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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 15:28

Avant-propos

Ce qui suit peut être une histoire pressentie ; une histoire passée, cependant ; présente, en cours de rouler, aussi ; – une histoire pensée, peut être…, on en cours de. Elle ne s’est pas encore réalisée. Ou elle est déjà passée. Ou elle se fait ; ou est faite. Elle erre. Sans carnation. Sans squelette, même. Elle peut prendre tout figure imaginable. Et il y a une forte probabilité que ça se fasse rapidement. Peut-être que tout est même en train de « prendre vie ». Faudrait-il rappeler encore le titre, célèbre depuis un moment, d’une pièce de théâtre où l’on parle de six personnages en quête d’un auteur? Ce n’est pas le cas. Il ne s’agit pas, dans l’histoire qui commence maintenant, des personnages sans créateur, sans maître, sans Dieu, ou Dieu sait sans quoi encore. Dans ce qui suit, il y aura question des choses assez claires, limpides, prévisibles. Des choses presque préconçues.

Ce qui suit, peut être encadré, considéré comme une force, comme une énergie significative pour les temps contemporains. Quelque chose encore d’informel mais pourtant de présent. Quelque chose qui, une fois arrivée ici, dans le monde sous-lunaire, risque de manquer de signification. De devenir un simple fait. (Dès qu’on prête à un fait une signification – ou une autre –, le fait proprement dit disparaît, englouti par la signification qu’on lui prête – ou qu’il rayonne). Tel que tant d’autres. Tel que tous le autres. Une réalité inexplicable. Encore une.
                Et voilà.
 

 

 

Courte séquence
(croquis)


            Voyons un peu de plus près ce qui est arrivé à quatre gens normaux. Liane et François, qui essayaient de mettre sur les rails et de faire survivre une Fromagerie au Bois Becqueteau, et Lucrèce et Basile, des jeunes « indépendants en informatique », qui venaient d’acheter une fermette au ledit Bois Becqueteau.

Ils étaient, tous les quatre, des ceux qu’on désigne comme des gens « sans histoire ». À tort. Ils en avaient une. Qui, dans cette vie, n’a pas un passé plus ou moins... « histoirisé » ?! Comme tout autre humain, « comme tous les autres » « qui ne veulent pas d’histoires ! », comme tout autre « humaine de masse », comme tout autre humain non-historique, voire an-historique, aussi – et surtout ! – effacé qu’il soit !

Prenons le cas de François. « Bille sur deux autres billes », il avait – il était ! – une tête massive déposée directement sur des grosses épaules; un thorax extrêmement large et un ventre-fesses énorme, à la mesure des deux autres « billes » déjà évoqués. Toujours avec une barbe de deux jours sur ses joues (un vrai exploit, si l’on y pense un peu), François était Suisse et louchait. Dieu sait s’il avait cherché ou seulement trouvé refuge au Bois Becqueteau, à côté de Liane. Dans la maison de celle-ci... S’il se trouve, il n’était (même) pas un – simple – Suisse, mais un Ulysse moderne. En tout cas, Liane, sa compagne (pas du tout « mythique » – ni Circé, ni Nausicaa, mais une – simple – fille du pays), d’au moins dix ans sa cadette, non pas grosse mais ronde, dotée de zéro élégance, de zéro grâce, mais touchante par l’authenticité et de son innocence, et de son savoir très..., non pas terrestre, mais très terre-à-terre, en était tout aussi contente que fière. Elle avait un homme. Son homme. Le sien. Question de possession (à double sens ; réciproque), n’est pas ? Elle était aux anges. Elle se sentait... normale. À juste titre, d’ailleurs. Elle s’activait toute la journée : dans la Fromagerie, où le maître d’oeuvre était le Suisse ; dans le petit jardin de devant, où elle avait planté énormément de fleurs, directement dans la terre mais aussi dans des pots ; derrière, dans la basse-cour prolongée d’un potager et d’un verger, où elle avait des volailles et des lapins, des légumes, des arbres fruitiers... Elle était prise toute la journée, naturellement. Et elle avait un homme auquel elle pouvait témoigner son affection en l’écoutant, en lui préparant les plats qu’il désirait, en exécutant ses ordres de chef d’entreprise (le jour), de chef de lit (la nuit) et de chef de l’esprit (tout le temps ; notamment lorsqu’il formulait ses considérations extrêmement misanthropes, car il aimait beaucoup le jeune doberman, appelé Schifter, d’après le nom d’une anguille qui avait illuminé, dans son aquarium, les jours de sa tendre enfance, et aucunement le reste de la planète, notamment pas les humains de cette planète !). Elle était comme tous les autres, c’est à dire, comme il faut, et elle en était contente, comme tous les autres, et comme il fallait être en tant que quelqu’un comme il faut.

Quant aux deux autres, comme indiqué tout à l’heure, ils étaient des jeunes informaticiens arrivés au stade d’acquérir une maison de vacances. Une fermette. C’était le rêve de Basile. Aussi Lucrèce, qui, à force de se voir répéter tout le temps qu’une maison de campagne par ici, qu’une maison de campagne par là, l’avait accepté. Elle l’avait assumé. Il s’avérait incontournable, ce rêve. Donc, obligatoirement assumable. Chose faite, par la suite et par conséquent. Ils étaient encore jeunes, très jeunes. Ils n’avaient pas encore l’âge de la sédentarisation effective. Mais « le désir de racines » éprouvé par Basile (un ancien de la DASS – sa mère, qui l’élevait seule, était morte lorsqu’il avait cinq ans, et il avait vécu quatre jours à côté du cadavre, avant de se rendre compte que sa mère ne dormait pas... –, à l’intelligence informatique fortement développée mais hyper-seul sinon) était si fort, qu’une fois quinze mille euros épargnés, ils ont pris un crédit et acheté la fermette.

Le rêve de Lucrèce était un tout autre. Un rêve assez bizarre par rapport à la normalité statistique, par rapport à la normalité supportée et véhiculée par d’autres (par exemple, par Liane, la petite fromagère). Le rêve de Lucrèce s’est relevé au monde à l’occasion d’une nuit alcoolisée et snifée, passée dans une banlieue lointaine, au Nord de Paris, avec une dizaine de copains, dont Basile, dans le jardinet de l’un d’entre eux, un Coréen né en France, qui possédait (c’était un cadeau de ses parents, reçu quelques années auparavant, pour son bac) un ancien volailler transformé en habitation. Là, dans le jardinet de son camarade, Lucrèce s’est retrouvée en haut d’un jeune poirier, en glapissant qu’elle voulait un enfant, qu’elle ne voulait pas un enfant, qu’elle en voulait un, qu’elle n’en voulait pas... Elle se trouvait à mi-chemin entre une ivresse alcoolique et un vol plané de drogué, dans un état de hypersensibilité débridée ; elle attendait l’arrivée d’une maturité porteuse de folles joies ainsi que de tristesses constructives, structurées, les une et les autres, toutes, autour de l’insondable...

Basile, à la racine du poirier, assez « pris par des vagues » lui aussi, lui palpait les mollets et lui chuchotait des mots cochons ; il voulait la sauter ; il voulait qu’ils se mariassent.

Eh ben, tout ce petit monde, Schifter (le doberman) inclus, s’est retrouvé ensemble pour quelques secondes.

On ne connaît qu’assez mal (de toute façon, jamais assez) le mécanisme qui fait que les gens se croisent, s’attroupent, se rassemblent, s’unissent pour former des meutes, des familles, des communautés. On connaît mal ou pas du tout les flux et reflux de sympathie et d’antipathie qui déterminent et gèrent ces opérations. On parle d’intérêt. Mais, l’intérêt, valeur psychique dérivée de la simple possession, ne vaut plus rien aujourd’hui, par rapport à la statistique qui, elle, est capable de vouloir mettre de l’ordre au coeur même du hasard.

...Il faisait très lourd. La lumière avait commencé à baisser, mais la nuit tardait de s’installer. Ce n’était que le début du mois d’août. Le vide bleu du ciel ressemblait aujourd’hui plus que jamais à de l’eau ; comme si le monde n’était qu’un vaste fond d’océan, et les gens – des pauvres créatures pressées, compressées – peut-être même moulées, formées ! – par des énergies non seulement incompréhensibles, mais la plupart du temps, insaisissables.

Basile et Lucrèce arrivèrent devant la Fromagerie. Ils se tenaient par la main. Ils portaient des habits légères : des marcels, des bermudas, des sandales. Ils avaient l’air heureux.

La Fromagerie était déjà fermée. Le doberman, attaché devant la porte béante de la grange, gardait les deux voitures, une petite utilitaire et une autre, de ville, qui remplaçaient les outils agricoles d’antan. À côté de la grange, la maison de Liane avait la fenêtre et la porte de la cuisine ouvertes. Par la fenêtre, on pouvait apercevoir le Suisse, François, gros, énorme, en marcel lui aussi, assis à la table. Il fumait et parlait. Liane, assise sur le seuil de la porte, l’écoutait.

Basile leva la main, en signe de salut. Lucrèce inclina la tête, dans le même but. Liane sourit et leva la main, à son tour. Le chien se mit à aboyer. Liane le rudoya. Le Suisse tourna son regard vers la fenêtre. Il leva la main, en signe de salut, lui aussi. Liane rudoya de nouveau le chien tout en souriant dans la direction de Basile et Lucrèce ; elle gardait un bon contact avec eux (ainsi).

Le doberman jeta un regard presque intelligent vers les humains qui se trouvaient au-delà de la clôture. Il était mince, élégant, souple, simple, féroce, stupide, souvent humble, avec les oreilles hérissées dirigées vers le haut, enchaîné devant la grange.

Et voilà.

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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 12:22

 Avant propos

 La finesse, une qualité très étrange dans un monde où l’hyper petit industriel (ou, peut-être, le petit hyper industriel ?) commence à faire sa loi, la finesse, donc, n’est pas trop recherchée aujourd’hui. On lui substitue avec une certain soulagement, voire plaisir, l’étrange, le kitch et presque pervers hyper petit produit à la chaîne. ----------- La réussite de l’opération est totale. La nano-techologie fraie son chemin dans le monde « civil », et remplace « les dimensions » de la beauté traditionnelle, classique. Le monde aperçu par l’autre but des jumelles commence à s’imposer comme une nouvelle norme spirituelle. L’esprit même se voit dirigé vers une auto-interprétation déstabilisante : s’écrouler dans l’infini petit, dans le rien petit. Voilà ce qui  n’entrait pas dans la coutume des prédécesseurs. Ou, peut-être, si ? 

 

 

Pleine lune

(croquis)

 

Guillaume ouvrit les yeux. La chambre était éclairée d’une manière inhabituelle. À vrai dire, c’était inhabituel qu’elle fût éclairée. La nuit, d’ordinaire, il y régnait un noir presque parfait. Les fenêtres, situées juste sous le toit, étaient petites, et les nuits – sombres...

Guillaume ferma et rouvrit les yeux. La lumière, bizarre, était toujours là. Forte et tirant sur un bleu (« presque » artificiel) vu seulement à la télé, dans des films de l’épopée spatiale ou dans ceux d’horror.

C’était la pleine lune.

...Enveloppé dans sa robe de chambre en soie bleu-ciel, enfilée par-dessus son pyjama en soie vert-poireau, Guillaume sortit des toilettes et descendit au rez-de-chaussée. Il ouvrit la porte de derrière. Le verger, bleuâtre dans la lumière lunaire, le reçut avec une familiarité étrange, qui ressemblait fort à un souvenir d’enfance et, à la fois, à une prémonition. Il pouvait être dissout, lui même, Guillaume, dans l’espace sidéral. On n’attendait que son désir. On n’attendait que sa volonté. On n’attendait que lui.

Guillaume regarda le ciel. Dégagé, celui-ci était plein d’étoiles. Comme hier, lorsque Léonard, un de ses petit-fils qui passait quelques jours de vacances chez lui, chez son grand-père, s’est exclamé :

- Comme elles brillent !...

C’était vrai, à Paris il regardait rarement le ciel, le soir, avait-il continué. Et lorsqu’il regardait vers le haut, il ne voyait rien. Que des lampadaires... Formidable !... On oubliait que ça (les étoiles, dans le noir éclairé) existait !...

Guillaume enfonça son regard dans le blanc muet, hystérisant, de la lune. Silence parfait. Du marbre transparent. La lune, immobile, envoyait son inquiétante brillance vers l’espace des soleils lointains, minuscules, ponctuels. Le silence débordait le verger pour aller se perdre dans les profusions spatiales.

- Ca va, papi ?

Guillaume bougea un peu, pour faire de la place à son petit-fils qui, pieds nus, en bermuda et tee-shirt, sortait du noir de la maison.

- C’est quelque chose, non ? dit le jeune homme en le rejoignant. Je dirais même, extraterrestre. On devient extraterrestre. On peut le devenir.

- T’as pas sommeil ?

- Non.

- C’est à cause d’elle, fit Guillaume en indiquant d’un mouvement de tête la lune froide.

- C’est possible... Et toi ?

- Eh, moi... Tu sais, on dort de moins en moins avec l’âge. De plus en plus souvent, et de plus en plus court. Tu peux parler de coups !  De sommeil, ou de veille.

Ils rirent. Ensuite, ils regardèrent la lune ; autour d’elle, il y avait un large halo de lumière irréelle, mais vraie.

L’atmosphère du verger paraissait immobile. Rien ne bougeait.

- Et dire que c’est mathématique ! chuchota Léonard.

- Hein ?!

- Ça !

Léonard indiqua à son tour, avec un mouvement de tête, la lune. Ou, peut-être, le verger. L’extérieur, en tout cas.

- Et ça ! ajouta-t-il en tendant la main et en ouvrant la paume.

C’était une pièce électronique ; un petit rectangle de couleur foncée, sur lequel luisaient, en jaune et en blanc, des tout petits points métalliques.

- C’est mathématique, reprit le jeune homme. Avec des conséquences physiques. Mais sinon, pour le reste, ça reste – l’ironie de la voix de Léonard fut plus que saisissable – invisible. L’objet mathématique, je veux dire, continua-t-il en revenant au ton antérieur, normal. Sans espace et sans temps, inodore, incolore, insipide, mais transmissible, dans le mental d’un autre, dans la matière mentale d’un autre – et Léonard montra du doigt dans la direction de son grand-père –, dans la matière d’un autre ordinateur – et le jeune homme fit sauter le petit rectangle qu’il tenait dans sa paume –, où dans la matière tout court – et il indiqua de nouveau la lune –, dans l’inintelligible.

- Sans doute, tu te sens capable de voler, de planer, de partir dans le vague, sourit Guillaume.

- Comment tu sais ça ? sursauta le jeune non sans humour.

- C’est mathématique, fit Guillaume, avec un sourire encore plus large, en indiquant à son tour, à la fois la lune et son petit-fils. Et c’est tendre comme tout.

Le vieux et le jeune se regardèrent en complices prix d’une petite fraction de seconde. La décharge fut rapide et extrêmement intense : de la tendresse atténuée par – trempée dans – une l’ironie acide, forte, réconfortante.

 

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14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 12:39

                                                                                   

 

 

Avant propos

 

L’époque n’est plus à la littérature. Le tirage de masse y est pour beaucoup.

   

               

     Ce qu’on peut lire - dans des tirages de masse - c’est de la fabrication. Plus aucun rapport avec la découverte ou avec la création. Beaucoup de rapports, en échange, avec la répétition, avec le déjà vu, avec le rien ----------- finalement. ----------- Nous sommes tout près du moment où le logiciel (déjà valable pour le monde économique, pour celui social et même pour celui politique) fera son entrée (triomphale ?) dans la littérature.  Il existe un public pour ça ! La paresse engendrée par la stupidité gagne du terrain. Ce qui fait la force de notre monde, la démocratie (valable, dans le monde occidental, lorsqu’on touche à la vie politique ou sociale), ne « fonctionne » plus lorsqu’on pénètre dans la sphère économique, scientifique ou artistique. ----------- Néanmoins et paradoxalement, la tendance de démocratisation économique, scientifique et pas en dernière place artistique peut être considérée comme un apanage de notre époque. Rien de mieux que la démocratie ! Rien de mieux que l’égalité ----------- fut-elle la grande, celle des chances -----------, fut-elle la petite, la nivelante, dirigée vers le bas !

 

 

Mais il y a quelque chose d’autre. C’est notre esprit…

 

    

      ...c’est quoi ? Pourquoi « notre » ? Pourquoi au pluriel ? C’est quoi un esprit reparti dans du pluriel : un esprit « multiplié » (en quoi ?) ou un esprit mollusquoïde, amputé de ce qui lui donnerait ce qui lui est propre : la personnalité, la responsabilité ?...

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                           …qui a du supporter quelques coups de réalité-massue. J’ai eu l’occasion d’en recevoir. Exemple :

- Guerre et Paix ? Les Misérables ? Des romans feuilletons ! Des beaux romans feuilletons, mais déjà un peu trop vieillots … Et ce connard de Pierre, qui épouse à la fin cette débile de Natacha !... Ou l’autre, comment s’appelle-t-il déjà ?... Marius ?... Qui s’en prend à Cosette. Tout ça – pour ça !... Ce n’est rien par rapport à L’anneau des agneaux ou par La Guerre des Etoiles !!!

C’était un jeune homme né et grandi de l’autre côté de l’Atlantique. La jeunesse triomphante, balayait du dos de la main deux des piliers de la modernité. Lui (qui articulait sans retenue aucune de telles allégations) et moi (qui m’effrayais tout en m’émerveillant devant cette barbarie iconoclaste et, en dépit de tout, tonifiante), nous étions déjà dans la post-modernité. Le grand roman, avec des destins entrecoupés, avec le destin plus fort que l’humain, la Saga des gens vrais, qui naissent et meurent selon la coutume ancestrale, comme dans la vie réelle, qui participent à l’histoire réelle dans des tomes volumineux et nombreux, c’était fini tout ça ! Une nouvelle époque, débordant d’un virtuel annonciateur venait de s’installer dans l’espace littéraire. Une nouvelle époque, avec une nouvelle littérature. Ou, plutôt avec « une production » littéraire – où le fantastique scientifique et celui (pseudo) initiatique se laissent accompagner et influencer par la psychanalyse atomisante (voir ci près), par la psychiatrie personnalisante ou dépersonnalisante (voir ci près), par l’érotisme souvent basculé dans du porno, etc., etc.. C’est une littérature sans poumons, sans respiration, sans envergure – est beaucoup d’autre « sans ». Mais, ça marche. C’est-à-dire, ça se vend. Et, donc, ça s’écrit. – Ou pas !

Qui sait ?

Voyons !

 

 

 

92 ans

(croquis)

 

Camille reprit un peu de Poire Williams. À côté d’elle, André, les pieds sur la table basse, le crâne rasé, une boucle d’oreille dans le lobe de l’oreille gauche, alluma un joint roulé et humide. Camille posa à son tour ses pieds sur la table basse. Ensuite, elle prit la cigarette offerte par son mari et tira une première bouffée de fumée. En face d’eux, l’écran éteint de la télévision reflétai – ou abritait – leurs propres images, un peu déformées, cendrées.  

- Elle a soixante-dix-huit ans, dit Camille, en reprenant la conversation. Mais elle est encore forte. Elle a été femme de ménage. Mais c’est sans importance. De toute façon, l’autre ne pouvait rien faire. Elle ne faisait plus rien depuis des mois, à vrai dire. Elle somnolait ou, au mieux, regardait tout le temps le plafond. Elle ne se levait depuis des semaines. Je veux dire, jour et nuit. Elle avait presque quatre-vingt-douze ans. On ne sait pas si elle arrivait encore s’endormir pour de bon, de dormir réellement. On ne sait pas si elle arrivait à se réveiller, non plus. C’était plutôt un légume. Elle chiait et pissait dans ses draps. – Ça, ô, oui. Ça, elle savait le faire. Mieux que tout autre. On le savait. On savait ça. Tout le personnel du foyer savait qu’elle savait faire ça mieux que personne : chier et pisser dans son lit. Ça énerve ! 

Camille tira une nouvelle taffe et tendit le joint à son compagnon.

- On l’a retrouvée morte, reprit elle. On l’avait étranglée. On a trouvé l’autre, avec qui elle partageait la chambre, assise au bord du lit, le lit de la morte, les jambes balançant doucement, un sourire féroce et impitoyable sur sa figure. Elle était comme pétrifiée. Intégralement. Tout entière. Même si elle bougeait ou faisait bouger ses jambes. Ça existe, ça : des vieux, des vieilles pétrifiés – qui bougent encore. J’en ai pris conscience. On se pétrifie à partir du dehors. On garde un peu d’âme, certes, mais un petit peu uniquement, de plus en plus peu, presque rien. Juste pour bouger. Et on disparaît ainsi, en laissant ici, sur terre, la pierre de son corps…

Quelques secondes, le temps de se passer le joint et d’aspirer une nouvelle bouffée de fumée chacun. Ensuite, Camille dit :

- Bref, c’était elle que l’avait étranglée. Court. Simple. Radical. Sans trébucher. – Elle, à soixante-huit ans d’âge, s’est levée de son lit et est allée étrangler l’autre, à quatre-vingt-douze ans d’âge. Parce que l’autre aurait tenu des paroles anti-françaises. C’est ce qu’elle nous a balancé. C’est pour des paroles comme ça, anti-françaises, qu’elle l’a étranglée. Quelles paroles ? Elle ne bougeait plus depuis deux siècles. Mais elle avait énervé l’autre. Celle qui est restée en vie. Elle était en vie, elle. Sans regret, sans aucun regret, sans peur…

Camille se tut. Son compagnon, le crâne rasé et la boucle d’oreille dans le lobe de l’oreille gauche, passa le joint à Camille et commença à préparer un autre. Apres avoir le léché pour coller le papier, il l’alluma à l’aide du briquet qui se trouvait à côté du cendrier déposé sur son ventre. Ensuite, il commença à fixer le bout incandescent de sa cigarette, en le faisant tourner – dans le cendrier déposé sur son ventre…

- Foutou métier, dit-il dans le tard.

Camille ne répondit pas.

En tournant la tête vers elle, André vit que sa compagne le fixe avec des yeux de folle[1].



[1] …Simple impression, simple illusion ? – Si tel était le cas, Camille allait prendre une autre gorgée de Poire Williams, suivie d’une nouvelle taffe. Après quoi, elle allait souffler la fumée vers le plafond… et ainsi de suite…

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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 05:55
     

Avant propos

 

« De quelle origine êtes-vous » me demande-t-on lorsque mon accent retentissant se fait entendre dans l’atmosphère inspirée et respirée majoritairement par certains des héritiers de Vercingétorix et de César. « Vous avez trois chances », réponds-je, avec le sourire le plus ludique, doucement provocateur, joyeux, complice – bref, sympa – possible. --------------------------------- D’habitude, le regard de mon interlocuteur devient pensif. Il entre dans le jeu. Il accepte d’y se soumettre. Ca ne lui déplait pas. Parfois, ça lui plait. ----------- « Vous êtes italien ? » « Non. » « Brésilien ? » « Non. » « Alors… Vous n’êtes pas espagnol, n’est pas ?! » « Non. » ----------- Ça, pour le set le plus fréquent des Question/Réponses. ----------- « Vous êtes d’un pays de l’Est. » « Oui. » « La Pologne ? » « Raté. » « La Hongrie. » « Certainement pas. » «Alors, quoi ? La Yougoslavie ? » « Même pas. » (« Vous n’êtes pas turc, au moins ? » c’est la question la plus amusante – de sa catégorie – qui m’a été posée dpuis que je suis arrivée en France, il y a… des années et des années.) -----------  Alors ?? ----------- « Ça alors !! Vous êtes de quelle origine, alors ? » « Je suis d’origine… divine ! »

J’ai droit, parfois, à un interlocuteur qui a de l’humour. Alors (alors), nous éclatons de rire. Nous sommes amis. ----------- Parfois, j’ai droit à un interlocuteur interloqué : sa pensée « correcte » est heurtée (voire gênée) par l’idée que dans la République laïque dominante, il y existe encore un retardé de mon espèce… Il s’agit souvent d’une personne « récupérable », pour autant (je parle de mon interlocuteur, qui peut « comprendre » qu’un (tel) métèque puisse trouver drôle une telle réplique…). ----------- Parfois, enfin, l’idée que je pourrais être d’origine divine, énerve. Assez fort. Voire très fort. – Ça énerve !!! – Dans ce dernier cas, il n’y a rien à faire. C’est un ennemi qui se dresse devant moi. On ne se promène pas, comme ça, avec son origine inconnue, dans ce monde sous-lunaire – comme si on en avait le droit ! – Alors ? – « Non, mais, sérieusement (!), de quelle origine êtes-vous ? »

Je pense que ce n’est pas le moment de donner une réponse sérieuse (!) ici et maintenant, à cette question.

Je me contenterai (en vertu du mon seul libre-arbitre) de publier de temps en temps sur ce blog une petite histoire, une nouvelle « vue » en France par quelqu’un d’ailleurs. ----------- Publier ces nouvelles, certes, sous le titre « 44 histoires courtes, presque névrotiques » (pourquoi 44 ? – parce que c’est 44 que j’en ai écrit... – voilà pourquoi !), publier donc ces histoires, mais répondre aussi aux éventuelles interpellations venues on ne sait pas d’où, elles non plus (n’est-ce pas ?).

Alors (alors) ----------- c’est parti !


 

Suis-je idiote ?

(croquis)

 

Suis-je idiote ? Certainement, d’après eux. Ils (me) l’affirment, (me) le disent. Poliment, avec retenue, sans méchanceté, définitivement : je suis différente. Ils le pensent. Ils y pensent.

Celui qui ne le dit pas, qui ne le pense même pas, c’est mon frère, Paul. À raison. Il n’a plus que moi au monde. Nous sommes seuls dans ce monde. Depuis dix ans. – Les nôtres – on n’a même pas pu les extraire de la carrosserie aplatie. C’est ce qu’on nous a été dit. La N10 est dangereuse. Nous deux, Paul et moi, nous avons survécu. Paul a eu les jambes cassées et les testicules arrachés. – ... Mais, en fait, il fut plus que ça. Il m’a cédé une partie de son foie. Le mien était devenu des simples tripes...

Ça m’a fragilisée, débilisée... (Idiotisée, peut-être ?) Fait est que je suis toujours en vie. Même si j’ai rencontré pour la première fois la mort à même pas quinze ans. Même si j’ai perdu à cette occasion un œil et la moitié de la mâchoire. Ce n’est pas rien. Je veux dire : ce n’est pas rien que d’apprendre que mes parents furent..., qu’ils avaient été transpercés par la ferraille, laminés par le camion-mastodonte-destin... Ce n’est pas rien que de se frotter à elle, à la mort, une deuxième fois, peu après. C’ n’a pas été rien que d’apprendre que mon foie était foutu ! – La mort se dressait de nouveau devant moi. – Ce n’est pas rien de vivre ça, sa mort ! – Ce n’est pas rien de voir que mon frère, de deux ans mon aîné, fut..., qu’il s’est déclaré prêt à la rencontrer, lui aussi, la mort, encore une fois, à côté de moi et pour moi, en se laissant éventrer, pour me donner une partie de son foie! (Je crois qu’il n’a même pas réfléchi. Réfléchir à quoi ? J’étais sur le point de passer de l’autre côté. Il n’allait pas me laisser le quitter ! – Je veux dire qu’il est bon ! C’est mon frangin ! Totalement !!!!) Ce n’est pas « rien » !

...J’ai vu le camion bondir par-dessus la bande végétale. Notre voiture s’est encastrée dedans comme attirée par un aimant. Comme programmée; destinée; prédestinée.

Idiote ? Et puis quoi ? Aucune importance ! Par rapport à quoi – idiote ? Par rapport à qui ?

Il est étonnant le noir qui se trouve à l’intérieur de nous. Nous ne sommes pas munis des yeux intérieurs. Nos yeux intérieurs sont les douleurs. Ça se passe dans le noir, les douleurs. .. Nous sommes condamnés à regarder (je ne dis pas : voir) dehors. (On n’y trouve aucune de nos douleurs à nous !) Et pourquoi regarder dehors ? Pour consacrer cet extérieur ? Pour le sacrer, peut-être ?... Nous sommes enracinés à l’intérieur de nous mêmes par les douleurs. Parfois, nous y sommes confinés.

Suis-je idiote ? Oui, selon eux. Différente. Ils n’ont aucun problème avec l’intérieur et l’extérieur, avec le noir et avec la lumière. Aucun problème, pour eux. Aucune question. Tout est – normal. Pour eux, je veux dire.

Car moi, je suis idiote, moi ! Je me dis, moi, que...

Toute chose à une fin, c’est clair, c’est évident ! – que je me dis. Mais, comment se fait-il que toute chose ait un début, un commencement ? – Ça, je ne comprends pas. Comment comprendre ? C’est-à-dire : comprendre quoi ?

Il faut assumer son idiotie. Encore faut-il l’identifier, la mettre à l’épreuve, l’éprouver... Peu importe ! Il faut l’assumer et arriver, ainsi, sinon au bon port, au moins au bon liman... Arriver, et sourire... À travers les larmes... (Pourquoi peut-on sourire pendant qu’on soupire encore ?...)

Idiote ! Peut-être ! Et pourquoi pas ? Ça ne change pas la réalité. Si réalité il y a.

Je prends un exemple. L’énergie. Les sources d’énergie. Le bois, le charbon, le pétrole, la soi-disant structure atomique, les vents, les vagues, les lumières, « l’auto-énergie » bio... Tous ceux-ci furent-ils conçus en tant que source énergétique pour l’extérieur de l’être humain, pour l’homme, pour l’humanité ? Furent-ils conçus afin d’être de telles sources ? Oui ? Alors la Conception existe ! Ou non ? Elle n’existe pas ? Alors l’humanité est conquérante, donc étrangère, donc de passage, de passage – sur terre. Et, finalement, pourquoi tant de sources énergétiques, quand le concept d’énergie est unique et sans opposé, sans opposition ?

Idiote ? Pourquoi pas ? Mais, il y a faute. Il y a malentendu. Ou virtualité changeante et autosuffisante, dont le contact avec la contre-virtualité ne mène à rien, à l’inutile, au dommageable, voire à l’explosion.

Il y a sans doute faute. Dans le noir de mon dedans, il y a des musiques et des lumières. On y métamorphose...

Je ne dis à personne qui est le père du petit que j’ai commencé à fabriquer. Ici, dans mon ventre. Dans mon noir. Dans mon mourir. Pas même à son père. Pas besoin qu’il sache, lui, qu’il peut déjà engendrer, ou quoi que ce soit, lui, sur son pouvoir fécondant...

À Paul, peut-être, je le dirai. – Peut-être. – Je ne suis pas sûre qu’il en ait besoin ; que, par conséquent, il puisse comprendre..., lui non plus. Mais pour d’autres raisons.

Ce n’est pas que l’autre, le père, lui, n’ait que douze ans. Un enfant, dirait-on..., mais... Quelle importance, l’âge ? L’importance de l’arrestation et de la prison, voyons ! Et je n’en ai pas envie. Il était attendrissant, le morveux. Le dépucelage d’un teen-ager c’est quelque chose. Il fallait voir sa petite tronche après.

…Mais, ce n’est pas la question. La question c’est que, pour Paul, ce qui compte c’est moi. Nous sommes seuls au monde. Nous serons trois, bientôt. Son neveu... Je le dirai à Paul, peut-être. Je lui dirai que je me suis rendue aux Pays-Bas, pour une fécondation artificielle. C’est à notre portée, aujourd’hui, n’est-ce pas ? En tout cas, ça donne des résultats.

À quoi bon autre chose ? À quoi bon dire la vérité ?

Suis-je vraiment idiote ? De quelle vérité encore je parle ?

 

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