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  • : Alexandre Papilian
  • Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 21:07

 

Bien sûr que cela me fait peur. Qui n’aurait peur en apprenant tout cela ?

- L’ADN du fœtus circule librement dans le sang maternel.

Le sang maternel, autrement dit le mien. C’est moi la maternelle. J’ai peur. Je suis la peur. Je suis la mère. Je suis mon sang. Le sang de la mère. La peur. Ma peur est le fœtus. Celui que je porte. Le mien. Je suis mon fœtus. Mon effroi s'appelle trisomie. J'ai peur que mon enfant – l’actuel fœtus – ne soit trisomique. Je suis affolé par sa trisomie, la mienne.

J’ai peur de l’amniocentèse. Il y a un risque de fausse couche. L’examen peut s’avérer inutile. Mon enfant peut ne pas être trisomique. Je peux le perdre – l’expulser – suite à une amniocentèse boiteuse, merdeuse, merdique.

- Un pour cent des cas.

On n’est pourtant pas obligé d'être le un pour cent. Aujourd’hui, une simple prise de sang peut permettre d’analyser le matériel génétique fœtal circulant dans le sang maternel.

- Problème : comment séparer le matériel génétique fœtal du matériel génétique maternel ?

Nous voilà réduits à des matériaux génétiques, mon enfant et moi – nous. Il n’est pas facile d’assumer cette condition « deshumaine ». Je ne veux pas me laisser immerger dans une « condition deshumaine ». Je ne suis pas deshumaine, moi. Le fœtus qui laisse traîner son ADN dans mon sang, lui peut-être, mais pas moi. Pas moi. Moi, je ne peux être qu’humaine. C’est ma destinée, mon karma, ma damnation. Il en sera pas pareil pour mon fœtus, une fois glissé dans l'humain. Mais jusque là, son matériel génétique circule sans entrave dans mon sang. Nous sommes imbriqués/fusionnés, mon fœtus et moi. Nous sommes (des) consanguins. Alors..., que reste-t-il d’humain pour nous, en nous, lorsque nous nous retrouvons tellement mélangés l’un avec l’autre ? Serions nous toujours (des) humains ?

- On demande à voir.

Et le père, dans tout ça ?

Le père ?

 

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 10:28

 

Des enfants infinis

 

 

L’histoire n'a pas de direction. Ni de cause, ni de but. Ni de sens. Elle se construit et se défait heure par heure, suivant nos décisions. Elle manque de forme. Elle se développe là ou elle trouve de la place. Chaotiquement.

Eh ben, dans cette histoire développée à tout va (dans le physique, dans le virtuel, dans l'âme, dans la pré-existence autant que dans l'après-existence, dans l'incréé, dans l'oubli), elle m'a fait onze enfants. Pas moins. À moi, tout seul. Et réciproquement, je lui ai fait, mais surtout je lui ai fait faire toujours onze. Pas moins. Les mêmes, bien sûr ! À elle, toute seule.

- À nous, tout seuls, si vous préférez.

Serions-nous fous ? La question se pose.

Onze enfants, pas un de moins ! Et ce n'est pas fini. Ça ne finit jamais, d'ailleurs. Ceux qui ne l'ont pas fait (qui ne les ont pas fait) ne peuvent pas comprendre. Ça ne peut pas finir.

C'est une chose aussi simple que compliquée que ça. Une chose totale et indispensable. Je dirais que les racines se trouvent et se retrouvent dans les branches. Et vice versa. Sans qu'on sache si ce sont les racines qui font pousser les branches vers le haut, ou, au contraire, si ce sont les branches qui obligent les racines à s'enfoncer dans la terre.

L'image me hante.

- Surtout depuis que j'ai appris qu'il y aura une douzième ; ce sera une fille.

Des racines et des branches, donc.

- Et du tronc.

Le tronc c'est nous. Père et Mère. Père-Mère.

(...)

L'historie est traversée par des dynasties. Des rois et des reines, des empereurs et des impératrices, des princes et des princesses. Tout un capharnaüm, tout un foutoir qui essaie de jalonner notre mémoire et que nous pouvons raconter, peindre, écrire et interpréter, reraconter, repeindre, réécrire et réinterpréter – dénaturer et oublier. L'histoire, c'est la vie travestie et tuée dans la culture.

Les dynasties sont de deux catégories.

Certaines provoquent et assurent un héritage positif. Ce sont des héritiers comblés. Ils reçoivent une récompense pour le seul fait d'exister.

D'autres, les dynasties des condamnés, provoquent et assurent un héritage négatif, punitif. Être l'enfant d'un esclave, d'un salaud, d'un criminel, mais surtout d'un pauvre n'est pas une chose facile.

Reste comme le plus grand mystère de nos jours, ces extraordinaires produits de l'hyper anonymat méga-populaire que furent, il y a deux milles ans, Jésus Christ et, il n'y a même pas cent ans, Staline, Mao et, last but not least, Hitler.

(...)

Mes onze enfants, nos onze enfants, bientôt douze, sont, je le souhaite, encore an-historiques. Ils ne se nourrissent pas de l'histoire impossible, mais de celle possible, de notre mémoire-de-tronc, de notre mémoire de Père-Mère.

Ceci, au sein de la mémoire collective (pas trop) et vivante (idem), mais très culturelle et morte.

(...)

Pas de rapport causal entre le Christ, d'un côté et, de l'autre, Staline, Mao et, last but not least, Hitler.

Christ n'est pas leur cause. Les autres ne sont pas son effet.

Pas de rapport causal entre le Christ-Staline-Hitler-Mao, d'un côté, et nous de l'autre. On est heureux, nous, ma femme et moi. On est le tronc, nous. Ni les uns ni les autres, aucun d'entre eux, que ce soit le Christ ou la triplette Staline-Hitler-Mao, ne nous poussent pas, ma femme et moi, à faire à l'infini des enfants-racines-branches-à-l'infini. Des enfants infinis.

Si ?

 

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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 06:39

Je veux un père mutant

 

 

Ce que j'aimerais ? C'est pas compliqué. J'aimerais avoir eu un père mutant. Un père trans. Trans-biologique. Trans-atomique. Trans-numérique. Trans-musical. Trans-psychique. Enfin, un père tout trans.

- Plus trans-Staline, trans-Hitler, trans-Mao.

Le mien a été l'enfant de cette triplette. L'enfant de l'Histoire, disons (même si c'est un peu présomptueux, arrogant, pompeux. Même si c'est du n'importe quoi, d'un autre côté.) Mais avec lui, avec mon père, l'Histoire, c'est fini.

- Il y a même des livres sur ça.

C'est fini tout ça. Histoire, proto-histoire, post-histoire ? Foutaises ! Mon père n'a pas été trans-historique, comme j'aurais voulu qu'il soit. Alors, j'aspire à combler ce manque. Devenir trans-historique. D'abord, trans-sexuel. Ensuite trans-historique.

J'en ai marre de mon appartenance bourgeoise, catholique, sexo-procréative. Je veux autre chose. Être autre chose. Tout autre. Un nouveau type d'être. Mes prédécesseurs proches, mon père, mon grand-père, voire mon arrière-grand-père ont tous joué la comédie de l'humiliation du mâle occidental. Ils ont aimé, de ce point de vue, la Grande Guerre. Ils ont ouvert les yeux. Les mâles y sont morts pour rien. Baignés dans leur peur, dans leur effroi, dans leur terreur. Dans leur excréments.

Quoi !

- Pour rire, peut-être, pour rire ?

Le rire vint après. Avec Hitler, Staline et Mao. Des super-mâles humains ceux-ci. De la super-masculinité, de la super-virilité, de la super-humanité. De la super-lumière masculine. De la virilité exacerbée.

Une parodie, on dirait, si ce n'était ces dizaines de millions de morts – à la clé. Ou surtout parce que.

Vu le nombre énorme de mâles crevés avec ou sans honneurs, avec ou sans têtes ou membres ou tripes ou couilles, avec ou sans masculinité, avec ou sans virilité, dans ces deux Guerres Mondiales, les femelles se sont révoltées contre leurs mecs humiliés, non-virils, émasculés. Tués.

Elles ont voulu – et réussi – prendre leur place dans moult domaines. Partout. Même dans la reproduction de l'espèce. Même là ! Même ici !

- Et pourquoi pas ?

On a apprivoisé l'âme. On l'a humanisée. On l'a habituée à la tolérance. On l'a affaissée.

Je ne veux plus de tout ça. J'aurais aimé que mon père soit un trans. J'aurais aimé que sa race, en voie de disparition, ne cède pas la place à la race féminine.

- À quelque chose d'autre, alors ?

Oui, voilà : À !

 

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 22:42

Tous !

 

 

Je commence à avoir peur. Ma copine Gaëlle, une Irlandaise lesbienne, a mis entre nous un mur de nervosité haineuse. Le vote de la loi dite du « Mariage pour tous » y est pour beaucoup. Autant pour elle, que pour moi.

Avant cette loi, tous les vendredis, après le boulot, on allait en masse (enfin, une grosse dizaine de cols blancs), chez Mômô, le patron du Florid, le café d'en face. On y passait une petite heure, peut-être un peu plus. Nous papotons. Nous faisions aussi un peu de politique. Nous prenions quelques nouvelles du quartier. Nous écoutions les brèves de comptoir des quelques habitués. Et tout était bien, agréable, léger, sans suite. Nous décompressions.

Le monde a changé depuis d'une façon que je ne peux caractériser autrement que comme brusque et venimeuse.

Le débat mené par la presse, les manifestations contre cette loi, les paroles pleines d'amertume et de méchanceté des intéressés des deux côtés, ont fait que les avant week-end n'étaient plus ce qu'ils étaient. Les commentaires liés à cette foutue loi étaient durs des deux côtés. L'incompréhension s'est vite installée comme seule réalité. Même quand l'hypocrisie fonctionnelle faisait que les gens ne se cassaient pas la gueule.

En tout cas, Gaëlle ne venait plus au Florid. Elle avait peur. La journaliste qui s'était érigée en fer de lance (la meilleure défense étant l'attaque) des homos, des mono, des anti-hétéros, des anti-croyants, et ainsi de suite, aurait reçu des menaces. Des pédés, ailleurs dans la géographie, s'étaient fait tabasser par leurs détracteurs. Ces derniers, plus que détracteurs, en réalité, s'étaient trouvés un sujet de révolte. On était en train de changer leur civilisation. Ils n'acceptaient pas ce développement des choses. Les coupables, les gays et les lesbiennes, dont on acceptait les perversions, les déviances, les maladies, les monstruosités, dont on acceptait l'existence perverse, déviée, malade, monstrueuse, ne comprenaient pas quelle était leur place dans la société. Ils voulaient imposer maintenant aux enfants, qui n'avaient rien demandé, des vies perverties, perverses, déviées, malades, monstrueuses, bref, anormales, au sein de foyers homos en manque d'enfant, en manque d'altérité et en fin de race.

Une fois la loi votée, ma Gaëlle a changé au delà de toute imagination.

Elle est devenue revancharde, agressive, anti-hétéro, anti-homme, anti-chrétienne. Dans son regard il n'y avait plus de place pour autre chose que pour la flamme folle de la haine déterminée.

Elle affirmait que l'hétérosexualité n'était pas bonne. Elle attirait l'attention de l'auditoire sur Hitler, Staline ou Mao, tous des enfants issus des couples hétéros.

- Tous !

 

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 05:38

 

J'ai peur de mon mari

 

 

C'est depuis peu que je ressens ceci. C'est comme si je m'étais réveillée d'un coup. Je suivais une maxime (cueillie je ne sais pas où) : « Nous avons deux vies. La deuxième commence quand on se rend compte que nous n'avons qu'une seule, unique et indivisible. »

Foudre. Foutre.

Je compris que j'avais peur de mon mari.

- Et que ceci dépassait mon être et mon aura.

- Il veut me faire un enfant !

Ou, plutôt, me faire faire. Non pas pour me rendre heureuse, ni pour rendre heureux l'enfant (comme le font la plupart des gens inscrits dans ce que l'on pouvait croire être la norme), mais pour nous torturer, pour nous supplicier.

- Pour se rendre heureux, lui-même.

Un animal, quoi !

Avec un plus pourtant.

- Se rendre heureux d'une manière perverse.

Il veut un Homoncule, un Golem à sa disposition. Un Machin à portée de son bon vouloir. Dans notre situation spécifique, il s'agirait de l'hyper-démon qui demeure dans l'espace inter-humain et qui supplicie ce qu’on produit ou qui se produit dans cet espace, dans l'inter-humain. Il s'agirait de l'hyper-démon qui supplicie le produit de cette entreprise satanique qu'est l'inter-humain. À ne pas confondre avec le produit de Satan, ni avec Satan-même. (Ces deux là sont une toute autre chose.) Compliqué ? Pas tant que ça. C'est même simple, simplissime.

L'enfant est mon excroissance, ma surévaluation, ma valeur ajoutée, mon prix augmenté. Un Machin dans lequel il, mon mari, pourrait s'enfoncer encore plus. Plus encore qu'à l'occasion de ma fécondation. S'enfoncer comme dans une cellule phagocytaire. Il veut nous empoisonner, tout en se laissant phagocyter. C'est une invasion. Une invasion intolérable. Ma liberté, notre liberté est soumise à une pression insupportable. Il veut nous faire siens. Mais ce n'est pas possible. L'enfant ne peut être que le mien, pas le sien. Et rien d'autre ! Pas autre chose !

- Oui, j'ai peur de mon mari.

De son Homoncule, de son Golem, de son Machin.

- De lui.

 

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 10:40

Installé dans un fauteuil roulant, le jupiterien joue au tennis. Il se décarcasse pour que la candidature de la France pour les Jeux Olympiques du 2020 ou 2024 ou que sais-je encore soit retenue... Son sourit est béat. Serait-il un handicapé bienheureux ?

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 21:45

 

Sans souffrance

 

 

Ce qui nous manque :

- Une bonne souffrance.

Nous vivons de plus en plus longtemps, suite au manque de grands problèmes. Notre personnalité légère et aventureuse entre en perdition, au profit de la civilisation lourde et protectrice. Notre grande civilisation se substitue à notre petite personnalité.

- Je ne suis plus un éon quelconque mais un éon civilisé.

C’est en cette qualité, de corpuscules égaux, bien tenus ensemble par des forces de cohésion socialement fortes, que nous dominons la vie. L’univers.

- Nous sommes les rois du Monde.

Enfin, c’est ce qu’on nous dit. C'est ce que, commodes et perroquets, nous répétons avec une joie irresponsable.

Policés et glissants, nous autres, des éons calmes et sans soucis, sirotons le poison du scepticisme tiède en mesure de rendre l’ennui vivable. C’est l’expression d’une aridité lentement mutationniste, comparable à la sécheresse vaginale de la femme ménopausée.

J’aimerais être un incendie. J'aimerais brûler. Que ce soit l’amour (très à notre portée, très génétique, très karmique), la haine (bizarre, souffle d’un dieu âcre, de cendre, damnée), la dépression enivrante et faussement dévalorisante (ou valorisante, tant qu’on y est ; car il y en a de celles-ci aussi), que ce soit la sérénité vide du vacuum non douloureux, enfin, la brûlure, la combustion incendiaire me manque. Elle nous manque. Nous ne pouvons plus brûler – après deux hyper-guerres et après un nazi-mao-sovietisme vaincu et victorieux à la fois. On nous a inoculé le bien-être matériel, annihilant, soporifique, rendant l’homme (autrement dit, nous) inutile. Cela fonctionne. Cela fonctionne sans nous. Plus exactement, on fonctionne.

Voilà qui est bien dit. Il n’y a plus que le fonctionnement dans l’univers. Puis, dans le monde.

- La machine.

Il n’y a aucune place pour la souffrance dans une machine ; dans la machine des machines. Quant à la joie de vivre, n’en parlons même pas.

Alors, je te regarde, ma compagne d’aujourd’hui.

- Ma concubine.

Et je constate que tu ne me tiens ni chaud ni froid, tu ne me fais ni bien ni mal. Ton vagin et mon pénis se rencontrent régulièrement. Comme ça. Ou, plutôt, comme si.

Nous avons des enfants. Chacun les siens, « issus » d’autres mariages. Ils sont grands, chacun chez soi, dans leurs demeures. Avec ou sans partenaire. Avec ou sans enfants. Et plutôt sans parents. Sans nous, là-bas, dans leurs habitations civilisées. Nous nous (re)trouvons, quant à nous, dans nos logements civilisés, qui ne s’ouvrent sur rien si ce n’est sur l’hôpital, la maison de retraite médicalisée, le cercueil, l’urne funéraire.

- Tiens, il faut qu’on en parle.

C’est un signe de civilisation que de se préparer pour sa mort, que de préparer au moins ses funérailles. Il ne faut pas accabler les autres avec ses propres problèmes qui, d’ailleurs, n’en sont pas uns.

En tout cas, pas en ce qui nous concerne. Certainement pas. Ou, enfin, peut importe. Car sans souffrance. Sans souffrance de manque. Sans souffrance de sans.

 

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 06:40

Parents et enfants - J'en ai marre d'aller chercher mon sperme à Barcelone

 

 

Même folle, elle est et restera ma copine. Elle traverse une période pas trop heureuse. Proche de la cinquantaine, elle veut absolument un enfant. Non pas un préfabriqué (adopté), non pas un dénaturé (fait avec les ovocytes de l'on ne sait pas qui, fécondés par les spermatozoïdes d'un zombie ; elle pourrait le faire en se rendant à Barcelone, où la chose est déjà entrée dans les mœurs), mais un enfant absolument naturel. Un enfant biologique. (Son expression !)

Elle en a parlé à Tamara, ma femme. Qui, elle, n'a pas tardé à trouver Chloé, ma copine, assez sympathiquement barge. Elle n'a pas été trop choquée. La situation l'amusait plutôt.

- Si tu lui faisais un petit à Chloé, Gigi ne restera pas tout seul après notre mort.

Gigi c'est notre garçon à nous, à Tamara et à moi. Il est venu sur le tard.

Tamara pense à notre mort. Via Gigi.

Moi aussi, d'ailleurs, je pense à la mort, via ou pas via Gigi, mais je garde ça pour moi. Pas la peine de faire tout un cinéma et de plomber l'atmosphère.

Tamara a toujours été un peu jalouse de Chloé. Comme ça, par principe.

Chloé est ma copine depuis notre adolescence. Longtemps avant que Tamara ne devienne ma fiancée, ma femme et ensuite la mère de Gigi.

Jalouse (ou seulement un peu perverse), Tamara est allée jusqu'à devenir, à un moment où à un autre, la confidente de Chloé. Surtout lorsque Chloé rencontrait des difficultés avec ses différents compagnons. Et il y a en eu ! Des emmerdes. Des compagnons.

Maintenant, elle veut faire un enfant avec moi. Non pas avoir un enfant de moi. Mais le faire avec moi.

- Plus précisément, avec mon sperme.

Une simple opération clinique reproductive. Sans contact sexuel, l'affaire ne pourra être que propre. Elle, Chloé, sera rassurée quant au bagage génétique du projet-bébé. Moi, de mon côté, je serai content de rendre service à une vieille copine. Tamara, à son tour, sera fière de son ouverture d'esprit. De sa miséricorde.

Tamara me fait part des dires de Chloé :

- J'ai la flemme d'aller chercher mon sperme à Barcelone. J'en ai même marre.

Bien sûr qu'elle a la flemme, qu'elle en a marre d'aller chercher son sperme à Barcelone. Surtout lorsqu'elle dispose d'un réservoir beaucoup plus sûr et agréable ici, à sa portée. Un réservoir qui, vu l'approbation tacite de Tamara, pourrait être considéré comme le sien. Approbation qui, évidemment, valait beaucoup plus que la mienne.

Même si c'était moi le dit réservoir – ou la fabrique – qui pourrait épargner à Chloé un voyage à Barcelone.

- Pour y chercher son sperme.

 

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 04:26

Autiste

 

 

Il est autiste, je sais. Je sais qu'on ne sait pas vraiment qu'est-ce qu'un autiste, qu'est-ce que cela peut être.

Personne ne peut le dire aujourd'hui.

Hier non plus on ne l'a pas pu dire. On a inventé, depuis, la psychologie, la psychanalyse, la psychiatrie, mais on n'a pas pu dire qu'est-ce que l'autisme.

Ceci ne l’empêche pas d'exister, l'autisme.

Apparemment, ils sont inclassables, les autistes. Ils sont qualifiables, mais pas classables. Il y a autant d'autismes que d'autistes. C'est le problème, paraît-il. On n'arrive pas à classifier les autistes. Les « normaux », oui. On peut les caractériser selon des critères et des super ou des infra-critères. Il y a des milliers des critères pour les « normaux ». Mais pas pour les autistes.

Ce n'est pas étonnant ? Il n'est pas éblouissant le fait que la Nature ou, si vous voulez, Dieu, fait apparaître dans le spectre du tangible des êtres... autistes ? J'ai entendu dire que l'autisme est valable aussi pour d'autres espèces que celle de l'homme. Des rats, par exemple, peuvent être autistes. Ou peuvent être rendus autistes. C'est ce que les scientifiques disent. Enfin, c'est ce que j'ai entendu qu'il auraient dit. Je ne sais pas. Et puis, qu'importe ? C'est pour cela que je ne dis pas « des êtres humains », mais simplement « des êtres ». Les êtres, n'importe lesquels, peuvent être autistes.

Mon Pierrot est autiste. Il a vingt-neuf ans. Il est brillant en géométrie. Mais pas en arithmétique, ni en linguistique ou en musique ou, que sais-je encore. En géométrie, par contre, si. Les profs le regardent d'un drôle d’œil. Ils ne croient pas à ce qu'ils voient. Et quand ils ne comprennent pas ce qu'il veut dire, ils se mettent à deux, à trois ou à mille, je ne sais pas, pour vérifier, pour « découvrir » ce que mon Pierrot sait.

Il aime se rendre à l'Institut. Il faut pourtant l'accompagner. Il fait pas mal de bêtises. Y compris à l'Institut. S'il est accompagné, on peut intervenir. Sinon... Les accompagnateurs du foyer, sont des gens tout à fait exceptionnels. Ils parviennent à deviner ce qui se passe dans sa tête. Dans sa tête, ou ailleurs, je ne sais pas. Je ne sais pas où cela se passe. En tout cas, ils sont très utiles. Mais ils ne peuvent pas être présents en permanence. Parfois c'est moi qui l'accompagne. Et je me souviens très bien du moment où, par exemple, il s'est réfugié dans le placard aux balais du quatrième. Qui pouvait penser qu'il ira se cacher là, sous les toit du bâtiment ? On a passé plus de six heures pour le trouver. Il est sorti tout seul, la figure immobile. Personne ne pouvait dire si c'était une farce, une méchanceté, une souffrance ou, purement et simplement, un folie neutre. Si vous voyez ce que je veux dire.

Il est chez moi depuis deux jours. Tout allait bien jusque cet après midi, quand il a fait caca sur le lit. Sur mon lit. Sur le couvre-lit du lit.

Il a été contrarié par quelque chose, sans doute, mais je ne sais pas par quoi.

Puis, il s'est mis à travailler sur un problème de géométrie qui le harcèle – c'est le mot – depuis pas mal de jours.

Il a l'air heureux. Il sourit comme toujours quand il sourit : avec un humour émerveillé, plein d'amour, une sorte de béatitude je dirais, de félicité. C'est quand il sourit, je veux dire.

Je ne comprends rien. Ni de son égarement, ni de sa géométrie, ni de son puissant bonheur... Je ne comprends rien du mystère douloureux qui a fait, mais surtout qui fait de lui incessamment, seconde après seconde, mon enfant, et de moi sa mère. Simplement, je ressens tout cela. Et je pleure. Et je sais que Dieu existe. Je pleure et je sais.

 

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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 07:06






Fais-lui l'irréparable


J'ai commis l'irréparable. On est toujours en train de commettre l'irréparable. Il peut se commettre tout seul, l'irréparable.
Hugo est un taureau. Il saute sur tout ce qui bouge. Loin de me déplaire, j'en conviens. Il a fait de moi la femme que je suis mais que je n'ai pas été et que je n'aurais jamais été sans lui. Une merveille. En fin, je crois. Je l'espère. J'ai appris à me soumettre ou, au contraire, aller au devant de lui lorsqu'il a besoin d'être soulagé. Avant même qu'il ne s'en rende compte. Lui-même ne le sent pas aussi vite que moi. Ni aussi bien. Il est nerveux, voire possédé. Jusqu'au moment ou je le fais sortir, tu vois. Lorsque je l'accompagne en le suçant et en me faisant baiser. C'est important qu'il se libère. C'est important qu'il soit déchargé.
Je sais que t'as eu des vues sur lui. T'as senti – comme moi – qu'est-ce le désir d'un homme pour une femme, n'importe quelle femme, toi, moi ou une autre. C'est le même instinct. Le même aveuglement. L'instinct est aveuglant et valorisant. Très. Tu as senti le danger qu'une autre femme représente pour le désir de ton homme, l'homme qui te domine et qui te transforme en piège envoûtant. Une autre femme – moi. Enfin, il t'a excitée. T'étais pas loin de les écarter pour lui.
Je veillais. Ton mari aussi. Il s'inquiétait sérieusement. Mais il n'a pas la subtilité d'une femme...
- Ma subtilité.
Je suis intervenue chaque fois avec célérité et doigté. Ça s'était bien passé. Nous restâmes amis. Vous devines les parrains de Dimitri. S'il nous arrivait quelque chose, c'était à vous de prendre en charge notre fils... Bref, deux couples amis. Deux couples qui ont gardé le silence sur ce qui ne s'est pas produit. Deux couples complices.
- C'est au nom de cette complicité que je te parle maintenant.
Il y a quelques semaines, j'ai senti la nervosité masculine de Dimitri. Il sort de son enfance. Il devient un jeun mâle. Je reconnu cette nervosité. L'état du mâle. On réveillait et appelait mes qualités de femme. Il ne m'a pas été trop difficile de trouver comment apaiser, comment éteindre l'incendie aveugle, typiquement masculin.
Il est pourtant encore trop jeune pour l'acte total. Il n'a même pas encore de poils. Mais il bande. Et il aime mes caresses manuelles et buccales. Je le rends heureux. L'éjaculation, à son âge, c'est du pur affolement.
Hier, son père nous a surpris. J'ai eu horriblement peur. Horriblement peur. Je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi pâle.
J'ai peur qu'il nous tue, tous les deux, Dimitri et moi, sa femme et son fils. Je sens sa furie possessive. Sa furie épouvantable. Nous sommes en grand danger, Dimitri et moi. Je pense surtout à Dimitri. L'amour et le bonheur que nous vivons peuvent sombrer dans la culpabilité. Sous le couperet du père. Dans la prison. Dans le mal.
- Sa mère deviendra une détraquée !
Avec tout le bien qu'elle lui avait fait.
- Alors, je te demande d'intervenir.
Je ne sais pas comment. Avec ta subtilité de femme. Essaie de le calmer, le Hugo. Fais lui une pipe. Même plus, si nécessaire.
- Fais-lui l'irréparable.

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