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  • : Alexandre Papilian
  • Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 08:18

Papa, tu sais quoi ?

 

 

Devant la machine à café, une conversation effrayante. Il paraît que, dans le cas des troubles digestifs graves, ce n’est pas des antibiotiques qu'on doit utiliser mais les selles d'un autre. Plus précisément, les antibiotiques d'aujourd'hui n'arrivent plus à tuer la bactérie Clostridium difficile, qui a muté, elle, et qui tue sans regarder. (Je suis sûr du nom de la bactérie, car j'ai eu le loisir de vérifier sur Internet. Mais ça n'a pas trop d'importance.)

Alors, dans ces cas, il paraît qu'une « transplantation fécale » serait salutaire. Presque quatre-vingt-cinq pour cent des malades auraient ainsi guéri.

L’opération serait, paraît-il, assez simple. On introduit par le nez une sonde qui arrive jusqu'au duodénum du malade et on y injecte le prélèvement des selles fait sur le donneur, un type sain et bien (qui aurait donné son accord pour qu'on lui prélève ses selles).

Le café, disons-le tout de suite, est devenu tout autre chose, après ces nouvelles.

De retour au bureau, je m'assieds et je commence à tapoter, comme ça, sans trop d'entrain, sur le clavier de l'ordi. Les situations fiscales des uns et des autres, peuvent être hyper-nulles.

De temps à autre, je jette un coup d’œil vers la Véronique dont les formes me parlent pas mal aujourd'hui. Comme hier, d'ailleurs, et comme avant-hier et ainsi de suite. Je le fais avec prudence. Le bureau, plutôt un open-space, déborde de ragots. Comme partout ailleurs, je pense.

N'empêche. Mon imagination fonctionne – aujourd'hui, comme hier, comme avant-hier et ainsi de suite – sans que je lui demande quoi que ce soit. Enfin, bien et pas bien à la fois.

Mais, enfin.

Je vais sur Internet pour revérifier cette histoire de Clostridium difficile. La bactérie existe, mais le truc de « transplantation fécale » pas vraiment. Je veux dire, sur Internet.

Coup de téléphone. Ma fille, dix ans. La beauté des beautés. Quand elle sera grande, elle fera une bouchée de tous les mecs, et leur malheur. « Oui, ma puce. Attends que je sorte du bureau... Voilà. Ça va ? » « Papa, tu sais quoi ? J'ai eu mes règles ! »

Pause.

Mon âme est traversée de courants glacés-brûlants.

« T'es où ? » « À l'école. Je suis allée à l'infirmerie. Ils ont tout ce qu'il faut. » « Bravo, mon cœur. Je t'aime énormément. On va fêter ça. Si tu veux, on peut aller au resto, ce soir. » « Oh, oui, papa. Oui oui oui... » « T'as parlé à maman ? » « Oui... Enfin... J'ai lui ai laissé un message. Elle ne répondait pas. »

Je coupe le téléphone. Mon cœur est plein d'un bonheur coupable et explosif. Je suis le premier à apprendre que ma fille devient femme... Le seul. Le Roi. Dieu.

Le téléphone sonne. Ma fille. « Nous avons été coupé. Maman a eu mon message. Elle m'a envoyé un SMS. Elle est en réunion. Elle veut qu'on aille au resto ce soir. »

Je m'entends dire encore des choses à la petite. Enfin, à la grande.

Mais les mots, les vrais, je ne les entends pas. Je les sens pourtant. Même s'ils n'existent pas pour de vrai. Même s'ils ne pouvaient même pas exister. Je les porte quand même.

Encore que : « Papa, tu sais quoi ? J'ai eu mes règles... ». Ça a été dit. Dit et entendu et tout.

 

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 08:56

Douleur extraterrestre

 

 

J'ai toutes les raisons de croire que des extraterrestres sont venus me chercher dans mon sommeil, me porter dans leur monde, me faire subir non seulement des examens, comme pour beaucoup d'autres, mais m'implanter des trucs qui n'existent pas dans notre monde et qui me font voir autrement. De nous voir autrement, nous tous, le monde, le nôtre. Si je devais mettre des mots sur ce qui m'est arrivé, je dirais que j'ai été doté d'une « vision en infrarouge ». Même si c'est assez loin de la réalité physique de la vue artificielle dans le noir.

Ils étaient en face de moi et je voyais tout. Je parle de leur intérieur invisible. Je voyais ce qui ne devait pas être vu.

Un Français et un Koweïtien. Un couple homo en plein désarroi. Le Français, un médecin anesthésiste, la cinquantaine bien conservée, était petit et très blond, un peu agité (ses ancêtres, des babouins, étaient encore très présents en lui), et en même temps d'une clairvoyance débordant de tristesse. Il était le dominant.

Son compagnon, un Koweïtien de dix ans son cadet, était grand et gros, au geste lent, plantureux et sûr, brun et un peu dépressif ; en tout cas, un peu larmoyant. Le soumis.

La loi dite « Mariage pour tous » venait d'être adoptée. Ils s’étaient mariés, sans trop réfléchir. Du coup, leur problème devint hyper-compliqué.

Étant citoyen koweïtien, le gros n'avait pas besoin de travailler. Comme tous ses concitoyens, il recevait une sorte de pension à vie payée par l'état. Tous les citoyens koweïtiens bénéficiaient de cette manne. Dès leur naissance. C'était leur loi. En plus, sa famille de là-bas était extrêmement riche et elle lui versait une indemnisation consistante – pour qu'il continue et finisse (avec brio) ses études en France.

Au Koweït, l'homosexualité est sévèrement punie. D'où – problème. Il risquait de perdre sa pension familiale, pour ne pas parler de celle de l'état.

Au-delà de ça, ils craignaient de devenir la cible de la violence moyen-orientale. Et non seulement moyen-orientale.

Ils étaient tous les deux d'accord que leur mariage a été un peu précipité. Ils n'en auraient pas eu besoin. Ils étaient très bien, sans être mariés.

Pour autant maintenant, qu'ils avaient fait ce dont ils n'avaient pas besoin (ou, si, pourtant, sinon, pourquoi l'auraient-ils fait ?), en sachant bien que les représailles seront inévitables, ils se sont dit qu'ils n'avaient plus le choix : la fuite en avant s'imposait. Comme au ski.

Ils avaient décidé d'adopter. Et moi, je devais mener une partie de l'enquête sociale.

Adopter, très bien. Mais d'où sortir un enfant pour ces deux gogos ? Ce n'était pas mon affaire. Certainement pas. Mon affaire était de dire qu'ils en étaient aptes. Aptes à recevoir un malheureux dans leur bel appartement Quai Voltaire. Aptes à lui assurer un bonne scolarisation. Aptes à lui épargner les violences et les déviances envisageables dans une société comme la notre.

Selon moi, le dernier point n'était pas tout à fait en règle. Ils ne pouvaient pas s'opposer à la violence de la société. Quant aux déviances, ce n'était pas mon affaire, mais celle du psychiatre.

Et là, j'ai vu ce que je n'aurais pas vu sans l'intervention des extraterrestres. J'ai vu cette chose que je ne devais pas voir – si je voulais rester un terrien lambda.

Mais je ne pouvais plus vouloir une chose aussi inintéressante.

Je me suis laissé voir leur plaie profonde ointe avec un immense amour sans finalité et sans espoir.

J’ai ressenti un tel frisson de pitié brûlante (pour eux, mais aussi pour nous tous) que j'ai dû quitter le bureau pour m'asperger la figure à l'eau fraîche.

J'ai éclaté en larmes. En sanglots.

Aux toilettes.

Ils m'avaient filé leur malheur, les salauds. Ou même pas salauds. Ils n'étaient pas des salauds, eux. C'était moi qui m'étais extraterrestrisé. Qui avait été extraterrestrisé. C'était moi qui voyais l'impossible.

J'ai vu, j'ai senti, j'ai compris leur désir d'enfant. Ce fut la chose la plus horrible de ma vie.

De ma vie de ce monde. De ma vie du monde.

 

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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 08:44

Une famille, quoi d'autre ?

 

 

J'ai de la pitié pour lui. De la miséricorde, même. Il est tellement démuni ! Mais comment ne pas l'être ? Il aimerait venir me joindre. (C'est un « il » et pas une « elle », j'en suis sûre !) Quant à moi, je l'appelle de toutes mes forces.

- À mon tour.

Un appel silencieux, bien sûr. Mon besoin de frère ne sera pas claironné à droite et à gauche, sur les toits et dans les catacombes.

- Ah, oui ?

Yes, ah, oui ! C'est à dire, non ! Je ne peux pas le faire. Ou, enfin, je pourrais, mais je ne veux pas. Les choses deviendraient d'un coup trop-trop compliquées.

- Déjà moi-même !

Je suis une enfant adoptée. Adoption que j'ai vécue pleinement, inconsciemment et surtout pour de vrai. Je n'avais que deux mois et demi (encore que, qui peut dire avec certitude l'âge d'une môme abandonnée dans une poubelle haïtienne...?) lorsque j'ai eu des parents. Lorsqu'il m'a été permis d'être choisie (ou lorsqu'on a entendu ma voix muette qui appelait au secours – qui LES appelait..., EUX). Lorsque, après un processus extrêmement compliqué, on m'en avait donné.

- Des parents, je veux dire.

- Je suis une adoptée.

Oui. J'en suis – une.

Une – ce qui fait que je trouve ça insuffisant. Mais je ne sais pas qui-quoi pourrait compléter ou remplacer cette une ? Ni comment. Et pour cause. Aujourd'hui, j'ai deux mamans. Elles sont lesbiennes, vous voyez bien. Il n'en a pas été toujours ainsi. Notamment, pas avant notre arrivée, papa, maman et moi, en France. En provenance de Port-au-Prince. Eux, blancs-roses, moi, noire-carbone.

Ils se sont séparés après six mois. Ils ne se supportaient plus. C'est tout ce que je sais.

Je suis restée avec elle. Je dis plutôt « elle » et pas trop « maman ». Elle s'est mise avec une autre. Je suis obligée de les appeler « maman » toutes les deux. Par contre, je ne suis pas obligée d'appeler « papa » le mec intermittent de la deuxième... maman (?)...

- Elle est bi, celle-ci.

Mais l'autre, la première, aussi.

- Tant qu'on y est.

(Comme preuve et de toute façon, me voilà.)

Après quelques mois de séparation, papa est revenu. Avec son intermittente à lui. Je ne suis pas obligée de l'appeler « maman ».

Parfois, papa fricote avec son intermittente, mais aussi avec ma première maman ou avec la deuxième. Voire avec l'intermittent de celle-ci. Parfois, tout le monde le fait avec tout le monde. Quand ils ont fumé. Ou autre... Ils s'entendent bien, tous les cinq. Avec moi, ils formeraient un bitrouple élargi. Nous sommes six, au total. Seulement que moi je suis la seule enfant dans cette histoire.

Pour l'instant, je ne touche pas aux drogues. Et on ne me touche pas. Eux, par contre...

Mais, c'est une communauté heureuse, je dirais. Il n'y a pas de disputes. Ils m'ennuient.

Nous sommes trop aisés. Voire riches. On s'ennuie. J'ai besoin d'un frère. Non pas d'une sœur. C'est pas amusant, une sœur.

- Alors, mon petit frère, viendras-tu me rejoindre ?

Quant à vous autres, vous allez (me) dire que tout ça, trouple, bitrouple, frère non-conçu et tout, n'existe même pas. Peut-être. Mais ça va exister. Ça va arriver.

Avec mon frère, nous – lui et moi – allons former une famille. Uniquement lui et moi. Nous allons en avoir... une.

Une famille, quoi d'autre ?

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 08:35

Dentier et dentifrice

- pseudo-fabliau stomatologique -

 

 

C'est l'histoire d'un dentier et d'un dentifrice.

Serais-je schizophrène comme on me fait savoir ici et là ? Je ne le crois pas. J'incline plutôt à dire que j'aurais acquis le don de l'ubiquité. D'une certaine ubiquité notamment. Je ne sais pas trop ce qui est rêvé ou pas rêve. Je vis autant et pareil (dans) les rêves et (dans) la vie. Au point de ne plus pouvoir faire la différence.

Écoutez ce qui m'est arrivé dernièrement.

Je rendais visite à ma mère dans son petit trois pièces à Trappes. Elle y vivait avec une de ses innombrables sœurs. Papa était décédé depuis un bon moment, dans son Algérie. Mes frères et sœurs étaient éparpillés un peu partout en France et en Algérie (plutôt là-bas, où mon père a labouré sans compter nombre de femmes...). Aucun d'entre eux ne vivait dans la région parisienne. J'étais comme on dit, le seul à pouvoir prendre soin de la vieille.

Ceci, dans mon rêve.

Dans ma vie, par contre, j'étais un vrai descendent des Gaulois. Personne autour pour s'opposer que je dise : « mes ancêtres les Gaulois ». Ce qui n'était pas le cas dans mon rêve. Dans ma vie, je pouvais revendiquer le fait que Trappes fut peuplé par une population acheuléenne en 75.000 avant nous et que moi-même, natif de Trappes, comme ma famille de France connue, serais le descendant de cette population.

Dans mon rêve, je savais que papa nous a quittés il y a longtemps et que j'ai dû travailler très dur (au moins) pour mon agreg d'histoire. Les autres se sont frayé leur voie dans la réalité autre que parisienne. Nous sommes bien intégrés (comme on aime le dire ici et là, à la télé, dans les journaux et ailleurs). Dans mon rêve.

Dans ma vie, je pensais avec un certain orgueil à la reine Adélaïde, qui a donné la ville et l’église de Trappes à l’abbaye de Saint-Denis. Son fils, Robert le Pieux confirmait en 1003 (vous vous rendez compte ? en 1003 ! dans histoire !) la donation faite par la reine et (en confirmant les rapports entre l'histoire et la géographie) y ajoutait une partie de la vallée d'Élancourt et les bois de Trappes.

Dans mon rêve, je voyais ma mère vêtue d'une belle djellaba bleu ciel et vert lézard, la tête couverte d'un foulard bordeaux en gaze. Elle ne sortait qu'accompagnée. Elle ne parlait (et ne parle toujours) pas français. Pourtant, elle suivait avec plaisir les feuilletons télé doublés dans la langue de Molière. Je ne sais pas pourquoi. Elle nous préparait du couscous, nous faisait boire du thé et nous gavait des sucreries orientales sans nom. Elle était une sorte de carte postale maghrebo-française.

Dans ma vie, je voyais comment le 3 avril 1255 et le 18 avril 1259, Saint Louis (Louis IX) se rendait à Trappes. Je voyais comment, dans les années mille trois cents, Trappes était pillée au cours de la Guerre de Cent Ans. Je voyais les troupes de Charles le Mauvais, roi de Navarre, campant à Villepreux. Je voyais la population de Trappes et d'Élancourt se réfugiant périodiquement, sporadiquement, entre 1348 et 1351, à cause des incursions des « routiers » et des « écorcheurs », au château de Trappes ou dans la ferme fortifiée de la Boissière. Je voyais Édouard de Woodstock, dit le « Prince noir », menant ses troupes, en 1356, au pillage de Trappes, déjà fortement ravagée par Bouchard IV de Montmorency. Je voyais Étienne Marcel et d'autres insurgés, envoyant de Paris, durant l'été 1358, pendant la Jacquerie, deux notables, Pierre Gilles, l'épicier, et Pierre des Barres, l'orfèvre, pour incendier le château de Trappes...

Dans mon rêve, je rendais visite à ma mère, disais-je. Elle m'informait que son dentier supérieur lui faisait mal. Elle me montrait comment il bougeait. Elle avait une plaie dans la bouche. Elle ne pouvait plus manger. Que des liquides. Et encore. La honte ! Elle attendait que je lui indique le chemin à prendre. Je lui disais qu'elle trouverait des trucs dans les supermarchés. Je l'embrassais et je partais.

Au réveil, je constatais que les remords me mordaient et me remordaient. Elle ne parlait pas français, ma maman. Elle ne pouvait pas se débrouiller aux supermarchés... Certainement pas. Son dentier lui faisait mal. Elle avait certainement une plaie dans la bouche... Et moi, je me sentais comme le chat de Schrödinger (enfermé dans une boite, invisible, existant et inexistant en même temps), comme un qubit (la superposition de deux valeurs, zéro et un), comme un objet intriqué (formé de deux objets distants) et, plus terre à terre, comme le dentifrice sorti du tube. Impossible de revenir en arrière, de le faire rentrer dans son tube.

Schizophrène, moi ? Et le dentifrice récalcitrant, alors ?

 

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 05:04

Jésus, mon petit Jésus !

 

 

Jésus, mon petit Jésus, je ne savais pas que tu allais finir en croix. Si je l'avais su...

- Alors, quoi, si tu l'avais su ?

Rien. Rien. Vous avez raison : quoi, si j'avais su ? Qui peut changer l'ordre des choses ? Personne. Simplement, il t'a été donné – lui, devenu avec le temps Lui, voire LUI.

...Ensuite on m'a fait tout ce que l'on a voulu me faire, tout ce que l'on a pu me faire. Tout ce que je me suis laisser faire. Entre l'innocence sublime et celle idiote, entre maternité et virginité, entre l'annonciation et l'assomption, entre le statut de la pécheresse, voire celui de la pute, et celui très ambigu du calice spirito-charnel, rien ne m'a été épargné. Je n'ai rien raté.

Ma souffrance au pied de la croix, elle vous dit quoi à vous ? Elle vous a dit quoi, ma souffrance, quand on Lui a transpercé les mains et les pieds avec des gros clous et quand Il a crié Eloi, Eloi, lama sabachthani? Elle vous dira quoi, demain, cette souffrance, la sienne, la mienne ?

Pas grand chose. Contentez-vous de donner des nom à ma souffrance : Pietà, Mater dolorosa... La souffrance d'une mère qui doit enterrer son enfant est naturelle, voire normale. Rapidement, trop normale. Parce qu'inévitable. Il n'y a pas de mots pour parler de ÇA.

C'est dur d'endurer, de supporter l'insupportable, la responsabilité de t'avoir mis au monde.

(...)

De t'avoir mis au monde pour que tu finisses en croix. De t'avoir mis au monde pour que tu finisses en croix et pour que le monde dans lequel je t'ai mis et qui t'a mis en croix, ne t'oublie à tout jamais.

Pour que le monde vive avec toi, même si tu n'es plus de ce monde. Pour que le monde porte ta croix.

(...)

(Vous allez me dire que j'y suis pour rien. Peut-être. Mais... Mais j'y suis quand même. Je suis pour quelque chose qui dépasse TOUT ÇA – en le réduisant à la « simple » souffrance maternelle. Notamment.)

 

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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 17:09

Mon enfant se prend pour le Christ

 

 

Édouard se prend pour le Christ. Quelle mouche l'a piqué ?

Nous sommes plutôt d'accord, le père d'Édouard et moi, qu'il doit prendre contact avec le christianisme. Nous vivons dans une société chrétienne. Même si l'islam est en expansion et pose des problèmes aujourd’hui. Le christianisme c'est un peu nous autres. Alors, Édouard fréquente les cours dispensés par la pasteur (une bonne femme ni trop-trop, ni très-très, ni fort-fort) du temple protestant. Des soi-disant cours. Il s'agit plutôt d'histoires bibliques, lues ou vidéo.

- Assez fades.

Assez. Ou pas assez, vu ce qui se passe avec Édouard... Il n'a pas encore huit ans. Il change de dents et il est ma caresse quotidienne. Pas moins.

Il va chez les protestants parce que le temple est plus proche géographiquement que l'église. Et, peut-être, parce qu'ils sont plus tolérants, les huguenots.

Mais revenons à notre sujet. Il veut être le Christ. Dit comme ça, c'est idiot et drôle. Mais en réalité, je n'aime pas du tout.

- Je pense qu'une des manifestations du mensonge est de ne pas prendre la vérité au sérieux.

Je ne veux pas de mensonges autour de mon petit Édouard. Et encore moins dans son intérieur.

C'est dans son intérieur que cela se passe. Notamment cette histoire du Christ.

J'ai l'impression qu'il a une image assez claire de ce Christ – dont il parle.

- J'ai peur.

La mère ressent la souffrance de son enfant. Elle la ressent profondément et autrement que lui.

La Vierge d'antan fut sacrifiée à la raison. À la raison hypertrophiée. Infinie.

La souffrance historique de Jésus me fait peur. Si elle devait se reproduire, cette souffrance sera encore plus et plus (et plus) terrible. (Et encore plus !) L'expérience de la torture, amassée, entassée et raffinée ici, chez nous, les humains, depuis des dizaines des millénaires, me fait trembler.

Je répété. La mère ressent la souffrance de son enfant. Elle la ressent profondément et autrement que lui.

La Vierge d'antan fut hyper-sacrifiée dans ce sens. Un hyper-sacrifice et un sens hypertrophié. Infini.

Mais elle, la Vierge d'antan n'est qu'un grand et fort minus par rapport à Celle d'aujourd'hui.

Je ne peux pas expliquer comment c'est. C'est comme le vélo. On ne peut pas expliquer comment faire du vélo. On peut montrer et on peut comprendre ce qu'on nous montre. Ensuite, on peut comprendre comment le vélo devient nôtre. Comment il devient nous.

Je vois mon petit Édouard en Croix. Je le vois. Je le sens. Je le souffre et je le meure. Je suis la Vierge d'aujourd'hui. Je ne veux pas que mon enfant souffre. Je ne veux pas qu'il soit le Christ. Je ne veux pas qu'il soit mis en croix. Je ne veux pas ÇA pour Édouard. J'ai envie de vomir.

 

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 10:09

Une histoire… incestueuse

 

 

Tu es morte avant de pouvoir dire ce qu'est l’inceste. Si inceste il y avait eu, toi en première aurais dû le dire, le réclamer, le hurler. Moi, je ne suis que le père. Toi, par contre, tu avais le devoir de dénoncer les attouchements, les pénétrations ensuite, les perversités que j’aurais appliquées/ infligées à ta fille. La nôtre. La mienne. Après ta mort.

Tu t’es suicidée avant que tout cela n’arrive, cependant. Tu t’es pendue. À peine as-tu laissé un mot égratigné sur le dos d’une feuille de papier déjà utilisée. Un mot neutre. Personne ne devait être soupçonné d’avoir été « la cause » de ton auto-mort. Cela nous a blessés nous autres encore plus. Il nous fallait un coupable. Normal, non ? Un coupable, ou plutôt un responsable. Ou plusieurs. Si ! Des responsables pour ton geste. Hormis toi, naturellement. Car personne d’autre que toi ne t’a mis le nœud autour du cou. C’est toi seule qui ait poussé la chaise de sous tes pieds. Toi seule qui te sois congestionnée, étranglée, étouffée jusque la mort survienne, s'en suive, s’installe, tue.

Cela étant, ta fille, la mienne, la nôtre, est restée seule. Personne d’autre que moi comme famille. Mai quelle famille pourrais-je être, moi ? Et pour qui ?

Mon rôle, lorsque j’ai affaire à une femme, ne peut être autre que de la baiser. Me l’approprier, la faire mienne. La baiser. Baiser, tout court. Comme le chat, la chatte ; le taureau, la vache ; l’étalon, la jument ; le coq, la poule ; et ainsi de suite – beaucoup.

Serait-il quelque chose de sérieux, l’inceste ? Au nom de quoi ?

- Tu es morte.

Ta fille (la mienne, la nôtre) s’est retrouvée seule. Moi aussi.

Elle se dit, comme moi, d’ailleurs, qu’elle a toujours été ainsi, irrémédiablement, irréductiblement seule.

Ta mort n’a été qu’un piètre révélateur, qui nous a blessés inutilement et injustement. Quoi faire dans ce cas – sinon baiser ? Même sans se toucher. Même sans jouir. Même sans y penser.

Pour les animaux, l’inceste n’existe même pas. Pour les robots munis de leur pouvoir d’auto-reproduction à n'en pas en finir, pareil.

Alors ? Pourquoi tu nous a laissés seuls ?

Pourquoi tu es morte ?

 

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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 06:41

La soupe aux embryons humains

 

 

J'aime les embryons. Je les aime tous. Sans exception. Sans discontinuer. Les embryons sont notre avenir et notre devoir. Mais aussi notre passé. Peut-être même notre présent.

- Certainement, notre inexistant.

Parmi beaucoup de préoccupations, aujourd'hui on consomme, voire on perd du temps pour débattre de l'utilisation à donner aux embryons humains.

Certains disent que lesdits embryons, dès qu'ils comptent quatre cellules, peuvent être congelés en vue d'une prochaine utilisation en tant qu'embryons proprement dits. Notamment, dans le but de la conservation, perpétuation, multiplication, etc., de l'espèce.

À l'heure de ce récit, la coutume veut que les embryons restants soient jetés. Ce sont des embryons manquant de projet parental. Des embryons destinés à la poubelle. (Destinés ? Comment ça, destinés ?) Tout simplement.

D'autres soutiennent que dans ce cas, où l'on a affaire à des embryons manquant de projet parental et destinés à aller à la poubelle, lesdits embryons pourraient très bien servir à la création (ou enfin, à quelque chose du genre, semblant) des « cellules souches », capables d'être guidées vers la formation des tissus hépatiques, cardiaques, pancréatiques, rétiniens et ainsi de suite. Le modèle emprunté dans leur cas serait celui du recyclage des déchets. Tout simplement.

Enfin, il y a de ceux qui s'insurgent contre l'utilisation des embryons. Ils affirment que les embryons seraient des êtres animés. Ces insurgés sont des initiés. Pour eux, l'arrivée au monde d'un enfant n'est pas une simple affaire de baise, mais un choix. En l'occurrence, ce qui viendra au monde existerait bien avant que le spermatozoïde caractérisé pénètre l'ovule caractérisé. En l'occurrence encore, celui qui viendra au monde choisirait, lui, ses parents... Ce ne sont pas les parents qui font leur enfant, mais l'enfant qui fait ses parents. Paroles d'initiés, quoi ! (Quoi de plus banal aujourd'hui qu'un initié ?)

En ce qui me concerne, ce débat ne me touche pas trop. Il m’indiffère de savoir si les embryons réalisés et congelés, ou ceux à réaliser, seront dirigés vers l'agencement d'un être humain bien entier ou seulement vers la production de tissus humains réparateurs ou vers la poubelle.

Moi, je me laisse porter par ma perversité inoffensive, qui m'aide à capter les gens qui m'entourent et qui m’entraînent avec eux dans leur abîme incommensurable du savoir approximatif.

Je prends mon bain d'embryons. Je me fais injecter des embryons. Je me laisse infecter par les embryons. Je mange ma soupe aux embryons. (Étrange cétacé humain prenant sa portion de plancton humain.) Je me nourris de leur culture mais aussi de leur inculture afférente et future. Je suis pris en tenaille entre un certain Gai Savoir chaotique, social, voire sociétal, extérieur et sauvagement absurde, et un Gai Savoir natif, intérieur, capable d'affronter, d'apprivoiser, de modifier et de mortifier le premier, sauvagement absurde lui aussi. Je me rends à moi-même et je dis : « J'aime les embryons, moi. Je les aime tous. Je me nourris d'eux. Je suis eux. Ils sont moi. »

Un moi non-parental, non-filial.

Embryonnaire.

 

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 09:12

 

Il nous déstabilise

 

 

Parler c'est faire du mal. À lui, d'abord. Notre parole peut le déstabiliser, le dégrader, le marquer à vie. Ensuite, à nous deux, ses parents impuissants. Et finalement à nous trois, une famille aujourd'hui pestiférée, quoi.

Cinquante policiers et deux hélicoptères ont été envoyés dans la quartier. Des rues bloquées et des habitants confits dans leurs maisons.

Rien dans l'église où il y aurait eu la prise d'otages.

Une bêtise.

Il s'est enfui. Quatre jours après, il était arrêté. On l'a trouvé seul, caché dans une péniche non chauffée amarrée près de Chatou.

Il n'a pas trahi les autres ; des petits décérébrés comme lui.

Il aurait affirmé, qu'il aurait été le seul lanceur la fausse alarme. Les journaux ont repris cette déclaration.

La police savait pourtant qu'il y a eu des complices. Mais lui, il tint bon. Il se tut comme une carpe. Comme un sourd. Comme un héros.

Il se dit sûr de lui, plus fort que le monde qui l'avait attrapé et qui allait le condamner.

La posture lui convenait. Elle lui convient toujours. Il est sevré. Il s'est sevré lui-même. Il n'est plus vraiment notre enfant. Il n'est plus un enfant. Il est un héros. Ses camarades de collège, qui vont restés dehors, parleront de lui comme de quelqu'un sorti de sa coquille, sorti du commun. Et, c'est vrai, maintenant il est hors du commun. Il n'a pas de pair. Il n'est pareil à personne.

À quatorze ans, il est enquêté pour terrorisme. Un terrorisme idiot. Factice. Y a pas des morts. Pas des blessés. Mais une vie brisée. La sienne. Quoi qu'il en fasse. Quoi que nous en faisions.

Il se dit, il se prend un héros. Horriblement inutile. D'une certaine manière, il en est un. S'il se trouve.

Il nous déstabilise.

 

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 12:27

Déflorée pour une seconde fois

 

 

J'ai terriblement besoin d'argent. Mettre leur mocheté dans mon ventre, pourtant... Ils sont laids. Terriblement laids, là, dans leur abîme noir à gerber. Je me demande comment font-ils pour être tellement hideux. Moi, voyez-vous, je suis belle. Très jeune et très belle. Nous formons un très extravagant ensemble aigre-doux, clair-obscur, caca-Chanel.

Lorsque je parle de leur laideur, je parle de leur cave intérieure, vide et malodorante. Sinon, on pourrait les trouver même séduisants avec leurs tronches illuminées par la souffrance et par le désir inassouvi... Mais ce n'est pas le cas. Je les trouve terrifiants. Et pour cause. Ils m'ont choisi parce qu'ils ne peuvent ni faire, ni avoir d'enfants. – Madame étant trop fragile. – Mais vus de l'extérieur, ils ont l'air charmant. – Lui, avec sa belle tête moche de chercheur pas trop débrouillard une fois sorti de son labo, elle avec sa figure de Madone insatisfaite. – Assez chic pour que je puisse éventuellement accepter de porter leur truc. Leur futur bonhomme-bonheur. Leur future félicité. Leur futur, tout court. Ça fera de moi une héroïne.

Alors, oui, les circonstances ne sont pas normales. Encore que, je pense que tout ce qui se passe dans une vie ne peut être que normal. La vie ne connaît pas l'anormalité. L'homme, par contre, si. Peut-être même plus. Seul l'homme est capable d'anormalité et d'invention. C'est lui qui introduit l'anormalité dans le monde. Toute invention est une entorse à la normalité. Va comprendre ! Me comprendre !

Ce dire que leur défaut reproductifs leur donnerait le droit d'aspirer à ma profonde, à ma plus que profonde, à mon infinie intimité. Avec les innovation d'aujourd'hui.

Ils mettrons leurs gamètes au travail. In vitro, s'il vous plaît. – Madame étant trop fragile. – Le résultat sera introduit dans mon utérus. Pour que là, ensuite, là, dans mon utérus, le truc se nourrisse de mon sang, de ma respiration. Le cœur de ce truc implanté en moi sera mis en route par mon cœur. Et ce sera toujours moi qui sera appelée à recevoir, drainer et évacuer ses toxines et ses merdes. – Madame étant trop fragile. – Non, mais, sérieusement ! Je suis en train de faire un truc dont le sens m'échappe grave.

En tout cas, je ne reconnaîtrai pas leur truc comme étant le mien. Je n'en ai pas envie. Je le dis calmement, avec beaucoup de sérénité. Avec une peur bleue dans mes tripes, pourtant.

Leurs cellules personnelles, n'ont pas encore fusionnées. Le truc à venir, impersonnel, extérieur, censé se développer en moi, n'est qu'en état de projet. L'avenir est encore vide. J'ai encore la possibilité de refuser. Tout refuser. (C'est puissant. C'est jouissant. Refuser tout !) Je peux me priver autant de leur pré-progéniture que de leur argent.

Cependant, mon besoin d'argent est tellement grand, que les circonstances anormales deviennent brusquement normales.

De surcroît, je suis probablement perverse.

Je suis tellement seule !

Quand on n'a pas d'enfants, on est seule. Pauvre et seule. Et laide. La pauvreté est perverse et laide. Ils en sont l'exemple ambulant. Ne pas pouvoir avoir d'enfants c'est plus que moche, horrible.

<>

- Je crains la contamination.

Si l'enfant que je vais porter héritera de ses parents, il sera laid. Par voie de conséquence, étant donné que ce sera Bibi sa porteuse, Bibi sera contaminée par sa laideur.

Je dirais que je suis en train de perdre une deuxième virginité.

Je suis folle ! Héroïne ! Déflorée une seconde fois ! Am I ?

Non, mais !

 

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