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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 16:51

Avant propos

 

Les questions idiotes devraient être jugées. À la Cour d’assises. ----------- Comme des crimes.

- Condamnées comme des affreux criminels !

Elles tuent tout en étant aussi légitimes que toutes les autres. ----------- Qui, elles, reposent sur l’intelligence ayant découvert – ou inventé – l’inconnu. Autant crétine qu’elle soit, face à l’inconnu, la question, quoi qu’elle soit, devient « explicable ». Même la plus incongrue, puant la stupidité (assortie ou pas par de l’hystérie ----------- méchanceté ----------- haine ----------- …), qui ne tient que du bon vouloir (tout aussi schopenhauerien et inexplicable que sa camarade tout aussi schopenhauerienne et inexplicable, la représentation).

- Même cela.

L’inconnu ne serait-il lui même l’écume même de la stupidité ?

Quoi qu’il en soit, la question reste confinée dans domaine réservée à l’humain qui, lui, croit avoir affaire à l’inconnu (tandis qu’en réalité il ne fait que souffrir d’une certaine léthargie de la compréhension ----------- manifestée, justement, par le croire).

- On ne comprend que ce qu’on peut comprendre ou, plus exactement, ce qu’on sait déjà.

- Ce qu’on croit. ----------- Ce qu’ ----------- on !

- Aucune question n’est posée à l’inconnu par l’existence, qui, elle, ne connaît pas d’inconnu ; même lorsqu’il s’agit de l’inexistence.

- L’existence n’interroge pas. Au mieux, elle affirme ----------- mais le plus souvent, elle impose. Chose valable même pour l’inexistence, dont l’immanence ne constitue nullement des impedimenta pour l’existence de l’affirmer ----------- imposer.

- Sans aucune question préliminaire ----------- ni ultérieure.

Cela étant, comme disait un moraliste français un peu et injustifié oublié aujourd’hui, « folie ou bêtise, quelle différence ? » (ou : folie et bêtise, même combat !).

Alors, si ce qui vient d’être dit était vrai – et pourquoi n’en serait-il pas ? – les questions visant la haine et, tant qu’on y est, la violence qui va avec, ces questions, donc, relèveraient-elles du même univers inconnu qui légitime toutes les autres questions ----------- censées ou stupides ? ----------- Malin celui qui oserait y répondre !

- Si ce n’est pas clair, lisons ce qui suit. – Même si ça ce sert à rien.

- Même si !

- Si !

- Ou ----------- si !

 

 

Un aîné

- il n’y pas des questions, ni d’autres explications -

 

 

 

Pourquoi ? Tu veux savoir pourquoi ?

- Parce que !

Voilà pourquoi ! ----------- Parce que – voilà pourquoi !

- C’est tout ?

T’es malin, toi ! ----------- Et toi, non ? ----------- Pas moins que super. ----------- Plus extra, tu meurs !

- Conard !

Ben, oui !... Casser la gueule ! Des gueules ! Aux arabes, aux noirs et tout ! Parce que vous, vous étiez pas des pédés, vous ?!

- Pédés !

Vous êtes au moins tout aussi enculés qu’eux ! Oui ! ----------- Même plus !

- C’est moi qui te le dis !

Et tiens ! Prends ça !

Parce que c’est comme ça, et pas autrement.

- Pour l’éternité !

- Imbécile !

- Pour l’éternité ! ----------- C’est moi qui te le dis ! ----------- Oui ! C’est c’la ! -----------Ton frangin ! Tu vois ça, l’éternité ?... Tu crois que je ne suis pas passé par là ? Et comment encore ! Je me suis fait tabasser rue Vieille du Temple ! Y avait que des pédés. Des phoques ! Partout. Plus que des youpins. Ça, oui ! Ça, je comprends ! Ils m’ont eu, les salauds ! J’étais par terre, et ils me prenaient aux pieds. C’était parce que j’avais dit à deux qui s’emmêlaient les langues qu’ils n’étaient que des enculés.

- Des sales pédés, quoi !

Et, pan, plein la gueule, et poum, plein l’estomac. Ils m’ont roulé, quoi ! C’est qui, eux ? Qu’ils s’enculent l’un l’autre, ils n’ont qu’à ! Mais c’est qui ----------- eux ? Hein ?

- Merde !

Les arabes, les négros ! Des conneries ! Ça n’a pas de sens ! Pour c’qui concerne les pédés, ça, oui ! Et les gouines ! Racle bien une truie péteuse de cette espèce, et t’auras du foutre partout. C’est astral, quoi !

- C’est ni les arabes, ni les corneilles qui...

- C’est que des pétés tout ça !

- C’est quoi un arabe, une corneille ? ----------- Ma bite ! ----------- Tandis qu’un enculé !... ----------- Et qu’on leurs donne du PACS. Pour qu’ils se le mettent directement dans le cul ! Et puis quoi encore ? Peut-être une prime, tant qu’on y est ?

- Une prime d’enculage ?

Ça, oui, habibi ! Ça !...  Et comme je te dis, si tu peux articuler une meuf, une saphe ----------- he he he ----------- y de la lecture ici, dans le céphal, dans la migraine ----------- tu bandes et tu craches.

- Partout. De partout. ----------- Et tout.

Ensuite, tu la sautes ! C’est quelque chose ! Le pied ! ----------- T’es quelqu’un.

- C’est tellement fort, que tu deviens quelqu’un.

- Capisci ? ----------- Quelqu’un ! ----------- Comprendi ? ----------- Mais, toi, non ! Toi, t’es encore endormi, toi.

T’es loin d’être réveillé. Et lorsque tu vas t’écarquiller les fanaux, tu vas te rendre compte que tout ça n’a laissé aucune trace ----------- vive en toi.

- C’est stelaire !

Rien d’ici, de terrestre. ----------- Y a simplement un lit sec ----------- une ride ----------- et tout ça ----------- et rien. C’est pas ça.

- Je te le promets.

Si t’as la rage, t’es quelqu’un. En plus, t’es bien, t’es super. Et tout ça. Et la haine, et la rage, et tout. Tu te laisses pas emmerder ! Tu laisses pas l’ennui venir. C’est le pire, je te le jure.

- Le pirissime, quoi !

Après l’ennui, il n’y a rien. ----------- Capisci ? ----------- Rien. ----------- Comprendi ? ----------- Il faut que t’assimiles, que t’intègres, que tu digères tout ça ! ----------- Et que tu ne chies pas !

- Voilà !

À toi, maintenant ! Et ne me regardes plus comme ça, conard ! Frangin ou pas, je suis plus âgé que toi. ----------- Et plus fort !

- Alors?...

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 11:50

Avant propos

Ce qui suit c’est l’histoire d’une sœur et d’un frère confrontés aux caprices de la nouvelle génération : fille du premier, nièce de la seconde. Ce sont de caprices ou des hésitations qui, en temps normaux, n’intéresseraient personne. À La rigueur, le mari de la jeune fille ; ou ses enfants. – Absentes et l’un et les autres. Elle était célibataire et sans enfants. Comme beaucoup d’autres de sa génération ; pour ne pas parler des générations à venir. Ils ne devraient intéresser ainsi ni l’éventuel lecteur de ces lignes, assujetti au voyeurisme (généralement humain) fruste et brutal de la pornographie, de l’imaginaire déchaîné (cosmique ou nanométrique ou génétique ou écologique ----------- et métaphysique) de la violence ketchup ou vraiment sanguinaire ou psycho-psychiatrique ou…

Pourtant, ce n’est pas comme ça que ça se passe. Comme preuve, Tchekhov est lu, relu (et abîmé chaque fois par l’esprit (du ?) lecteur, sans que l’auteur s’en formalise ----------- ce qui est loin d’être le cas du lecteur).

Tout ça pour dire qu’il s’agit d’un des ces moments privilégiés où on se dit qu’il faut donner à Cesare ce qui est à Cesare, à Tchekhov ce qui est à Tchekhov, et le reste à l’inanité de ce qui reste.

        

 

Filasses de fumée

- un certain souffle tchekhovien -

   

            Jean-François regarda Michèle. Celle-ci grattait avec son ongle une tache de fiente sèche sur la table ronde, en plastique vert foncé.

- Il y a quand même quelqu’un ! Pour nous gouverner tout ça !

Le frère et la soeur, la cinquantaine soignée, étaient assis dans leurs fauteuils de jardin confectionnés du même plastique vert foncé que la table. Sur la table, deux bouteilles de Bourgogne, dont une vide, deux pots de moutarde convertis en verres, un plateau en osier avec quelques morceaux de fromage, un panier en pailles pour le pain, un cendrier où les mégots blancs, de Jean-François, faisaient ménage avec les jaunes de Michèle, un briquet blanc.

- Tu vois ?

Jean-François leva son bras vers l’arborescence ombrageuse du tilleul d’au-dessus de leurs têtes. L’énorme couronne bourdonnait à plein régime. Les abeilles, invisibles, étaient bien là.

- Ça, continua-t-il, je peux comprendre – ça ! Du moins, partiellement… Je ne sais pas si ce sont les mêmes. Mais, peu importe. Les mêmes ou pas, elles viennent chaque année. Elles obéissent à l’ordre qui leur est donné, d’envahir la couronne et de sucer le nectaire des fleurs, de s’en gaver, de s’enivrer.

- Et de faciliter la fécondation végétale, dit Michèle avec une onde d’ironie dans sa voix.

- Et de faciliter la fécondation végétale, acquiesça Jean-François avec un sourire, en baissant le bras. Certes ! D’autant plus faudrait-il alors se poser des questions sur ! Obéissent-elles à une injonction de type ordre ou de type besoin ? Mais, autant dans un cas que dans l’autre, il y a toujours quelqu’un qui décide. En même temps, si tu les regardes bien, elles ont l’air de se saouler – en travaillant. Je sens ça. Je comprends ça. Elles s’embaument en travaillant. Et puis elles partent...

Il pris la bouteille et remplit les verres tout en continuant :

- Comment savent-elles agir de cette façon précisément ? ----------- Et pourquoi pas d’une autre ? ----------- Comment font-elles pour ne pas se concasser l’une l’autre, pour ne pas se piétiner – sur la même fleur ? ----------- Sauraient-elles qu’elles bourdonnent autour d’une fleur ? Sur une fleur ? ----------- Comment voient-elles la fleur ? C’est quoi pour elles … la fleur ?

Il mit la bouteille sur la table.

- Pour ne pas parler de ce qu’elles savaient les unes au sujet des autres, et de ce qu’elles savaient sur nous ! -----------  Si elles savaient quelque chose – tout court ! -----------  Et la communication ? C’est quoi la communication, la leur, du battement d’ailes ----------- du bourdonnement?...

La réponse silencieuse de Michèle : un petit mouvement de la tête et une sourcil légèrement haussée : de la condescendance amusée (pour l’exposé), du respect plus sérieux, un peu soumis ou grave (pour le problème soulevé). Elle grattait toujours la tache blanche de guano sur la table verte. 

Jean-François leva le verre – toast – et pris une gorgée de vin. ----------- Ensuite :

- Mais, enfin !, voyons !, c’est pareil chaque année. Et ça, je peux comprendre ça. L’éternel retour. C’est quelque chose qui m’est de plus en plus familière. -----------  Avec l’âge. ----------- À force de répétition.

La couronne du tilleul bourdonnait monotonement.

Ce fut le tour de Michèle de reprendre.

- Tu sais, dit-elle, la liberté même… Je crois que la liberté peut devenir une forme de gouvernance. ----------- C’est ce qui se passe. ----------- Exactement. À mon avis.

La femme arrêta de gratter la tache de guano et dévisagea son frère en attendant une réponse.

Le regard de celui-ci était humide, peut-être triste, ou seulement envahi par le vin. Ensuite :

- Si c’est le cas, la liberté n’est pas bonne. Ou, peut-être, s’agit-il de trop de liberté. Mais je ne crois pas que la liberté soit mise en cause. C’est plutôt autre chose. Peut-être le manque d’une mère... Il n’est pas exclu...

Silence. Bourdonnement.

Michèle sortit une cigarette jaune de son paquet et l’alluma.

- En fait, dit-elle en jetant deux filasses de fumée par les narines, une quenouille par la bouche, je la comprends. Elle a besoin d’un sujet pour sa tendresse. D’un objet de tendresse. D’un objet pour, pour la tendresse. C’est sa mère, bien sûr, qui lui manque. Toi aussi, tu lui manques. Tu es trop ours. Obtus même. Tu lui demandes de t’aider dans ta librairie. Bien sûr qu’elle sera sa libraire, à ta retraite... C’est naturel !... Mais peut-être qu’elle n’en veut pas. Peut-être qu’elle ne veut passer sa vie à servir des clients. Ça l’emmerde. Et, à vrai dire, c’est emmerdant. Il faut être toi, avec ton envie de jaser sur tout et avec n’importe qui, pour t’y sentir bien. Mais c’est pas son style. Il faut en être conscient ! Voilà, c’est pas son style !  Elle n’aime pas le commérage, le bavardage. Elle aime communiquer. C’est ça ! Communiquer ! Pas bourdonner ! Comme ces sottes-ci !

Michèle, apparemment irritée, leva à son tour le bras vers la couronne bourdonnante du tilleul.

- Pas comme ces sottes, je te dis ! Mais avec du sens ! Avec de la compréhension !...

Silence. Bourdonnement.

- Oui, toi, avec ta compréhension ! Ton éternelle compréhension ! gronda ensuite Jean-François. Je bavarde !... Bien sûr que si ! Comment faire, sinon ? comment faire autremment, hein ? On vit de quoi si je bavarde pas ?... Et c’est pas avec n’importe qui que je bavarde. C’est avec des gens qui veulent acheter des livres et non pas des chaussures, des saucisses ou de la marmelade. Des livres ! ----------- Je ne peux pas en écrire. Ni des livres. Ni d’autres choses. Ni rien. Je peux en vendre. Même du rien. Mais c’est pas mieux de vendre des livres ? ----------- Et tu vas pas me les casser avec ça ! Car moi aussi je peux dire... ----------- Enfin ! ----------- C’est pas ça. ----------- C’est qu’elle part dans une direction où je ne peux plus la suivre. Je ne la comprends pas. Elle n’est plus à moi. Elle est devenue une étrangère. Elle m’est étrangère. Elle ne communique plus ! Elle bourdonne ! Voilà ! C’est ça ! Elle bourdonne. Mais pour qui bourdonne-t-elle ? Pas pour moi ! ----------- Je ne la comprends plus. ----------- Moi. ----------- C’est quoi cette histoire du Rwanda ?... C’était quoi la prison, avant le Rwanda ?

Silence. Bourdonnement. Filasses de fumée.

- Je ne crois pas qu’elle ait été heureuse comme gardienne de prison, reprit Jean-François. Qui pourrait y être heureux ? Elle le reconnaît elle-même qu’elle ne se sentait pas plus... libre que toutes les salopes qu’elle gardait. J’ai eu même droit à des histoires extravagantes. Des folles, tu vois ? Toutes ! Du simple vol à l’étalage, à l’inceste terribles et au crime horrible. Des malheurs intégraux ! Des psychopathes, des putes profondes ! Tu vois ? Et tout ça – pour elle. Parce qu’elle a voulu – Dieu sait pourquoi – être matonne. ----------- Matonne, sinon rien !

Silence. Bourdonnement. Filasses de fumée.

- De la tendresse, dis-tu ? reprit Jean-François. Crois-tu qu’elle ait pu... aimer toute cette vermine-là…, qui pullule là-bas ? -----------  Mais, c’est qui, elle, Jésus Christ ? -----------  Ça lui a fait du bien, peut-être ? ----------- Tu parles ! Qui peut aimer tout ? ----------- Mon cul ! Tout ! ----------- Quand je pense à ce qu’elle a dû toucher, à quoi elle a dû se frotter ! -----------  C’est à gerber, quoi ! ----------- Me demander ensuite avoir encore de la tendresse pour elle – après tout ça ? Si Sandrine vivait encore, peut-être que les choses se seraient passées autrement.

Silence. Bourdonnement. Filasses de fumée.

- Qui sait, d’ailleurs, dit Michèle. Tu ne peux pas savoir. Je dirais même que tu te trompes. C’est pas ça. C’est seulement la liberté qu’elle cherche.

Michèle secoua la cendre de la cigarette dans le cendrier.

- Oui, la liberté, continua-t-elle. Tu sais, moi aussi, à son âge, j’ai été sur le point de fuguer. À vingt ans. À son âge, exactement. Maman, avec sa silhouette ----------- tu te rappelles ? ----------- toujours devant la fenêtre avec les rideaux fermés ----------- en attendent Dieu sait quoi. Un symbole, presque... Et papa, qui lui fourrait la main sous la jupe exactement quand elle apportait le bol de soupe à table et lorsqu’elle n’avait pas de main libre ----------- pour se défendre. Et... Tu sais que je les aie vue ? Je suis tombée sur eux et sur leur ahanements....

Michèle s’arrêta. Elle ne regardait pas son frère. Sur sa figure à la peau lisse, le nuage des souvenirs apportait une légère crispation.

Le silence s’installa pour quelques secondes – quelques dizaines – en dessous de la boule bourdonnante du tilleul.

Jean-François prit la bouteille et remplit son verre.

- Et ça t’a marquée ?

Il mit la bouteille sur la table.

- Je ne pourrais pas soutenir le contraire, répondit sa sœur... Enfin, voyons !

Elle leva son verre. Jean-François l’imita. ----------- Ils burent.

Silence. Bourdonnement. Fumée.

- C’est facile !

La voix de Jean-François, un peu rugueuse, trahissait l’agacement.

- Facile de dire : liberté. C’est quoi, la liberté ?! Son énervement ? Ses crises ?... Ses… hystéricales ? Car ce n’est que ça. ----------- C’est tout. ----------- Elle est nerveuse. Hystérique. Comme tous ses copains ! Ils s’excitent, les connards ! Ils n’arrivent pas à se trouver une place dans ce monde. Alors, ils prennent toutes les conneries pour de l’argent comptant. Des andouilles !...

Silence. Bourdonnement. Fumée.

- Nous aussi, non ?, nous avons pris..., dit Michèle. Notre soixante-huit !... C’était quoi notre soixante-huit sinon ça, de l’argent comptant irréel ? Et c’était quoi cette liberté sinon une vraie liberté ? Tu crois qu’avec une mère et un père tels que les nôtres, j’aurais eu le courage de prendre ma vie au sérieux ? Mais avec cette liberté, si. J’ai pu le faire. Et je l’ai fait.

Silence. Bourdonnement. Fumée.

- Ils la craignaient, eux, cette liberté. C’était quelque chose de presque irrationnel, de toute évidence. Elle leur faisait peur. Je veux dire, la liberté. Cette liberté. La nôtre. ----------- Sans elle, c’est certain, je n’aurais jamais eu le courage de leur faire savoir même pas que je fumais, et d’autant moins que je n’étais pas comme eux, que je n’étais ni coco, ni socialo, ni athée, mais que j’étais carrément de l’autre côté, que j’étais le contraire absolu : carrément chrétienne et très à droite.

Silence. Bourdonnement. Fumée.

- Malgré tout, je veux dire, en dépit de toute apparence, ils n’ont jamais avalé ça. Parce qu’ils n’ont jamais compris ce qui c’était. Ils ne pouvaient pas accepter que la gauche ne soit que pauvreté – ou démagogie.

- En fait, ils n’étaient pas tellement démagogues, se risqua Jean-François.

- Pauvres non plus, d’ailleurs. – Donc de gauche non plus. ----------- Ils étaient comme ils étaient ----------- non pas comme ils disaient être. Ils pouvait lutter plutôt contre que pour. ----------- C’est justement là que j’aie trouvé le point d’articulation avec eux. Moi aussi je pouvais être d’abord contre ! Le pour pouvait attendre. Lorsque je leur aie dit que leur gauche, dès qu’elle propose quelque chose, bonjour, l’aberration – ils se sont crispés.

Silence. Bourdonnement. Fumée.

- Encore que, plus humaine que leur gauche, tu meurs, se risqua de nouveau Jean-François.

Le regard de la femme devint coupant :

- Si ce n’est-ce, peut-être… le Jean-Françoisisme ?  Qu’est-ce que t’en pense ?

Silence. Bourdonnement. Fumée.

Michèle reprit :

- Mais il s’agissait peut-être – je me le dis encore aujourd’hui – seulement de pavées de bonne volonté… parsemée sur le chemin qui mène à l’Enfer !... Enfin ! Bref ! Ils l’ont bouclée. Silence radio. Ils n’ont eu rien à dire. Je veux dire, c’était mon Rwanda à moi. Tu comprends ?

Silence. Bourdonnement. Fumée.

- Ils étaient comme des volumes sans personnalité traversés par des énergies sans expression. J’ai l’impression que c’est comme ça qu’elle te regarde elle aussi, ta fille, aujourd’hui. J’en suis certaine même.

- Des volumes sans personnalité traversés par des énergies sans expression, répéta Jean-François.

- Oui. Des volumes sans personnalité traversés par des énergies sans expression. J’avais l’impression qu’ils cachaient des choses qui réclamaient à priori et justifiait à posteriori l’existence de la parole. Ça sonne prétentieux, je sais, mais c’est pas pour ça que ce soit moins vrai.

Silence. Bourdonnement. Fumée.

- Quant à eux, ils n’ont pas eu, eux, le courage de... de ne pas se résigner.  Ils...

Michèle s’interrompit.

Dans l’atmosphère planait une certaine tension.

Une histoire.

Une géographie.

Une préparation.

Rien d’explicite.

Le frère et la soeur se taisaient.

- Des volumes traversés par des énergies sans expression, dit Jean-François sur le tard, l’air pensif. Des choses qui réclament à priori et justifient à posteriori l’existence de la parole… Rwanda, librairie, Jean-Françoisisme, la gauche, valeurs humanitaires ----------- humanisme ----------- bourdonnement…

Silence. Bourdonnement. Filasses de fumée.

- C’est pas un peu fou tout ça ?

Silence. -----------

----------- Bourdonnement.

Filasses de fumée. -----------

 

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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 14:31

Avant propos

                Le chômage, quelle galère ! Quelles créatures infâmes, les chômeurs ! Des loosers ! Un monde où tout le monde serait au chômage, voilà l’Enfer. Si ce n’est-ce le monde qui secrète – ou excrète ? – le travail, qui soit l’Enfer ----------- le monde du travail.

- Quelle horreur, le travail !

La seule justification du travail consiste dans la satisfaction trouvée dans l’exploitation de l’autrui. Une exploitation indirecte. Satisfaisante indirectement. N’empêche, grâce à son travail, on peut jouir du travail de l’autre. ----------- En passant pas l’impersonnalité neutralisante (moralement blessante ----------- possédante) de l’argent. ----------- Mais pas assez, pas pleinement et, finalement, pas d’une manière satisfaisante.

- À la hauteur du propre travail, et pas plus.

Or, la grande satisfaction consiste dans le fait de profiter du travail de l’autrui ----------- sans contrepartie.

La contrepartie exclue l’exploitation et, du coup, la satisfaction.

Le travail n’est pas bon. Il est même dégradant. Même si on se laisse leurrer pas une certaine identification à l’Humanité, au Monde, et à la démocratie qui va avec ----------- si on veut que les exploités ne se rebellent pas et qu’ils ne secouent par trop le cocotier où on se sent tellement bien en tant qu’exploiteurs !...

Ce qui vient d’être dit n’a pas vraiment de rapport avec ce qui suit.

- L’avant propos, dans ce cas, pourrait n’être qu’un hors propos.

- Ou à peu près.

 

 

 

Un certain million

 

Le soleil sortit des nuages. La Seine perdit sa couleur de café au sable pour emprunter la nuance métallique que Jean Constantin appelait « atemporelle ». Il faisait beau.

- Il faisait presque chaud.

Le mois d’août ne s’était pas encore écoulé, ni fondu dans les brumes de l’automne. Le fleuve ressemblait au dos d’un dragon argenté traversé par des frissons.

- Là-bas, sous le Pont des Arts.

Sur le Pont des Arts, Jean Constantin se caressa la joue. Piquante.

- Il ne se rasait plus.

Une bonne barbe, voilà ce qui lui manquait. Ce qui lui conviendrait. Une bonne barbe, bien mariée à son nouveau statut social ! Il était maintenant un chômeur riche. Il avait réussi le coup de sa vie : il avait arraché cent cinquante mille euros d’indemnités à sa boîte. Un million de francs ! C’était le fruit d’une assez âpre négociation. Ils se sont séparés, sa boîte et lui, à l’amiable. On lui a signé un chèque de cent cinquante mille d’euros, un million – le million ! – de francs, et il est parti, armes et bagages.

- Vers rien.

Cent cinquante euros, qu’est-ce que c’est ? Rien ! Avec un million de francs on était riche autre fois. Lorsque le franc existait et circulait. ----------- Aujourd’hui, ça fait vieux, parler en francs, non ? ----------- Il allait toucher quand même des indemnités de l’ASSEDIC. Pour deux ans. En plus du million déjà encaissé !

- Le million qui emboîte la mort.

Voilà ! Jean Constantin avait décidé de se suicider, une fois le dernier sou dépensé. Encore faudrait-il arriver à ce dernier sou. Conformément à des lois incompréhensibles, l’argent appelle, crée, appelle, crée, appelle, crée, appelle..., l’argent. La vie...

- Quoi, la vie ? !

- Elle a quoi, la vie ? !

L’idée du suicide lui était venue justement à cause de cet argent, de ces cent cinquante mille euros – de ce million des francs encaissé. Tout ce qui pouvait se passer après avoir dégoté un million, n’était plus intéressant. C’était même ennuyeux. Ou insultant. Des gens qui possédaient plus d’un million ! Des millionnaires ! Eh ben, prout ! Ça sent pas bon.

- Des handicapés.

Ils le sont, sans doute. Non pas par leur million ou par leurs millions. Non. Mais par autre chose. De plus intime. De plus subtil. De plus inconsistant encore que l’état de la pauvreté ou celui de la misère. Saisissable, pour autant. À presque cinquante ans, Jean comptait deux mariages et un concubinage défaits, cinq enfants, dont trois mariés. Rien d’autre. Sa carrière : trente ans de bureau. Du mou. Du rien. Ses désirs : modestes. Ses besoins : presque nuls. Autre fois, l’énergie dont il disposait remplaçait avec un certain succès les vrais besoins et les désirs vrais ; aussi la joie, la nostalgie, l’envie, l’ennui..., etc.. Au moment où il avait commencé « la descente », vers quarante-sept, quarante-huit ans, il avait derrière lui un terrible panier de bêtises (pour remplir l’espace occupé et animé, chez d’autres, par la tendresse), ainsi qu’une grande quantité de grossièretés (en tant que remplaçantes de l’ironie nécessaire à toute vie qui se veut supportable). C’était ça qu’il eut constaté ou, ce qui revient au même, postulé.

- Il est terriblement troublant de voir comment un constat, donc un postulat, peut s’imposer d’une manière « objective » à plusieurs personnes en même temps.

- Même si, plus tard, il s’avère qu’on eut eu affaire à une... « erreur ».

C’était ça qu’il eut constaté lorsqu’il se fût laissé séduire par l’idée du « million suicidaire »... Là, autre fois, oui. Mais pas à présent. À présent il manquait de plus en plus d’énergie. Les lits des états d’esprit énumérés ci-dessus, étaient secs.

- C’est embêtant.

 Il n’y avait pas d’autre issue à cette situation, que la mort par glisse, avait songé Jean Constantin.

- Il faut se laisser glisser du sommet d’un million vers le creux du moins que rien.

- Ainsi, elle allait se passer d’une manière... appropriée, sa mort.

Créature civilisée, Jean considérait que la mort était, naturellement, de nature barbare, mais, naturellement, de nature inévitable. Sa fatalité pouvait être habillée, néanmoins, suivant l’envie du... propriétaire de la mort. Elle pouvait être intégrée dans les paramètres de ladite civilisation. En ce sens, un million faisait l’affaire, du point de vue de Jean. Surtout parce que, ainsi, il serait le premier à mettre en place – à sa place –, une vraie nouvelle méthode, une vraie nouvelle manière d’appréhender l’auto-responsabilisation, une vraie nouvelle manière d’auto-assumation. Il était, on dirait, content de lui même, Jean Constantin. Ou, du moins, pas mécontent. Il regardait le fleuve qui ressemblait de plus en plus au dos d’un dragon argenté traversé par des frissons.

Juste à côté de lui, assise en tailleur sur les planches du Pont des Arts, une jeune fille caressait les cordes de sa guitare. Elle était au bord du bonheur. Ou du malheur. Qui sait. Peut-être. La fille.

- Et quoi, la fille ?

- Elle a quoi, la fille ?

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 12:41

Avant propos

La nature de la lumière demeure une inconnue. ----------- Encore. ----------- Et pourquoi ? ----------- Pareil, à l’endroit de l’ombre. ----------- Certes. ----------- Quoiqu’on dise ! ----------- Quoique ! -----------Quant à la nature même… ----------- N’en parlons même pas !

        

 

Quatre-vingt kilos de lumière.

 

Il fait beau. Le jeune homme regarde le ciel clair, transparent. Il sent avec force, brutalement, qu’au-delà de cet abîme hautain se trouve un autre infini.

- Brusquement accessible.

La lumière est éclatante. Dorée. Le soleil, hivernal. Brillant à l’extrême. Mortel!

Entre deux bâtiments, on peut apercevoir une partie de la Tour Eiffel et une partie de la ligne du métro aérien.

Le jeune homme a la force de croire que l’amitié existe. Il est prêt à jurer sur l’amitié. Il la vit. Sans être contenue et définissable, elle jouit, à ses yeux, d’une certaine consistance... Elle est même transmissible, mais jamais contagieuse. Jamais !

- Qu’est-ce que ça pouvait être une épidémie d’amitié ?

Pour moi, le jeune homme, ce jeune homme précisément, représente une dette sans créancier. C’est la dette virtuelle – voire irréelle – que n’importe quel vieux a envers n’importe quel jeune. Le devoir de transmettre du savoir (le sien, ou celui du monde – le débat n’est pas clos). Le devoir de se faire vivre – et revivre –, par le jeune.

 

 

- Autant de son vivant que même après (avant n’étant pas encore possible, en dépit des avancées fulgurantes des biotechnologies et d’autre théories aux temps réversibles, renversés ou détournés ; en dépit des grandes réserves de sarcasme et de trivialité accumulées dans les esprits d’élite, privés et singuliers, mais aussi dans ceux ordinaires, publics, interchangeables, collectifs)…

 

Le devoir d’histoire. Plus largement, le devoir culturel. Impersonnel. Impératif. Surhumain ----------- à la hauteur de l’inhumain. C’est la manière empruntée par tout vieux qui veut jouir encore de la vie et du monde.

- Même trahi par son corps.

- Lâché !

- Même leurré par son espoir faustien.

- Même meurtri par l’implacable qui rend lucide.

            Il m’autorise à disjoncter, le jeune homme. Il me pousse, malgré mon âge avancé, à sortir de moi-même pour me retrouver là, à l’extérieur, en et au-dehors, au-delà de moi-même.

Je prends la liberté de m’imaginer moi-même en tant que quatrième âge, cinquième même ----------- lâché ----------- vieux cloué dans son rocking-chair, recevant le Messager.

 

 

Pour le Messager, la forme lumineuse et l’incandescence silencieuse, c’était plus que de l’habituel. – Aussi l’homme de lumière. Aussi l’homme de la lumière. – Aussi la brûlure invisible.   Aussi le feu invisible. – On les trouvait partout. – C’était et du reposant, et du terrifiant. Les deux et entre les deux. Du médian. – Le miroir dirigé par personne vers nulle part, n’était pas en mesure de rendre compte de la vraie mésaventure du Messager. Une mésaventure importée d’ailleurs sur la terre ; allogène ; irrespectueuse ; violeuse du terrestre, du naturel ; vécue dans la solitude ;  irrépétable ;  mémorable ;

- Une expérience, la seule, capable de  se dispenser des références -----------  l’illumination (variante édulcorée – ou seulement prélude – de transfiguration).

 

La description faite par le Messager même, la description brute, « pure » de ce que lui est arrivé, est, « naturellement », révélatrice de la capacité du Messager de communiquer avec les Non-Messagers.

- Avec Moi.

De sa capacité de « messagérer »... …seulement...

 

 

 

Il est touchant. Même plus : émouvant. Il admire Panaït Istrati. La chose ne manque pas de piment.

- Il aurait lu Panaït Istrati, je veux dire.

(Parce qu’on lisait ! ----------- Nous n’avons peur de rien, voyons ! Franchement : Panaït Istrati !)

Il est touché par la liberté désespérée et désespérante que l’amitié puisse encore nous donner. Il croit aujourd’hui que l’esprit qui a fait jaillir Panaït Istrati qui l’a fait pénétrer dans le monde, qui l’a fait accepter par ledit monde, règne toujours dans certains coins plus ou moins perdus… du monde.

- Bizarrement, pour moi c’est une sorte de post-sentiment.

 

 

Il m’est difficile de dire ensuite ----------- en tant que Messager ----------- si la forme est celle d’un homme, d’une femme, ou autre. Dans le clair-obscur volumineux du brouillard, la forme pourrait être tout aussi bien Hermès qu’Aphrodite, l’Archange Gabriel que la Vierge, les Erenies que les Possédés, ou une (tout) autre vision quelconque de n’importe qui... C’est plutôt ça : une vision quelconque ; de n’importe qui ; ou de n’importe quoi. Et pourquoi pas ? Pourquoi la vision quelconque de n’importe qui ou de n’importe quoi ne serait-elle importante ? À quoi sert-elle, sinon, une vision ?

- Que mésagère-t-elle ?

 

Il se dirige vers moi, il vient chez moi. Le jeune homme. Ce qui reste du non-moi aujourd’hui. ----------- Le non-moi d’aujourd’hui. ----------- Je le vois « mentalement » – instantanément – montant l’escalier en pierre jaune, couvert d’un gros et long tapis bleu foncé. Il y fait corps étranger, avec ses baskets délabrées, ses jeans troués, sa casquette rouge mise souvent de travers... Il vient chez moi animé, poussé par un espoir que je ne puisse caractériser que de fou.

- Il émigre de sa banlieue où l’accent remplace l’identité et où rien n’existe entre gagner et dilapider.

C’est son monde bourré de drogues, de graffitis, de mobylettes et de voitures volées, qu’il quitte pour me rendre visite. Le monde de ses « potes » et « frères » taillés en stupidité dure et transparente comme le cristal. Stupidité toute aussi vitale que mortelle. ----------- Le monde de ses « nanas », vite pétrifiées, enlaidies, masculinisées, voire transfigurées par la peur. Le monde de ses parents au chômage, mécontents, malades de leur situation, déjà morts... Le monde fatalement émancipé, car fortement aliéné par rapport à l’histoire. Son monde à lui.

 - Le monde de l’échec de cette histoire.

- Le monde anhistorique.

C’est (pour autant et simultanément) le monde « possiblement futur », gouverné par des instincts a-symboliques ; par des pressentiments incapables de contenir et de définir les sentiments à venir ; par la non-détermination.

- Qui surgissent même dans un milieu hostile ; qui arrivent à « régler » tout et partout, même dans un univers éminemment « artificiel », comme celui des cités.

- Pour apporter la preuve de la force vitale aveugle, comparable, assimilable à celle encore plus brutale, de l’existence-même. ----------- si l’on en avait encore besoin.

 

 

... Je suis un simple squelette dans le sarcophage de l’histoire. Elle est rarement autre chose, l’histoire, que le noir d’un sarcophage. Chose valable paradoxalement même pour l’homme de lumière ; notamment dans le noir de plus en plus lointain, de plus en plus hautain de l’énorme banalisation d’aujourd’hui.

 

Il vient vers moi avec ----------- poussé par ----------- un autre espoir encore et tout aussi fou que celui de lier amitié avec moi.

- Il arrive avec ----------- deux espoirs.

C’est quelque chose de plus innocent et de plus naïf et de barbare que l’on ne croit. Il détecte la sagesse et cède devant elle. Il croit pouvoir s’y plier ----------- comme preuve de sa consubstantialité avec. Il aimerait se laisser absorber par elle. Anéanti par elle.

- Il vise la purification.

Il croit en la sortie des ténèbres. Il substitue la sagesse à la purification. La sagesse d’un autre – à sa propre purification à lui.

- Pour commencer.

Pour lui, la sagesse n’est que la mise en réalité ----------- réalisation ----------- du savoir.

- La culture rendue terrestre.

Il y aspire sans saisir le manque de sens et de consistance de l’entreprise, le contresens de l’affaire.

- Pareil pour la croix et la bannière qu’il porte ----------- tel que chacun des nous.

Il espère trouver la pureté auprès de moi. Il n’accorde que trop d’importance à cette purification par combustion ----------- culturelle.

Sans savoir combien cette sagesse-culture est superficielle, irresponsable (car... objective), autosuffisante, au moins para-humaine sinon inhumaine...

Il aspire à la pureté. ----------- À moi. ----------- Pourquoi ? Pourquoi veut-il se débarrasser des choses qui l’impurifient ? Pourquoi veut-il accéder à la pureté ?

 

 

Je le vois, mentalement, arriver devant ma porte, juste avant d’actionner la sonnette. Je le construis. Je l’incarne. Je l’accompagne. Je me rends compte que je l’attends. Il me manque. Il entre dans ma vie. Il s’y est insinué. Il s’y est installé. Il y est. Il demeure dans ces dernières palpitations, dans ce qui me reste de cette vie.

- On ne s’est même pas rendu compte...

 

 

- J’ai l’impression d’avoir seulement passé, d’avoir seulement traversé ce monde. Un reflet dans le Miroir. Mais aussi repoussée par Miroir.

               Quatre-vingts kilos de lumière. Quatre-vingts kilos de lumière immobilisés dans un  rocking-chair. Mon rocking-chair. De la lumière paralysée... – ...Un arôme putride, frais et sec…

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 06:52

Avant propos

               

Tout de suite, prenons un exemple.

- La Bodin.

- Que la Bodin soit !

 

Souffre douleur

 

           

Jeune, svelte et agile. Taille moyenne. Des cheveux raids, châtains. Des yeux gris pétrole qui luisent étrangement. La Bodin ne regarde pas ce qu’elle paraît regarder, mais autre chose, qui n’existe certainement même pas. ----------- Peine : dix ans fermes ; – trafique des drogues ; proxénétisme aggravé ; viol de deux enfants : son demi-frère et sa demi-sœur d’une famille recomposée.

- Ça fait beaucoup pour une seule âme, hein ?

- Pour une âme seule.

Elle venait de d’avoir dix-huit ans : elle entrait en tôle. On l’avait fait avaler les cheveux des deux salopes. Et pas seulement les avaler, simplement ; – mais les manger, les mâcher, les ruminer.

- C’était le pet mental de la vieille Berthe.

On s’amusait bien alors. Surtout avec les nouvelles. Avec les pédophiles, encore plus. ----------- La Bodin avait l’air naïf, inexpérimenté ----------- ni-touche. ----------- Perverse jusqu’au bout de tout. Salope ----------- autant qu’elle contenait, renfermait, englobait ----------- gobait.

- La garce !

Elle n’a même pas bronché.

Non pas qu’elle se serait attendue, ni qu’elle aurait été choquée, abasourdie, prostrée.

- Ça non.

Citrouille. Mollusque. Indifférente. ----------- Qu’elle était. ----------- Ça nous a beaucoup irritées, nous autres. ----------- Il y avait de l’espace pour tous les écroulements abyssaux, pour toutes les implosions vertigineuses ----------- nano-néantisation merdique de merde. Ça promettait d’être un très bon souffre-douleur. ----------- Les meilleures sont les extrêmes.

- C’est ce que les cultivées disent ----------- tout ça ----------- et tout.

D’ailleurs, elles aussi sont passées par-là, les ‘telligentes. Y a pas de plus de merdique que les brillantes ----------- avec leur savoir lire, écrire, compter et papati et papata, et chichis-ci et chichis-là ----------- et tout ça et tout. ----------- On se demande même ce qu’elles foutent ici, à l’ombre de nous. Elles font hurler et chier toute la meute ----------- le monde. ----------- C’est qui elles ? Hein ? Qui ?

Dehors, peut-être seraient elles encore utiles, les putasses. Pas certainement, pour autant. ----------- Sinon, pourquoi seraient-elles envoyées en tôle ?

- Qu’est-ce qu’elles viennent nous fabriquer ici, dedans, où elles ne servent à rien ?

- Les brillantes, eh !, plein le cul !

Mais, même sans être Gorgone ou Aphrodite (‘telligent, non ?), elle a fait grave l’affaire, la Bodin : elle a avalé tous les cheveux qu’on lui a présenté, et tout ce qu’on lui a fourré dans l’oral. Autrefois on leur donner à savourer de la merde et boire de la pisse. Sucer les orteils. Lécher des chattes et des culs. Cette fois on a trouvé les cheveux. On a trouvé ça pas mal réfléchi. ----------- Ça grattait pas mal l’envie, l’instinct. ----------- C’était la mère Bertha qui, en prêtresse, lui enfonçait tout ça dans la gargamelle. ----------- La messe ! -----------Il fallait la voir, la vieille baderne. Excitée comme huit millions de puces. Elle était super. Hyper-hideuse.

Quant à elle, la Baudin était terriblement calme. Sereine. ----------- Pas de ce monde, quoi !

- C’était bien.

Elle nous excitait, nous les autres. Elle nous faisait trembler d’irritation, de haine, de jalousie ----------- d’envie. ----------- C’était quelque chose ----------- que d’avoir sous sa main une chose pareille. Un joli morceau que c’était ----------- et tout.

            On l’a fait avaler les cheveux des trois autres salopes.

- Elles ont profité pour changer de coiffure.

Les salopes ! ----------- Aujourd’hui, se vrai, on peut se faire la tête que l’on veut. De porc. De crapaud. De chèvre. ----------- Elles en ont profité !

Il fallait voir au travail les gros doigts de la vieille Bertha lorsque, pour la faire finir, elle lui enfonçait dans le gosier les dernières files ramassées sur le ciment ! -----------      Qui a vu ces doigts a changé pour toujours le sens des mots comme saucisse ou saucisson.

            - Et pour cause : on a trouvé la vieille, la Berthe, deux jours plus tard, morte, à la douche, les joues fendues de la commissure des lèvres jusqu’aux oreilles, quatre doigts coupés, un fourré dans la gorge, un autre dans l’oeil, le troisième dans la chatte, le dernier dans le cul.

            On savait qui c’était. On s’est tu. On la tu.

On dirait aujourd’hui que les choses n’ont pas changé, la mort de  la Berthe mise à part. Il en reste toujours des souffre-douleurs, ici, dedans.

            - Mais ce n’est plus la même joie.

            Ni le même plaisir.

La Bodin n’est pas la Berthe. Elle regarde ce qu’on fait. Et nous le faisons. Elle n’a même pas besoin de nous parler. On fait tout comme il faut, sans qu’elle se donne la peine de l’ouvrir. ----------- Et pourtant. ----------- Elle regarde, c’est vrai, mais ailleurs.

            Il se peut que se soit la plus active qui se retrouve morte ----------- aussi. Punie, tel que la Berthe, autrefois.

Mais il arrive aussi que ce soit la victime qui connaisse le même sort…

            - Pas toujours, pour autant.

- Et pas pareil.

- Vas comprendre ça.

On sait ce qu’on sait, mais on ne comprend pas ce qu’on sait. On ne peut pas comprendre ce qui est ailleurs, nulle part. ----------- On ne peut pas.

Voilà !

Ici, on meurt. ----------- Berthe, Bodin ; avant, après, sans elles, qu’importe ! ? ----------- Ça vient, de toute façon. ----------- On le sait.

- On sait qui le fait.

Mais on n’a pas les couilles pour agir. ----------- Des souffre-douleurs qu’on est. Ce n’est même pas à chier. ----------- À quoi bon ? ----------- Tout bêtement. ----------- Pourquoi serait-il autrement ? ----------- On n’a plus l’audace. ----------- Aucune ! ----------- La rage, certes. Mais pas le courage. Pas la folie.

 

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Et Bodin fut.

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 05:59

Avant propos

 

L’amour maternel est tel qu’il peut ----------- qu’il puisse ----------- rayonner et sur les filles, et sur les garçons. ----------- Au (du ?) moins. ----------- C’est un amour asexué. ----------- Étonnant, non ?

- Question de compréhension.

- D’appréhension.

Peu importe. Question, toujours. À l’infini.

- Question infinie ?

 

L’homme de la salope

                                                                                                                                                                                                                                       

Arlette regarda l’horloge-minuterie du four. Il était onze heures, presque.

- Mais qu’est-ce qu’il fabrique ?

Henri, son fils, venait de commencer sa crise d’adolescence. Il était agité, mécontent.

- Un état qui n’épargne personne.

Arlette le savait, elle même étant passée par là, les cours de pédagogie et psychologie adolescentine, en plus, lui ayant répété, lors de ses études, toutes ces choses connues et régulièrement oubliées...

- Mais qui s’estompe (une fois la crise dépassée) très vite, englouti par un oubli soulageant.

- Où traînait-il ?

Dans ses oreilles, le silence qui régnait dans la petite entrée-cuisine commença à se faire entendre.

Elle entrouvrit la porte de l’entrée. La cage de l’escalier, sombre, était muette. L’immeuble, protégé par la loi du quarante-huit, était, par la même loi, condamné : les propriétaires refusaient avec brutalité toute idée non pas de rénovation, mais de tout entretien.

- Ils s’en foutent, les salauds !

Ce n’était pas la première fois qu’elle y pensait.

- Ils s’en foutent, et nous y pourrissons !

La lumière de l’appartement éclairait le mur de la cage de l’escalier. Il était décrépit mais sec, sans la moindre trace de moisissure ; pourtant et heureusement. L’évier, en métal verdi, qui ne servait plus à rien, entrait lui aussi, à moitié, dans le rayon de lumière.

Un léger bruit à l’étage au-dessus la fit refermer la porte. Mais pas entièrement.

- Qu’elle sache, la salope, qu’elle n’est pas seule dans l’immeuble !

La salope, une femme petite, maigre-clou, tavelée de tâches de rousseur, avec des yeux bruns, méchants et luisants, attirait et terrorisait Arlette par ses fréquentations. Les hommes « s’y succédaient », « s’y enchaînaient », en montant et en descendant l’escalier. Ce n’était pas une vraie pute, pourtant.

- Ni une nymphomane.

Prise entre ces deux « catégories », la salope, lors de ses périodes « sans », devenait même supportable. Non pas sympathique. Ça, non ! Mais supportable. Elle pouvait être une brave femme. Elle gagnait sa croûte en travaillant dans une grande surface de banlieue. Arlette avait eu l’occasion d’entrer chez elle, dans son petit appart d’en dessus, quelques trois, quatre fois. Une brave et pauvre femme – et pute ! –, qui vivait toute seule, ou, plutôt, qui vivait avec sa solitude. Était-elle heureuse ? Malheureuse ? Quelle importance ? Grande chose, déjà, qu’elle vivait !...

Arlette se ressaisit. Elle était en train de penser à la salope (qui ne lui avait rien fait maintenant), et d’oublier la crise d’Henri qui, lui (Dieu seul sait, se dit Arlette traversée par un frisson d’angoisse), était peut-être en train de dealer, ou de se payer une autoradio, ou une voiture même, peut-être...

- Qu’est-ce qu’ils ne peuvent pas faire, les ados !

Arlette enseignait la physique au Lycée Condorcet, et croyait être une prof chevronnée, vaccinée contre les bêtises des jeunes. Auto-vaccinée plutôt. Les sottises qu’elle avait pu faire dans sa vie, étaient plus fortes...

- Prenons un seul exemple !

Le voyage au Yémen (avec – comment il s’appelait déjà... Laurent ? Philippe ?... et merde !), où ils n’avaient même pas quitté l’hôtel.

- Même pas pour voir le temps qu’il faisait ; nous avons bu, comme des trous ; baisé comme des malades ; fumé et dormi.

Et dehors, il y avait N’Djamena !

- Ou Dakar, ou Sanaa, ou… comment s’appelait-elle cette foutue ville extraterrestre ?

- Et puis, merde !

Ça, on ne raconte pas ça aux enfants. Surtout quand on est prof et mère, bien sûr!...

Ou un autre exemple. En soixante-huit. Lorsqu’on se bagarrait avec l’extrême droite !

- Nos camarades, tu parles des hommes !

Des ratatinés, aux lunettes épaisses !

- J’ai littéralement chié dans mon froc ; j’avais de la merde, pleines les cuisses ; je tremblais comme c’était pas possible, plus qu’une poule mouillée...

Le grincement de l’étage au-dessus se fit de nouveau entendre. Des pas faufilés, ensuite. Quelqu’un attendait, peut-être, qu’elle ferme la porte. Un homme, sans doute. De ceux qu’elle recevait, la salope ! Oui, une salope à hommes !

- Pas comme moi !

La dernière fois quand elle l’a fait, c’était… C’était, quand, merde ? ! 

Arlette ferma la porte doucement. Ensuite, elle éteignit la lumière. Elle resta immobile, dans l’entrée-cuisine, pour entendre les pas de l’homme avec lequel « la salope » avait joué à la bête à deux dos. Rien ne bougeait plus en haut. Le silence était total. Le noir, aussi. Presque. Il y avait, quand même, les chiffres lumineux, vert-bleus de l’horologe-minutérie du four. C’était le seul point de repère. Sinon, on pouvait croire qu’on était sorti de tout espace. Qu’on était perdu.

Dehors, les pas de l’homme de « la salope » devinrent matériels. Doucement, attentivement, le mâle mettait un pied après l’autre sur les marches en bois. Des pas légers. Il...

Les pas s’arrêtèrent sur le palier. Arlette entendit un tintement de clés. Quelqu’un essayait la serrure. Pour une seconde, elle eut peur.

- Un cambrioleur !

Ou qui sait quoi encore ! Mais, comme un court-circuit, elle eut la révélation. Henri ! C’était lui qui descendait à pas furtifs... Il venait d’en haut, de chez « la salope »! Alors, ça !

- Ça, alors !...

Arlette appuya sur l’interrupteur. La lumière explosa dans la petite pièce. Sur le seuil de l’entrée, Henri clignait ses paupières, aveuglé par la lumière-surprise. Dans son regard, un tremblement de frayeur, assorti d’un éclat dont on ne pouvait pas savoir si c’était du malheur, du bonheur ou de la férocité. Un éclat d’inhumain. Le tout enveloppé d’une d’un bonheur, d’une… générosité rayonnante. Et, en effet, Arlette sentit son âme mordue par la miséricorde.

- Brûlée.

 


 

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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 14:29

Avant propos

La Vierge de la Pietà de Michel-Ange a parlé à cette femme. (Voir ci-dessous.)

Elle a tonné dans ses entrailles. ----------- À mi-chemin entre torture et sublimation. ----------- Son intervention n’a pas été appropriée  au « réceptacle ».

 

Pietà

 

- À moi.

Ma minuscule personne pourrait être détruite. Et ce n’est toujours pas fini. Je ne suis pas faite pour de telles révélations, ni pour de tels sentiments.

- S’agirait-il de l’effet d’une certaine indigestion culturelle dont je suis la victime, depuis un moment ?

Je vis depuis un moment avec l’impression que ce que je sais non seulement n’est pas grand chose, non seulement ne sert pas à grand chose, mais c’est quelque chose d’empoisonné, de malfaisant.

- Une sorte d’assimilation « contre nature » des engins et des ingrédients culturels.

Quelque chose de maladif et de criminel. Un certain métabolisme malfaisant, néfaste des minéraux, des végétaux, des spectres animaliers…

Je suis prof d’histoire de l’art. Je suis une femme (femelle ?) seule, pas très belle, voire même pas belle – et libre. Je suis sans être. À l’exception des moments où je suis JE SUIS, comme il paraît qu’avait dit l’autre… Chose valable pour le moment dont il est question en ce qui suit. Le moment où la Vierge m’a interpellée. (Ou, peut-être, c’était Son Fils ; à moins que ce ne fût les Deux, ensemble ?)

Le moment a été hyper court. La Vierge de la Pietà de Michel-Ange a parlé à cette femme. ----------- Foudroyant. ----------- Ou j’exagère ? ----------- En tout cas, tellement profond, que la mémoire le garde aujourd’hui encore dans son espace peuplé de mystères soulevant l’effroi. Un moment pourtant pas destructeur. Pas destructeur sur le champ, je veux dire. La mort ne m’a pas prise dans ses bras. Et réciproquement : je ne l’ai pas prise dans mes bras, la mort. – Tel que le faisait la Vierge, avec Son Fils torturé même mort ----------- sur le champs.

Pas de Pietà, donc, de ce point de vue.

« De ce point de vue », tout c’est passé devant le group statuaire de Michel-Ange. Regardé de près, c’est du marbre, de la pierre. Pas plus. En tout cas, les traces laissées par le fou qui a tiré avec son revolver sur le rocher évidé sont visibles. Ce sont elles qui donnent cette certitude : c’est de la pierre qu’il s’agit, de la pierre noble, certes, mais toujours matérielle ; de la matière cristallisée ; du marbre, et pas plus que ça.

Mais – et ainsi on touche à la partie suspecte de culture de cette histoire –, on peut très bien imaginer qu’on injecte, qu’on infiltre, qu’on inocule des sens, des sentiments, des pensées dans une statue.

- A une statue.

Vu la main de celui qui a dégrossit le bloc de marbre pour faire sortir de son intérieur les deux souffrances, celle du Crucifié et celle de la Mère (cette dernière en se voyant d’un coup inaccomplie, inachevée, en tenant sur ses genoux son fils qui l’avait trahie, en la précédant dans la mort…), vu, aussi et ensuite, les centaines d’années écoulées depuis que ces souffrances soient sorties du bloc de marbre, pour qu’on les voit, vu les milliers et les milliers de jours et nuits qui se sont succédés, en apportant de la lumière et des ténèbres sur la statue, vu les innombrables regards qui se sont posés sur elles, vu tout ça, vu, encore plus, ce qui en est et qui en sera – il n’est pas possible que la statue soit resté inchangée au fil du temps.

- Elle a du changer.

On ne peut pas ne pas constater qu’elle n’est plus ce qu’elle était tout au début, la statue. Si ce n’était que le simple fait que, en la regardant, j’aie été amenée à tripoter et malmener de telles pensées. Des sentiments, plutôt. Ou, encore, des choses qui précèdent le sentiment, tout en étant plus fortes que le plus fort sentiment possible.

- J’ai nommé ainsi la vérité.

Elle ne pouvait en aucun cas avoir jadis, notamment tout au début de sa carrière-vie, le même impact qu’aujourd’hui, la statue. Elle n’était donc plus la même, maintenant qu’au début de sa présence terrestre. Et, en plus, moi-même, je n’existais pas encore « terrestrement », à cette époque-là. Tout a changé, donc, depuis !

Cela étant dit, revenons à nos moutons.

En face de la statue, avant que la Vierge ne me parle, ne m’interpelle, s’était plantée une Sainte Famille[1]. Ce n’était pas des Italiens. Normal[2] ! Mais, qu’importe !? Ils s’étaient arrêtés devant la Vierge et son Enfant, les trois anonymes entrés par la même occasion (par la même porte du destin) dans ma vie. Ils regardaient la pierre avec une application d’élève et obligeaient implicitement et tacitement la petite se trouvant à côté d’eux de faire pareil. Quant à elle, c’était une fillette de six, sept ans. Partiellement – c’est à dire, particulièrement – édentée, elle était jolie, et sympathique.

- On voyait bien qu’elle allait être plus tard belle et joyeuse, attrayante et séduisante.

Elle regardait le group statuaire avec une, comment dire, indifférente attention. De toute évidence elle se posait des questions fortement relativisantes.

- Qui était la jeune femme qui tenait le jeune homme sur ses genoux ?

- Le mort, lui, qu’est-ce que c’était ?

- Qui était-ce ? 

- En quoi, de quoi avaient-ils mérité d’être statués ?

- Est-ce que c’était du mérite de se trouver ainsi, taillé en pierre ?

J’ai eu, face à cette scène (qui n’en était même pas une), une révélation. Deux éternités interpénétrées s’ouvraient devant moi.

- À moi !

Pour celle du group statuaire, inutile d’insister. Mais pour l’autre… Ce qui donnait du terrible à la séquence était l’éternité de la fillette. Elle ne savait pas, la gamine, qui étaient la Vierge et Son Fils.

- Il n’y avait aucune raison[3] qu’elle le sache[4].

- Elle allait l’apprendre maintenant – pourtant[5].

C’est en ce moment-là que le troupeau de mes étudiants fit son apparition.

- Comme du néant !

Giorgio, mon fils, compris. À peine sorti de l’adolescence, avec ses poils noirs et moutonnés montants sur sa poitrine jusqu’à la fourche du cou, beau et bête, comme seulement un jeune mâle peut l’être…[6]

Je me suis vu en tant que la Vierge, en tenant Giorgio, Mon Fils, Mort Crucifié, sur Mes Genoux !

- J’ai senti l’Orgueil.

Cet orgueil spécifique.

- Une douleur rocheuse se précipitant dans mes entrailles, dans mes abîmes…

La Vierge m’avait parlé, en tonnerre – et pourtant muette – martyrisant à mort mes entrailles. Elle interpellé. Elle s’est emparée de mon Être. Cela n’a pas été une bonne chose[7].

- Je me suis tu, moi ----------- moi.

Moi.



[1]           …Non, je plaisante ! Mais c’était comme si. Enfin, presque.

 C’était, en tout cas, un trio. Un père, une mère et un enfant. Et on peut commencer par accepter que tout trio de cette espèce pourrait être une Sainte Famille. Dans notre cas ce n’était pas un mais une enfant. Différence, donc. On n’est guère la Christ, mais le Christ. Uniquement. – …Des jeans, des nattes, du chewing-gum, et puis un baladeur. Vous voyez la Différence – avec majuscule ! En tout cas, les parents de la môme, plantés devant la Pietà, étaient loin des masses christiques en flamme, comme on s’est habitué de dire pour se montrer capable de ressentir de choses terribles et exquises… On était de ce qu’il il y avait de plus ordinaire. Des gens comme tous les autres. Habitués à l’informatique et à l’Internet ; avec des permis de conduire ; manifestant un certain intérêt pour les bizarreries des stars ou pour la liberté et l’aisance des jet-sept, mais aussi pour les normes des leurs pairs ; avec un crédit immobilier et, peut-être, un autre pour la voiture ou pour la cuisine ou pour la salle de bains, en cours ; avec des problèmes de dos, de dents, d’argents, d’évolution de carrière, de patrimoine, de voisinage, politiques – et ainsi de suite, sans doute.)

 

[2]              De coutume, ceux qui défilent devant la Pietà de Michel Ange ne sont pas des Italiens – à l’exception de gens comme moi-et-mes-étudiants. On est presque exclusivement des étrangers. C’est-à-dire que cette Sainte Famille ne faisait, je crois, exception. On admirait la statue. On avait même payé pour la voir. On était des Français. Ou des Anglais…, des Américains…, des Russes…, des Temporaires… peut-être ? On n’était pas des Chinois. Des Noirs, non plus. On se trouvait là, immobiles temporairement, au milieu de la foule qui tanguait à droite et à gauche, comme un liquide contenu dans un volume aproximatif. Une foule qui donnait avec beaucoup de force la sensation d’inutile. (C’était qui tous ces gens-là qui regardaient la Madone et Son Fils-amant parti pour joindre l’Inéxistent, pour joindre le Père ? Des grains de sable désertique dans lequel l’eau fraîche ne tarde pas de se perdre. L’eau inutile !)

 

[3]              - Comment pourrait-elle savoir – avant toute explication – qu’est-ce que la crucifixion ?

 

[4]              Une vraie raison impose un savoir (de type) prénatal, un héritage. On est prédestiné pour le savoir –  asservi, esclavé par lui –, ou on ne sait pas !

 

[5]              Preuve supplémentaire qu’elle ne le savait pas. – Preuve supplémentaire qu’elle savait apprendre.

- Et pourtant, on n’apprend que ce qu’on « peut » savoir, que ce qu’on sait déjà…!

 

[6]              Figlio mio ! Bello figlio della mamma !

 

[7]              Ensuite, lorsque je me suis secouée pour m’extraire de cet état d’esprit (ou d’Esprit ?), je me suis demandé : « Et si à la place de la Pietà il y avait un Bouddha, un Dragon chinois ou un Serpent inca, ou, pourquoi pas, Lénine ou Michael Jackson ? »

- La folie roderait-elle autour de moi ?

- De MOI ?

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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 16:24

Avant propos

Le titre ou la dernière phrase pourraient suffire, parfois. Parfois, non. Parfois, les deux. Parfois, entre les deux. C’est le cas, je crois.

- Mais cela ne modifie en rien l’axe de la Terre.

- Et tant pis ! ----------- Et tant mieux !

        

Ils manquent d’irrépétable et d’impossible

(Comment sinon alors ?)

 

Inutile de continuer ! Même si le cas reste particulier, il est certainement répétable et, par conséquent, certainement possible ; à fondre dans la généralité uniformisante et confondante, unique, irrépétable et impossible.

 - La contamination réciproque avec du banal ! ----------- Voilà ! ----------- C’est c’la !

Ils s’inoculent réciproquement, en doses homéopathiques mais très efficaces, le mal, la maladie du banal. La plus fréquente des maladies ----------- la plus insinuée ----------- débordant de nuisances bienfaisantes ----------- la plus contaminante ----------- la plus habituelle ----------- la plus normalisante.

- Une maladie non-localisée.

- Une folie.

Voilà !

- La démence, la paranoïa, la schizophrénie, les délires du banal.

Voilà !

- Ils manquent de certaines substances. (Celle de l’irrépétable, notamment et pour commencer. Celle de l’impossible, notamment et pour aboutir.)

Ils sont tous et entièrement, jusqu’à leur dernière fibre, répétables et possibles. Ils manquent d’irrépétable et d’impossible. ----------- Ils sont (des) répétopossibles.

- Ils sont de plus en plus fous ! ----------- Certes ! ----------- Voilà !

Ils jouissent d’une certaine consistance ; d’une certaine cohérence ; d’une certaine logique. ----------- Aux yeux de leurs contemporains, bien sûr ! (Quant à ceux-ci, taillés, à leur tour, pareil, dans la même cohérence de la consistance, dans la même consistance de la cohérence qu’eux-mêmes, ils ne sont que très, voire trop possibles ----------- eux aussi.)

Tous trop pareils ! Ni irrépétables. Ni impossibles.

- Trop !

- Comment sinon alors ?

 

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1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 08:28

Omul desexualizat.

-------- gînduri în prag de 2009 --------

Marele salt evolutiv, saltul decisiv a fost făcut cîndva de mult, cînd pre-omul (odată ce a mîncat fructul interzis, fructul cunoaşterii) a descoperit sexualitatea. De atunci, el încearcă fără încetare să o înţeleagă ; sau, în pură tradiţie omenească, să şi-o însuşească.

 

 

Am putea spune că trăim într-o lume care îl respinge pe Dumnezeul patern, care iese de sub imperiul sexualităţii egalitare, care mai crede în maternitate, dar care se va vedea în curînd văduvită şi de această « ultimă idee ». O lume, deci, care va trebui să (îşi) găsească alte « libertăţi » pentru a-şi putea stăpîni propria libertate dezlănţuită şi deşuchiată.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

In acest scop, aşa cum s-a întîmplat în neumărate alte cazuri de « înţelegere-însuşire », omul e gata să distrugă obiectul pe care « vrea » să-l cunoască ; e gata să (îşi) distrugă sexualitatea.

Hărăzită, se pare, a asigura supravieţuirea speiciei (în ce scop, rămîne de văzut), sexualitatea s-a auto-îmbogăţit, cine ştie de ce, devenind subiect sentimental, social, moral, filozofic, artistic, industrial, comercial, ştiinţific, societal.

La acest nivel, azi, la nivelul societalului, sexualitatea se goleşte de conţinutul său reproductiv şi, repede după aceea, de conţinutul său relational, social. Dacă pentru supravieţuirea speciei, sexualitatea încetează să mai fie necesară, multe din necazurile sentimentale, sociale, morale, etc., etc., pot fi evitate.

Rămîne de văzut ce facem cu această absenţă. Cu ce înlocuim sexualitatea, cu tot ceea ce, în bine sau în rău, îi datorăm acesteia ?

Spre ce ne îndreptăm -------- fără sexualitate ?

Cum va arăta omul desexualizat ?

 

 

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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 22:30

 

5

 

L’épouvantail

            [à la marionnette] Le Musée de la Révolution. Avec ses quatre-vingts salles vides, aux murs couverts de panneaux avec des citations des discours de Kim Il Sung.  [au public, en parodiant les gestes du Leader montrant, de son bras tendu, le lendemain qui chante...] Avec l’énorme statue en bronze du Leader Fortement Aimé, devant le bâtiment... - [à l’homme] Le Palais des Pionniers, ensuite, où les enfants, disciplinés, après avoir sautillé et crié avec beaucoup d’application à votre apparition. Un caillou couvert par un cube en verre, dans la cour d’une usine: le caillou sur lequel s’est assis Kim Il Sung à l’époque où rien n’existait ici...

 

L’homme

            Je m’aperçois, à un moment donné, que l’interprète-femme a, dans son sac, un revolver; je me demande pourquoi. Qu’est qu’il y a à tuer ici ? - Dans cette Corée du Nord ! A l’autre bout de la géographie de l’est ! – Qui ? Pour quoi ? Pour nous ? À cause de nous ?

 

L’épouvantail

            Vous partez, accompagnés par un vice-premier-ministre, vers le sud. Sur la route, pendant trois jours, vous rencontrez en tout une petite dizaine de camions, seulement, et rien d’autre; rien non plus dans les plaines traversées par les chaussées.

 L’homme

            Nous participons, dans une ville, à un grand spectacle donné en notre honneur sur un stade de cinquante mille places, rempli comme un  oeuf par cinquante mille porteurs de panneaux en carton colorés, qui, disciplinés, « peignent » des « fresques » révolutionnaires ou « écrivent » des « dits » du Leader Beaucoup Aimé, tandis que « des artistes », par centaines, font, sportivement, la même chose sur la pelouse. Ils font beaucoup plus fort que les crétins de Berlin-Est. Beaucoup plus !

 L’épouvantail

            Vous arrivez avec un retard de six, sept heures dans une grande usine, à une grande réunion solennelle, organisée, elle aussi, en votre honneur. Beaucoup de ceux qui s’y trouvent dorment, la tête baissée ou penchée en arrière. Mais, lorsque vous faites votre apparition sur l’estrade, ils se lèvent à la hâte pour vous acclamer longtemps, pour vous ovationner, disciplinés, tandis que de leurs regards roulent vers vous des vagues d’indifférence sale, d’ennui et, des fois, très rarement, mais de façon d’autant plus saisissable, de rancune, de haine scintillante, on dirait des éclats très impersonnels, coupants, fous... - Vous visitez une sorte de parc immense où l’on trouve une espèce de hutte... où naquit - non seulement normalement, mais hyper, surnormalement, bien sûr - qui ? Le Leader Extrêmement Aimé - en personne !... Parc sillonné par des détachements de pionniers coureurs. Puis, une école militaire, pour qu’on vous montre des gamins de neuf ans, vêtus d’uniformes, qui font tomber des cibles en carton... - ...Et ensuite, et enfin, un soir, dans une de ces villas, lors d’une étape quelconque, vous passez un moment plus relax.

 L’homme

            Dans la villa il y a un piano droit. Bien accordé ! Pourquoi ? Jouerait-il du piano, le Formidable Leader ? 

La marionnette

Ils se sont rassemblés tous, plus le vice-premier-ministre, leur « ange-gardien » nord-coréen. Ils bavardent. Le vice-premier-ministre jette des regards - convoitise très maîtrisée - vers leurs cigarettes. Il lui en offre une. D’abord, le Coréen refuse. Ensuite, il ne résiste pas. Ils apprennent à cette occasion que les jeunes Nord-Coréens n’ont pas la permission de fumer avant vingt-huit ans. A cet âge ils peuvent commencer aussi à penser au mariage. On ne leur cache ni le fait que l’adultère est puni par des travaux forcés dans la mine... 

L’homme

            Ce n’était pas mieux, beaucoup mieux en Roumanie ? 

L’épouvantail

            Si ! Bien sûr ! Et quoi ?... – Au diable la Corée ! Au diable la Roumanie ! Au diable leurs Leaders Hyper-Bien-Aimés. On s’assoit devant le piano, là, dans la villa nord-coréenne de Kim Il Sung, et on essaie quelques accords. Ca sonne bien. 

L’homme

Iliescu demande au Coréen s’il aime la musique. - Oui, il aime. - Nous chanterait-il quelque chose ? - Affirmatif. - Il va chanter. - Pour nous.

                                                           La marionnette

            Le Coréen se met debout. 

L’épouvantail

Il chante. - Quelque chose sur une marche victorieuse.

L’homme

            Très bien, dit Iliescu. Et maintenant, à nous de chanter quelque chose. Une romance. O.K., je dis, et je commence une romance. Après la première strophe, je passe au rythme de boogie-woogie. 

L’épouvantail

            [dans le rôle de Iliescu] « Pas comme ça, hé ! La romance c’est du chuchotement. Du murmure » . 

L’homme

            Peut-être. Mais les autres protestent. Ils veulent du boogie-woogie. C’est bon le boogie-woogie. 

Le porteur de pancartes

            [entre en scène avec une pancarte nouvelle : BOOGIE-WOOGIE] 

L’épouvantail

            [en dansant] Boogie-woogie, boogie-woogie… Là, dans la villa de Kim Il Sung. 

L’homme

            [sourire malicieux d’approbation 

La marionnette

            Iliescu laisse tomber. Zoé invite le Coréen à danser. [suivant ses mots, le porteur de pancartes et l’épouvantail miment le ministre et, respectivement, Zoé] Il refuse, mais... Il s’agit, n’est-ce pas ?, de Zoé... Ils esquissent quelques pas... [le porteur de pancartes et l’épouvantail - danse] Mais, soudain, on frappe à la porte... [jeu du porteur de pancartes] Le Coréen sursaute comme brûlé au fer rouge... Il repousse Zoé... Il se dirige vers la porte et l’ouvre. Il échange quelques mots avec la personne qui s’y trouve... Il ferme la porte. Zoé essaie de continuer la danse, mais le vice-premier-ministre refuse. Il reste encore une minute et se tire. Il emmène l’interprète avec lui. 

Le porteur de pancartes

            [sort en traînant la pancarte derrière lui 

L’épouvantail

            [après une pause] Mais, alors, à Pyongyang, hein !. - Au spectacle de l’opéra donné en votre honneur. Lorsque la salle se met debout pour vous applaudir longtemps, lorsque vous faites votre apparition dans la loge centrale !... Hein !... Tu frimes!... Spectacle très spécial; assistance très triée, vous glisse l’épouse de l’ambassadeur, mais la présence est, comme d’habitude, obligatoire dans la salle. 

L’homme

            Le sujet: la lutte, bien sûr, « révolutionnaire »... La musique : du Verdi aplati par un rouleau compresseur. - Un éclair de - ou dans - ma mémoire, et je revois les visages de mes trois collègues coréens du Conservatoire n° 1 de Bucarest... Et s’ils se trouvaient, eux, maintenant, dans la fosse d’orchestre ?  

L’épouvantail

            Enfin, la scène finale. Grandiose ! L’épouse chante, en pleurant et en caressant le manteau de l’époux révolutionnaire qui, paraît-il, a été tué... Mais, non ! Eh, bien, non ! Le possesseur, le maître du manteau n’a pas été tué par les méchants capitalistes contre-révolutionnaires... Il est là, le voilà, et il va conduire les masses vers le communisme victorieux... 

L’homme

            Le rire m’étouffe. Il me fait sortir dans le hall désert. Zoé me suit. La femme de l’ambassadeur n’ose pas quitter la loge. Elle reste avec Iliescu et les autres. Avec le manteau et avec le communisme. Avec son manteau et avec son communisme à elle, à eux. - Je regarde Zoé. Elle me regarde. Nous rions. Nos bouches, largement ouvertes. Aucun bruit. Aucun ! - C’est du riro-cris muet ! - Je décèle une certaine lumière dans les yeux de la jeune femme aux cheveux longs et blonds, en face de moi. – « Ne sois pas désespérée », je dis. 

La marionnette

            Et Zoé lui répond : 

L’épouvantail

            [à l’homme, en jouant le rôle de Zoé] « Toi non plus. » 

[Noir soudain. Brusquement, la boucle sonore - à une forte intensité. Les lumières balayent les photos et les objets accrochés aux murs de la scène et de la sale. Apocalypse... - Le vacarme s’arrête soudainement, en pleine lumière.]


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