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  • : Alexandre Papilian
  • Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 07:52

Ce monde où, dit-on, nous vivons tous et ensemble, enfin !

 

Non, mais elle est complètement débile ! Écervelée !

Se déshabiller en public pour demander l'égalité sexuelle ! Qu'est-ce qu'elle ont affaire l'indécence et la laideur (elle n'est pas trop bien garnie, ma petite), avec l'égalité des sexes ?

En plus, elle pose avec un globe terrestre entre les jambes bien écartées et exhibe l'écriteau noir parqué sur sa poitrine : « Foreigner fuck better ».

Qu'elle s'oppose à l'extrême droite, qu'elle dit ! L'extrême droite, dit-elle, aurait appelé baiser français, pour surclasser la baise féconde des étrangers stationnés sur notre sol. Pour s'opposer au Grand Remplacement de la Population.

Alors, pour contrer l'extrême droite on doit coucher non-français ! Et tant pis pour ceux qui n' comprennent pas une situation aussi simple que ça.

L'extrême droite ? Qu'est-ce qu'elle pourrait faire pour contrer ça ? Elle n'avait qu'à, l'extrême droite !

En tout cas, elle ne se déshabille dans la rue, l'extrême droite, elle n'écarte pas ses jambes jusqu'à l'abîme et ne se peint pas la poitrine avec des slogans anglais censés d'internationaliser la copulation de cette manière insensée sans que la copulation l'en demande.

Si sa mère était toujours là, elle aurait pu peut-être intervenir d'une certaine manière, à la mère. Mais moi, je ne suis que son père. Je me sens perdu. Déjà que je ne sais pas qu'est-ce que l'être profond d'une femme. Comment pourrais-je savoir qu'est-ce qu'être une folle ? Car elle est folle, ma petite ! Sûr !

Je ne suis qu'un estropié, moi. Je ne sais pas quoi et comment faire. Elle est majeure. Elle est responsable. Elle fait ce qu'elle veut, comment et avec qui elle veut.

Elle n'est pas seule, je présume. Elle a ses camarades, tout aussi disjonctées qu'elle. Ces camarades qui ont, comme elle, des parents. Peut-être.

Je me dis parfois qu'elle ne peut pas être mon enfant. Je ne la comprends pas. Je ne l'assume pas. Elle ne me correspond pas. Elle ne m'assume pas. Je me sens impuissant.

C'est un échec, quoi qu'on dise. Je me sens responsable. Je me sens visé.

Où est-ce que j'ai fauté ? Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Je ne me débrouille pas, ni avec elle, ni avec ses camarades, ni avec les parents de celles-ci, ni avec moi-même. Ni avec ce monde où, dit-on, nous vivons tous et ensemble, enfin !

 

 

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 22:14

Comme tout le monde

 

 

Les miens sont très riches. Ainsi, ils ont pu réaliser une opération assez compliquée. Deux hommes ne peuvent pas avoir des enfants ensemble. Il faut qu'ils adoptent. L'adoption, en France, n'est qu'une mauvaise blague. Un calvaire ! Il arrive que les adoptables aient des petits enfants avant que leur propre adoption puisse aboutir. La plupart des adoptions réalisées par les Français sont des adoptions internationales. Mais ici il y a un hic. Peu de pays sont d'accord pour que leurs orphelins soient adoptés par des couples homos. Alors, les pauv' pédés sont obligés de trouver d'autres moyens pour se procurer des héritiers. Notamment des héritiers convenables, si vous voyez ce que je veux dire.

Les miens, disais-je, sont très riches. Riches et malins. Ils savent comment roulent les choses dans ce monde.

Alors, ils ont trouvé un couple qui leur plaisait. Race caucasienne. La femme leur convenait du point de vue physique. Le père aussi. De beaux traits faciaux. Des silhouettes souples, attirantes et rassurantes. Tennis, golf, équitation, voile, sports de glisse. Statut social des deux – convenable lui aussi. Des bobos ni trop bo, ni trop bo – mais assez bo. Propres et soignés, ils avaient des préoccupations intellectuelles convenables, respectables. Ils étaient aussi généreux et défenseurs de la théorie du genre.

C'est à dire que les miens, mes deux papas, m'ont éugenisé, d'une certaine manière.

Les aspectes éthiques et sentimentales furent traités avec beaucoup de doigté, froideur et sens pratique. On procéda à des prélèvements de sperme et d’ovocytes qui furent envoyés dans un endroit tenu secret où eut lieu leur fusion in vitro. Les géniteurs avaient accompli leur mission. Une mission mécanique. Ils n'avaient rien en commun avec le glomérule qui allait résulter de toute cette combine. Par contre, leur âme ne pouvait être que exceptionnelle.

Le glomérule résulté, c'est à dire moi, fut planté dans l'utérus d'une tierce, une tzigane de Hongrie. Celle-ci, bien instruite par son clan (des hommes solides, forts et violents), fit monter le prix au moment de l'accouchement. Les miens payèrent le prix et engagèrent sur le champ quelques hommes de mains pour appliquer une bonne correction aux mecs du clan. Les choses s'arrêtèrent là.

Je fus sorti du ventre de la tzigane et confié aux bras aimants de papa et papa.

Et puis, rien. Le silence règne « en paix » sur cette histoire qui n'en demande pas plus.

Ils mont raconté, ensuite, papa et papa, certaines choses. Pour que je puisse comprendre et me défendre. Des choses situées à la hauteur de ma compréhension, à celle de mon verbe et à celle de la puissance de mes muscles.

Comme je disais, ils sont riches mes deux papas. Ils sont plutôt bo que bo. Leur cercle d'amis, très ouvert d'esprit, nous accepte et intègre sans problèmes. Nous ne sommes pas des jet-set, et tant mieux. Les membres de ce cercle ont une culture assez bien fondée sur des classiques et des modernes, sur des sciences et sur l'économie et la finance. La philosophie est présente elle aussi, dans des limites acceptables et de bon goût.

Ce qui me chagrine, pourtant, c'est qu'en réalité je suis un des enfants délibérément privés de leur père et/ou de leur mère pour pouvoir être adoptés par une seconde femme, un second homme ou un second couple –- hétéro ou homo. Un produit de la fabrique d'enfants adoptables.

Mais c'est tout. Pour le reste, tout baigne. Les miens sont assez riches, et moi assez modeste, vu ma fabrication, appelée aussi conception – élégamment.

Je suis comme tout le monde.

 

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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 09:15

Depuis le noir des temps inconnu

 

 

Je ne sais pas pourquoi je m'inquiète autant. Je devrais prendre les choses comme elles viennent, plus tranquillement. Vu mon histoire, ce que maman, ma mère biologique, est en train de concocter maintenant, devrait être capté comme « logique » ou, en tout cas, prévisible.

Pourtant, je ne suis pas sereine. C'est parce qu'elle veut aller maintenant de nouveau en Belgique, pour se faire inséminer un garçon. Oui, elle veut un garçon maintenant et non plus une fille. C'est autant pour moi que surtout pour elle-même qu'elle fera ça. J'aurai, donc, si les choses vont bien, un frère de sept ans mon cadet.

Mais il n'aura pas deux mamans, comme moi. Moi j'en ai eu deux jusqu'à l'âge de six ans. Celle-ci et l'autre. Puis elles se sont séparées. Et ensuite, celle-ci s'est dit qu'il serait pas mal d'aller de nouveau en Belgique, pour en revenir avec un garçon dans son ventre.

Il y a un peu plus de sept ans, ma vraie maman, celle-ci, fécondée et porteuse, s'est fait inséminer artificiellement pour la première fois. En Belgique. Et me voilà.

- Elle est rentrée en France, avec moi dans son ventre.

Moi, qui étais faite suite au travail d'un spermatozoïde inconnu. Ma vraie mère, ma mère « biologique » avait reçu en elle un spermatozoïde inconnu. Ce serait avec ce spermatozoïde inconnu qu'elle m'aurait faite.

- C'est-ce qu'elle dit.

Mais, vu ce qu'elle dit, ce serait elle et uniquement elle qui m'aurait faite. Vu que le spermatozoïde était inconnu. Par voie de conséquence, important, utile, mais... inexistant. Un gros-gros déni de la réalité. Elle ne pouvait pas accepter de porter quelque chose d'inconnu dans son ventre. Elle !

Mais elle avait et a dû porter quelque chose d'inconnu dans son ventre.

- Moi !

Et moi, issue d'un spermatozoïde inconnu, est-ce que je pouvais accepter, moi, à moitié inconnue, d'être portée par le connu de ma mère biologique ? À l'heure de ma conception, le soi-disant connu de ma mère « naturelle » et l'inconnu de mon père « naturel » (lui aussi) étaient au même niveau. Ma mère était une inconnue – même si... biologique et naturelle. Si ! Naturelle ! Plus naturelle que ça tu meures.

Bref, j'avais donc une moitié inconnue en moi. J'étais déjà une mi-inconnue. Mi, c'est vrai. Mais une.

- C'est toujours le cas.

Quant à la partie connue, elle n'est pas aussi connue que cela. Il se pourrait même qu'elle soit encore plus inconnue que l'inconnu « biologique » et « naturel » de tout-à-l'heure.

- Il s'agit d'un inconnu encore plus grand.

Explication.

L'inconnu connu, le spermatozoïde fécondateur, a été soi-disant remplacé non pas par un père adoptif, mais par une deuxième maman. Deuxième, c'est vrai, mais une, direz vous. À tort. Encore que, quelle importance, dans ma situation ? ! Un père ou une mère de plus, par rapport à ce que je porte en moi, n'a plus aucune importance. Je veux dire, c'est le même vide. C'est nul. Le même nul que le vide.

- Auquel il conviendrait maintenant d'ajouter mon futur petit frère.

Depuis, je n'ai plus sept ans. Je n'ai plus d'âge. Aucun âge. Je vis dans le longtemps. Très longtemps. Depuis très longtemps. Depuis toujours.

- Depuis le noir des temps inconnus.

On dirait.

 

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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 14:04

 

La Bête Binaire

 

 

Je sais, je sais. La Légion d'Honneur ne se demande pas, ne se refuse pas et ne se porte pas. C'est idiot, mais c'est comme ça.

Pourtant, il est bien de savoir que son père l'a eue.

Et leur père l'a eue pour de vrai. C'est pourquoi nous avons décidé d'aller in corpore à la cérémonie. À la Maison de la Chimie.

Heureusement, le truc a été programmé à une heure décente. Je n'avais pas besoin de me mettre sur mon trente et un. Tout allait finir vers dix-neuf heures.

Beaucoup de monde pomponné, lavé, parfumé. Quelques enfants.

Des fleurs à profusion dans des vases somptueux. Dans la salle d'à côté, entrevues par les portes à moities ouvertes, des tables avec des plateaux de petits fours et d’amuse-gueules succulents.

La ministre, une femme plutôt petite et mécaniquement joviale, fait son apparition d'une manière démocratique. Seule une petite rumeur dans l'assistance me fait comprendre que c'était « elle ». Une « elle » dont l'ombre déambule chez nous, à la maison, depuis un bout de temps. (Depuis que Vladimir a trouvé bon de se rebeller contre son propre domaine de travail, en publiant un essai très violent contre la Bête Binaire, comme il nommait la domination informatique du monde, et en proposant une alliance de ceux qui ne comptaient pas laisser le Cerveau Malade du Monde agir d'une manière follement inhumaine. Le politique ne pouvait être que content qu'un Français ait le courage de relever ce défi digne du pays des Droits de l'Homme.) « Elle » fait maintenant le tour de l'assistance (une petite centaine), en serrant la main des uns, en faisant la bise à d'autres. Son tailleur couleur fuchsia, taillé sobrement sur mesure, m'impressionne. Elle à trouvé aussi les chaussures pour aller avec : fermées, talon bas, laquées sans ostentation, d'une couleur rappelant le rose d'une rose rose, dans lequel on aurait fait goutter deux nuages de lait. Aucun bracelet. Une petite broche en or blanc sur le révère gauche du haut. Pas de boucles d'oreilles. Du rouge à lèvre rouge carmin explosif et un maquillage plutôt abricot.

Vladimir nous présente. Les enfants et moi.

Le regard de la ministre est aimable et neutre. Enfin, elle se veut aimable et neutre, la ministre, j'ai l'impression. Un peu trop même, je trouve. Je sais que Vladimir a été amené à la voir à plusieurs reprises. Des entrevues de plus en plus fructueuses pour lui. Son essai, à la racine d'un rapport envoyé à la ministre à l'initiative de l'auteur, avait rencontré des oppositions plus qu'énergiques. Arriviste ! Aventurier ! Aboulique ! À côté de la plaque ! Un danger scientifique majeur ! Un danger public ! Un fou, quoi ! Démentiel !... Et encore plus et plus et plus. S'il n'y avait eu la ministre, mon Vladimir, notre Vladimir se serait retrouvé dans un placard étouffant. Il n'aurait pas résisté. Ce n'est pas le type à rester les bras croisés, sans rien faire...

« Elle » me serre la main. Pareil pour les mômes. Pas de bises.

La cérémonie commence. Il y a six promus. Quatre, parmi lesquels Vladimir, au grade de chevalier. Deux, au niveau de grande d'officier.

En écoutant la ministre faisant l'éloge des autres je me demande ce qu'elle pourrait dire du mien.

Le moment venu, elle trouve bon de dire que Vladimir serait l'incarnation même de la liberté de pensée. La Bête Binaire pourrait être comparée au dragon tué par Saint Georges, et cela même si c'est une République laïque qui confère à Vladimir cette prestigieuse distinction...

Je ne sais pas si « elle » est bête, si c'est de l'humour ou de l'ironie ce qu’elle envoie dans nos oreilles, mais je n'aime pas trop ses paroles. Non pas à cause des mots proprement dits. Mais à cause de sa position – qui lui confère le pouvoir de nous rassembler pour l'écouter et pour qu'elle décerne des distinctions.

Je trouve qu'« elle » prend un plaisir malin, insidieux, rapace et méchant en parlant de la Bête Binaire. C'est comme si, en réalité, elle parlait de la Bête à Deux Dos.

Cela étant, peut-être que ce qui se passe dans mon esprit n'est qu'une illusion. En tout cas, je ne veux pas que les enfants soient touchés par ça. Par ce que je comprends, moi. Ou par ce que je crois comprendre.

Peut-être que je suis folle. (Comment ne pas l'être avec un tel mari, avec un tel travail d'un tel mari et avec une telle ministre?)

Alors, oui. La Légion d'Honneur ne se demande pas, ne se refuse pas et ne se porte pas.

Pourtant, il est bien de savoir que son père (le leur, père de mes enfants, mon mari) l'ait eue.

Et moi ?

 

 

 

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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 07:26

Ma fille m'a battu

 

 

Je me suis réveillé par terre, à côté du pied de la table. J'ai ramassé mon appareil dentaire.

Je ne pleure pas. Je n’en ai plus envie. J'ai peur.

Quand les larmes sont montées à mes yeux, l'expression de Marianne est devenu folle. Folle et méchante.

Elle m'a frappé de sa main droite. Une main puissante qui ne fait pourtant pas trop mal, mais qui te met à terre en moins d'une nano-seconde.

Elle avait bu. Elle n'était pas ivre, mais elle avait bu.

Aurait-elle pris aussi encore... ?

Elle était violente. Pas méchante mais cruelle. Le mec qui gisait en elle était en proie d'un grand désordre. Il bougeait follement.

Je ne sais pas si elle abrite un mec dans l'être noir de son intérieur.

Je me suis retrouvé par terre.

Marianne n'était plus là. Partie sans attendre de voir si elle m'avait tué ou seulement estropié.

Elle avait bu.

C'est la deuxième fois qu'elle me frappe. J'ai du mal à comprendre. Et encore plus à accepter. Elle est mon enfant. Je vis seul et je suis vieux. Pas grabataire. Vieux, tout simplement. Tout bêtement..

Il m'est difficile de faire le lien entre la Marianne d'aujourd'hui, et celle de jadis. Lorsqu'elle changeait ses dents, par exemple. Avec ses nattes et son sourire joyeux et désarmant – total. Ou encore plus dans le passé, quand elle n'avait pas encore de dents. Ou plus en arrière, quand elle commençait son chemin vers le spectre visible du monde...

Je suis sans doute un peu ramollo. Mais c'est toujours moi. Suis bête.

Impossible de me regarder de l’extérieur. Je suis comme en enfance, intérieur. Situé à l'intérieur. Intégralement intérieur. Mais à l'inverse. Pas en expansion, comme il y bientôt soixante-dix ans, mais en retraite. Je m'exile dans mon intérieur. Sur une mini-planète, une pitre baie de poivre qui se rétrécit de plus en plus au risque de devenir un microbe dans le noir de mon être actuel.

Pourquoi m'a-t-elle frappé ? Saurais même pas le dire. Certes est qu'elle l'a fait. Elle a bu et m'a frappé.

Me voilà allongé par terre. Décrépit. Impotent. Elle est partie.

La science essaye de savoir comment on fait des enfants. Comment ils se transforment à partir d'un petit amas cellulaire en des soupçons d'animaux qui, dit-on, auraient précédé l'apparition de notre race sur cette terre recroquevillée sur elle-même dans le noir intérieur de l'univers. La science ne ménage pas ses efforts pour comprendre et prévoir les accidents possibles lors d'une grossesse. Pareil pour l'après accouchement.

Mais on ne se demande pas, voire très peu, peut-être jamais : pourquoi fait-on des enfants ? Pourquoi les faisons ? Pourquoi nous les faisons – nous ?

Mon être effrayé, seul sur ma baie de poivre rétrécie dans mon noir intérieur, sur notre terre déambulant dans notre noir universel. Glacial. Immobile.

<>

Ma fille m'a battu.

<>

Mon enfant.

 

 

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25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 09:50

J'ai peur de perdre Jasmine

 

 

Je n'arrive plus à remonter la pente. Nous n'arrivons plus. Même après un an, lorsque nos regards se croisent, les larmes sont là, prêtes à jaillir. La mort de Miron a détruit nos vies.

Nous l'avons trouvé dans un orphelinat roumain, parmi toutes sortes de handicapés pataugeant dans des excréments et vomis. Il avait à peine deux ans mais et savait déjà qu'est-ce que la vie beaucoup plus que beaucoup plus d'entre nous.

Brun, aux yeux bleu sombres, un moineau d'amour. De grand amour. Nous ne pouvions pouvait pas avoir des enfants. Ne pouvions pas encore. Car juste après notre retour en France, avec Miron dans nos bras, Jasmine tomba enceinte. Deux fois de suite, s'il vous plaît. Que du bonheur.

A dix-huit ans, Miron était devenu un tombeur redoutable. Des nanas à la pelle. Des bagarres aussi. Pas loin d'échec scolaire. De la musique, tous genres, tout au long de la journée. Des bêtises à ne pas finir ; pas toujours acceptables. De la joie lumineuse. Du kitch exacerbé, brûlant, presque beau. Une soif de liberté jamais assouvie, intempestive, souvent idiote et nostalgique. Forte rumeur envoûtante d'un autre monde. Des merveilleux sourires de tzigane. Il croquait la vie à pleines dents.

Mort à Bataclan. On l'a trouvé éventré, avec ses testicules dans la bouche. Sa petite amie ne parle plus depuis. Elle était souillée de sang et de sperme. Tremblait spasmodiquement. Le regard égaré.

Nous sommes invités, Jasmine et moi à la réouverture de la salle. Il y aura Sting sur scène. On fera du rock et on dansera.

J'ai peur de perdre Jasmine.

 

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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 10:10

Vivre toujours sa vie

 

 

Dernière chose, les deux enfants et le camion. Raymond, jeté en air. Projeté sur la pelouse fraîchement coupée. Sans vie. Gilbert, écrasé par la roue. Aussi grande que lui.

- Ses petits os écrasés.

- L'épouvante.

- La chose à mourir.

Au réveil, l'hôpital. C'est ce que l'on m'a dit. Rien dans ma mémoire. Réveillée sans conscience. Il paraissait. Je ne reconnaissais personne. Je ne parlais pas. Pas sûr d'entendre quelque chose. De voir quoi que ce soit.

- Je me protégeais de l'Enfer.

Ainsi fut-il mon premier réveil.

- Qui n'en fut pas un.

Le suivant, le vrai, eut lieu à la maison. Quatre semaines après l’attentat, je parlais. Je pouvais le faire. Un peu.

- Je voulais parler.

Je voulais savoir ce qui s'était passé. C'était pour ça que je parlais. Je voulais savoir. Je parlais. Je ne pouvais rien. Rien croire. Ce n'était pas possible que ce soit vrai. L'Enfer n'est pas vrai. Un camion fou qui monte sur le trottoir pour écraser des gens. Pour écraser Gilbert et Raymond. Cinq et trois ans. Leur premier 14 Juillet au bord de la mer, à Nice. C'est pas vrai.

- Ça ne peut pas être vrai.

Mikael avait l'air d'un zombie. Il animait l'Enfer. Le meublait. Mal rasé, voûté, il avait trente ans de plus. Un inconnu. Un vieillard inconnu. Dire que c'était le père de mes enfants. Dire que c'était mon mari. Quel mari ? Quels enfants ? Des ex-enfants. Des ex-parents. Ensemble. Pour la vie.

- Pour l'Enfer.

Nous sommes des personnages d'une autre vie.

- Pas de la mienne.

Et puis après, les psys et les services spéciaux.

- Se tenir à carreaux !

Ne pas gêner les clairvoyants. Ils nous illuminent. Ils nous sonnent :

- Vivre toujours sa vie !

<>

Ah, bon ?

 

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 21:27

 

Nous vivons une époque où le fantastique a une place de choix. On peut imaginer tout.

- Et n'importe quoi.

On peut imaginer que l'actuel président serait un génie politique ou, du moins, un génie de la politique. Quelqu'un capable de voir tout aussi bien de loin que de près. Ce qui, entre nous, serait l'idéal – à condition que la politique soit...

Eh ben, qu'est-ce qu'elle devrait être la politique aujourd'hui ? À quoi bon la politique ? Mais le politique ?

- Vaste question !

Vu la marche du siècle, fondée sur l'expérience innommable du hitlero-stalino-maoïsme, la politique menée par les survivants devrait se mettre au service de la paix.

- Mais le politique ?

Après la deuxième guerre mondiale on a eu droit à un lot non négligeable de massacres. Un peu par tout. Surtout en Afrique, mais aussi en Asie Majeure et Mineure, en Europe et en Amérique Latine et du Sud.

Et la politique dans tout ça ?

- Mais le politique ?

- Imaginons.

Notre président actuel (notre politique de choix, notre politique d'élite, notre politique représentatif, notre politique tout court, notre Suprême ) a fait d'un ministre de la Défense beaucoup apprécié par les militaires (surtout quand il arrachait des fonds pour l'armée ; et il en arrachait, grâce à l'amitié qui le liait à l’ancien président), il a fait donc de ce personnage sans paire (étant donnée la rareté des ministres appréciés par les administrés), il a fait de lui, disais-je, un ministre bizarre, de l'Europe et des Affaires étrangers. Il était trop fort et trop dangereux là, parmi les militaires qui l’appréciaient trop... À sa place le Suprême nomma une inconnue. Ensuite, il fit démissionner le chef de l’État Majeur des Armées, un type à particule qui était parait-il trop et trop respecté par ses subordonnés. Comme le ministre de tout à l'heure.

Je ne croix pas que les décisions du Politique Suprême serait capricieuses. Je croix simplement que le Suprême, qui n'avait même pas fait son service militaire, veut être un Militaire Suprême.

- « Je suis votre chef ! » dit il aux militaires.

Et aussi :

- « La confiance est l'affaire de l'autre ».

Prenant exemple sur Mao (Timonier Suprême), sur Staline (Petit Père des Peuples), sur Ceausescu (Génie des Carpates), il demande qu'on l'appelle Jupiter.

Je ne sais pas s'il a des scrupules. Je crois que non. Pourquoi aurait-il des scrupules dans ce monde qui lui avait ouvert largement la voie vers l'endroit d'où il peut pisser sur tous qui, eux, ne demandent que ça, paraît-il? S'il n'a pas des scrupules,en revanche, il a une certaine capacité de fabriquer des scrupules pour ses administres. Pour ceux prêts à se faire « scrupuliser ».

- Enfin, c'est ce que j'imagine aujourd'hui, dans notre époque où le fantastique occupe une place de choix.

Il prévoyait un coup d’État militaire. Il a décapité l'armée.

Voila ce qu'on peu imaginer dans notre présent prêt à tout.

Et n'importe quoi.

Aussi.

 

 

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 05:46

Mélodrame

 

 

Je vais mourir. Je sais. Je sais que je vais mourir.

Je suis retombé en enfance. Une chute vertigineuse, et me revoilà collé à maman. De l'autre côté, ma sœur, de deux ans ma cadette, écoute comme moi. Maman nous lit un livre colorié. Cinq et trois ans. Une histoire pour nous. Écrite dans le livre. Dite par maman.

Ensuite c'est papa qui entre, qui s'assoit par terre, qui met sa tête sur les genoux de maman. D'une main il touche et caresse ma sœur, de l'autre, moi. Il nous aime, tous. Son amour s'ajoute au bien indicible de l'histoire écrite dans le livre et dite par maman. Maman caresse les cheveux de papa et lit à haute voix.

Je sais que c'est idiot, mais je trouve dans cette scène vécue il y a soixante ans le maximum de bonheur qui m'a été donné à vivre. Le mélodrame, avec sa banalité rassurante est la chose la plus merveilleuse qui peut arriver à l'humain.

Ma sensibilité râpée en est ainsi avertie.

 

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 15:02

Enfants au lit

 

 

Mimi, à côté de moi, respire tranquillement. Plaisir calme et terrible à la fois. La paix.

Il fait chaud sous la couette. Je baille doucement. Encore accroché à mon ange de sommeil. Pas question de le laisser partir.

Il fait jour déjà. Un week-end de juin. Sur le plafond, une mouche. À droite, à gauche, en rond, en carré – nulle part. À sa guise.

Qu'est-ce qu'elle veut ? Comment sait-elle ce qu'elle veut ? Comment sait elle se diriger dans telle direction et non pas dans telle autre ? Comment gère-t-elle sa liberté ? Non, vous ne croyez pas ? Vous croyez qu'elle bougerait comme ça, sans sens aucun ?

- Et si c'était vrai ?

Mais quid de son sens de la gravitation ? Non seulement elle vole à sa guise, vers le haut, vers le bas, vers la mi-droite ou la mi-gauche, en rond, en tourbillon, en piquage, en vrille et j'en passe et des meilleurs. Non seulement. Mais elle peut se coller au plafond comme ça, naturellement. Je ne comprends pas. Comment fait-elle pour ne pas avoir le vertige, pour ne pas tomber, tout en abordant l'air le plus paisible du monde ?

Qu'est qu'il y a dans sa tête lorsqu'elle s'agit du haut, du bas, de la droite, de la gauche ? (Ou ce n'est pas dans la tête que ça se passe ?)

La main de Mimi cherche la mienne. Nos doigts s'entrelacent. Ses yeux sont toujours fermés.

Un léger bruit derrière la porte. Ils se sont réveillés. Ils sont là. Je ferme les yeux.

La porte s'ouvre lentement, avec un bruit presque inaudible. Coriolan (c'est sa mère qui a voulu et hyper-voulu lui donner ce prénom) et Line (là, c'est moi, et Mimi a donné son accord sans trop de mots et de ré-mots), se faufilent dans la chambre. Quatre et deux ans.

Ils grimpent tout doucement dans le lit et se fraient des places entre Mimi et moi. Nous « dormons » toujours. Ils se blottissent contre nous. Avec leurs petits corps tièdes en-pyjamantés.

Les doigts de Mimi bougent un peu.

Je sens l'arôme des anges de sommeil de tous.

Je me dis tout bêtement qu'il n'existe pas un bonheur plus grand sur cette terre.

Tout bêtement.

 

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