prendre la vérité au sérieux.

Je ne veux pas de mensonges autour de mon petit Édouard. Et encore moins dans son intérieur.

C'est dans son intérieur que cela se passe. Notamment cette histoire du Christ.

J'ai l'impression qu'il a une image assez claire de ce Christ – dont il parle.

- J'ai peur.

La mère ressent la souffrance de son enfant. Elle la ressent profondément et autrement que lui.

La Vierge d'antan fut sacrifiée à la raison. À la raison hypertrophiée. Infinie.

La souffrance historique de Jésus me fait peur. Si elle devait se reproduire, cette souffrance sera encore plus et plus (et plus) terrible. (Et encore plus !) L'expérience de la torture, amassée, entassée et raffinée ici, chez nous, les humains, depuis des dizaines des millénaires, me fait trembler.

Je répété. La mère ressent la souffrance de son enfant. Elle la ressent profondément et autrement que lui.

La Vierge d'antan fut hyper-sacrifiée dans ce sens. Un hyper-sacrifice et un sens hypertrophié. Infini.

Mais elle, la Vierge d'antan n'est qu'un grand et fort minus par rapport à Celle d'aujourd'hui.

Je ne peux pas expliquer comment c'est. C'est comme le vélo. On ne peut pas expliquer comment faire du vélo. On peut montrer et on peut comprendre ce qu'on nous montre. Ensuite, on peut comprendre comment le vélo devient nôtre. Comment il devient nous.

Je vois mon petit Édouard en Croix. Je le vois. Je le sens. Je le souffre et je le meure. Je suis la Vierge d'aujourd'hui. Je ne veux pas que mon enfant souffre. Je ne veux pas qu'il soit le Christ. Je ne veux pas qu'il soit mis en croix. Je ne veux pas ÇA pour Édouard. J'ai envie de vomir.

 

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 10:09

Une histoire… incestueuse

 

 

Tu es morte avant de pouvoir dire ce qu'est l’inceste. Si inceste il y avait eu, toi en première aurais dû le dire, le réclamer, le hurler. Moi, je ne suis que le père. Toi, par contre, tu avais le devoir de dénoncer les attouchements, les pénétrations ensuite, les perversités que j’aurais appliquées/ infligées à ta fille. La nôtre. La mienne. Après ta mort.

Tu t’es suicidée avant que tout cela n’arrive, cependant. Tu t’es pendue. À peine as-tu laissé un mot égratigné sur le dos d’une feuille de papier déjà utilisée. Un mot neutre. Personne ne devait être soupçonné d’avoir été « la cause » de ton auto-mort. Cela nous a blessés nous autres encore plus. Il nous fallait un coupable. Normal, non ? Un coupable, ou plutôt un responsable. Ou plusieurs. Si ! Des responsables pour ton geste. Hormis toi, naturellement. Car personne d’autre que toi ne t’a mis le nœud autour du cou. C’est toi seule qui ait poussé la chaise de sous tes pieds. Toi seule qui te sois congestionnée, étranglée, étouffée jusque la mort survienne, s'en suive, s’installe, tue.

Cela étant, ta fille, la mienne, la nôtre, est restée seule. Personne d’autre que moi comme famille. Mai quelle famille pourrais-je être, moi ? Et pour qui ?

Mon rôle, lorsque j’ai affaire à une femme, ne peut être autre que de la baiser. Me l’approprier, la faire mienne. La baiser. Baiser, tout court. Comme le chat, la chatte ; le taureau, la vache ; l’étalon, la jument ; le coq, la poule ; et ainsi de suite – beaucoup.

Serait-il quelque chose de sérieux, l’inceste ? Au nom de quoi ?

- Tu es morte.

Ta fille (la mienne, la nôtre) s’est retrouvée seule. Moi aussi.

Elle se dit, comme moi, d’ailleurs, qu’elle a toujours été ainsi, irrémédiablement, irréductiblement seule.

Ta mort n’a été qu’un piètre révélateur, qui nous a blessés inutilement et injustement. Quoi faire dans ce cas – sinon baiser ? Même sans se toucher. Même sans jouir. Même sans y penser.

Pour les animaux, l’inceste n’existe même pas. Pour les robots munis de leur pouvoir d’auto-reproduction à n'en pas en finir, pareil.

Alors ? Pourquoi tu nous a laissés seuls ?

Pourquoi tu es morte ?

 

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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 06:41

La soupe aux embryons humains

 

 

J'aime les embryons. Je les aime tous. Sans exception. Sans discontinuer. Les embryons sont notre avenir et notre devoir. Mais aussi notre passé. Peut-être même notre présent.

- Certainement, notre inexistant.

Parmi beaucoup de préoccupations, aujourd'hui on consomme, voire on perd du temps pour débattre de l'utilisation à donner aux embryons humains.

Certains disent que lesdits embryons, dès qu'ils comptent quatre cellules, peuvent être congelés en vue d'une prochaine utilisation en tant qu'embryons proprement dits. Notamment, dans le but de la conservation, perpétuation, multiplication, etc., de l'espèce.

À l'heure de ce récit, la coutume veut que les embryons restants soient jetés. Ce sont des embryons manquant de projet parental. Des embryons destinés à la poubelle. (Destinés ? Comment ça, destinés ?) Tout simplement.

D'autres soutiennent que dans ce cas, où l'on a affaire à des embryons manquant de projet parental et destinés à aller à la poubelle, lesdits embryons pourraient très bien servir à la création (ou enfin, à quelque chose du genre, semblant) des « cellules souches », capables d'être guidées vers la formation des tissus hépatiques, cardiaques, pancréatiques, rétiniens et ainsi de suite. Le modèle emprunté dans leur cas serait celui du recyclage des déchets. Tout simplement.

Enfin, il y a de ceux qui s'insurgent contre l'utilisation des embryons. Ils affirment que les embryons seraient des êtres animés. Ces insurgés sont des initiés. Pour eux, l'arrivée au monde d'un enfant n'est pas une simple affaire de baise, mais un choix. En l'occurrence, ce qui viendra au monde existerait bien avant que le spermatozoïde caractérisé pénètre l'ovule caractérisé. En l'occurrence encore, celui qui viendra au monde choisirait, lui, ses parents... Ce ne sont pas les parents qui font leur enfant, mais l'enfant qui fait ses parents. Paroles d'initiés, quoi ! (Quoi de plus banal aujourd'hui qu'un initié ?)

En ce qui me concerne, ce débat ne me touche pas trop. Il m’indiffère de savoir si les embryons réalisés et congelés, ou ceux à réaliser, seront dirigés vers l'agencement d'un être humain bien entier ou seulement vers la production de tissus humains réparateurs ou vers la poubelle.

Moi, je me laisse porter par ma perversité inoffensive, qui m'aide à capter les gens qui m'entourent et qui m’entraînent avec eux dans leur abîme incommensurable du savoir approximatif.

Je prends mon bain d'embryons. Je me fais injecter des embryons. Je me laisse infecter par les embryons. Je mange ma soupe aux embryons. (Étrange cétacé humain prenant sa portion de plancton humain.) Je me nourris de leur culture mais aussi de leur inculture afférente et future. Je suis pris en tenaille entre un certain Gai Savoir chaotique, social, voire sociétal, extérieur et sauvagement absurde, et un Gai Savoir natif, intérieur, capable d'affronter, d'apprivoiser, de modifier et de mortifier le premier, sauvagement absurde lui aussi. Je me rends à moi-même et je dis : « J'aime les embryons, moi. Je les aime tous. Je me nourris d'eux. Je suis eux. Ils sont moi. »

Un moi non-parental, non-filial.

Embryonnaire.

 

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 09:12

 

Il nous déstabilise

 

 

Parler c'est faire du mal. À lui, d'abord. Notre parole peut le déstabiliser, le dégrader, le marquer à vie. Ensuite, à nous deux, ses parents impuissants. Et finalement à nous trois, une famille aujourd'hui pestiférée, quoi.

Cinquante policiers et deux hélicoptères ont été envoyés dans la quartier. Des rues bloquées et des habitants confits dans leurs maisons.

Rien dans l'église où il y aurait eu la prise d'otages.

Une bêtise.

Il s'est enfui. Quatre jours après, il était arrêté. On l'a trouvé seul, caché dans une péniche non chauffée amarrée près de Chatou.

Il n'a pas trahi les autres ; des petits décérébrés comme lui.

Il aurait affirmé, qu'il aurait été le seul lanceur la fausse alarme. Les journaux ont repris cette déclaration.

La police savait pourtant qu'il y a eu des complices. Mais lui, il tint bon. Il se tut comme une carpe. Comme un sourd. Comme un héros.

Il se dit sûr de lui, plus fort que le monde qui l'avait attrapé et qui allait le condamner.

La posture lui convenait. Elle lui convient toujours. Il est sevré. Il s'est sevré lui-même. Il n'est plus vraiment notre enfant. Il n'est plus un enfant. Il est un héros. Ses camarades de collège, qui vont restés dehors, parleront de lui comme de quelqu'un sorti de sa coquille, sorti du commun. Et, c'est vrai, maintenant il est hors du commun. Il n'a pas de pair. Il n'est pareil à personne.

À quatorze ans, il est enquêté pour terrorisme. Un terrorisme idiot. Factice. Y a pas des morts. Pas des blessés. Mais une vie brisée. La sienne. Quoi qu'il en fasse. Quoi que nous en faisions.

Il se dit, il se prend un héros. Horriblement inutile. D'une certaine manière, il en est un. S'il se trouve.

Il nous déstabilise.

 

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 12:27

Déflorée pour une seconde fois

 

 

J'ai terriblement besoin d'argent. Mettre leur mocheté dans mon ventre, pourtant... Ils sont laids. Terriblement laids, là, dans leur abîme noir à gerber. Je me demande comment font-ils pour être tellement hideux. Moi, voyez-vous, je suis belle. Très jeune et très belle. Nous formons un très extravagant ensemble aigre-doux, clair-obscur, caca-Chanel.

Lorsque je parle de leur laideur, je parle de leur cave intérieure, vide et malodorante. Sinon, on pourrait les trouver même séduisants avec leurs tronches illuminées par la souffrance et par le désir inassouvi... Mais ce n'est pas le cas. Je les trouve terrifiants. Et pour cause. Ils m'ont choisi parce qu'ils ne peuvent ni faire, ni avoir d'enfants. – Madame étant trop fragile. – Mais vus de l'extérieur, ils ont l'air charmant. – Lui, avec sa belle tête moche de chercheur pas trop débrouillard une fois sorti de son labo, elle avec sa figure de Madone insatisfaite. – Assez chic pour que je puisse éventuellement accepter de porter leur truc. Leur futur bonhomme-bonheur. Leur future félicité. Leur futur, tout court. Ça fera de moi une héroïne.

Alors, oui, les circonstances ne sont pas normales. Encore que, je pense que tout ce qui se passe dans une vie ne peut être que normal. La vie ne connaît pas l'anormalité. L'homme, par contre, si. Peut-être même plus. Seul l'homme est capable d'anormalité et d'invention. C'est lui qui introduit l'anormalité dans le monde. Toute invention est une entorse à la normalité. Va comprendre ! Me comprendre !

Ce dire que leur défaut reproductifs leur donnerait le droit d'aspirer à ma profonde, à ma plus que profonde, à mon infinie intimité. Avec les innovation d'aujourd'hui.

Ils mettrons leurs gamètes au travail. In vitro, s'il vous plaît. – Madame étant trop fragile. – Le résultat sera introduit dans mon utérus. Pour que là, ensuite, là, dans mon utérus, le truc se nourrisse de mon sang, de ma respiration. Le cœur de ce truc implanté en moi sera mis en route par mon cœur. Et ce sera toujours moi qui sera appelée à recevoir, drainer et évacuer ses toxines et ses merdes. – Madame étant trop fragile. – Non, mais, sérieusement ! Je suis en train de faire un truc dont le sens m'échappe grave.

En tout cas, je ne reconnaîtrai pas leur truc comme étant le mien. Je n'en ai pas envie. Je le dis calmement, avec beaucoup de sérénité. Avec une peur bleue dans mes tripes, pourtant.

Leurs cellules personnelles, n'ont pas encore fusionnées. Le truc à venir, impersonnel, extérieur, censé se développer en moi, n'est qu'en état de projet. L'avenir est encore vide. J'ai encore la possibilité de refuser. Tout refuser. (C'est puissant. C'est jouissant. Refuser tout !) Je peux me priver autant de leur pré-progéniture que de leur argent.

Cependant, mon besoin d'argent est tellement grand, que les circonstances anormales deviennent brusquement normales.

De surcroît, je suis probablement perverse.

Je suis tellement seule !

Quand on n'a pas d'enfants, on est seule. Pauvre et seule. Et laide. La pauvreté est perverse et laide. Ils en sont l'exemple ambulant. Ne pas pouvoir avoir d'enfants c'est plus que moche, horrible.

<>

- Je crains la contamination.

Si l'enfant que je vais porter héritera de ses parents, il sera laid. Par voie de conséquence, étant donné que ce sera Bibi sa porteuse, Bibi sera contaminée par sa laideur.

Je dirais que je suis en train de perdre une deuxième virginité.

Je suis folle ! Héroïne ! Déflorée une seconde fois ! Am I ?

Non, mais !

 

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 06:33

N'est-ce pas, les filles ?

 

 

Je n'ai pas besoin de mec. D'aucun mec. Voilà ce qui est sûr, plus que sûr.

J'ai fait deux enfants parce que c'était ainsi que ça me chantait. Parce que c'était comme ça mon bon vouloir. Personne n'a le droit de toucher à mon bon vouloir.

- Si je veux enfanter, j'enfante.

- Sinon, non.

On dirait, donc, qu'au moins pour deux fois, j'aurais utilisé un mec. Au moins pour deux fois, j'en aurais eu besoin. Au moins pour deux fois, j'aurais fait une entorse à mes principes.

Mais, d'abord, il ne s'agit pas de principes. C'est de la réalité pure et dure dont je parle.

- Ils n'ont qu'à aller se faire voir tous ces merdeux porteurs de couilles inutiles autrement que pour baiser sans savoir le pourquoi de la baise.

Je me suis fait engrosser deux fois. Enfin. La pénétration n'est pas une chose facile. N'est-ce pas, les filles ?

Quand il te la met comme ça, en couinant et en beuglant comme un porc, en pleine perte de conscience mais plein d'arrogance et de brutalité (il dit que ce serait de la virilité ; tu parles ! j'aimerais le voir sur la table de travail), tu n'as plus aucune chance. Tu seras fécondée, que tu le veuilles ou non. Et ensuite, la chose va se développer en toi.C'est ça, la chose se nourrira de toi.

Toi, tu seras assez sotte pour tomber dans le miracle du bonheur. Tu te diras, donc, que ce n'est pas le monstre qui se nourrit de toi pour qu'il pousse et pour qu'il te pousse à le pousser dehors au terme, mais que c'est toi qui le nourrit pour qu'il grandisse, pour qu'il sorte de toi pour t'aimer et pour que tu l'aimes.

- Tout ça pour dire que je sais de quoi je parle.

Porter un enfant ce n'est pas une mince affaire. Le mettre au monde encore moins. Donc, que l'on ne vienne pas me dire ceci et cela. Si j'ai décidé de porter un enfant qui n'est pas le mien – et qui ne sera jamais le mien – c'est parce que je savais – même avant de le savoir réellement, matériellement – ce qu'est une femme engrossée qui porte un enfant. Et parce que j'ai vu le désarroi, le désespoir de ces deux personnes en manque d'enfant. Alors, j'ai décidé de mettre mon ventre à leur service. Au service du Monde. Au service de l'Univers. Au service de Dieu. Mon âme trouvait ainsi la paix maximale, totale, universelle.

J'avais déjà deux enfants. Mais je n'avais pas atteint mes limites. Mes bonnes limites. Je n'étais pas accomplie sans ce don de soi, enfin, ce don de moi, de mon ventre – à autrui. Ce n'est pas un principe, c'est un fait. Te mettre au service des autres c'est le maximum de bonheur humain, c'est le maximum d'humanité. L'homme, l'être humain n'existe que comme ça. En se donnant. C'est pour ça que l'homme est surtout femme. Une femme. La femme.

Enfin, j'ai décidé de prêter mon ventre à ce couple désespéré.

Ils auront leur enfant – porté par moi.

(...)

Le fait que votre enquête TV de merde aurait découvert que je n'ai aucun enfant, moi, que je ne porte l'enfant de personne et que tout ça, finalement n'est que pure invention, ce fait-ci, dû à votre boîte de merde malade et maladive, contagieuse et criminelle, ne change rien au fond du problème. Le problème, son fond et sa solution restent les mêmes.

Et personne, même pas le juge des juges de mes deux compris, ne pourra rien y changer.

C'est bien, ça. De ne rien pouvoir changer. C'est très bien.

- N'est-ce pas les filles ?

 

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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 10:00

Ventre moche à louer

 

 

Si ça m'énerve ? Ça m'exaspère ! Mais pour qui elle se prend ? Elle ne veut pas de mon ventre ! Elle me trouve moche. Non, mais ! Moche ! Écoutez-moi ! Moche ! Moi ! Moche ! Non, mais !

Elle considère avoir le droit de choisir le vase qui va nourrir son asticot. Parce que son conjoint de baiseur serait beau, lui ? Et pourquoi pas parce qu'elle-même serait belle, tant que nous y sommes ? Elle s'arroge le droit de choisir. Parce qu'ils payent ! Ils considèrent que, parce qu'ils payent, ils auraient le droit de choisir la beauté de leur mère porteuse. Ma beauté !

La beauté de la future demi-mère, de la future mère porteuse de leur future progéniture. Ils ne se regardent même pas, eux. Eux, avec leurs sexes inutiles !

Des impotents. Des inféconds. Des salauds ! Stérile, va !

Ils veulent choisir celle qui va porter ce qu'ils ne peuvent pas faire, eux.

Et puis quoi encore ?

Ils ne captent pas quelle âme doit avoir la porteuse pour qu'elle soit porteuse. Celle qui va les écarter sous le nez du médecin pour qu'on lui injecte, pour que l'on lui ancre dans l'utérus le têtard des autres.

- Un rien de rien qui va prendre pied dans ma glaise, qui va s'enraciner dans mon utérus.

Un crapaud plus crapaud que crapaud. Plus ectoplasme qu'ectoplasme. Plus moche que moche. Dégueu  ! Un minus que je vais nourrir, chérir, défendre. Un crachat que je vais protéger pour qu'il dépasse et transgresse les stades de poisson et de poulet déplumé, pour devenir un émetteur des coassements (des paroles, pour les – et à l'attention des – esprits cultivés et sensibles.)

Elle craint, ils craignent que, étant mon « état de mocheté », une fois l'enfant né, je me retournerai et je ne le céderai plus. Ils affirment que l'on ne trouvera nulle part un homme sain d'esprit et de bite qui veuille m'en faire un, pour moi toute seule. Un enfant à moi.

- À moi.

(« À moi », appartenance. « À moi », appel à l'aide.)

Pour qui se prend-elle – pour s'emparer de l'enfant avant même qu'il soit conçu, pour le posséder avant même qu'il soit dans le coup ? Avant même qu'il soit sien ! Avant même qu'il soit ! Pour qui se prend elle ? Pour qui ? Quelle mère sera-t-elle ?

- Salope !

 

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8 août 2017 2 08 /08 /août /2017 06:22

Une chienne battue à mort

 

 

Bien sûr ! Elle rentre avec son air de chien battu à mort. Elle en est une, d'ailleurs. Une chienne. Autant chienne (salope, elle a du chien !) que chienne battue. À mort.

- Je n'ai pas d'alternative, je dois la recevoir.

Quand elle est partie, le monde s'est écroulé. Les flammes de la souffrance solitaire (je ne sais pas si la réalité de ce que ça veut dire pouvait être transmise, si on pouvait contaminer les autres avec notre souffrance et si cela pouvait nous soulager), l'incandescence invisible d'un chalumeau invisible allait nous cramer, Christine, Joël et moi.

- Il en fut comme si.

Nous n'avons pas été mis à mort, mais il en fut comme si. Moi, en tout cas, j'étais au bord du gouffre. Cela se faisait sentir plus que bien autour de moi. Aucune femme ne s'est plus approchée de moi. J'étais pestiféré. Je le suis toujours. Mais aujourd'hui, c'est devenu une habitude. Je résiste par habitude. On sait à quelle sauce on peut me manger. Ou plutôt ne pas me manger. (Il faut une sauce pour tout. Même pour ne pas manger.) Aucune femme ne veut plus me manger. Et ce n'est pas à cause des enfants. Ils sont plus que supportables. Non. C'est à cause de moi. Je ne me suis plus relevé. Les femmes n'aiment pas les losers. Qui les aime, d'ailleurs ? J'étais un simple, très simple perdant. Avec la perte de ma femme, j'avais perdu tout attribut masculin. J'avais deux enfants mineurs à élever.

- Et basta !

Bah ! Je m'y suis habitué. Je ne suis pas mort et Christine et Joël se développent normalement. Ils sont au collège aujourd'hui. En quatrième et en sixième. Je n'ai pas de problèmes avec eux.

- Nous ne parlons que rarement d'elle.

Aucun de nous n'a plus rien à dire à ce sujet. Elle est partie, leur mère, ma femme. Et voilà tout. Un tout-tout petit, mais tout, quand même.

- Partir c'est petit.

Elle est rentrée. Avec son air de chienne battue à mort. Elle n'est pas malade, elle est moribonde. Elle a un cancer pulmonaire. Peut-être le SIDA aussi. Elle est maigre comme un clou. Elle fume sans arrêt. Elle boit un litre d'alcool à quatre-vingt-dix degrés par jour. Elle est moche. La peau pendante. Les cheveux sans éclat. La bouche édentée. Vieille. Morte.

Je sais comment elle va mourir. Je la trouverai un jour, en rentrant du boulot, tombée inerte, la culotte descendue sur les mollets, les fesses et les hanches barbouillées, dans les toilettes, suite à un AVC.

Je ne mettrai pas les enfants chez les voisins.

- Qu'ils apprennent ce qu'est la laideur et ce qu'est la vie !

J’appellerai les pompiers qui feront venir le SAMU. On la déclarera morte.

Christine, Joël et moi nous nous regarderons les uns les autres.

- Personne n'entendra notre soupir de soulagement.

 

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Published by Alexandre Papilian - dans Parents et enfants
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