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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 14:34

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 15

 

Ai des problèmes d’équilibre. Falloir découvrir ou créer des repères. Savoir, vouloir, pouvoir. Les repères appréhendés, sortis de leur chaos, livrés au connu, emprisonnés dans le connu, aspirent à l’équilibre. La sensation de déséquilibre est inhabituelle, désagréable. Anormale.

Il n’y a pas trop de normal dans la pré-mort.

Ni d’anormal.

À l’inquiétude du déséquilibre s'ajoute l'énervement de la lourdeur. Je pèse un bon quintal et demi. Les infirmiers, des vrais colosses, soufflent comme des bœufs lorsqu’ils me déposent sur la lunette de la cuvette.

Impossible de dire s’il y a plus de matière en moi ou si la gravitation est devenue plus forte.

La lourdeur fait partie de l’équilibre. Pourtant, se laisser absorber par le centre de la terre, n’est ni plaisant, ni rassurant.

<>

..Jeanne, son heure arrivée, était terriblement maigre et légère. Rien de déséquilibré. Elle partait ainsi, absorbée par ses os ! Ses os absorbés par les étoiles. Elle était volatile. Elle était tellement présente !...

<>

Dans la donne d’aujourd’hui, dominée par une lourdeur renouvelée, articuler des mots, les faire voler, pourrait se réclamer de l’équilibre !

Moi... Moi, je ne parle plus ! Suis déséquilibré ! En silence ! Muet !

L’équilibre opère dans un environnement de visions.

C’est dans une masse-volume aérienne que l’on retrouve le sens profond donné par le son de l’objet ; le sens profond donné par le son à l’objet.

C’est dans des environnements humoraux qu’agissent la musique et, plus encore, la parole. Des environnements, voire des univers. La vibration et la circulation des masses/volumes aériennes et humorales déterminent la qualité de l’équilibre.

*

...Chevaucher une foudre de

compréhension transcendantale.

Chevaucher et traverser la compréhension

des cristaux.

Problème de cristaux. De cristaux manquant. On

en manque.

On est en manque de cristaux.

On est fou...

*

Dans le noir, je tangue en même temps que l’on tangue, que ça tangue. Mon équilibre ne résiste plus au noir. Il me faut du visuel pour me repérer. Je suis attaché à l'extérieur. Enchaîné au dehors. C'est lui qui me met à ma place. Qui me définit. Une partie de moi est détruite. Je me trompe peut-être ? Non. Non. J’arrive simplement à toucher le plus profond de moi-même, l’homme terminal, l’endroit où l’homme finit, où il se livre à l’infini. Où il se totalise. Où il se perd.

*

...Entrer dans ma chambre. Rester

à côté de la porte. Me regarder,

silencieuse. Le clair-obscur régnant

dans la pièce. Augmenter la brillance

cristalline du regard. Un cauchemar.

Silence et brillance.

Sortir. Sans bruit. Sans regard.

En Silence. En Brillance.

Madame

Dufayer...

*

 

 

 

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16 octobre 2019 3 16 /10 /octobre /2019 08:17

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 14

 

Je ressens une envie étrange. L'envie de standard. Je ne suis pas standard, moi. Enfin, je ne retrouve pas mes repères standard. (Si jamais j'en ai eu. Si jamais ils avaient existé.). La banalité est réconfortante. Mais, malheureusement, elle ne peut être appréciée qu'à partir des positions d'exception.

Mon esprit (c'est quoi ? – et pourquoi cette question ? – et sinon... quoi ?) fait une culbute. Ce qui me manque c'est le plasma du vingtième. Ils sont où mes Hitler-Staline-Mao et les autres Pol-Poth, Idi Amin Dada (Awo-Ongo Angoo de son nom de naissance) et les autres de leur race ? Mais ceux qui, à une échelle beaucoup plus petite, « beaucoup plus humaine » les auraient précédés ?

J'ai été civilisé. On m'a civilisé. Je trouve ça inquiétant. La sauvagerie humaine, chez moi, est édulcorée, dissipée dans mes cellules, dans l'interstice cellulaire, dans je ne sais pas quoi et où encore. Ni combien encore.

<>

Je cherche autour de moi la raison de ce manque. Sans trop d'espoir.

Alors, Tom. Par défaut.

Beaucoup plus sympathique que son ministériel de frère. Même si presque tout aussi rondelet, dégoûtant et blanchâtre. Un bonhomme qui apprécie infiniment, éternellement sa baguette matinale, croustillante, beurre confiture, trempée dans le café au lait.

Sa femme me dévisage avec pas mal de miséricorde. Elle cache mal son effroi. À vrai dire, elle ne le cache même pas. Je la trouve authentique, très vraie. Insupportable.

<>

- Qu’est-ce que vous pensez : la transmission spirituelle serait-elle une sorte de contamination ?

Dufayer, le jeune docteur, veut que l’on lui transmette non seulement l’intransmissible, mais carrément l’interdit.

Et si je lui parlait d'Hitler-Staline-Mao ?

- Serait-elle limitée dans l’espace, la mort ? insiste Dufayer. Serait-elle transmissible ? Moi je dis que, dans le temps – je veux dire, à l’intérieur du temps –, l’hérédité et la culture parviennent à estomper les limites spatiales, temporales et tout. Sans les éliminer pour autant. La culture en tant qu’hérédité ; et vice versa, l’hérédité en tant que culture ; qu'est-ce que vous en dites ? L’esprit, serait-il matériel ? Universel ? Terrestre ? 

<>

Mes enfants, ce qu’ils veulent c’est de ne pas rencontrer la vérité terrorisante et dévorante de la mort.

Ils regardent mon épave.

L’antagonisme de nos positions saute aux yeux.

Avant de mourir, nous découvrons que nous sommes un sac d’archétypes. Cela étant, l’archétype d’Œdipe a changé de contenu. Mes enfants ne veulent même pas me tuer pour que je meure. Ils veulent me tuer pour me maintenir en vie !

 

 

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 07:33

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 13

 

Le monde vomit des choses, toutes sortes de choses. Il nous donne et nous rend des choses, toutes sortes de choses. La queue du reptile se régénère. Pour me régénérer, le monde utilise ma mémoire. La mémoire vomit des choses, toutes sortes de choses. L’espace se remplit d’une bizarre, d’une singulière, d'une étrange identité. Sans mémoire, sans (sa) singularité il n’y a pas d’identité.

<>

Lorsque je reviens à moi, j'aperçois à ma gauche la petite Lucie, avec ses yeux bicolores, et de l'autre côté, le jeune médecin, plus Alain, l'ex Yun.

L'atmosphère et tendue, désagréable.

Je ferme les yeux, en essayant d'oublier. Tout. Totalement. À la perfection.

De plus en plus affaibli, de plus en plus amoindri, le Moi identitaire s’éclaircit. Il est de plus en plus réduit à la simple mémoire. Il n'est plus qu'une momie, une mémoire. Le résultat d’une mise en spore.

<>

Par le passé, chaque matin, surtout avant la naissance des enfants, je revenais à moi, sans savoir ce que l'on faisait de ma conscience pendant mon sommeil. Ce que l’on lui faisait. Ce qu’on lui faisait faire.

Je revenais au monde sans me poser des questions. Je me réveillais : toujours moi, le même corps, la même figure, la même mémoire, la même âme, le même esprit, toujours… Enfin, des choses comme ça, connues telles quelles !

Si tout ça était valable hier, à présent, après avoir mourir une fois, je suis confronté à la consistance (ou conscience) d’une chimère, au mieux à celle d’une vision.

Une vision pour chaque instant. Passé, présent et même futur (un futur passé, certes, mais pas moins futur).

Globalement, il s’agit d’une multitude de visions, d’un essaim bourdonnant, d’une aura, d’une atmosphère peuplée de vérités aliénées, mais vérités toujours. L’une plus vraie que l’autre. À qui mieux mieux.

<>

Au milieu de ça, au centre de ça : moi. Moi, capable de franchir à présent le seuil, de me mêler parmi les visions, de m’emparer de leur contenu inconsistant. Alors, toute touche personnelle disparaît.

Enfin, c’est ce que je crois ressentir.

<>

Je parlais de la queue reptilienne. Je reconstitue une forme restée dans la gueule de la mort qui a enlevé quelque chose de moi-même, en ouvrant en même temps la porte pour ma vérité actuelle, autre que celle de jadis. Ma vérité d’être empêché sans raison de mourir. (Ou de mourir sans raison ?)

Je ne contrôle plus la situation. Je sais que tout ça n’est que stupide. Mais rien à faire !

À mon départ, je rendrai ce que je suis en train de prendre au monde, ce que je suis en train de consommer. Tout restera ici, sur cette basse terre sublunaire. De la bouse dans la poussière !

 

 

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12 octobre 2019 6 12 /10 /octobre /2019 07:24

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 12

 

Jocelyn.

Grand et trapu, massif, ventru. Une peau tr

op blanche, une calvitie dégoûtante, une voix veloutée, ministérielle, un regard fuyant, lâche et rapace à la fois !

Jocelyn comme sensation ; ayant crée en moi son organe.

Voilà un bon exemple ! Son homosexualité comprise !

Serais-je un has been pour lui ? Tu parles ! C’est bien lui qui crie le plus fort lorsque je meurs ; c’est lui qui me pince le bras, qui me donne des gifles ; c’est lui qui s’oppose comme un dératé à la liberté que j’ose prendre (de quel droit ? ! à quel titre ? ! au nom de quoi ? !), à la liberté de tourner l’œil, d’expier ; c’est lui encore qui pousse ses frères et sa sœur à se déclarer plus déterminés qu’ils ne le soient, à se montrer tout aussi décidés que lui pour empêcher mon départ. Décidés jusqu’à l'hystérie.

Qu’est-ce que je suis, moi, pour ce haut fonctionnaire antipathique, Jocelyn, mon fils ? !

<>

Oui, il m’est terriblement antipathique. Ça a toujours été ainsi. Il m’a toujours été antipathique. Mais les choses se sont empirées après son comming out. L’antipathie, refoulée pendant de longues années, palpitante dans mon âme avant même qu’il ne soit né, voire avant même qu’il ne soit conçu (oui, je le sais et je l'affirme aujourd'hui), s’était manifestée avec une telle force, avec une telle luminosité qu’il ne me restait plus qu’à l’assumer.

Oui, cette progéniture m’est profondément antipathique.

Mais – car il y a un « mais » – depuis mon retour, l’appréciation que je porte sur cette antipathie a changé. Il me semble qu’on a affaire à une mutation. C’est-à-dire, j’ai comme un sentiment d’intériorité : son homosexualité c’est la mienne. En partie, mais sans équivoque. Ça correspond à la multiplicité possible de l’être.

Depuis la mort de Jeanne, depuis que mes impulsions sexuelles se sont éteintes (presque), je sais ce qu'est que d’avoir à l’intérieur de soi une partie féminine. Lorsque je me masturbe, je fantasme sur les partenaires que j’aurais eues ou que j’aurais désirées sans pouvoir y toucher. Si ces images font défaut, la mécanique se bloque. Je ne peux éjaculer (en bandant ou pas) que si une femme s’érige en moi, que si elle est présente et agit sur (en) moi.

Quant à l 'homme... Un homme intérieur pour la baise homo? Pourquoi pas ? Ce qui est permis à une femme intérieure ne serait-ce pas permis à un homme intérieur ?

<>

J'hallucine. J’extrais de Jocelyn un venin fétide, vaguement douceâtre, aux clapotis murmurés et caverneux. Quelque chose qui fait apparaître une lueur éclatante. Le gris y épouse le jaune d’une manière verdâtre ; sinistre et rassurante ; et attrayante.

Je sens le goût de ses cellules, que je suce et prive de leur cytoplasme filial. Je me demande toujours : pourquoi me retient-il, pourquoi ne me laisse-t-il partir ? Normalement, il devait être en paix avec moi. Son comming out s’est bien passé. Ma chère Jeanne n’était plus là pour souffrir et pour comprendre... Moi, je me suis interdit tout geste ou mot déplaisant. Il n’a qu’à se faire enculer, l'enculé. À sa guise. 

 

 

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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 08:42

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 11

 

Celui qui ne mourra pas n’est pas né.

Ils s’agitent pour me faire revenir et, une fois ramené ici-bas, me lorgner. Une sorte de contre-énergie.

Sachant qu’ils vont tous mourir un jour, on enfonce maintenant en eux ses racines nouvelles, tentaculaires. On suce leurs vies. On en extrait un suc pas très abondant, léger, discret. Une sève qui a affaire à la vie morte. Quelque chose qui donne et entretient la vie morte.

Il faut toucher à cette vie morte pour éprouver un plaisir interdit aux mortels. Il faut la subir, il faut la vivre, cette vie morte, il faut entrevoir les merveilles cachées dans la démence de la mort.

Je les vide. Eux, ils se renouvellent et se remplissent sans cesse de leur délicieuse et perverse substance vampirisable. Ils sont jeunes encore. Insatiables.

Je me suis découvert un nouvel organe de sens. Il ne s’agit pas d’un nouveau sentiment mais plutôt d’une nouvelle sensation.

À chaque sensation, son organe de sens.

...Des quasi-sentiments bienveillants. Des sentiments inutiles. Des sentiments sans sens. Des quasi-sentiments stupides, broyeurs/consommateurs d’énergie dans le vide. Des sentiments entropiques. Sans justification. Sans plaisir.

 

 

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8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 08:22

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 10

 

Je m’occupe énormément d’Alain. Beaucoup plus que de Magali. Je suis plus squatté par lui que par elle .

Magali : sang de mon sang. Le Coréen de Pompadour : une greffe sur mon sang, sur une de mes branches, Magali.

On utilise souvent le mot « hasard » pour designer des événements bizarres, comme la rencontre de ma Magali avec son Alain.

Hasard ?

La rencontre avec Alain fit de Magali quelque chose d’anormal. Elle normalisait, banalisait Alain. Ce qui était le contraire même du banal. Alain, avec son exceptionnel subconscient (ou inconscient), avec son désir de normalisation, de banalisation par changement d’enracinement et de racines, la rendait exceptionnelle.

Elle est sortie de mon époque, de mon sang, de moi-même, pour creuser sa tranchée – tombe ? – dans un monde nouveau (qui ne m’appartenait plus, qui n'acceptait plus mon sang et qui me supportait à peine).

Et pourtant, elle ne veut pas que je m’en aille, elle ne veut pas que je plonge dans le rien.

Pourquoi ?

 

 

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6 octobre 2019 7 06 /10 /octobre /2019 08:01

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 9

 

Voilà !

Ces voix trans-historiques/trans-géographiques me troublent. Les voix bourdonnées, parfois assourdissantes des masses/peuples ; les voix incendiaires des familles trans-raciales ; les incantations dites sociales de ce monde d’otages réciproques (races, familles, peuples...), tout ça...

Yun devint Alain pleinement. Dans son âme.

<>

C’est important le nom. Le nom donne beaucoup ; beaucoup plus ; beaucoup trop.

Une fois nommé, on est prisonnier de son nom.

On a poussé Yun à fonder des familles déracinées. On l’a poussé d'abord à donner à la masse/peuple coréenne une famille – en France. On l’a poussé à donner à la masse/peuple française une famille coréenne dont elle n’avait rien à foutre.

Suivit une famille recomposée... une identité recomposée...

(La dépersonnalisation s’empare de nous, quoi que nous faisons ! On dépasse l’histoire. On gagne la transhistoire ! Dans un raccourci, dans un éclair de compréhension inhumaine, ceci explique cela, ceci explique tout.)

Yun/Alain était tellement formaté par son peuple générique/génétique (qui n’avait pas voulu de lui, pourtant), il était tellement bridé, qu’on ne pouvait même pas imaginer qu’il se prolongeât dans des enfants de type caucasien ou noirs ou rouges ou bleu-trompettes. Pas plus que dans une incarnation ou une autre, dans n’importe quel être animé ou pas, c'est à dire mortel.

Par contre, il pouvait adopter des enfants. Le cas échéant, des non-bridés ; et tout ce qui allait avec. Il le fit avec les enfants, de Magali, avec les prolongations de celle-ci. Et du coup, avec mes propres post-prolongations biologiques. Il les a adoptées. Il les a adoptées avec leur chien et leur chat et leur hamster et toute leur bande et avec moi-même, avec toute notre tribu. Il l’a fait, cet héros de la transgression – ou trahison? – raciale et générationnelle, capable d’auto-transgression – d'auto-trahison? – donc, qui est Yun devenu Alain.

Magali a adopté à son tour les deux bridés d’Alain. Mais elle n’est pas devenue Yun. Ses marmottes non plus.

Magali et Alain, ex-Yun, ont aujourd’hui cinq enfants, quatre à moitiés biologiques, ou, enfin, biologiques chacun de ses côtés (compliqué, hein !) si je puis dire, mais entièrement adoptés chacun de son côté, et une transraciale – interraciale ?–, non-adoptée (pas besoin), « biologique », riche en héritage génétique, la petite Lucie.

 

 

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3 octobre 2019 4 03 /10 /octobre /2019 08:59

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 8

 

Alain est resté Yun un certain temps. On lui a donné le nom à l’occasion de son adoption ; pas très loin de sa naissance. Une fois légumisé en France, on a voulu éliminer Yun pour faire naître Alain. Mais la mémoire interne profonde de Yun ne se laissa pas violée. Yun ne devint pas Alain. Pas tout de suite. Pas automatiquement.

L’orphelinat qui le poussait prendre le large, qui l’abandonnait, lui avait donné comme nom, Yun. Dans son esprit, en silence, en cachet, il garda son Yun jusqu’à la fin de son premier mariage. Jusqu'à la fin de ce mariage, il obéit en silence, en cachet à l’inconnu qui était le sien : sa race, sa famille biologique abandonnatrice, son peuple malmené, son histoire fracturée, meurtrie.

Jusqu'à la fin de son premier mariage, Alain porta en lui la cage enfermant Yun ; la prison de Yun, protectrice. Quelque chose de très personnel. Quelque chose dont la singularité dépassait largement Yun et Alain. Quelque chose qui les disqualifiait.

<>

On vit au sein de sa famille d’abord, au sein de son peuple ensuite, comme à l’intérieur de sa peau.

Quitter sa famille, son peuple, c’est se faire écorcher. Mais quid de se faire ostraciser par sa famille, par son peuple ?

Il m’est difficile à imaginer la soumission désespérée de Yun-pas-encore-Alain.

<>

Non seulement qu’il pardonnait à son peuple natal l’expulsion, mais il lui donnait acte d’allégeance.

Il allait chercher « sa moitié » en Corée.

Non pas en France, parmi les français, mais en Corée, parmi les coréens dont il ne parlait même pas la langue et qui, un quart de siècle auparavant, avaient trouvé bon de le confier/abandonner à la DASS.

Pourquoi avait-il besoin de se catapulter pour « prendre femme » là, dans sa Corée diable-vauvertienne ? (Une femme « courte », qui allait mourir après cinq ans de mariage et la mise au monde de deux enfants.) N’y avait-il pas assez de femmes porteuses des calices à féconder ici, en France, à côté de lui, chez lui ?

(C'était où chez lui ?)

<>

Après la mort de la Coréenne, la soumission de Yun changea de contenu. Il entendit la voix de sa deuxième masse/peuple. Le moment venu, il se mit à se recomposer une famille ici, parmi les non-Coréens. Il changea la soumission en survivance. Il donna une famille à la masse/peuple française ; avec Magali, ma fille. Du coup, avec moi.

Voilà !

 

 

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 08:19
Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 7
 
Je suis vieux et malade. J’ai un trou percé dans le crâne. La mémoire s’échappe par là. Elle se vide. Elle fait le vide. Elle me quitte, la salope ! Elle se sauve.
 
Pourtant elle, la femme du Coréen de Pompadour y siège toujours. Ici, et maintenant, fantomatique, dans les limbes mystérieux de ma mémoire. Avec son mystère à elle, de Coréenne arrivée mystérieusement parmi nous, dans ma vie. Dans un des îlots de ma vie.
<>
Puis... Mère de deux enfants de type caucasien, Magali, ma fille, père de deux enfants de type asiatiques, Alain, le Coréen de Pompadour, n'ont rient trouvé de mieux à faire que de concevoir, produire, fabriquer, une petite Lucie, métisse, métissée, vaironne (or et émeraude), âgée de quinze ans aujourd'hui.
 
J'aimerais savoir ce que Jeanne, ma feue femme, aurait eu à dire à ce sujet. Mais la feue épouse d'Alain ? Comment se présente tout ça dans Lucie ?
<>
Supposons que la mère biologique de Yun, qui avait abandonné son enfant, aurait été traumatisée par la guerre de Corée. D’où l’abandon. Lors de son arrivée à la DASS coréenne, il ne portait même pas de nom. On l'abandonnait dans l'état, sans nom. À peine nommé, on le (pro)jeta vers la France, sur Pompadour.
 
Ça, d’un côté.
 
De l’autre, supposons que sa future femme n'était pas orpheline, comme lui. Ses parents ne l'auraient pas abandonnée. Ils auraient été pourtant, comme toute leur génération, des enfants de la guerre des Corées.
 
...Jusqu’au moment de son mariage elle fut une composante anonyme, un légume de sa génération sud-coréenne. Il n’y avait aucune raison pour qu’elle se fasse cueillir, vingt cinq ans après sa naissance, cueillier et délégumiser par un jeune (de sa génération sud-coréenne, certes, mais devenu le Coréen de Pompadour), pour être transplantée et, d'une certaine manière rélégumisée, en France.
 
Raison ? Mais de quelle raison parle-t-on ?
 
Elle s’est laissée faire. Elle s’est laissée délégumiser et rélégumiser. Elle a accepté l’exceptionnel.
 
Quant à lui, il n’a pas pu retrouver l’anonymat, le banal propre à ceux de sa génération sud-coréenne. Il n’a pas trouvé bon de rentrer pour toujours dans sa Corée natale, de s'y fondre, il n’a pas trouvé le sol « natal » suffisamment nutritif pour s’y re-implanter, s’y rélégumiser. La légumisation pompadourienne lui convenait davantage.
 
Ce qui est certain c’est qu’aujourd’hui on pouvait les regarder, tous les deux, comme des produits marginaux de l’histoire. Marginaux, c’est vrai, mais quand-même porteurs d’histoire. Comme les particules de fumée, de lave, de vase d’une vaste et puissante éruption.
 
 
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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 14:27

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 6

 

Bon !

Revenons au Coréen.

Bon !

Il passa son enfance et sa jeunesse à Pompadour. Intégré au milieu corrézien, il ne lui restait de son coréeanisme que la tronche (on ne peut ni cacher ni transformer des yeux tellement fendus et tellement noirs, aux éclats coupants, un nez tellement aplati, tellement spécifique, ses cheveux tellement noirs, tellement beaux…) et son penchant pour les arts martiaux et mystiques asiatiques.

Il parle français comme un corrézien. Ensuite, une fois monté à Paris, il se met à parler comme un parisien. Aucun mot de coréen, en revanche. Un peu de cambodgien, seulement (mère adoptive oblige).

Il est toujours tout seul. La sœur « biologique » arrivée dans le foyer quelques années après son adoption ne devient pas vraiment sa camarade de jeux et d'autant moins sa sœur. L’entente avec elle est bonne. Pas plus. Alain ne l'intègre pas dans son existence.

Très-très bosseur, il arrive – seul, tout seul – à un certain niveau de connaissances informatiques. Il se fait embaucher par une banque. Seul !

Il décide de « prendre femme ». Seul. Il entreprend deux voyages à Séoul. Il rentre du deuxième avec sa femme coréenne. Ils se parlent en anglais, au début et, peu à peu, en français ; ils produisent deux enfants.

Après cinq ans de mariage, cette femme meurt. Alain reste avec deux enfants sur les bras. Seul de nouveau. Très seul. Tout seul. Seul avec ces enfants.

Ce n'est pas grave. Il connaît la solitude. Il s'y connaît.

Je ne l’ai pas connue, son ex-épouse. Je ne sais même pas ce qu’elle faisait dans la vie.

 

 

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