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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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18 février 2020 2 18 /02 /février /2020 09:33

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 1

 

La civilisation occidentale rime avec liberté individuelle. Une civilisation-liberté de plus en plus élargie, de plus en plus inutile. _______________ Naturellement absurde.

Individualisme ? Soit ! Mais le solipsisme, alors ? Ou la schizophrénie ! Ou les psychopathies, les sociopathies ! Autant civilisé, individualiste, égolâtre, transgressif, blasphématoire – libre, libre libre ! – que l’on soit, on a peur de la solitude. On a peur de la folie du sans pair, du sans pareil, tout en clamant l’exemplarité du singulier. _______________ Mutants ! crient ceux qui se fient à la biologie. _______________ Fous ! s’esclaffent les admirateurs de la psychologie, de la psychiatrie, de la psychanalyse et d’autres psys encore. _______________ Des impurs ? ! _______________ Pas trop bio-philes, en somme ! _______________ Enfin, l’homme ! interviennent les adeptes de l’humanisme athée, démocratisant, dépersonnalisant et (finalement) auto-annihilant. _______________ Toujours l’homme, c’est à dire, Dieu ! épuisent leur litanie multimillénaire ceux qui croient apercevoir la fonte dépersonnalisante et libératrice dans la démesure divine. _______________ Qui y songent, fantasment, aspirent _______________ espèrent.

On pourrait continuer sans discontinuer à l’intérieur de cet infini où naquit un beau jour Patrice. C’est-à-dire, moi.

<>

Je suis Patrice. _______________ Patrice c’est moi.

Relation absurde, mais vraie. Relation insoluble. On dirait invivable si le contraire ne serait encore plus réel. Comme preuve, il est en vie, Patrice. Comme preuve, je suis en vie.

Je suis Patrice. _______________ Patrice c’est moi. _______________ Moi, c’est Patrice. _______________ Patrice-Moi.

<>

Patrice, donc, fut mis au monde par une bonne femme ni trop-trop, ni très-très, plutôt lambda-lambda. Une infirmière qui, en tant que personne (féminine), était probablement autarcique (très). Affranchie, libre, elle vivait seule. Elle était seule. _______________ C'est ce que Patrice savait d'elle. _______________ Sans doute, l’homme n’était qu’une annexe inutile de la bite. _______________ Pour elle. Pour le monde. Pour l'univers. _______________ On se demande même comment avait-elle fait pour tomber enceinte (de Moi). Notre cas enrichit et renforce les mystères frontaliers qui gouvernent l’espace entre le Hasard, la Providence et la Nécessité, à l’extérieur de l’être ; le Vouloir et le Pouvoir, à l’intérieur exclusivement.

<>

Patrice n’a jamais eu accès à la vérité. _______________ Je n’ai jamais eu accès à la vérité. _______________ Nous n'avons jamais eu accès à la vérité.

On ne connaît pas la vérité. On ne sait même pas ce que la vérité et le connaître veulent ou peuvent dire.

<>

On ne sait pas quand la folie s’y est installée. À vrai dire, on ne sait même pas si folie il y avait – ou autre chose.

Patrice se dit que la folie, sorte de vérité ballonnée, était passée par ici. Le diagnostic est saisissant ; et soulageant. Et tant pis pour sa signification glaçante ! C’est un état qui peut être étendue à la mort – à mort. Elle peut soulager, la mort, ceux qui la vivent.

<>

Désignée, la folie se laisse circonscrire. J’estime l’avoir contenue.

Je sais que je partage avec les animaux l’attention spontanée. Depuis un certain temps, j’examine spontanément ma propre mort. _______________ Mort particulière, la mienne est vécue tant que je suis en vie, à l’intérieur de moi.

<>

J’ai eu très, très tôt un premier contact avec la mort. Avant même ma naissance. Dans le ventre maternel. Si ce n’était pas même avant. Avant même le commencement des temps. (On ne garde pas beaucoup de souvenirs de cette situation. C’est ce qu’on dit, du moins. On considère actuellement que, si de tels souvenirs existaient, ils devaient être ensevelis très profondément dans le gouffre de la personne d’après. Parfois, directement dans l’oubli.) _______________ Patrice ne peut se montrer, donc, que très prudent à cet égard. _______________ Une sorte de sens supplémentaire me dit, pourtant, que c’était vrai. La mort, j’y ai touché avant ma localisation dans le ventre maternel. Puis, c’est elle qui mit fin à ma vie intra-uterine, qui mit fin à ma vie intra-uterine pour engager ma vie extérieure vouée elle aussi à la mort.

On est issu de la mort. Tous.

<>

On ignore avec beaucoup de superbe la mort des cellules qui nous composent, décomposent et recomposent.

 

 

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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 08:42

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir – Bobards

 

Des fous de Silicone Valley, passionnés de l’intelligence artificielle, se sont crées des alter-egos « dématérialisés ». L’espèce bio-humaine s’est enrichie substantiellement ; au point de modifier sa propre substance, voire sa nature. De moins en moins bio et de plus en plus autre chose. Le bio-homme dispose désormais d’un logiciel auto-éducationnel dédié à soi-même. Le principe non-vivant dudit logiciel, de plus en plus chargé et lourd, est supporté par le principe d’en face, vivant. À savoir le principe de l’homme qui ne cesse pas d’évoluer, de se dépasser, de sortir de son immanence, de sa nature, pour conquérir toujours et encore plus d’environnement. Au prix de la « dématérialisation » inéluctable du monde, de l’univers. Au prix de l’impérissable qui refuse la mort. Qui arrive même de l’ignorer. Au prix de l’éternité et/ou de la folie.

 

 

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 08:53

 

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 51

 

Dufayer continue à me rendre visite. À la maison, s'il vous plaît, où j'étais envoyé pour mourir.

Je suis toujours son malade. Peut-être même plus encore que jamais. Roquet et assez gogo, comme tous les moutards, il vibre d’une manière spéciale lors de nos rencontres. Toute ses fibres vibrent. Toutes ses cellules.

Pour lui, je ne suis pas, comme pour la plupart des autres, un légume. Il fait en sorte de me voir tout seul. Il avoue qu'il développe des nouveaux organes de réception.

- Je crois me situer à la charnière de deux mondes, qu'il dit. Le monde normal, où vivent ou vivotent la plupart des gens. Et puis un autre, vide encore, que je dois remplir, moi, avec ce que je sens, ressens, pense et même avec ce que je ne sens, ne ressens, ne pense même pas. Peut-être (tenant compte de mon âge tendre par rapport à l’éternité), surtout avec ça, avec ce que je ne sens et ne panse pas, surtout avec toutes ces « futurules », avec ces inexistences qui me sont attribuées en dépit de tout. Ce n’est pas votre cas. La partie inexistante, pour vous, est déjà passée, convertie en existant. Aujourd’hui, vous souffrez même d’un certain trop-plein. Vous vous auto-débordez, vous vous soulagez. Mais au lieu de vomir vers l’extérieur, vous vous déversez à l’intérieur de vous-même, en vous-même. Comme autre fois l’Atlantide dans l’humanité. Vous vous auto-intoxiquez. Mais vous ne mourez quand-même pas. Votre auto-intoxication, n’étant pas mortelle, elle s'avère tout simplement vitale.

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- C’est bête, hein ! Le compromis n’est pas possible, reprend le Dufayet. Re-bête ! Même si vous tombez malade de vous-même ce n’est pas grave. Vous restez toujours en vie. Vous êtes toujours en vie. Vous ne pouvez mourir qu’en changeant de nature. À ce moment-là vous comblez la partie inaccomplie de votre vie. C’est toujours de la vie dont il est question.

- C’est là que votre vie trouve sa raison d’être et son entier : dans sa mort, dans votre mort. Qu’est-ce que vous en dites ? Ou plutôt, ne dites rien. Vous êtes fou !

 

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4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 09:16

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 50

 

L’aile sur-humaine m’emmène de nouveau dans son plumage.

Je me trouve très petit.

Je n’ai pas fait tout ce que j’aurais pu faire dans ce monde. Je veux dire, dans ma vie.

J’ai laissé l’indifférence et la paresse se développer jusqu’au point où elles ont tourné en haine.

Le peu que je suis est entouré par la monstruosité de ce que j’aurais pu être.

Les enfants m’ont fait revenir, avant que je ne franchisse le Seuil, pour que je capte ici, dans la vie terrestre, ma profonde inharmonie.

Ils m’ont fait revenir pour que je constate qu’ils ne sont pas ma prolongation ; que je n’ai pas le droit de me déclarer satisfait du fait que je les ai spermatozoïdés à un moment donné de ma vie, de leur vie !

Ils m’ont fait revenir pour constater que je suis engrené dans un processus d’amère infinition, un processus d’infinir qui suscite une abyssale et terrible envie de correction.

J’aurais besoin qu’une nouvelle vie vienne m’envahir ici, dans le monde. Pour corriger ce que j’ai négligé dans ma vie en voie d’extinction. Une nouvelle vie ! Une vie nouvelle fondue dans ma vie unique !

(Impossible !)

<>

Impossible ? Vraiment impossible ?

L’inspiration me donne des ailes. Le bonheur exceptionnel et exquis que j’extrais de mes rejetons…

Ce n’est pas impossible, c’est pervers !

<>

Je vous dis, camarades, tout est pervers. L'Univers entier et au-delà de ses limites. Les gens atteints par la maladie d’Alzheimer en savent quelque chose. Ils en témoignent comme ils peuvent. Comme ils peuvent, eux, et non pas comme nous pouvons comprendre, nous autres. Nous manquons de ce qu’il conviendrait pour comprendre leur coup, leur souffrance, leur vie.

Camarades, mon cycle « compréhensif » paraissait bouclé. J’avais l’impression de ne plus pouvoir recevoir de nouveautés. C’était comme si je connaissais assez. Autrement dit, c’était fini !

C’était pour ça que je mourais.

<>

Évidemment, je me trompais. Mes enfants, auxquels je suis attaché d’une manière mystérieuse – …divine ? diabolique ? imbécile ? criminelle ?… –, m’ont fait revenir sur terre. Ils m’y ont enchaîné. – …Prométhée sui generis… Mais, passons !… – …Tout ça, pour comprendre. Moi. Eux. – …Mais, comme ils n’y arrivent pas (pour eux, l’ersatz létal gisant en moi ressemble beaucoup à l’incommunicable mal d’Alzheimer…), ils tombent malades.

Ne pas comprendre, c’est une maladie. Une folie.

<>

Je ne meurs pas. C’est ma maladie. Ma folie.

On peut se poser beaucoup de questions sur « le prométhéisme » de la situation. On est l'aigle qui picore les foies de ses enfants.

On a l’impression que son mal possède une certaine qualité. C’est un mal individualisé, personnalisé. Ce n’est pas comme le mal des autres, banal, indifférent et, finalement, incertain.

On veut dire, camarades, que les qualités de mon mal sont telles qu’elles peuvent provoquer une souffrance indolore.

Vous êtes où, camarades ?

Où êtes-vous ?

On ne peut pas vivre la vie d’un autre avec sa vie.

 

 

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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 09:41

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 49

 

Je suis scellé par tous, enfants, parents, épouse, peuple, classes sociales, croyances, races, règne, Dieu…

Ils ne me laissent pas tranquille.

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Elle me guette, la mère Dufayer. Elle arrive secondée par son fils. Parfois elle est seule. Elle vient aux nouvelles ou que sais-je encore. Il m'arrive de me réveiller avec elle dans ma chambre. Rêve ou pas rêve. Dieu seul le sait. Il fait toujours nuit. Depuis un moment, il fait toujours nuit. Peut-être que dehors, ailleurs ou pour les autres, il fait jour. Pour moi c’est la nuit. Je ne sors plus de cette nuit. Elle ne me quitte plus. C’est une nouvelle physiologie qui se met en place. Il n’y a plus de frontières entre le sommeil et l’état de veille.

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Parfois, je suis terrorisé par Sa présence. Il est là, avec toute Sa puissance nuisible, destructrice. Il distille du noir dans la lumière, et la lumière se débat comme serrée dans des griffes impitoyables, rongée par des douleurs tantôt zigzagantes et surprenantes, électriques, tantôt continues et non-assimilables. Il est ici, Lui. Invisible mais plus que présent. Il attise la curiosité et décrète que le savoir rend libre. Il confirme que pour savoir il faut d’abord ne pas savoir, mais Il ne dit rien de ce que l’on trouve après avoir su, après le savoir. Il cache la lourdeur, la pesanteur du savoir ; notamment par le savoir du savoir, Il donne un aperçu de la fumisterie du savoir. Il dissimule les menottes que représente le savoir qui attache l’homme au Su (parfois, à la Réalité) et jamais à la Totalité, à l’Entier, à l’Unité.

Le savoir rend (ainsi) désespéré.

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Je me retrouve – je me réveille ? – souvent dans l’Espace. J’aperçois la Terre de loin. De Loin. Elle est baignée dans la lumière. Dans la Lumière. La lumière est cosmique. Elle est Cosmique. Elle ne peut pas être autrement qu’Extraterrestre. La lumière terrestre n’est qu’un scintillement, une luminescence, une pré ou une post-lumière ou carrément un ersatz, une illusion, un besoin (ces besoins, alors !) profond et torturant de l’homme. J’ai besoin de lumière, de Lumière, moi, c’est Vrai. Il est tellement fort ce besoin, que je me sens en mesure d’émettre de la lumière, si elle nous n'était plus donnée.

Il fait toujours Noir, il fait toujours Nuit, pourtant, depuis un moment.

La mère Dufayer, avec ou sans son fils, se présente à moi, à la maison, dans ma chambre. Tantôt elle se détache du Noir environnant, tantôt elle s’Y Fond.

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Une nouvelle figure, que j’entrevois de temps en temps : un aide-soignant, je suppose ?

Ils ont engagé quelqu’un pour m’assister quand je pisse, quand je chie, quand je bave, quand je vomis, quand je… ne meurs pas.

Ils prennent soin de moi, mes enfants.

Ils me clouent ici, mes enfants.

C’est quoi mes enfants ? Nous sommes séparés tout autant par la vie et que par la mort.

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Je ne peux pas me retenir. Je suce et ré-suce sans relâche. Peu importe que Magali gicle son sang comme une citerne percée et qu’elle mourra (en quittant ainsi son Coréen de Pompadour et leurs « prolongations » d’enfants recomposés ou vrais à tous les deux).

Peu importe que Jocelyn, avec son manque de sommeil, séchera dans son sur-éveil stérile, comble de son impuissance générale (j’ai nommé ainsi sa vie de fonctionnaire sup, d’homo sans enfants), et qu’il mourra, lui aussi.

Peu importe que Tom moudra sans cesse ses idées débiles danso-incesto-nietzschéennes et qu’il s’égarera ainsi dans un univers interdit aux autres. Un monde autiste où il réduira à l'absurde ses enfants, en leurs interdisant de s’appuyer sur une quelconque philosophie ou de se défendre par le refus de l'idiotie paternelle que seule une douleur pourrait assurer.

Et, enfin, peu importe que Fred, heureux et crétin, parviendra à s’affranchir de son état « bienheureux » pour considérer ses jumeaux (quatre) comme des victimes potentielles et pour sombrer ainsi dans l’horreur.

Peu importe que tout ça peut s’avérer parfaitement faux et que tous les quatre, ainsi que tous les autres, tous, resteront agrippés à ou aplatis sur cette terre, pour consommer (vivre !) les vies que leurs aurait été agrafées en guise de continuation de la mienne et de celle de Jeanne, pendant que je vais mourir, je vais mourir, je vais mourir, et pendant que Jeanne sera toujours et toujours et encore, morte. Ainsi, continuellement.

 

 

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20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 11:01

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 48

 

Lucie, adorable, fine et fragile, animée d’une forte envie de croquer la vie. Elle m’a apporté aujourd’hui un carton peint et un rouleau de papier de soie portant quelques signes chinois. Le premier « parle » de la mort. C'est l'image de ce que la petite se fait de moi. Des transparences jaunes et vertes, pâles, qui se cernent et s’assiègent l’une l’autre. Des traces fines de brun, avec un soupçon de bordeaux, et des brillances noires qui donnent un certain contenu (pour ne pas parler de sens) à l’image. Une mort en vie.

Une certaine sagesse, s’empare de la petite, en lui ouvrant des perspectives trans-humaines. À moins que ce ne soit le contraire. À moins que ce soit la petite qui introduit lesdites perspectives dans ce monde. En l'occurrence, ce carton pourrait être l’œuvre d’une possédée. Une possédée douce, apprivoisée, privée sans souffrance du libre-arbitre. D’où cette sérénité que Lucie rayonne en dépit de la démence et du macabre de son carton peint…

Mais rien n’est moins sûr que ce qui vient d’être dit. Je me trouve dans une position où les informations n’ont plus de sens. Les fonctionnalités de jadis ne remplissent plus leur travail. L’être que l'on l'est maintenant, c’est à dire ici, étant ainsi quelque chose de nouveau. Du moins pour soi-même qui, pourtant, garde une certaine auto-continuité ou auto-pérennité.

Enfin !

L’autre, je veux dire, le rouleau de papier de soie que Lucie m’a apporté aujourd’hui, porte huit signes chinois. Cette fois, elle n’est plus possédée, la petite, mais délicate (très). C’est quelque chose liée au Soleil. Le Soleil en tant que Lune de la journée. Enfin, quelque chose de ce genre. La petite n’a pas été capable de me certifier le sens exact de ce qu’elle-même avait calligraphié sous l'emprise d'une « dictée ». Elle soutient pourtant que l’on y trouve pas mal d’amour transcendantal, de l’humour. Ce n’est pas de l’écrit « bête », mais de la calligraphie.

Les yeux vairons de Lucie coupent l'être de la petite en deux. J’aimerais mourir.

 

 

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18 janvier 2020 6 18 /01 /janvier /2020 15:38

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 47

 

Des contenus spéciaux, des sans-formes. On a accompli son devoir d’être qui sait tout seul. De sans-forme. Les sans-forme partagent leur savoir avec moi. Un savoir non-répétitif, unique, enrichissant, exemplaire même si isolé et incomparable, aristocratique, incommunicable. Un hapax.

Lorsqu’ils franchissent le Seuil, ces êtres englobés (enfermés) en des sans-formes, ne sont plus comme ils étaient juste avant. Tout en restant eux-mêmes, pourtant. En sachant toujours ce qu'est le bon savoir. Peut-être le bon, l’unique.

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Il est question d'un savoir rendu douteux. Boiteux, manchot, borgne.

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Les contenus de ces sans-formes me font absorber des forces stellaires. Je m’enorgueillis de me découvre et connaître moi-même sinon mieux, du moins autrement que tout-à-l'heure.

« Au fond, me disent les contenus, que savez-vous, vous, les humains, de ce qui se passe dans votre organisme ? »

Ils ont raison ! Qu’en savons-nous ? Mais dans notre être qu'est-ce qu'il bouillonne ? Nous nous imaginons savoir… C’est notre imagination que nous savons. Nous savons/imaginons des choses biologiques, psychologiques, bio-chimiques, mathématiques et transhumanistes ou musiquales. Mais est-ce que ce serait de nous qu’il s’agirait ?

Prenons comme exemple les cellules suicidaires de Dufayer. De sa théorie. À l'intérieur du corps vivant, la mort n'existerait que sous la forme du suicide.

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Dufayer me quitte, l’air malheureux d'un castré

Il mélange impuissance et infécondité. Il souffre d'une certaine stérilité. La mort lui reste inaccessible. Il ose pourtant y réfléchir. La mort ne pourrait exister qu’à l’intérieur de celui qui y pense, de celui qui la pense. La mort pourrait être une erreur de perception, de jugement – ou des deux. En tout cas, la mort n'est que quelque chose de bizarre, de fou.

Ici, le chiot fait une touche. Oui, la mort est une folie présente et indestructible. À moins que ce ne soit nous, les mortels, qui soyons complètement disjonctés. Dans notre vie, dans notre mort.

L’accouplement du fou avec sa folie, quel beau spectacle !

Mais, chut, il ne faut pas trop en parler. Il ne faut pas réveiller la furie destructrice du Divin !

 

 

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15 janvier 2020 3 15 /01 /janvier /2020 09:32

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 46

 

Je n’ai pas eu l’occasion de parcourir le chemin qui mène de l’ordre divin à l’ordre terrestre. Je ne savais même pas qu’un tel chemin pouvait exister. Mais le petit roquet est convaincu que j’aurais parcouru ce chemin à l’occasion de mon va-et-vient. Il est tellement matérialiste, qu’il croit que cela existe, la passerelle entre le divin et le non-divin.

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Il me fait du bien, le petit, avec sa stupidité.

Il me faisait du bien. Au passé.

Aujourd’hui, il me rend visite à la maison. Comme jadis à l'hôpital, il tourne toujours autour du pourquoi du mon retour. Pourquoi suis-je revenu ? Aurais-je un mal terrestre à réparer ? Étais-je habité par le besoin d’une souffrance rédemptrice ? Qui avait décidé de mon retour (ou de mon non-départ), moi-même, un autre, une force, un vouloir ?

Des questions qui m’agressent, même si elles restent non prononcées. Je ne peux pas leur faire face. Je me réfugie dans une fausse indifférence, apparentée à la démence sénile.

J’en suis conscient. Sénile et conscient.

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Il est en paix avec lui-même : inconscient de lui-même. Son « soi-même » ne lui fait pas encore peur, il ne lui fait pas encore du mal (en lui indiquant, par exemple, ses dettes envers le monde).

Son agressivité est celle de la prise de conscience, de la curiosité passive, de la connaissance. Il s’intéresse à la mort et à l’antichambre de celle-ci d’une manière très « scientifique ». Il a du punch, de l’énergie, du mordant. Il fera une belle carrière en gérontologie. Le handicap (ou le piège) réside dans l’irréversibilité du phénomène considéré. La science moderne impose l’expérimentation. L’expérimentation suppose des reprises. Mais toutes les expérimentations du monde auxquelles nous avons eu droit jusqu’à présent n’ont pas révélé la nature de la mort. Ni celle de la vie, d'ailleurs. Le lien entre les deux étant non pas justifié mais imposé par quelques apparences. En tout cas, il n'y a pas de reprise (sauf dans des cas comme le mien – et encore !).

 

 

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14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 11:18

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 45

 

On m’avertit que le moment de la sortie de l’hôpital approche. Ce n’est pas que je pourrais marcher tout seul. À peine puis-je me mettre sur mon séant. C’est pourtant la solution : mourir chez soi. On n’est plus la même personne selon qu’on meurt chez soi ou ailleurs.

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Devant mes yeux, un regard négatif. C’est mon image reflétée par ceux qui m'entourent. Ils ne veulent plus de moi. Ni les miens, ni les médecins, ni les infirmiers, ni les aides soignantes. Que j'aille chez moi. Ou chez le Diable. Au Diable. Ils ne veulent plus de moi ni à l’hôpital, ni dans ce monde. Ils ne veulent plus de mon monde. Ils ne veulent plus de moi, tout court. Leur regard, toujours le même, arrive chez moi comme espacé dans le temps. Interrompu, il est quand même unitaire et seul. Unique.

Je suis seul, face à ce regard. Face à ce Diable. Je suis unique.

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On n’entend pas avec sa langue, son pancréas ou sa rate, on ne voit pas avec ses genoux, ses ongles ou son acné juvénile. Pourquoi on ne goûte pas avec sa rate ou avec ses cheveux, avec ses glandes sudoripares ou que sais-je encore, avec l'organe du vide ?

En soulignant avec une parfaite suffisance mais aussi avec superbe que « c’est la fonction qui crée l’organe », la théorie adaptative, dite évolutionniste, n’est ni vraie ni fausse que partiellement. On agit dans un environnement, dans un système géré par la nécessité. On agit selon la nécessité. C’est à dire, on s’arrête là où la nécessité (baptisée avec une parfaite suffisance mais aussi avec superbe, « fonction »), cesse ; en d’autres termes, on s’arrête au bord de l’amour, là où commence Dieu.

 

 

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13 janvier 2020 1 13 /01 /janvier /2020 07:50

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 44

 

Jeanne !

Une admirable capacité à relativiser les choses. Elle me calmait. Avec elle, la raison rentrait dans ses droits. Devant elle, j’osais dire tout ce qui me traversait la cervelle. Elle m’aimait – en dépit de !

Elle aurait sourit avec ironie et tendre complicité si j’avais dit devant elle : « la rencontre avec son destin ne peut être que très éprouvante ».

...L'actualité malmène le destin. Elle oublie que le destin vient du dehors. Il s'avère étranger à la personne qui le subit, tout en étant, bien évidemment, entièrement particulier, personnel, propre à la personne concernée.

Le destin collectif ? Un non sens, une aberration, certainement.

Celui individuel ? Pareil.

Pour apprécier la vraie nature de cette situation, il faut être vivement atteint par la mort. C’est à partir de ce point seulement, où la résignation rejoint et apaise la bête inquiétude non-animale mais aussi non-humaine, qui anime l’homme, c’est à partir de ce point seulement qu’on peut apercevoir le destin. C’est comme un halo transparent, invisible, ce destin. Il n’est pas nous et d’autant moins à nous. Mais il n’est pas à vous ; à eux non plus.

Le destin paraît être son propre environnement que l’on déplace avec soi. (Ce qui peut expliquer aussi notre entêtement concernant la consistance de l’espace et du temps, en dépit de l’immense contradiction, voire de la géante négation que leur inflige l’infini.)

Ce sont, évidemment, des sous-pensées d’un immortel efficace, tout ça !

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La rencontre avec mon destin a lieu en ce moment. Ma rencontre. Mon destin. On ne veut pas de mon départ et on ne me laisse pas partir ? O.K. ! Parfait ! Je vais vivre. Mais pas comme jusqu'ici. Et voilà que je vis autrement. Je ne change pas de destin : c’est lui qui change.

Je vis mon fantôme, mon âme. Voilà ma richesse d’aujourd’hui : mon fantôme. Je vis la chose ineffable qui se trouve au fond de mon âme : le désir en tant qu’amour, en tant que haine.

De surcroît, camarades, le désir se sert de deux ferments pour faire lever la personne : une certaine capacité d’arracher à la réalité une image définie et spécifique, voire unique (présentée pour être représentée à l’intérieur de l’être) et une certaine capacité de vouloir. (Encore que, qu'est-ce que le vouloir ?)

Le désir, camarades, est bifurqué. Toujours.

 

 

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