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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 14:15

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

VII

 

6

(Épilogue, suite et fin)

Ici, perte totale de repères.

- L’espace et le temps s’annihilent réciproquement.

Voilà qui n’est ni humain, ni terrestre.

- Mais la chose reste toujours descriptible.

<>

Le présent change de nature. Il devient imparfait.

<>

Dans les images holographiques générées par les machines de café en proie du chaos et de la folie de RFI, la Corneille Bicéphale, impériale, pénétrait, en vol plané, dans l’espace « open » de la Rédac centrale.

Ses ailes étaient déployées au-delà de toute réalité possible.

- Au-delà de toute espérance.

Au cou de la Présidence de RFI, un bijou immense jetait des caprices dans les esprits – dans la matière – des Directions de RFI, des Directeurs de RFI.

Et même au-delà de la Station. Même au-delà de France Inter, France Info, France Bleu, et les autres. Au-delà de la Maison de la Radio. Au-delà de la Maison Ronde. À l’extérieur du Camembert. Au-delà de la Seine et de sa Statue de la Liberté. Au-delà de… Dans toutes les directions de l’espace-temps !

- L’espace et le temps s’annihilaient réciproquement.

La Corneille Bicéphale devenait l’emblème d’une toute nouvelle réalité. Avec ses deux têtes, esapce-temps, lecture-enregistrement, couronnées selon les coutumes império-républicaines. Avec une ogrement géante hyper-Respectabilité Capricieuse.

Le chœur sans paroles :

- La langue méconnue, proclamée secrètement langue française universelle, particulièrement interdite (« à la française ») de tout caprice, rendue, c’est à dire, universellement capricieuse, formulait des choses méconnaissables dans une délicate, ferme et noble harmonie.

La France et la Nomadie tombaient d’accord sur leurs capricesbi-nationaux et universels, concernant les puto-soumises, les drogues, les drogués et leurs opposants, le voile islamique, la branlette, les 35 heures et ainsi de suite.

Le ministre nomadien était décoré avec descaprices français ; il remettait nombre de caprices de la Nomadie, en échange.

Ică acceptait la proposition de Nicolâyë. Il était installé comme Caprice élude la Nomadie et de ses DOM-TOM. Ses mémoires plus que tiroirisées, atomisées, s’écroulaient comme absorbées par le gouffre de l’Oubli mis à la disposition du monde par Gnito.

Muguette réussissait à substituer aux souvenirs les pressentiments. Elle pensait avoir neutralisé de cette façon l’action oublieuse de Gnito.

Gnito, elle, après avoir quitté Stroë, après avoir mâché, ruminé, assimilé, assumé les mémoires d’Ică, était projetée dans le poste très exposé de Grande Prêtresse de l’Oubli – français, nomadien, universel.

Stroë, branché à tous les opéras du monde, mélodramatisait astralement l’état de l’Univers1.

La journaliste de la rédac en langue méconnue, spécialiste en soie rectale, mais ni pute, ni soumise, dans sa conception de soi, ni membre de l’association « France Prostitution » débarrassait Stroë de tous ces enfants cyclopes, asexués, clignants et clignotants ou virtuels et intermittents, de tous ses enfants. La fellation ainsi pratiquée ne maquait pas d’effets et de résultats. – Les enfants en cause, plus ou moins spermatozoïdaux, cessaient d’être cyclopes, asexués, intermittents, intérieurs ou extérieurs, pour devenir des simples adoptés2et clonés3.

En se ramassant (sur) soi-même, avec beaucoup de peine, de l’espace stellaire, Stroë (sa tête : une aurore boréale sourde et muette ; ses doigts : lumineux ; et tout ça sans aucune raison – et tout !) restait l’unique et l’inutile Directeur de RFI (langue méconnue comprise), et même plus, l’inutile Directeur de l’extérieur du Camembert (la Maison de la Radio), de la Statue de la Liberté, etc., l’inutile Directeur en général, l’inutile Directeur par exemple. Il se mettait le Ciel et l’Enfer sur le dos en élaborant un traité de capriciologiegénérale (avec des accents particuliers mis sur la capriciogénès et la capriciogénétique, ainsi que sur la capricioeugénisme et la capricioeuthanasie).

Tout naturellement, À Paris, au Grand Palais, on ouvrait une grande exposition où, parmi moult œuvres produites dans « l’atelier » Sainte-Anne, on admirait « tout ça – et tout», grandeur nature, dans un grand, dans un hyper Œuf de Fou.

- Dire que les fous ne pondent pas ?

Tout ça, avant que le Capricene glisse en Manie, ni en Principe – ni au contraire, voireVice Versa.

 


1 Échantillon :

- Il s’agit d’un filon qu’on n’a pas le droit de rater : la gravitation à une puissance qui quitte le domaine descriptible à l'aide de chiffres. Regardez une plante. Est-ce que c’est elle-même qui pousse vers le ciel (avec ses soleil, lune, étoiles, immense espace…), en essayant éventuellement de s’envoler, de « s’astraliser » ou, au contraire, ce sont les soleil, lune, étoiles, immense espace (le ciel…) qui attirent la plante, qui essayent de l’« astraliser » (pour se « terrestraliser » eux-mêmes) ? Il n’existe pas des réponses aujourd'hui qui ne soient pas compressées, malmenées et « malformées » par le temps terrestre. Il existe, pourtant, des mots qui peuvent se sauver, en quittant le temps. Par exemple, la sympathie ! La gravitation pourrait être de la sympathie en état pur. La gravitation invente la masse, s’exprime à travers elle. L’attraction réciproque, appelée gravitation ou sympathie, caractérise tout, même l’intelligence happée (digérée, convertie, pervertie…) par la conscience… Et que dire, alors, de l’amour ?… Dans ce sens, le mélodrame, le Mélodrame de la Gravitation, torde, universellement, tout son sens !

- Na !

2 Si les vraies femmes doivent être laides, les vrais enfants ne peuvent être qu’adoptés !

3 Eh oui, clonés !

 

 

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 08:10

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

VII

 

5

(Épilogue, suite)

- C’est un grand plaisir de te revoir, reprend Nicolâyë, en anti-gros-plan, chose impossible ailleurs que dans l’univers des caprices, en l’occurrence dans un des hologrammes gémellaires éjectés maintenant par toutes les machines à café disjonctées de RFI.

Elles sont en pleine débandade fonctionnelle, les machines. À la limite folle de la normalité.

- Peut-être.

Ou, ce qui revient presque au même – et pourtant si opposé ! –, à la limite normale de la folie.

- Personnellement, dit Nicolâyë dans cet hologramme, je suis vraiment enchanté. Voire plus. Je ne prolongerai donc pas cette effusion, déjà trop séduisante, gracieusement sympathique… Il faut savoir s’arrêter dans la vie, n’est-ce pas ?… Mais je vais continuer.

Le ministre pratique l’humour. Peut-être, en aurait-il en surplus ?

- Voilà…

Une courte pause. Du temps donné à la caméra, pour explorer d’une manière aléatoire l’environnement exemplairement banal du séjour des Glande.

On nous attirera l’attention sur les orteils de Muguette, pris dans une danse délicate, finement ironique et subtilement sexy. Aussi – et surtout ! – sur le ventre de Nicolâyë, théâtre d’une vive lutte intestine (au sens littéral : la bataille s'y donne dans tous les intestins, y compris dans l’appendice du ministre) entre des succubes et des incubes.

<>

Nicolâyë, après cette courte pause, avec une mélodramatique « élégance » :

- J’y joue ma tête.

La voix de Muguette, en off, coquette :

- Ça fait peur. C’est excitant. Oh !

Nicolâyë, rire avec beaucoup de bonhomie :

- Pardon. C’est irrépressible.

Muguette, en off :

- C’est inné.

Nicolâyë, avec un sourire ironique et complice :

- Tu sais bien, s’il y a un pays qui aurait gagné le droit total, intégral, souverain, de s’occuper des putes, c’est le mien.

Muguette, en premier plan, ironique et complice, elle aussi :

- Des putes et des mendiants.

Nicolâyë, avec une expression devenu plus sérieuse :

- Pour les mendiants, ça y est.

Muguette dans n’importe quel encadrement, grave :

- Nous sommes tombés d’accord, la France et la Nomadie.

Elle commence ce qui va devenir immédiatement un duo d’opéra :

- Vous nous envoyez les vôtres.

Nicolâyë en tant que partenaire de duo :

- Avec leurs chefs-gérants.

Muguette :

- Ils exploitent un peu la masse de crétins bien pensants ou pas d’ici, de chez nous.

Nicolâyë, le même jeu :

- Ensuite vous les arrêtez et les envoyez…

Muguette :

- …menottés ou pas, par charters ou autrement…

Nicolâyë :

- Ensuite vous les arrêtez et les envoyez, menottés ou pas, par charters ou autrement, chez eux, chez nous, pour que nous les imposions comme il faut…

Muguette :

- …conformément à vos lois non-écrites.

Nicolâyë :

- À !

<>

Nicolâyë se penche, prend la main de Muguette et la porte vers ses lèvres :

- En revanche, nous ne faisons baisser mondialement ni le prix des escargots de Bourgogne, ni celui du TGV, ni celui du foie gras, ni celui de l’Airbus, ni celui du Beaujolais, ni celui de la haute couture ou de la banane antillaise, ni celui du Perrier, ni celui des centrales atomiques, ni celui des cuisses de grenouille… 

Muguette, émue par le geste de tendresse de Nicolâyë :

- Vous ne fournissez mondialement des mercenaires que là où la France n’est pas mondialement présente ou là où elle vous demande d’en envoyer.

Nicolâyë, en embrassant tendrement la main de Muguette :

- Et, last but not least, nos deux pays font mondialement front commun à l’ONU ou ailleurs.

Muguette et Nicolâyë, ensemble :

- Surtout contre les Américains… Mais ça peut être contre n’importe qui…

Nicolâyë :

- Bon ! Ça c’est réglé. Je n’insisterai pas. Pour les deux associations, par contre, c’est une toute autre paire de manches.

Muguette :

- D’abord, ces associations, « Ni putes, ni soumises » et « France – Prostitution », ont théoriquement des buts non-lucratifs, mais néanmoins des buts opposés. La chose est encore plus complexe lorsqu’on se souvient que, chez vous, les putes et les soumises – féminines, masculines ou autres, des puto-soumises – sont comme des poissons dans l’eau, chez vous, les Nomadiens, elles sont… naturelles, directes, car vous, vous n’avez pas cette marge, qui nous permet à nous d’être gagnants même si, et surtout parce que, non-lucratifs.

Nicolâyë, après quelques secondes de silence :

- Nous avons, donc, les putes, vous – les associations !

Muguette :

- Le déséquilibre, quoi !

Nicolâyë :

- Des putes, des soumises, des puto-soumises organisées en associations ! Mais regardez-moi ça ! Est-ce que c’est ça que d’être soumises, c’est ça que d’être des putes ? Organisées ? Associées ? Et puis quoi encore ? Travailler, peut-être, vos trente-cinq heures ?…

Muguette :

- Non, non, non !

Nicolâyë :

- La situation demande à être normalisée.

Muguette :

- Oui, car c’est simplement une question d’image.

Nicolâyë :

- Il ne faut pas que la France et la Nomadie restent avec des images séparées, distinctes !

Muguette :

- Toutes nos puto-soumises ne sont pas associées. Toutes les vôtres ne sont pas des victimes.

Nicolâyë :

- L’unification, l’internationalisation des deux, c’est possible.

Muguette :

- Je suppose qu’une commission mixte (de préférence parlementaire) pourrait faire l’affaire.

Nicolâyë :

- Pour offrir une image unitaire, cohérente de ces puto-soumises de France, de Nomadie ou même d’Univers.

Muguette :

- Voilà !

Le chœur sans paroles (réplique adéquate de la création puccinienne), dehors, peut-être près de l’ambassade de la Nomadie à Paris, la caravane stationnée sous les fenêtres de Muguette :

- Ainsi, plus d’images distinctes de la France, de la Nomadie, de l’Univers ! Mais une image seule et distincte, très distincte de la France etde la Nomadie et, pourquoi pas, de l’Univers.

Nicolâyë :

- Ce qui compte, en fin de compte (tu vois : compte – compte) c’est l’image.

Le chœur sans paroles :

- Vu à la télé, comme dirait l’autre. C’est tout-tout-tout et encore tout, et rien d’autre ! Et, pour dire encore plus, il conviendrait d’aller de l’image, de la télé, vers le son, vers la radio.

Muguette :

- Suivez mon regard.

Le chœur sans paroles :

- Le son, qui est encore plus insidieux, plus subversif, plus non-séparateur, plus unificateur, plus… beaucoup plus de plus…

- Nicolâyë :

- Oh, ma chère Muguettetine ! Tu te souviens, on t’appelait Muguettetine. Moi aussi je t’appelais… Muguettetine. Je ne peux pas te dire quel plaisir… combien ça me fait du bien de te voir. L’intelligence, ça commence à me fatiguer. Je n’en veux plus.

Muguette :

- Eh, ben, pour un compliment…

<>

Scène muette maintenant dans l’hologramme gémellaire éjecté par les machines à café affolées ou mieux encore, folles, de RFI.

Nicolâyë sourit de toutes ses dents. Appréciation de l’aigreur ironique de Muguette. Ensuite, regard vers le plafond – avec une expression de fatigue, de résignation et d’auto-appréciation aussi superlative que modeste.

Il se lève, poursuivi par une caméra agitée et instable, suggérant l’inquiétude.

Le ventre animé par la colite holographique et flatulencière que des succubes et des incubes, en lutte pour la survie, les uns contre les autres, provoquent dans le boyau ministériel, Nicolâyë se diriget vers le canapé.

Muguette, assise sur le canapé, prise comme entre le marteau et l’enclume par deux énormes masses d’Ennui, deux masses capricieuses, du Passé et du Futur, preuve que le Grand Caprice se trouve autant derrière que devant elle, déploie ses charmes de femme mûre et parfumée1.


1  Note du secrétaire particulier de Manele Nicolâyë.

« La caméra se fixe à l’endroit où, parfois, on trouve une glace vissée au plafond. »

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 09:39

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

VII

 

4

(Épilogue, suite)

« Les Français ont deux associations qui nous intéressent au plus haut degré. ‘Ni putes, ni soumises’, et ‘France – Prostitution’.

« - C’est grandiose, a dit un jour mon ministre. Aucun des deux grands Napoléon, l’énorme Richelieu non plus, n’auraient imaginé une telle richesse en significations. C’est la République qui leur a donné ça. Et à travers eux, à nous, au monde.

« À ma remarque comme quoi les Français avaient encore un Parti Communiste, ainsi qu’un Front National et quelques miettes extrémistes, ridiculissimes dans leur République, Nicolâyë me jette un regarde très sombre, presque torturé, de monstre malade.

« Je sais bien qu’il est un initié.

« - Un initié en caprices, bien entendu.

« Pour moi, le non-initié en capricesest un handicapé.

« - Ou plus exact, un complexé.

<>

« Il va essayer maintenant, mon Ministre, un coup de maître. Je pense qu’il va vouloir utiliser les deux associations précitées, ‘Ni putes, ni soumises’ et ‘France Prostitution’, dans un but dépassant les étroits intérêts nationaux générateurs d’hommes nationaux. Il s’appliquera, je crois, à la création de quelques nouvelles réalités libérées de toute contrainte nationale.

« - Lui, le partisan sinon l’artisan de l’homme national !

« Par exemple, je crois qu’on l’entendra s’adresser à Muguette dans un récitatifcomme suit :

« - ‘Ni putes, ni soumises’ ? ‘France Prostitution’ ? Parfait ! Vous, dans votre pays des Droits de l’Homme, des Débats et des Télé-réalités, vous en débattez, en droit-de-l’hommez et en télé-réalisez…

« - Et vous autres, lui donnera la réplique Muguette, vous autres, ailleurs, un peu partout, vous vous appliquerez à nous fournir la matière première pour tout ça.

« Le récitatif de Muguette sera plus qu’ironique.

« Je crois comprendre que c’est au réel, à la réalité qu’elle fera référence. Enfin, c’est comme ça que je comprends cela maintenant. – Le réel, la réalité du dehors. Le réel, la réalité englobant tout, droit, homme, débat, télé…

« - Histoire d’entretenir tout ça, dira mon ministre. Tout ça : le droit, l’homme, le débat, la télé… qui, quant à eux, contribueront à la fabrication des nouveaux systèmes environnants. Des systèmes où les putes et les soumises pourront évoluer en toute tranquillité. Où elles pourront s’épanouir selon toutes les rigueurs d’une civilisation évoluée. Une civilisation garante de la liberté intégrale, des droits de l’homme, des débats, de la télé… »

<>

« Il a besoin des Français, mon Ministre.

« - Notamment en tant que gens exprimés.

« Il s’efforcera de les convaincre qu’ils ont, eux, également besoin de nous.

« En tant que des gens non-exprimés.

<>

« - Nous n’allons pas laisser ces enfoirés d’Amérloques agir selon leurs humeurs libérales !

« Il va essayer, mon ministre, de démontrer à tout le monde – en commençant par Muguette ou, plus précisément, à travers elle – qu’il leur était non seulement utile, mais indispensable.

« - Aux Français, j’entends.

« Nous n’allons pas leur permettre de construire une base humaine sur la Lune, allait-il dire, par exemple.

« - On les empêchera !

« On les empêchera d'explorer humainement Mars. De manipuler génétiquement comme c’est pas possible toutes sortes d’organismes. De mondialiser tout ce qui bouge. De métisser de force – par une soi-disant ‘ségrégation positive’ – des populations. De grossir à coup de cinq kilos par décennie.

« - De déclencher des croisades !

« D'interdire à l’Europe, scène privilégiée pour deux guerres devenues mondiales, de se donner encore une fois – qui ne pourra être que la dernière– en spectacle. De faire diminuer l’Union Soviétique jusqu’aux dimensions acceptables d’une simple hyper-Russie. De stimuler le développent de la Chine traditionnellement non-guerrière, contenue par la force atomique des Russes et des Ricans, bien sûr, mais surtout par celle moyennement contrôlable de l’Inde, à son tour bloquée par un Pakistan musulman nucléarisé encore plus aléatoire, pour contrecarrer, en fin de compte, le Japon, tenu, lui, encore mieux en laisse, par une belliqueuse Corée du Nord miséreuse et nucléarisée…

« - Et tout !

« La nécessité, dira pour finir mon patron, la nécessité évoquée par ces Ricains, qu’ils se la mettent où l’on sait !

« - Nous avons une mission autre à accomplir, nous autres, vous, les Français et nous, les Nomadiens !

« Les gens qui travaillent à califourchon sur cette frontière qui n’en est pas une, à Radio France Internationale, des gens comme Ică, donc, ou comme Stroë pourront se rendre tous très utiles dans cet ordre d’idées !…

« Assurément, il peut être suspecté de génie, ce Nicolâyë. Je suis fier d’être son contemporain et son élève.

« - Et tout ! »

(Suivra)

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 06:52

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

VII

3

(Épilogue)

Paris, deux heures du matin. Juste avant que la situation ne se dégrade…

Dans la cabine vitrée du KB, le technicien de nuit somnole allongé en jeune victime sur deux chaises incommodes. Les téléphones, sonnerie réduite, s’activent de temps en temps, mais on ne s’empresse pas de décrocher. Même si l’appel venait de Hong Kong ou de Los Angeles, où il ne faisait pas nuit et où la vie diurne produisait des news. Ici, à Paris, il faisait nuit. On n’y produisait pas de news.

- La vie diurne d’ailleurs n’étant pas à l’heure de Paris, n’avait qu’à s’y mettre !

<>

Dans l’espace « open » d’à côté, les quelques journalistes de nuit s’ennuient dans une atmosphère passablement viciée par la cigarette, silencieuse, soporifique. Devant les écrans de leurs postes de travail, ils font défiler les nouvelles de l’AFP (venues d’ailleurs, de Hong Kong, de Los Angeles…), ils rédigent des petits papiers, des chapeaux pour les correspondances qui, défiant toute résistance somno-technique ou autre, arrivent quand même dans l’ordinateur et attendent leur toilettage pour leur « mise en bouche et en onde ».

- Ils consultent aussi sur Internet des sites de jeux, porno, boursiers…

La situation commence à s’organiser comme dans n’importe quel monde interdit de toute probabilité. Le monde où le présent intervient selon les règles tantôt comprimées, tantôt étendues de l’inattendu et, finalement, du chaos.

Et pour cause : la machine à café, la première, où tout avait commencé, se met à vivre. À sa manière.

Elle cliquette de toutes ses vis, vitres et roues. Elle balbutie de tous ses tuyaux.

Il n’y a personne autour.

Dans le silence nocturne du couloir, cliquetant et balbutiant, elle commence à cracher ses gobelets remplis de morceaux de quelque chose sans nom, d’un ******* capricieux.

<>

…Le désastre gagna ensuite en violence. Interdite en principe d’explosion atomique, mais aussi de lèpre, de peste, de cancer, d’érysipèle, d’hémorroïdes, ainsi que de beaucoup d’autres, les machines à café avaient, pourtant, de la fièvre.

- Elles avaient aussi le hoquet.

Elles frissonnaient. Elle tremblaient.

Tout RFI commençait à ressentir les vagues de l’horrible désarroi qui émanait nocturnement et anti-matériellement de la ferraille fermentative à café.

Les machines avaient des hallucinations. Virtuellement, la diarrhée. Elles étaient incontinentes. Elle avaient aussi un eczéma.

- Selon certains auteurs, les machines mélangeaient les caprices et les manies aux principes.

Elles mélangeaient leurs propres microbes, qu’elles avaient rendus sains, aux autres, qu’elles avaient rendus malades. Les microbes en question étaient à la fois machinistes et machinaux. Ils n’avaient pas (trop) de sens.

- Elles clignotaient avec désespoir, follement, les machines.

Des hologrammes présentant d’une manière assez spéciale la rencontre entre Manele Nicolâyë et Muguette Glande (des hallucinations de machine) envahirent les couloirs, les « opens », les bureaux de RFI. Les stations contiguës furent touchées : France Inter, France Info, FIP, Radio Bleu…

<>

Tout le monde put voir ceci :

Le ministre nomadien, en plan entier, toujours tridimensionnel, est assis dans un des fauteuils du séjour de la famille Glande.

- Il a du talent, dit le gros-plan tridimensionnel de Nicolâyë.

Son jeune secrétaire quitte la pièce pour rejoindre l’ambassadeur dans le camping-car ambassadorial garé dans la rue, juste devant l’immeuble.

- Nous, ma chère, continue-t-il en plein plan moyen latéral pseudo-tridimensionnel, et en s’auto-indiquant d’un geste de la main, nous avons été obligés de suivre un stage d’envie.

- Pas lui ? dit Muguette en plan entier et toujours tridimensionnel, elle aussi – assise sur le canapé du séjour de la famille Glande.

Elle parle de jeune homme qui venait de sortir. L'intonation de Muguette est assez ambiguë.

- Il est terriblement jeune, répond Manele Nicolâyë. Il est terriblement jeune et il a l’envie dans le sang, dans les nerfs, dans les os. Son envie est jeune et elle a du punch. Il est l’envie métabolisée.

- Arrête ! Tu me tues !

La coquetterie juvénile de Muguette pourrait être jugée aussi puissamment sexy que ridicule – en plan moyen quasi-tridimensionnel.

- Alors, son ennui ? revenait elle au sujet de la conversation.

- Il est très fort, répond Nicolâyë en amorce plongée de dos. Je veux dire, en ennui. Il lui arrive de ressentir des plaisirs jamais ressentis par nous autres. Des sensations qui nous seront interdites à tout jamais… Mais, il n’en a pas conscience. En sa compagnie j’éprouve même du bonheur, ce qui est insupportablement ennuyeux lorsqu’on y pense.

- Vous couchez ensemble ?

Le petit minois de Muguette est perfide, amusé, souriant, en premier plan plus que tridimensionnel.

- Nnnnon… On partage parfois un pétard ou on prend un verre ensemble…

(Suivra)

 

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 08:41

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

VII

2

« Les dernières informations me laissent définitivement pantois. Et pour cause. J’apprends que l’avion de la presse présidentielle française se trouve toujours dans l’air et qu’il y a peu d’espoir qu’il atterrisse – en Nomadie ou ailleurs.

« - Cela, pour commencer.

« Ensuite, j’apprends que les coussins qui avaient servi à la bataille se sont avérés être des dépêches AFP. À un moment donné, lesdites dépêches avaient pris l’allure des poupées gonflables ultra-lumineuses mises à la disposition des journalistes.

« - Uniquement1.

« Enfin, on vient de m’informer que non seulement l’avion de la presse présidentielle française n’atterrira jamais en Nomadie, mais que mon ministre, Manele Nicolâyë, a décidé de monter à Paris, en abandonnant son Président national et ses homologues étrangers engagés dans le ‘processus’ du Sommet de la Francophonie.

« - Qu’ils se débrouillent tous seuls !

« Il a décidé de monter à Paris pour y retrouver Muguette Glande.

« La thèse d’une liaison entre les deux, antérieure au Grand Caprice, pourrait s’avérer juste, donc. »

<>

« J’admire mon Ministre.

« - Je ne peux pas m’en empêcher.

« Chez nous, au pays, il arrive à placer ‘la donne nomadienne’ sur des cimes enivrantes, ahurissantes. Chez nous, dans notre imagination (privée ou publique, peu importe !), dans notre ‘spectrographie’ excitée par l’idée phare de l’homme national, on est parfaitement connectés au monde le plus civilisé possible de l’actualité, on est parfaitement compatibles avec lui. Fut-il civilisé ou décadent.

« - Ou ‘spectrographié’.

« - Ou.

« Nicolâyë voit avec une très grande clarté les maillons faibles des autres. Et il s’en sert avec beaucoup d’habilité. Il donne l’impression que la Nomadie était un pays insuffisamment grand-bon-beau pour lui, et que c’était lui qui, grand-bon-beau comme il l'était, cautionnait son pays et, à partir de là, le monde entier, en leur conférant de l’éclat et de la magnificence.

« J’admets que c’est assez compliqué et que les contradictions ne manquent pas dans cette description trop courte. Mais, peu importe ! Nicolâyë se place au centre de mon admiration. 

« Le fait qu’il monte maintenant à Paris pour voir, ou revoir Muguette, ne fait qu’augmenter cette admiration.

« Je crois qu’il prépare un coup. Un grand coup. J’en suis presque sûr.

« Je veux l’accompagner dans cette aventure.

« Je veux partager avec lui la grandeur. Sinon la chute, la déchéance !

« Je veux vivre à mille à l’heure ! »

 

 

1  « Ceci donne, naturellement, un nouvel élan aux spéculations concernant l’exception culturelle française. Une exception, on le voit bien, créatrice d’élites ; la presse française se distingue de nouveau du reste ! Dans ce monde condamné à la démocratie, uneélite – en l’occurrence, journalistique – refait surface. Tous les autres avions, contenant des presses présidentielles, royales, impériales, dictatoriales ou autres, avaient déjà atterri, ou, au pire, allaient atterrir bientôt dans la capitale nomadienne. La presse présidentielle française, par contre – non !

 

« -Pourtant ce n’est pas un détournement, mais ‘tout simplement’, autre chose.

« Aurait-on besoin de dire que c’est – de tout évidence – un caprice ? »

 

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 07:53

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

VII

2

« Les dernières informations me laissent définitivement pantois. Et pour cause. J’apprends que l’avion de la presse présidentielle française se trouve toujours dans l’air et qu’il y a peu d’espoir qu’il atterrisse – en Nomadie ou ailleurs.

« - Cela, pour commencer.

« Ensuite, j’apprends que les coussins qui avaient servi à la bataille se sont avérés être des dépêches AFP. À un moment donné, lesdites dépêches avaient pris l’allure des poupées gonflables ultra-lumineuses mises à la disposition des journalistes.

« - Uniquement1.

« Enfin, on vient de m’informer que non seulement l’avion de la presse présidentielle française n’atterrira jamais en Nomadie, mais que mon ministre, Manele Nicolâyë, a décidé de monter à Paris, en abandonnant son Président national et ses homologues étrangers engagés dans le ‘processus’ du Sommet de la Francophonie.

« - Qu’ils se débrouillent tous seuls !

« Il a décidé de monter à Paris pour y retrouver Muguette Glande.

« La thèse d’une liaison entre les deux, antérieure au Grand Caprice, pourrait s’avérer juste, donc. »

<>

« J’admire mon Ministre.

« - Je ne peux pas m’en empêcher.

« Chez nous, au pays, il arrive à placer ‘la donne nomadienne’ sur des cimes enivrantes, ahurissantes. Chez nous, dans notre imagination (privée ou publique, peu importe !), dans notre ‘spectrographie’ excitée par l’idée phare de l’homme national, on est parfaitement connectés au monde le plus civilisé possible de l’actualité, on est parfaitement compatibles avec lui. Fut-il civilisé ou décadent.

« - Ou ‘spectrographié’.

« - Ou.

« Nicolâyë voit avec une très grande clarté les maillons faibles des autres. Et il s’en sert avec beaucoup d’habilité. Il donne l’impression que la Nomadie était un pays insuffisamment grand-bon-beau pour lui, et que c’était lui qui, grand-bon-beau comme il l'était, cautionnait son pays et, à partir de là, le monde entier, en leur conférant de l’éclat et de la magnificence.

« J’admets que c’est assez compliqué et que les contradictions ne manquent pas dans cette description trop courte. Mais, peu importe ! Nicolâyë se place au centre de mon admiration. 

« Le fait qu’il monte maintenant à Paris pour voir, ou revoir Muguette, ne fait qu’augmenter cette admiration.

« Je crois qu’il prépare un coup. Un grand coup. J’en suis presque sûr.

« Je veux l’accompagner dans cette aventure.

« Je veux partager avec lui la grandeur. Sinon la chute, la déchéance !

« Je veux vivre à mille à l’heure ! »

 

 

1  « Ceci donne, naturellement, un nouvel élan aux spéculations concernant l’exception culturelle française. Une exception, on le voit bien, créatrice d’élites ; la presse française se distingue de nouveau du reste ! Dans ce monde condamné à la démocratie, une élite – en l’occurrence, journalistique – refait surface. Tous les autres avions, contenant des presses présidentielles, royales, impériales, dictatoriales ou autres, avaient déjà atterri, ou, au pire, allaient atterrir bientôt dans la capitale nomadienne. La presse présidentielle française, par contre – non !

 

« -Pourtant ce n’est pas un détournement, mais ‘tout simplement’, autre chose.

« Aurait-on besoin de dire que c’est – de tout évidence – un caprice ? »

 

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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 07:18

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57


   VII

 1

« On ne va pas se cacher la face. Je n’ai pas été pas bon. En tout cas, je n’ai pas été bon pour cette mission en France. Ma résistance – intellectuelle, d’abord, mais aussi psycho-psychiatrique, bref, spirituelle – n’a pas été à la hauteur des évènements.

« Me voilà, aujourd’hui, happé. Ce sont l’ambassadeur et sa fille qui m’ont bouffé. La mystique du suicide cellulaire du père, d’abord, la pression martienne et attentionnelle de la fille, ensuite, ont eu raison de moi.

« Je me suis laissé entraîner dans la paresse spirituelle qui accompagne ou caractérise l’atemporalité, et j’ai raté pas mal d’occasions d’apprendre plus sur RFI. Sur les personnages qui composent cette grande radio internationale.

« - Sur l’exception culturelle française, aussi.

« Et ainsi de suite.

« Je n’ai pas fait encore des grosses bêtises. Mais le temps n’est pas perdu.

« Je n’ai pas fait de choses trop intelligentes non plus.

« - Je dirais, en revanche !

<>

« D’une certaine manière, je me sens subjugué par la force de Muguette. Elle pressent beaucoup, comme on le sait déjà. Quant à moi, moi, je para-sens. Je n’ai pas d’autre mot. Si Muguette sent en avant-première, moi je sens en extérieur. Les deux manières de sentir pouvant empiéter l’une sur l’autre. Vous voyez ce que je veux dire1. »

<>

« Par la force des ces choses biscornues, j’ai du arbitrer à l’intérieur de moi la confrontation quadripartite et molle déclanchée entre Muguette, Gnito – les deux femmes ‘directoriales’, se trouvant encore à Paris –, l’ambassadeur et enfin sa fille. Les quatre idéologies – l’Oubli, le Pressentiment, le Suicide Cellulaire et l’Attention – se sont mises en contact.

« - Dans mon dedans, pour ainsi dire.

« Les synapses n’ont pas fonctionné. Je ne suis pas un terrain propice pour de telles rencontres. Même le grain de piment apporté par Mômô (la fille de l’ambassadeur) avec ses Désirs Astraux n’a pas embelli la chose.

« Ensuite, j’ai perdu beaucoup de ma superbe.

« - C’est-à-dire, de moi !

« Les certitudes, qui me rendaient content, parfois heureux, se sont volatilisées, une après l’autre. Pour moi, la réalité a commencé à se défaire. Avec la conséquence prévisible :

« - Ma propre décomposition.

« Dans ce sens, je peux dire qu’on m’a décarcassé après m’avoir embobiné et concassé avec toutes sortes de syntagmes, genre :

« La principale qualité du journaliste : la banalité foncière, capable uniquement d’enregistrer et de rendre. Sans exploser – exclusivement ; ni imploser – exclusivement.

« Quelqu’un qui vit c’est quelqu’un qui fait des différences ; les indifférences ne lui étant pas interdites pour autant.

« Notre monde favorise et stimule l’égocentrisme jusqu’à la perte de toute personnalité (vue comme limite), jusqu’au point de le noyer et dissoudre dans l’infini de l’introspection tout azimut.

« Individualisme : le droit d’être médiocre et/mais digne ! On peut parler d’une dignité de la médiocrité, mais aussi d’une digne médiocrité, ainsi que d’une dignité médiocre.

« L’individualisme occidental universalisant : panacée contre la mondialisation impersonnalisante.

« L’ennui c’est quelque chose d’extrêmement humain – vu du côté divin. Voire, un peu divin.

« L’ennui bien taillé, bien maîtrisé, bien accordé avec la personnalité, l’ennui bien proportionné, relève de l’endroit où la métaphysique bascule dans l’esthétique.

« Avoir une mémoire, c’est porter une plus ou moins énorme quantité de temps avec soi ; c’est dans le Soi (drapé pour l’occasion en Moi) que le temps niche et se blottit.

« Le Sauveur… C’est vrai ! Il nous sauve de notre incontournable et impitoyable solitude. Dieu c’est ce qui s’oppose à la solitude ; qui a le courage de l’affronter et de se confronter avec elle.

« L’homme ne présente aucun intérêt hormis celui d’être en contact avec Dieu.

« Les journalistes correspondentaux générations esclaves de la culture. – Il a été pourtant déjà dit : aujourd’hui ce n’est plus l’homme qui fait la culture, mais la culture qui fait l’homme. – Il a été pourtant déjà dit : hier, on ne savait pas à quel besoin humain répondait la culture – aujourd’hui, on ne sait pas à quel besoin culturel répond l’humain2. – Il a été pourtant déjà dit : il y a pas mal encore de ceux pour qui la liberté arrive de l’extérieur, de la culture3.’ »

<>

« Déstructuré comme caractérisé ci-dessus, je m’approche à présent de l’état de l’homme parfait.

« - L’homme-atome.

« L’homme parfait est l’atome qui compose l’actuelle humanité atomisée. C’est un atome soumis à des paramètres parfaitement abstraits et parfaitement appropriés. L’atome en question est humain. L’humain a réussi cette performance ! L’homme-atome ne ressent plus le besoin d’essentiel, car irréductible.

« - L’essentiel n’est plus possible.

« Tout est individuel, parfait, incomparable.

« L’homme parfait c’est l’homme décroché. Décroché de tout. Décroché du présent. Décroché de l’histoire. Décroché aussi de son avenir qui, quoi qu’on dise, reste un simple phénomène sclérotique ou, au mieux, dissolutif. »

<>

« Tous ceux-ci sont des avatars de la confrontation évoquée tout à l’heure. – L’Oubli (de Gnito), le Pressentiment (de Muguette), le Suicide Cellulaire (de l’ambassadeur, le père de Mômô), l’Attention (de la fille de l’ambassadeur, Mômô).

« En tant qu’atome, j’entre dans le giron du suicide cellulaire. En respectant la trajectoire tracée par cette théorie, je ne me suiciderais pas tant que mes pairs ne me le demandaient pas.

« - Mais s’ils me le demandaient…

« Ça, pour faire court.

« En tant qu’atome, ensuite, je ne ressens plus le passé ou l’avenir. Je flotte dans la sauce de l’indifférence, qui n’est pas de l’oubli, même si les deux s’apparentent. La torture du pressentiment, après cela, me fait voir des choses et des re-choses, à qui de mieux mieux.. (Très déstabilisant !4et 5) Puis, enfin, l’attention astrale, qui est confondante et qui efface toutes les chances, germes et/ou traces d’un possible équilibre. »

 


1 « La panse de la réalité est condamnée à l’énormité, à l’immensité, à l’abîme. Elle contient autant ce qui est, que ce qui n’est pas ; ce que est possible que ce qui ne l’est pas. Rien ne lui échappe. Y compris le rien. Mais elle échappe à tout. Y compris au rien.

« Ce qui vient d’être exposé ci-dessus n’est que trop humain, pourtant. Le divin, qui a mis de son côté toutes les chances (ou formes, ce qui revient au même) d’exister, mais aussi toutes les chances (ou formes) d’inexister – ce qui est d’ailleurs dans sa nature ! –, décide aussi de l’infinité ou, au contraire, du cloisonnement de la réalité.

« - Et cela sans que les mortels soient obligatoirement tenus au courant.

« Tenu au courant, non. Mais en laisse, si. – La laisse de la mort. – Les leurs – la laisse, la mort.

« Pour en finir avec cette sous-idée de réalité spécifique, réalité avec laquelle j’entretiens un rapport de réciproque appartenance, je dirais simplement cela : elle – sous-entendu la réalité environnante (dont on ne connaîtra jamais les limites) – bouge en même temps que moi. Je me trouve dans le noyau de cette réalité. La réalité m’enveloppe. Il n’est pas exclu que moi-même sois réel. Cas où, chacun de mes gestes aurait un impact sur cette réalité qui, ainsi heurtée, se tournerait contre moi, en ‘m’impactant’ à mon tour.

« - L’effet papillon devenu syndrome !

« Voilà, justement, ce qui attise en moi un désir particulier, celui de para-sentir ce qui vaque au-delà de la réalité ou ce qui n’y existe même pas.

« - Aussi bien dans le réel qu’ailleurs.

« Pour faire court, j’ai la folie du divin. Je m’approche du moment où je (me) dirai qu’entre Dieu et moi plus rien ne s’interpose. C’est la mort. Ou, transitoirement, la folie. »

 

2 « Hé ! – Bientôt on ne saura plus si l’homme reste le créateur de ses prothèses ou si ses prothèses l’utilisent, l’absorbent ; s’il s’y immerge, s’il s’y fond ; s’il s’annihile – dans ses propres prothèses.

« Un exemple très éloquent : les médias. Ceux qui ‘font’ mais aussi ceux qui ‘consomment’ des médias ont changé de nature. C’est tout simplement une génération spontanée. Ce que les médias diffusent ce ne sont pas des idées (qui, elles, tiennent les hommes) mais des ‘ nouvelles’, c’est autant du non-jugé que du préjugé. En grande hâte, les idées foutent le camp avant même que les nouvelles n’arrivent. C’est la Berezina. Non seulement l’homme n’est plus utile aux idées, mais il est devenu un fardeau pour elles. L’homme est souvent dangereux pour les idées. Il n’est plus leur support, mais leur bourreau. L’homme chasse les idées. Éventuellement, il les baise. L’homme exécute les idées. Il les tue. – Hé ! »

 

3 « Hé ! – Contre le pouvoir ‘gorgonique’ de l’Oubli, seul le pouvoir intellectuel (de l’attention travaillée !) peut agir avec efficacité. Mais l’intellectuel d’aujourd’hui est plus souvent, disons toujours et à jamais, atteint d’un cancer spécifique connu sous le nom d'intellectite ou, abrégé, d’intello.

« Les personnages qui pourrait faire l’affaire seraient une espèce inexistante : les politiques intellectuels. Mieux encore, les politiques qui vaqueraient à la limite de l’artistique ; ceux qui auraient les pores ouverts vers cette folie libératrice qu’est l’art. Musique, poésie, danse et autres peintures ou sculptures et ainsi de suite, seraient les bienvenues. (Manele Nicolâyë, donc, pourrait faire vraiment l’affaire. Bien sûr, grâce à ses dons artistico-limites, mais aussi grâce à son origine illimité, nomadienne. – Hé ! – Mais existe-t-il pour de vrai, ce Nicolâyë ? – Hé !) »

 

4 « Exemple :

« Muguette sera bientôt au septième ciel. Les mains de Manele Nicolâyë se promèneront sur son dos, sur ses hanches, sur ses fesses. La respiration de l’homme trahira une envie croissante. Ce sera non seulement des caresses, mais de la poussée. Il voudra l’écumer et… tout le reste.

« - Ce sera fin.

« Ce sera raffiné. Ça ne manquera pas de force, pour autant. Rien de comparable avec le poids de colosse, avec cette brute d’Ică , certes. Mais ce ne sera pas mal. Elle sera désirable, la Muguette. On ne bande pas à la commande. C’est connu. Et il bandera, lui, le ministre. Il voudra la pénétrer, la labourer, s’y soulager.

« - Mmmm, ce sera bon ! »

 

5 « Exemple :

« Ică Glande se prononce systématiquement contre le parti unique, mais aussi contre la mémoire unique. Il dit que les parents transmettent à leurs enfants des données subliminales et incertaines, concernant les choses vécues. (Comme si la vie était possible, comme si on pouvait vivre des choses.) C’est ainsi que les mythes se seraient formés. Par une sorte d’accumulation qui n’en était pas une, par caprice.

« Il continue en disant que depuis que nous disposons du degré actuel de conscience, qui unifie l’humanité (interne-externe, haut-bas, devant-derrière, droite-gauche, système numérique, calendrier, système horaire, système métrique, Coca Cola, Mac Donald’s, Internet, Sex-shop, etc.), les données qui s’y accumulaient devenaient pesantes, terrorisantes.

« À cela il oppose comme solution une organisation assez spéciale de la mémoire, qui aurait comme seule loi le caprice.

« - Seul le caprice se trouve à l’origine de chaque venue au monde et de chaque départ. »

 

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 08:14

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

Distorsion

(Jérémiade capricieuse dans les entrailles d’une certaine machine à café radiophonique

pourtant, dans ce contexte, assez quelconque)

 

 

Muguette dit que les stations nationales de radio et de télé propagent l’ennui national, tandis que RFI propage l’ennui international.

- Chapeau, la Muguette !

L’ennui, c’est vital. Vitale aussi, et d’un non sens généreux, la lutte entre la mémoire personnelle, et celle de l’espèce, et celle de la terre, et celle para, extra, voire méta-universelle.

- Qui avale qui ?

La mémoire personnelle se remplit, avec le temps, de choses mémorables. Certaines choses sont mémorables. La mémoire niche, parfois, dans les choses mémorisées. L’existence même se révèle en tant que mémoire.

- On est mémoire – ou on n’est pas.

Moi, je n’ai pas d’enfants, moi. En tant que machine à café, je ne peux pas en avoir.

- On ne peut pas en avoir.

Mais je peux participer et à la reproduction, et à la reconduction, et à la multiplication de l’humanité. Je suis une machine à café de la radio. Une machine à café radiophonique. Je contribue à tout ce que je viens d’évoquer, reproduction, reconduction, multiplication de l’humanité – d’une manière insupportablement moderne :

- Radiophoniquement.

Je veux dire :

- Avec l’aide de cette particulière prothèse-radio sociétale, on multiplie, dans l’abîme de l’instant, la parole dite. C’est comme les pains de Jésus, ladite parole « radiophonisée ».

<>

Hé !

- Et la parole fut !

La parole dévoilera de nouvelles qualités et de fraîches vertus, beaucoup plus justifiables que la simple communication domestique et souvent mineure.

Il s’avérera que :

- Lareproduction humaine est sévèrement articulée, parlée.

Mieux encore, il s’avérera que ce qui est humain ne se reproduit pas, ne se reconduit pas, mais perdure.

- Grâce à et avec la parole.

Ce qui se passe, donc, dans et avec une radio prend une importance particulière. Inattendue ! Vitale !

- Comment imaginer l’humain et l’humanité sans la parole-radio ?

Aujourd’hui, chacun devrait avoir sa radio personnelle. (De toute façon, on ne dialogue plus, depuis longtemps !) Des radios personnelles affiliées à des radios collectrices, dotées des pouvoirs sélectifs en mesure d’extraire le général de l’individuel, l’indifférent de l’ennuyeux, la totalité du rien et le rien de la totalité.

Hé !

<>

Et de coq à l’âne.

Pendant son périple caucasien, lorsque Yovanka essayait d’entrer en contact avec les ravisseurs de son mari, elle était déchirée... Physiquement.

- Par des viols consentis.

Elle a été schizofrénisée. Elle vivait simultanément dans deux réalités absolument distinctes qui, elles, se représentaient en elle. D’un côté, le terrain, le « vécu extérieur ». Les brigands des tous bords, qui la regardaient sans la voir, elle, mais uniquement la proie vivant en elle, la proie qu’elle était

- Elle vivait ça.

Elle écartait ses cuisses, elle ouvrait sa bouche et recevais la merde spermique de l’un, de l’autre, de tout un chacun dans ses orifices…

Et, en revanche ou par contre, elle écoutait RFI en ondes courtes, et elle vivait ce qui n’existait plus, là où elle se trouvait, en Caucase : sa vie d’antan, d’ailleurs, avec son mari, avec sa petite fille, sa vie de France, sa vie française.

- Elle la vivait fortement.

Même si elle se trouvait nulle part. Même si son étant y était – dans ledit nulle part. Elle est devenue depuis un mulier radiophonica. La radio c’est, comme dirait l’autre, « du nihilisme de la moyenne » à l’état pur.

La vérité ?

La réalité ?

- On en a plein le cul et on s’en branle !

Ce qui compte c’est les news, notamment celle connues ou du moins reconnaissables.

Poussant des cris aigus et des gémissements profonds :

- Oui, je sais ! Je suis névrosée ! Et alors ? Étouffer le savoir par les news. Avoir des news. J’en ai, moi ! Les miennes. J’ai mes news à moi, mes news de machine à café radiophonisée, radiophonique, atteinte par la radiophonite, menacée par la radiose ! Et ça me suffit. Plus généralement encore, plus valablement encore : ça suffit !

- Est-ce la névrose des news ? Et alors ! Ça ne fait du mal à personne. Je ne fais du mal à personne !

- Est-ce que je vous ai fait mal ?

Y a même pas de mal ! Y a même pas de quoi !

<>

Hé !

- Dire que Yovanka mourra en Afghanistan !

À sa mort, on se rendra compte qu’elle n’était qu’un illégal, un illégitime bébé-médicament. Un bébé oublié, perdu ou abandonné à sa naissance par des parents peut-être ignobles. Par des parents qui jouissaient pourtant de certaines circonstances atténuantes. Notamment celle de regretter d’avoir conçu un tel enfant, un tel bébé-médicament. Un tel monstre qui, illégal, voire illégitime, n’allait plus être obligé de porter un masque de fer, à l’instar d’autres personnages illégitimes blottis dans l’histoire, mais qui allait être éventré et dépecé, pour fournir ses organes, ses cellules et peut-être des extraits de sa vie, pour guérir on ne sait pas qui, des anonymes guérissables, sans doute ; ou non guérissables, mortels, mourants. Un bébé-spore. Une spore nocive, illégitime, elle aussi pour le jour d’aujourd’hui. Mais présente. Plus que présente.

- La spore d’une civilisation interdite le jour d’aujourd’hui, mais toujours possible pour demain..

- Fou !

- Ahurissant !

Pas plus fou et pas plus ahurissant, finalement, que de pisser du café. Ou du thé. Ou du potage. Sans différence et avec avec autant d’indifférence.

- Et tout cela, marquée par un manque plus que fort, éblouissant de mémoire du futur.

Cependant, il y aura un certain 11 Septembre 2001. Les deux tours du World Trade Centre de New York seront détruites par deux avions civils « kamikazés ». On précipitera un troisième engin sur le Pentagone. Un quatrième, dirigé peut-être vers la Maison Blanche, s’écrasera ailleurs, suite à la révolte des passagers… Il y aura, donc, ce 11 Septembre 2001. Et il y aura des représailles occidentales – en Afghanistan. Ou, pourquoi pas ?, en Irak ou au Sénégal si ce ne sera pas la Côte d’Ivoire ou l'insaisissable Nomadie, peut-être. Il y aura des journalistes envoyés partout.

- Parmi eux, Yovanka.

Elle y sera prise en otage, elle y restera, elle y mourra... Hé !

<>

Comme image finale infinie et invisible, retenons la forme extérieure de Muguette me berçant – sur ses genoux et dans ses bras –, moi, la machine (occasionnellement à café) dans mon entier.

- Une Muguette pâle, immobile, inanimée, morte.

Image d’une Pietàadaptée au présent, entourée par une infinité d’œufs de fous répétitifs et pourtant si différents, sous la coque-coupole lointaine, transparente, invisible de l’Œuf de Fou Universel !

- Ou Générique.

Ou !

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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 09:35

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

VI

5

Peu après leurs quelques moments de tendresse et de douces folies, Muguette et Gnito se dirigeaient vers la Maison de la Radio. Histoire de respirer un peu l’air des couloirs de RFI, de marcher un peu sur la moquette et le linoléum sur lesquels se trouvaient les traces des pas d’Ică et de Stroë, confondues avec celles de tous les autres sujets de RFI et de leurs invités ou collaborateurs.

- Elles étaient en manque.

Au quatrième, les deux belles femmes passèrent devant les locaux de la plus récente des rédactions de RFI, l’Internet. Les bureaux séparés par de grandes vitres, étaient lumineux. Le silence-roi donnait l’impression que les trente personnes tapotant sur les claviers étaient des spécialistes de haut niveau. Leur regard, un peu absent, fixé sur l’écran prouvait qu’un nouvel être avait fait son apparition dans le monde en amenant avec lui des nouvelles béquilles.

- À mi-chemin entre l’animé et l’inanimé, dit Muguette, entre l’intelligent et le stupide, le mortier informatique donne satisfaction à l’humain.

Et, après une courte pause :

- L’humain qui, lui, dialogue, pleinement intéressé, absorbé, immergé dans du plaisir, avec l’écran et avec l’au-delà de celui-ci.

- L’univers est plus riche, désormais, ajouta a son tour la nouvelle et belle maîtresse du patron des Français de RFI, Gnito.

<>

Au cinquième, les travaux de rénovation ne touchaient pas l’espace « open » de la Rédaction centrale. Vu les cloisons élégantes, prévues de vitres translucides qui attendaient à être montés, on pouvait conclure que les futurs bureaux du Directeur de l’Information, celui du Secrétaire Général, avec toute son équipe, et ainsi de suite, allaient être plus beaux qu’auparavant.
- Ah ! ça c’est bien, fit Gnito en indiquant d’un geste le mur en train d’être nettoyé,
Au sixième, entre les deux « open », celui de la rédaction anglaise et celui de l’Amérique Latine, quatre personnes aux visages pâles et sombres « clopaient ». L’atmosphère du couloir était assez enfumée1. Celle des espaces « open », moins. Ça sentait la poussière partout.

Au septième, la moquette était beaucoup plus luxueuse. C’était l’étage de la Présidence, des différentes Directions et de quelques salles de réunion.

Muguette et Gnito s’arrêtèrent devant la plus grande d’entre elles. Dans le couloir, quelques syndicalistes consolaient le petit Pierre Laisarde. Vivace, avec ses cheveux noirs et joliment bouclés, celui-ci pérorait :

- Ça pourrait être drôle, loufoque même, si ce n’était pas triste et dramatique ! Tragique même ! De toute évidence, l’histoire prend des dimensions idéologiques et politiques.

Pause. Ensuite :

- Hitler a dégoûté le monde de tout socialisme. Staline, de tout communisme.

Soupire :

- Pourtant, le socialisme n’est pas du nazisme et le communisme n’est pas du stalinisme.

Regard chargé de « significations » vers l’assistance.

- Quant à nous autres, les syndicalistes, nous sommes contraints d’adopter la terminologie, donc la pensée, du patronat. Nous y sommes réduits ! Voilà ce qui est vrai ! Nous ne pouvons pas avoir nos propres idées. Nos idées sont réactives. Elles sont suscitées, toutes, par le patronat. Si le patronat n’avait pas d’idées, lui, nous n’existions même pas. Voilà qui est vrai !

Re-soupire.

- Inutiles, donc, du point de vue historique, nous sommes condamnés à jouer un rôle pratique, dépourvu de toute envergure, de toute hauteur… Les salaires, les primes, les conditions de travail, les retraites, tout ça n’a pas d’envergure, ni de hauteur.

Pause. Et puis, pour finir tout en beauté :

- Ce n’est pas parce que la société est bonne qu’on ne doive pas la changer !

<>

La dernière phrase (« Ce n’est pas parce que la société est bonne qu’on ne doive pas la changer ! »), remplissant d’une certaine vérité les âmes de l’assistance, résonna comme un appel.

Le couloir fut inondé de gens qui engagèrent une marche sillonnant tous les étages, pour terminer devant le bureau de la Présidence. Ils s’y arrêtèrent et y scandèrent, en tapant des pieds et en donnant des coups de poing dans le mur présidentiel :

« La société est bonne. On la changera ! »

« Présidence, t’es foutue, RFI est dans l’couloir ! »

« Tous ensemble, tous ensemble… Ouai-Ouai ! Meuh-Meuh ! Wouah-Wouah ! Miaou !»

  - Je sens, dit Muguette à l’oreille de sa belle compagne, des frissons de tendresse et d’auto-tendresse me traverser la poitrine, la gorge, les seins, le cœur, les hanches, les cuisses, les bras, les doigts, les orteils, la langue, la nuque, le front, les genoux, les coudes, le cuir chevelu, le pubis, les fesses, les cheveux, les poils, les ongles, l’ombre, la pénombre.

Au premier rang des manifestants, Pierre Laisarde, vivace, le visage livide et les yeux éclatant d’excitation et de tension. Il menait ses hommes2 vers des lendemains rayonnants, que ni Marx, ni Lénine, ni Trotski, ni Himmler ou Goebbels ou Mengele, ni même les leaders inconnus de l’actuelle Alter-Mondialisation n’avaient imaginés.

- Ridicules ! décréta Muguette.

Elle n’était que trop irritée.

 

 

 

1 On n'est pas encore dans l'époque où la cigarette – vestige capricieux d'une certaine civilisation héritière d'une certaine époque portant le nom de Prohibition, extraite cela à son tour, de l'époque ou Savonarole faisait prohibait par des autdafés certains écrits.. (alcools et livres reacceptés aujourd'hui.– sera interdite un peu partout en France, en Europe, au Etats Unis, mais pas en Asie ou en Afrique..., et pas dans les filmes et productions TV qui mettaient toujours devant le public, le vrai, des cigarettes non-vrais, fumées plutôt par les méchants, mais pas toujours, les bons ayant droit eux aussi à la transgression socio-économique du présent...

2 Note du secrétaire particulier de Manele Nicolâyë :

« Parmi les manifestants on pouvait apercevoir ici ou là des gens étrangers à RFI, qui militaient pour d’autres causes. Quelques-uns retenaient notamment l’attention : ceux qui étaient pour la liberté de l’immigration illégale ; ceux qui protestaient contre la restauration rapide ; ceux qui se prononçaient (avec une certaine ambiguïté) pour les femmes battues ; ceux qui étaient favorables au pouvoir comptable ; ceux qui s’opposaient exclusivement aux manipulations transgéniques, transchimiques, transphysiques, transpsychiques ; ceux qui se sentaient exclus de la furie générale du foulard islamique qui allait se transformer dans une loi contre la burqa ; ceux qui n’étaient pas d’accord avec la terreur démocratique ; ceux qui s’opposaient à l’eau de parfum ; ceux qui se prononçaient contre les banlieues et contre les cités ; ceux qui voulaient bannir la philosophie de l’histoire de Hegel ; ceux qui étaient contre les adeptes du système solaire ; ceux qui s’opposaient à la loi ‘naturelle’ des cinq doigts à la main et de cinq orteils au pied (le fait que Buffon n’avait pas trouvé une réponse satisfaisante à la question ’pourquoi cinq ?’ n’étant pas accepté comme excuse) ; ceux qui étaient contre la PUB (l’idée de base : toute publicité c’est de l’information, toute information c’est de la publicité ; – un homme bien informé, aujourd’hui, est un homme bien ‘pub’-isé, bien crétinisé, chose multipliée à l’infini lorsqu’on se situe à l’échelle de la société ; on ne veut pas d’une société crétine !; on n’en veut pas !; non et non et non ! – et non !) ; et beaucoup d’autres encore.

« Le convoi des manifestants criait et piaffait – sabotait ! (du mot ‘sabot’)– devant le bureau de la Présidence.

« La Présidence n’y était pas. »

 

 

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 10:15

 

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

VI

 

4

« Il faut noter, et je compte sur la compréhension de mon ministre dans le cas où je déciderais de lui livrer ces informations, il faut noter donc que ces deux garces, Muguette et Gnito, ces deux chameaux, vaches, chipies et autres chiennes, ont débattu de leurs obsessions antagonistes. Ce serait sans doute trop pédant d’étaler ici l’échange des dires auquel elles se sont livrées1. Ce serait utile et suffisant de suggérer pourtant que, vers la fin de la conversation, l’entente régnait entre les deux salopes. Je veux dire, avant qu’elle n’aient quitté l’appartement de Stroë pour sortir dans une direction méconnue ».

 


1 « Une ébauche de synthèse, pourtant, pour ceux qui seraient éventuellement intéressés.

« Gnito.

« Connaisseuse en Oubli, veut rendre service au monde à travers le journalisme français international, mondial, universel, en lui augmentant la capacité d’oubli.

« - On n’a jamais vu une chose pareille, on lui disait des fois. Du moins en France !

« - Justement ! La France est en retard. C’est évident. Le journalisme doit cibler le et mener à l’oubli. La résistance à l’oubli est simplement un avatar d’un temps révolu où on se croyait obligé, où on se faisait un devoir de savoir, donc d’apprendre. Aujourd’hui c’est différent. D’un côté on n’a plus besoin d’apprendre. D’un autre, nous constatons que le savoir échappe à tout contrôle.

« - On sait sans mesure, aujourd’hui.

« Et surtout on sait, on connaît sans concertation.

« On sait des choses très différentes. Au point qu’on ne sait plus qui sait quoi. Naturellement, cela a comme conséquence le fait que n’importe qui fait ce qu’il lui plaît avec ce qu’il croit savoir, sans se soucier le moins du monde de ce que l’autre croit savoir et de ce que l’autre entend faire avec ce qu’il croit savoir.

« Autrement dit on est condamné à ne pas comprendre ce que l’autre fait avec ledit savoir cru.

« - Du verbe croire.

« Bien évidemment, tout ça mène à des mésententes, voire à des guerre.

« Pour éviter la guerre, il n’y a qu’une solution : appuyer sur la pédale économique et financière. Ce qui nous dirige directement vers une déshumanisation accélérée, encore plus fonctionnelle que celle de la guerre. Car, franchement, quel être sains d’esprit pourra affirmer que l’homme est économique et financier – ou il n’est pas ? L’homme n’accepte que temporairement des limites, il n’accepte pas d’être limité. Il se prend parfois pour Dieu. En tout cas, le seul domaine, le seul endroit où la limite ne fonctionne plus est l’oubli. Et le journalisme, étant donné ses vertus de quatrième pouvoir dans le monde, doit provoquer, créer, développer, enrichir et surtout faciliter l’oubli.

« Muguette.

« Quant à elle, elle attend de Manele Nicolâyë qu’il sauve Ică , certes, mais cela pour mieux le détruire.

« Les choses, loin d’être simples, sont toutefois exprimables, exposables.

« Avant que le Grand Caprice n’agisse selon sa loi, c’est-à-dire selon ses caprices, en fondant ainsi l’époque où le caprice fait loi et foi, le couple Ică-Muguette avait deux filles. Florence et Violence. Il serait superflu de rappeler toute cette vieille histoire ante-Capricieuse. On se contentera de dire que Violence, l’aînée, et Florence, la cadette, étaient sorties complètement du souvenir de ces deux rescapés du Grand Caprice, Ică et Stroë. L’oubli, très utile au journaliste contemporain et moderne, était actif chez ces deux Directeurs de RFI.

« - Ils devaient oublier toutes les nouvelles, une fois celle-ci plus ou moins mâchées (mais nullement assimilées) et crachées au public. Le mécanisme de l’oubli devait se laisser entrer dans la chair, se laisser s’incarner, au point de basculer en réflexe ou, pour achever les choses, en instinct.

«  On dirait qu’il s’agissait d’un vrai talent. Le talent de l’oubli étant, paraît-il, plus approprié aux temps modernes que n’importe quel autre reflex ou instinct. Le talent de l’oubli était d’ailleurs plus élégant que les deux autres, le reflex et l’instinct, qui n’étaient, eux, que triviaux, voire blessants par leur goujaterie.

« Ică et Stroë, donc, avait complètement oublié Florence et Violence.

« - Eux, oui. Mais pas Muguette.

« Elle savait pertinemment que ses deux rejetonnes avaient bénéficié de la protection de Manele Nicolâyë. En bénéficiaient-elles encore, peut-être ? Muguette savait aussi, pertinemment, que cette chipie de Gnito, visait non pas Stroë, le patron des Français de RFI, mais Ică, le patron des Langues de RFI. C’était là qu’elle voulait inoculer son venin, son oubli !

« - La salope !

« Muguette ne pouvait pas laisser passer cela. Non pas qu’elle aurait aimé Ică . Elle n’était pas capable. Elle ne pouvait d'ailleurs aimer personne. Ce n’était pas ça, donc ! Mais, quand même !

« - Ça va pas, non ? »

 

 

 

 

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