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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 16:09

La bêtise, la folie...

Chamfort disait qu'il n'y a pas de différence entre la bêtise et la folie. Vu l'histoire des Grands Guerres, il faut lui donner raison. La Guerre de 14-18 fut une bêtise. Sans prise de conscience, celle de '39, fut une folie.

Et puis ? Et maintenant ? Il y a(ura) quoi ? Quoi, s'il vous plaît ?

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7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 08:38

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 20

 

 

Jocelyn, Magali, Tom… Et Frédéric alors ?

Le plus souriant et le plus secret de tous, il est un peu débile. Un bienheureux.

Il a quatre jumeaux, le débile. Une femme lui a pondu ces quatre rejetons… À sa grande joie et à la nôtre aussi… La béatitude calme et ample de Jeanne ! C’était quelque chose ! Fallait la voir !

Ce que j’inocule à Fred pour pouvoir siroter – à la mode de l'araignée – son essence invisible, jette une lumière recréée dans ses cavernes de chair. Il est très attaché à sa famille.

Dans sa jeunesse, il fut l’esclave du rock, du basket et de la came. Il s’en débarrassa miraculeusement ; je dirais à merveille. Il s’assagit relativement tôt ; et bien. L’arrivée des enfants fut pour lui un saut qualitatif important. Il devint vraiment responsable. Aveuglement. Il existe des responsabilités aveugles. À l’insu de soi même.

Quatre morpions d’un seul coup c’était pas mal. C’était même beaucoup. Ensuite, stop ! Rien ! Nada ! Terminé !

<>

Je suis une main et une jambe pendantes et inertes. Je suis un trou puant dans mon crâne. Mais je ne peux pas être réduit à une simple équation.

- Tu tueras tes enfants !

Voilà ce que j’ai dit à Fred.

<>

En plein brouillard il se vidait de son sang. La terreur s’emparait de lui. Elle devenait sa maîtresse. Elle le fécondait. Il en était rempli.

On était son père. On n’était pas fou : on avait vécu plus que lui.

Et tant pis si vivre n’était qu’une forme nécessaire de folie obligatoire !

En tout cas, on savait plus que lui. Notamment sur lui-même. En le connaissant mieux qu’il ne se connaissait, on irritait sa fibre criminelle. Une fois revenu de son expédition translétale, on lui faisait savoir qu’il tuera ses enfants. Quatre jumeaux. Quatre enfants. Quatre crimes. Que de crimes.

On – Je – Lui– Moi – Rien – Tout – Crimes.

<>

Ma queue psycho-reptilienne se régénère tout en empoisonnant l’environnement. L’image de Frédéric prend un contour d’une grande clarté. Il vit une forte sensation de dépersonnalisation. Sa personnalité le fuit. Divisée par quatre, elle se perd dans les personnalités des quatre jumeaux. Elle personnalise les quatre jumeaux. Ce n’est pas innocent de faire des jumeaux ! Ni d'en avoir !

Comment se retrouver dans la personnalité jumelée de qui que ce soit ?

Pour ne pas parler des enfants de ces jumeaux : de l'eau perdue dans les sables du désert.

Pourtant, il a des jumeaux, ce con. Donc, il n’a pas, il n’a plus de personnalité, lui-même. Lui-même, c’est fini ! Sa vérité profonde, tétra-jumellaire, lui échappe.

Il ne peut être qu’un rien ou un fou. Ou un fou rien, sinon un rien fou.

C’est pourquoi il voudra tuer ses rejetons jumeaux. Il voudra retrouver sa personnalité. Aussi méconnaissable que ce soit. Aussi abîmée que ce soit. Ce n’était pas une question de reconnaissance ou de méconnaissance – mais d’immanence, d’être.

Il nourrissait vraiment l’envie inconsciente de se débarrasser de ses enfants jumeaux, l’envie de tuer les jumeaux !

Je ne sais pas comment. Je sais seulement que.

Je ne dispose ni des forces ni du temps nécessaire pour tourner et retourner la chose de tous les côtés. Il me suffit de savoir. Ça me suffit. Je sais. – Il les tuera ! Point ! Je dirais, même, il les tuera – ses jumeaux – plus !

Quelque chose de cela passe dans l’esprit de Fred.

- Tu tueras tes enfants !

Je vois ses yeux s’assombrir. La folie s’empare de cet ange simplet.

Le plaisir vibre dans ma gorge, à la racine de ma langue. Je jouis tellement de mon déraillement, de ma perversité !

En d’autres temps, on aurait dit de moi que je serais possédé par le Diable.

Autre fois, aujourd’hui, où ? Quelle importance ?

 

 

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2 novembre 2019 6 02 /11 /novembre /2019 08:32
Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 19
 
J’aimerais pouvoir jeter un regard dans mon cerveau. Dans mon cœur. Dans mon pancréas. Dans mon oreille interne et dans mon œil. Dans mes ongles.
Et plus, car affinités.
Un regard direct, sans l’intermédiaire de je ne sais pas quel miroir ou appareil, fabricants ou traducteurs d’images et forcement trompeurs. J’aimerais saisir la réalité vraie, la réalité en vie, vive de mon cerveau, de mon cœur, de mon œil, de mon oreille interne, de mes ongles… J’aimerais me saisir moi-même et m'en emparer.
 
*
...des électrodes dans mon crâne trépané
ils
y ont mis des puces à l'insu de mon plein gré
(rire)
trop vieux pour la guérison mais encore
valide
pour des expérimentes
l'homme post-humain naturellement trans-humain
s'est
mis en mouvement en marche
moi
bouger...
*
La vibration interne, profonde de l’objet, c’est cela que l’on écoute et que l’on entend. À travers le son, c’est l’objet vibrant que l’on entend. Même si on croit pouvoir séparer le son de son objet émetteur. Si elle s’absente, cette vibration, c’est que la mort à gagné, on est mort. Le silence parfait est désespérant. Ça décompose. La vie est ce qui se trouve entre les vibrations. Ce sont les vibrations qui provoquent l’équilibre vital, qui maintiennent la vie en équilibre. Ce n’est pas pour rien que l’oreille interne gère et l’équilibre et l’ouïe. Il reste, quand-même, à trouver la réponse à la question suivante : opère-t-on là, dans l’oreille interne, la séparation ou la fusion de l’équilibre et du son ?
<>
J’aimerais pénétrer dans mes propres testicules. On dit que dans un jet de sperme on trouve des millions et des millions de spermatozoïdes. Quant à moi, dans ma vie, j’ai (pro)jeté mes spermatozoïdes avec superbe et indifférence, d’une manière tantôt insouciante et statistique, tantôt consciente et personnalisée. Parfois, je croyais savoir lequel de mes spermatozoïdes personnalisé arrivera à ses fins. D’autres fois, je n’étais qu’un poisson qui se soulageait sexuellement, ou encore un médecin dans un labo de fécondation assistée. – …Et elle, la partie, la moitié féminine, saurait-elle lequel de ses ovules sera fécondé et par qui ? – …Et si je n’avais pas de partenaire, mais seulement une main et une excitation imaginative, comment les choses se passerait-elles ?…
<>
Je ne sais pas comment vous autres, vous vous débrouillez sexuellement, mais moi, c’est pas évident. Auparavant, c’est à dire, avant que toute cette horreur ne me tombe littéralement sur la tête et puis dans la tête, je recourrais de temps en temps aux services de vraies professionnelles. C’est un vrai métier et elles se sentent, enfin, elles se sentaient très valorisées lorsque je bandais et éjaculais suite à leurs agissements. Animer une bûche, ce n’est pas évident. J’en suis une. Depuis longtemps. Très longtemps. Très bûche.
<>
Ils surgissent de quelque part, d’une réalité indéniable ces satanés spermatozoïdes. Ils se déclarent tout de suite d’attaque. Ils naissent ainsi : d’attaque. Ils n’attendent que le moment où le mâle est mis dans tous ses états, c’est à dire, à la merci spasmodique du monde.
Ode aux spermatozoïdes ! Ode spermatozoïdale !! Ode !!!
<>
Ce n’est pas de cette façon que j'aie été agencé. Je ne sens pas le spermatozoïde de papa, l’ovule de maman. Certainement pas ! Du tout ! D'ailleurs ils sont morts, papa, maman. Et leur vie avec. Leurs vies !
Nous, père, mère, enfant, nous ne sommes pas ça. Ni comme ça. Même pas une image de ça. Même pas un songe.
Jeanne et moi… Nous avons quatre enfants...
Alors, eux et nous ? Les avons-nous faits ? Ce sont eux qui nous ont fait ?
De surcroît, nous avons des petits-enfants à présent. D'une certaine manière, faits aussi ?… Certainement pas comme ça, avec nos parties basses respectives... Avec nos cerveaux non plus. Ni avec nos oreilles internes, pancréas, ongles... Et pourtant, ils se sont manifestés, eux, en tant qu’enfants et petits-enfants nous appartenant, des enfants et des petits-enfants à nous, suite à quelque chose que nous, Jeanne et moi, avons fait avec ce que nous avions, avec ce que nous appartenait.
Vu tout ceci, ce matin j’ai compris que Jeanne n'était pas morte, que je n'étais pas en train de mourir et qu’eux n'étaient pas nés, eux.
La mort amène l'inconsistance et la folie. La mort est une folie. La Grande Folie, peut-être.
 
 
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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 08:39

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 18

 

Les enfants absorbèrent partiellement cette population qui doublait son univers. La mère, elle, continua toujours à voir des invisibles, avec la même intensité que toujours. Lui, de moins en moins.

Il commençait sa vie d'Alain. Être Alain.

Il imposa les nom des petits. Des noms occidentaux.

Mis à part leurs yeux bridés et leurs beaux cheveux souples, noirs et luisants, ils n'ont plus rien d’un Oriental. Ils ne voient pas de l’invisible. Ils teintent leur superbes cheveux asiatiques dans des couleurs impossibles; ils sont assoiffés de post-musique ; adeptes du traitement social du chômage et de la semaine de travail d’une heure et demie. Des vrais franco-européens, bref. En vrais français, ils sont prêts à tout moment à se mettre en grève, ils se prononcent pour la démocratie participative, anarcho-régalienne, ils jouent à la pétanque, ils aiment le chant du coq, le fromage, la baguette croustillante, le vin et, plus généralement, tout ce qui est universel à condition que ce soit français ; et en même temps, ils se victimisent en tant que français en se déclarant déçus par la France et par l'Occident et par tout le présent.

<>

...Tout ça, à partir de la virtualité de la mère Dufayer, plantée à côté de la porte de ma chambre d’hôpital. Menue et souple, malgré son âge, elle rayonnait une forte sexualité crépusculaire, certainement perverse, mais douce comme un bain tiède. Un appel décidé, presque autoritaire et alléchant. Une invitation-commandement. Est-ce que l’avais-je faite venir dans un de mes moments d’égarement sexuel où j'appelais une ou l’autre des femmes qui nichent en moi et qui me prêtent leur main (sic !) pour me soulager ? Pas sûr. Je dirais même, non. Pourtant, dans ce petit laps de temps où j'ai cru l'apercevoir à côté de la porte, ma madeleine de Proust s’en est faite sentir. Oui, j’ai couché avec la Dufayer. Dans mon esprit. Dans ma main. Je me suis bien branlé avec elle dans mon esprit-main. À califourchon sur moi, là, dans mon esprit, dans la réalité de cette chose, elle me dévisageait à travers ses paupières à moitié fermées. Le regard était éclatant et tranchant. Une étrangère qui suivait mon évolution, avec derrière la tête un but caché mais précis. L’éjaculation fut bonne, spasmodique, brûlante… Une hallucination – pourtant ?...

L’éclat de son regard de maintenant, avant de quitter ma chambre, a été trop vif, trop perçant pour que les deux moments ne soient pas vrais.

Pourtant le doute... Je sais par expérience que certains rêves qui paraissent inexplicables sont l’expression de ce qui aurait pu arriver mais qui est resté au stade du possible, ni cristallisé, ni sublimé.

 

 

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25 octobre 2019 5 25 /10 /octobre /2019 08:21

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 17

 

- J’ai vite compris de quoi elle parlait, avait dit Alain. Et non seulement que j’ai compris, mais j’ai vu. J’ai vu la chair, la viande de mes parents que je n’ai jamais rencontrés. Mes parents dits biologiques. Mes parents invisibles. Transparents. De la biologie fantasmagorique. C’était des monstres sans forme, si vous pouvez comprendre ça. Des monstres asiatiques, des dragons ou que sais-je encore, très typés, avec une identité certaine, puissante mais sans contour terrestre. Très incommode ! Parmi ces sans-forme, mes enfants qui allaient venir. Toujours des monstres. Sans identité géographique et raciale cette fois. Incommodes ! Mais autrement. Ensuite, une masse de présences indistinctes, vaseuses, albuminoïdes. Des inconnus porteurs de terreur. Des êtres stupéfiants, terrifiants. Horripilants mais familiers. Ma famille vivante se trouvait ici, en France. Mais, manifestement, j’en avais une autre, inconnue : ces revenants. Ils m'effrayent. C'était une peur nécessaire, pourtant, constructive. J’avais avalé de tonnes d’Occident depuis mon adoption, mais je ne résistais pas à la puissance visionnaire orientale, à ces esprits aux formes épouvantables que je portais dans me gènes. La corde existante et tendue en moi n’attendait que le pincement pour résonner. (Pause.) Ma mère adoptive et ensuite mon épouse, asiatiques toutes les deux, connaissaient la chanson. L’aventure. Chacune dans son coin et dans son style. Ce qui n’a jamais été le cas avec mon père adoptif. Ni avec les autres membres de la famille occidentale. Les esprits n’étaient pas pour eux. Pour moi, si. J’avais appris comment faire pour les apercevoir. J'en était terrifié, mais je gardais le silence. L’univers avait doublé de population dans cette partie de ma vie. Pour chaque personne vue par les Occidentaux, matérielle, concrète, je voyais une réalité supplémentaire, insaisissable pour les autres. Les sonorités des ces suppléments étaient basses, graves, plutôt vibratiles qu’audibles. Des secousses sismiques, terrifiantes. Il s’agissait d’une vraie population parallèle, composée de vraies personnes. Bizarres, consistantes, indifférentes, sans pitié.

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Cette population fantasmatique allait s'évanouir à l'arrivée de son premier enfant.

 

 

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23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 09:15

 

Le non-qui

L’alphabétisation « populaire » initiée au 19ème par un certain Jules Ferry était justifié par industrialisation. Le travailleur devait arriver à déchiffrer un dessein technique, à lire un mode d'emploi, à remplir un document civil et à le signé...

La chose s'est transformée en cauchemar. Tout le monde peut lire et compter aujourd'hui. Ce qui veut dire que ce satané « tout le monde », ou, pour faire court, « le monde » à le droit d'écrire, de compter, de se tenir informé et d’informer à son tour.

Tout le monde, c'est à dire le non-qui !

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22 octobre 2019 2 22 /10 /octobre /2019 07:58

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 16

 

Je la trouve sympathique, la dame. Un visage de singe animé d’une expression de vraie miséricorde rassasie pour la souffrance humaine quotidienne, doucement énervée et sceptique. La mère du jeune médecin Dufayer. L'infirmière en chef de l'étage.

<>

Le Coréen de Pompadour se démène en moi avec force. Son fantôme m’ébranle. À l’instar du fantôme de Madame Dufayer. Leurs fantômes qui me hantent sont plus forts que leurs existences, que leurs correspondants vivants.

Question d’âge ? Raccourci de la mort, directement ?

Ma tête pue toujours. Je ne crois plus à ma rémission.

<>

J’aimerais qu’on me laisse tranquille. Que je m’en aille en paix.

L’identité n’est qu’une comédie. Toutes les identités sont des comédies. Mieux encore, toutes les identités sont comiques.

Ce sont quoi toutes les identités du monde par rapport à la mienne, par rapport à ma mort ?

<>

Yun, ensuite Alain, eut des sérieux problèmes identitaires.

Son identité serait confrontée à la vie, paraît-il, tandis que la mienne s’exprimerait face à la mort.

Il fut initié (ou contaminé) et ensuite guéri des revenants.

Sa première rencontre consciente avec des revenants eut lieu en France, juste après son premier mariage. Sa femme, la Coréenne, voyait des spectres. D’abord, ceux de la famille, les défunts récemment trépassés. Ensuite, des figures plus ou moins reconnaissables, aléatoires.

 

 

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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 14:34

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 15

 

Ai des problèmes d’équilibre. Falloir découvrir ou créer des repères. Savoir, vouloir, pouvoir. Les repères appréhendés, sortis de leur chaos, livrés au connu, emprisonnés dans le connu, aspirent à l’équilibre. La sensation de déséquilibre est inhabituelle, désagréable. Anormale.

Il n’y a pas trop de normal dans la pré-mort.

Ni d’anormal.

À l’inquiétude du déséquilibre s'ajoute l'énervement de la lourdeur. Je pèse un bon quintal et demi. Les infirmiers, des vrais colosses, soufflent comme des bœufs lorsqu’ils me déposent sur la lunette de la cuvette.

Impossible de dire s’il y a plus de matière en moi ou si la gravitation est devenue plus forte.

La lourdeur fait partie de l’équilibre. Pourtant, se laisser absorber par le centre de la terre, n’est ni plaisant, ni rassurant.

<>

..Jeanne, son heure arrivée, était terriblement maigre et légère. Rien de déséquilibré. Elle partait ainsi, absorbée par ses os ! Ses os absorbés par les étoiles. Elle était volatile. Elle était tellement présente !...

<>

Dans la donne d’aujourd’hui, dominée par une lourdeur renouvelée, articuler des mots, les faire voler, pourrait se réclamer de l’équilibre !

Moi... Moi, je ne parle plus ! Suis déséquilibré ! En silence ! Muet !

L’équilibre opère dans un environnement de visions.

C’est dans une masse-volume aérienne que l’on retrouve le sens profond donné par le son de l’objet ; le sens profond donné par le son à l’objet.

C’est dans des environnements humoraux qu’agissent la musique et, plus encore, la parole. Des environnements, voire des univers. La vibration et la circulation des masses/volumes aériennes et humorales déterminent la qualité de l’équilibre.

*

...Chevaucher une foudre de

compréhension transcendantale.

Chevaucher et traverser la compréhension

des cristaux.

Problème de cristaux. De cristaux manquant. On

en manque.

On est en manque de cristaux.

On est fou...

*

Dans le noir, je tangue en même temps que l’on tangue, que ça tangue. Mon équilibre ne résiste plus au noir. Il me faut du visuel pour me repérer. Je suis attaché à l'extérieur. Enchaîné au dehors. C'est lui qui me met à ma place. Qui me définit. Une partie de moi est détruite. Je me trompe peut-être ? Non. Non. J’arrive simplement à toucher le plus profond de moi-même, l’homme terminal, l’endroit où l’homme finit, où il se livre à l’infini. Où il se totalise. Où il se perd.

*

...Entrer dans ma chambre. Rester

à côté de la porte. Me regarder,

silencieuse. Le clair-obscur régnant

dans la pièce. Augmenter la brillance

cristalline du regard. Un cauchemar.

Silence et brillance.

Sortir. Sans bruit. Sans regard.

En Silence. En Brillance.

Madame

Dufayer...

*

 

 

 

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16 octobre 2019 3 16 /10 /octobre /2019 08:17

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 14

 

Je ressens une envie étrange. L'envie de standard. Je ne suis pas standard, moi. Enfin, je ne retrouve pas mes repères standard. (Si jamais j'en ai eu. Si jamais ils avaient existé.). La banalité est réconfortante. Mais, malheureusement, elle ne peut être appréciée qu'à partir des positions d'exception.

Mon esprit (c'est quoi ? – et pourquoi cette question ? – et sinon... quoi ?) fait une culbute. Ce qui me manque c'est le plasma du vingtième. Ils sont où mes Hitler-Staline-Mao et les autres Pol-Poth, Idi Amin Dada (Awo-Ongo Angoo de son nom de naissance) et les autres de leur race ? Mais ceux qui, à une échelle beaucoup plus petite, « beaucoup plus humaine » les auraient précédés ?

J'ai été civilisé. On m'a civilisé. Je trouve ça inquiétant. La sauvagerie humaine, chez moi, est édulcorée, dissipée dans mes cellules, dans l'interstice cellulaire, dans je ne sais pas quoi et où encore. Ni combien encore.

<>

Je cherche autour de moi la raison de ce manque. Sans trop d'espoir.

Alors, Tom. Par défaut.

Beaucoup plus sympathique que son ministériel de frère. Même si presque tout aussi rondelet, dégoûtant et blanchâtre. Un bonhomme qui apprécie infiniment, éternellement sa baguette matinale, croustillante, beurre confiture, trempée dans le café au lait.

Sa femme me dévisage avec pas mal de miséricorde. Elle cache mal son effroi. À vrai dire, elle ne le cache même pas. Je la trouve authentique, très vraie. Insupportable.

<>

- Qu’est-ce que vous pensez : la transmission spirituelle serait-elle une sorte de contamination ?

Dufayer, le jeune docteur, veut que l’on lui transmette non seulement l’intransmissible, mais carrément l’interdit.

Et si je lui parlait d'Hitler-Staline-Mao ?

- Serait-elle limitée dans l’espace, la mort ? insiste Dufayer. Serait-elle transmissible ? Moi je dis que, dans le temps – je veux dire, à l’intérieur du temps –, l’hérédité et la culture parviennent à estomper les limites spatiales, temporales et tout. Sans les éliminer pour autant. La culture en tant qu’hérédité ; et vice versa, l’hérédité en tant que culture ; qu'est-ce que vous en dites ? L’esprit, serait-il matériel ? Universel ? Terrestre ? 

<>

Mes enfants, ce qu’ils veulent c’est de ne pas rencontrer la vérité terrorisante et dévorante de la mort.

Ils regardent mon épave.

L’antagonisme de nos positions saute aux yeux.

Avant de mourir, nous découvrons que nous sommes un sac d’archétypes. Cela étant, l’archétype d’Œdipe a changé de contenu. Mes enfants ne veulent même pas me tuer pour que je meure. Ils veulent me tuer pour me maintenir en vie !

 

 

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 07:33

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 13

 

Le monde vomit des choses, toutes sortes de choses. Il nous donne et nous rend des choses, toutes sortes de choses. La queue du reptile se régénère. Pour me régénérer, le monde utilise ma mémoire. La mémoire vomit des choses, toutes sortes de choses. L’espace se remplit d’une bizarre, d’une singulière, d'une étrange identité. Sans mémoire, sans (sa) singularité il n’y a pas d’identité.

<>

Lorsque je reviens à moi, j'aperçois à ma gauche la petite Lucie, avec ses yeux bicolores, et de l'autre côté, le jeune médecin, plus Alain, l'ex Yun.

L'atmosphère et tendue, désagréable.

Je ferme les yeux, en essayant d'oublier. Tout. Totalement. À la perfection.

De plus en plus affaibli, de plus en plus amoindri, le Moi identitaire s’éclaircit. Il est de plus en plus réduit à la simple mémoire. Il n'est plus qu'une momie, une mémoire. Le résultat d’une mise en spore.

<>

Par le passé, chaque matin, surtout avant la naissance des enfants, je revenais à moi, sans savoir ce que l'on faisait de ma conscience pendant mon sommeil. Ce que l’on lui faisait. Ce qu’on lui faisait faire.

Je revenais au monde sans me poser des questions. Je me réveillais : toujours moi, le même corps, la même figure, la même mémoire, la même âme, le même esprit, toujours… Enfin, des choses comme ça, connues telles quelles !

Si tout ça était valable hier, à présent, après avoir mourir une fois, je suis confronté à la consistance (ou conscience) d’une chimère, au mieux à celle d’une vision.

Une vision pour chaque instant. Passé, présent et même futur (un futur passé, certes, mais pas moins futur).

Globalement, il s’agit d’une multitude de visions, d’un essaim bourdonnant, d’une aura, d’une atmosphère peuplée de vérités aliénées, mais vérités toujours. L’une plus vraie que l’autre. À qui mieux mieux.

<>

Au milieu de ça, au centre de ça : moi. Moi, capable de franchir à présent le seuil, de me mêler parmi les visions, de m’emparer de leur contenu inconsistant. Alors, toute touche personnelle disparaît.

Enfin, c’est ce que je crois ressentir.

<>

Je parlais de la queue reptilienne. Je reconstitue une forme restée dans la gueule de la mort qui a enlevé quelque chose de moi-même, en ouvrant en même temps la porte pour ma vérité actuelle, autre que celle de jadis. Ma vérité d’être empêché sans raison de mourir. (Ou de mourir sans raison ?)

Je ne contrôle plus la situation. Je sais que tout ça n’est que stupide. Mais rien à faire !

À mon départ, je rendrai ce que je suis en train de prendre au monde, ce que je suis en train de consommer. Tout restera ici, sur cette basse terre sublunaire. De la bouse dans la poussière !

 

 

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