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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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26 janvier 2019 6 26 /01 /janvier /2019 10:08
 
 
Post-scriptum
 
 
J'ai écrit, il y a un moment déjà, une chose (ni roman, ni récit, ni nouvelle – une chose, quoi !) à laquelle j'ai donné comme titre « Œuf de Fou ». J'ai retrouvé le texte pour la 4ème de couverture, que je n'ai pas employé à l'époque. Le voilà ci-près.
 
Œuf de fou? Et pourquoi pas ? Si pondre n'est pas interdit aux oiseaux, aux volailles, aux poissons, aux insectes, aux reptiles, pourquoi serait-il interdit au Fou ? Parce que – comme par hasard – ce serait « trop » humain ?
 
Et, hé, entre nous ! Pourrait-on imaginer un Fou qui ne pond pas ? Certainement pas !
 
- Et ce n'est pas à cause du (ni grâce au) pondre, mais à cause du (grâce au) Fou.
 
Peut-on imaginer un Fou – sans être emmené à vivre sa folie : la nôtre ? Qui pouvait le faire ?
 
Voilà le texte inédit que je rends public maintenant. Et je m'empresse d'ajouter que, tant qu'on y est, tant qu'il y est – le Fou doit pondre. Un Fou qui ne pond pas, n'est pas dans les normes.
 
- Il n'est pas Fou.
 
Quant aux membres du Club de Bridge, je ne sais pas quoi dire.
 
Et d'autant moins quant à moi.
 
Moi.
 
 
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23 janvier 2019 3 23 /01 /janvier /2019 08:44
 
 
La quatre-vingt-aine au bord de la piscine
 
 
Le Commandant, la quatre-vingt-aine bien entretenue, croisa les jambes et se laissa glisser sur le coussin blanc du fauteuil en rotin.
 
- C'est une piscine qui a au moins trente-cinq ans, se fit entendre de nouveau la voix d'Arabelle.
 
La vieille – à quatre-vingt ans on est (une) vieille, quoi qu'on dise – s'affairait dans la cuisine d'été inutilisée depuis un moment déjà. Autour de la piscine, l'été indien brulait de tous ses feux. L'énorme villa, quelque chose entre manoir et hôtel, construite il y a longtemps, entretenue avec pas mal d'efforts par sa riche propriétaire, paradait avec les rectangles de ses fenêtres, avec son porche surmonté d'une arcade néo-gothique, avec ses fausses tours rondes, romanes envahies par la vigne vierge. Au pied du mur, les hortensias aux fleurs énormes, blanches et bleues donnaient un air d'opulence une peu rustique, de terroir à la propriété.
 
- Et voilà !
 
Arabelle arrivait avec un plateau sur les bras : théière japonaise en fonte, deux bols rouges pour le thé, assiettes (avec quelques gâteaux secs) et sucrier de la même couleur.
Les quatre-vingts ans du Commandant se redressèrent sur son fauteuil.
 
- Vous avez le sourire triste, dit la quatre-vingt-aine de la femme.
 
Son regard louchait un peu.
 
Le Commandant souleva avec son pied la jupe de la vieille. Elle ne portait pas de petite culotte. La peau de ses jambes était flasque. Les poils de sa motte, gris.
 
Le regard de la femme se troubla. Il devint plus louche.
 
- On dirait que l'attraction et la séduction n'ont pas d'âge.
 
On.
 
La femme s'approcha et l'homme lui fourra un doigt dans le sexe ; ensuite il le retira, huma son odeur, le lécha.
 
Mais enfin, voyons, quel rapport avec le sujet de cet opuscule, avec le bridge ?
 
- Le Commandant banda.
 
What else ?1
 
 
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15 janvier 2019 2 15 /01 /janvier /2019 08:28
 
 
Grand besoin
 
Les plus jeunes, ce sont deux jumeaux ni black ni white. Tous les deux, trisomiques grave. Leur mère, une folichonne, est morte quelques mois après leur naissance.
 
- Quelque part en Afrique Centrale.
 
Le père, profondément inconnu.
 
- Les parents de la mère sont, eux, deux personnages malheureux.
 
Le père est grand, gros, mou et dépressif. La mère est grande, grosse, molle et dépressive. Il a un cancer de la prostate, boit, pleure et, de temps en temps, bat sa femme. Elle a un sein cancéreux, boit, crie et, de temps à autre, bat son mari.
 
Ces deux-là, les parents de feue la mère des jumeaux ni black ni white, donc, sont malheureux. Deux personnages malheureux.
 
- Je viens de le dire.
 
Ses parents à lui sont encore en vie. Ses parents à elle, je n'en sais rien.
 
- Rien.
 
Ils sont très vieux, les vieux. Ultra-vieux.
 
- Ce qui n'est pas le cas des deux parents – lui, grand, gros, mou et dépressif, elle grande, grosse, molle et dépressive – de feue la mère des deux jumeaux ni black ni white.
 
Je suis un peu mal-à-l'aise:
 
Ils travaillent, les grands-parents des enfants. Il n'ont ni le temps, ni l'envie de s'occuper de leurs petits-enfants ni black ni white, handicapés et malades, abandonnés à l'Afrique et, maintenant, à la France, à la vie par feue leur mère et par leur inconnu de père.
 
Ce sont leurs arrières grands-parents, les ultra-vieux, qui s'en chargent, qui s'en occupent.
 
- Et ils jouent aussi au bridge.
 
Ce sont des Justes, ces arrières grand-parents.
 
- Ces ultra-vieux.
 
Ils étaient des philo-allemands. Pas des philo-nazis. Ils ont fait double jeu. Ils ont survécu au massacre d'Oradour sur Glane.
- Ils ont sauvé une bonne dizaine de Juifs.
 
Il n'en font pas tout un fromage.
 
- Ce sont les autres membres du Club qui m'ont rapporté leur passé.
 
Ils sont traités « normalement », non pas comme des héros. Pourtant, on ne les approche pas trop. Je sens qu'ils sont seuls. Seuls, dans leur passé et dans leur présent.
- Ils ne sont pas tout à fait normaux.
 
Au jeu, ils sont assez lents. Vieux. Très-très. Ils attendent paisiblement la suite.
 
- La mort.
 
Ils ont l'air plutôt serein. Dieu seul pourrait pour autant dire ce qu'il y a dans leurs âmes. Je n'ai aucun sentiment à leur endroit, moi. Ni bon, ni mauvais.
 
- Simplement, ils m'énervent.
 
Je pense qu'ils sont vraiment bons, eux. Ce qui me fait une belle jambe. Je m'en balance ! Eux – eux, je m'en fiche ! Ils n'ont qu'à être bons jusque par dessus leur tête, jusqu'à Sirius, jusqu'à Jésus, Son Père et au-delà de tout.
 
- Ce qui m'énerve, c'est moi.
 
C'est nous.
 
- Je ne suis pas bon, moi.
 
Nous ne sommes pas bons, nous.
 
Pas du tout. Mais du tout. D'hyper-tout.
 
- Même si j'en ai grand besoin.
 
Ou, lâchement :
 
- Même si nous en avons grand besoin.
 
 
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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 09:17
La robe oublié
 
- Je ne veux pas lui parler.
- À qui ?
Méloée bouge un peu sa tête, le menton vers le haut et en avant.
C'est à Lazare qu'elle ne veut pas parler. Celui-ci, sourd comme toujours, parle avec sa partenaire habituelle, la Jeannine.
- Et pourquoi, donc ? fais-je comme si je ne savais pas.
- Tu sais pas ?
- Nts !
- Il m'a menacée.
- Il t'a menacée...
Lazare va chaque jour voir sa femme gravement, voire totalement alzheimérienne, dans la résidence médicalisée où celle-ci est logée/nourrie/soignée. Il lui donne à manger à la petite cuillère, à 18 h. De temps en temps, la vieille le reconnait – ou quelque chose du genre. Il fait état de ses états d'âme :
- Elle a embrassé ma main...
Il souffre pour elle – en s'auto-agrandissant.
Il garde, à la maison, toutes les robes de sa femme.
- Elle n'en a plus besoin.
Il a prêté une de ces robes à Méloée. Celle-ci a tardé à la lui retourner. Elle a trouvé sur son répondeur un message de la part de Lazare. Un message menaçant : il était prêt à lui envoyer l'huissier !
- Je ne lui parle plus depuis.
Elle ne lui a pas retourné la robe pour autant.
- Il a même oublié qu'il me l'a prêtée.
Il était non seulement sourd, mais oublieux. – De toute façon, il n'en avait pas besoin – de cette robe.
- Qu'il lui envoie l'huissier !
Le salaud !
 
 
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9 janvier 2019 3 09 /01 /janvier /2019 08:06

Stop !

Coralie est une soixante-huitarde exemplaire. Sa taille, moyenne. Ses jupes, longues et ternes. Sa natte, noire naguère, plus qu'épaisse et super-longue. Très myope. Ne porte jamais ni bas, ni chaussettes. À travers les barrettes de ses sandales, portées autant l'été que l'hiver (elle se déplace exclusivement en voiture, donc elle ne souffre jamais du froid), des orteils un peu tordus, montrent des ongles dont la propreté est « limite », voire « médiocre ».

Sa famille est masculine.

- Un mari et trois garçons.

Ils habitent dans un bled oublié du monde, en pleine forêt. Les garçons vont au collège et au lycée en prenant le bus scolaire. Le mari et elle même vont à leurs boulots respectifs en voiture. Ils en possèdent deux invendables. Des vieilles patraques.

Coralie s'occupe d'enfants très handicapés. Son mari, Louis, est psychologue.

- Aujourd'hui.

Justement : aujourd'hui. Auparavant il faisait de la poterie. Mais « la région ne s'y prête pas ». Pauv' Limousin ! Quelle idée d'être « l'épicentre de la porcelaine » ! Quelle idée de ne pas se prêter à la poterie de ce personnage ! Quelle idée de ne pas le laisser se développer artistiquement ! Quelle idée de le rater ! Quelle idée de fabriquer encore un raté !

Mais c'était de méconnaître le personnage. Il n'était pas du tout disposé à déposer les armes. Il s'est reconverti. Il est devenu psychologue.

La femme à la grosse natte et l'ex-potier psychologue ne se sont jamais marié.

- On a vu ça, d'ailleurs, même au sommet de l'État !

Ils ne se sont pas mariés, donc, jamais. Ils ont fait seulement trois enfants, trois garçons – ensemble. Ils considèrent que le mariage est bon uniquement pour les homos et pour les prêtres.

- À prendre au premier degré, s'il vous plaît.

S'il.

Le mari, après avoir dispensé ce type de conseils aux paysans en quête de réconfort psy, passe ses journées en préparant d'excellents pot-au-feu. Aussi, du cidre. Il danse très bien le rock. Il joue souvent le rôle de père fouettard.
Coralie, pour s'échapper un peu à l'atmosphère du foyer – « ça sent le bouc, partout et tout le temps » –, a chanté pour un laps de temps dans une chorale. Elle ne danse pas du tout. Et surtout pas le rock. Elle a une belle et agréable voix d'alto. Récemment, elle a découvert le bridge.

- Les boucs et les chèvres y sont vieux et vieilles.

Y.

Et inoffensifs.

Et.

S'il, y, et !

Stop !

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6 janvier 2019 7 06 /01 /janvier /2019 10:13
 
 
Secret de famille
 
Chaque famille avec son secret. Chaque secret avec sa famille. Chaque famille avec sa famille. Chaque secret avec son secret.
 
Voilà comment je vois les choses après avoir appris certaines choses sur les frères Fusade-Coudrier. Agricole et Casimir.
- Ils jouent toujours ensemble, l'un en face de l'autre – au bridge, l'un après l'autre – au golf.
 
À croire donc qu'ils vivent en pleine harmonie, voire en pleine symbiose.
 
À croire.
 
L'un est veuf et cavaleur ; l'autre, homo et célibataire, n'a jamais été marié. Ils vivent ensemble, dans la maison familiale que l'on n'a pas voulu vendre.
 
Ils ont un seul enfant.
 
- Ils ?
 
Yes. Ils. C'est l'enfant de tous les deux.
 
- Une fille.
 
Une vieille fille, plutôt.
 
- En tout cas, aujourd'hui.
 
Elle habite avec eux.
 
- C'est la femme du foyer.
 
Elle tient bien la maison. Une vieille demeure « actualisée ». La pierre granitique, bien mise en valeur, dégorge d'uranium, je crois. Ils sont en vie, pourtant, les deux vieux et leur fille. Les murs ainsi soignés, font bon ménage avec les vitres, le bois et les cadres d'aluminium qui « américanisent » l'habitation. Dehors, les deux frères ont fait construire une cabane dans un arbre. Une fantaisie. Comme ça.
 
- Pour rien.
 
Pour.
 
La soirée s'achève d'une manière assez idiote. Je me retrouve entre les jambes de la fille. Elle me confesse le secret de sa famille :
 
- Je ne sais pas qui est mon père : l'un ou l'autre de mes oncles ?...
 
Selon la femme échevelée qui mélange ses soupirs de plaisir avec les miens dans le noir de sa chambre, c'est l'homo qui serait son père biologique. Car sa belle sœur, la femme du coureur, se serait ainsi vengée de son coureur de mari, une nuit de Saint Sylvestre... Elle aurait soûle l'homo, et...
 
- C'était une performance, hein !
 
Mais qu'importe le spermatozoïde qui s'était donné la peine de mourir hier, pour fleurir dans la viande vivante de la femme soule et larmoyante d'aujourd'hui, femme qui m'embrasse du tonnerre, dépressive, perverse et sans espoir !
 
- Je suis où et quoi, moi ?
 
Et quand ?
 
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4 janvier 2019 5 04 /01 /janvier /2019 08:42
 
 
Inutile, oui
 
Les filous disent :
 
- Ne pas regarder son jeu immédiatement mais profiter des premières secondes, où les adversaires, eux, regardent leurs jeux, pour essayer de faire la même chose qu'eux : regarder leurs jeux.
 
Une fois regardés, les jeux des autres se vident de leurs attributs mystérieux, voire mystiques, pour laisser la place aux plaisirs inexplicables de la victoire.
 
- Obtenue par n'importe quel moyen, fut-il la tricherie, la ruse, la non-sportivité, la malhonnêteté, etc..
 
Fut-il – soit-il !
 
Ciprian Viktor, marié (à Karla), un chien, quatre enfants, trois petits enfants, ancien notaire, un cancer de la prostate bien opéré et un AVC qui lui a enlevé la sensibilité de la main gauche, l'intelligence ironique, le sourire facile et le rire rare, passionné de tous les jeux qu'il pratique avec sa bande de copains brillants et joyeux (tarot, barbu, belote...), amateur de chasse, pêche, champignons et... femmes.
 
Ciprian Viktor, n'aime pas « travailler » le bridge, n'aime pas les problèmes de bridge en dehors de la table, n'aime pas jouer en mixte (les femmes sont pour d'autres choses). Il aime partager les bons moments avec ses copains avant et après le bridge et, dans ce contexte, il « agrée » les anecdotes, surtout celles grivoises, celles liées aux tricheries, ainsi que les mixtes.
 
- Mais aussi les autres.
 
Mais.
 
Grand tournoi de Bordeaux. Ciprian et son partenaire arrivent à la table de Chemla et Stoppa (champions du monde). Plein de kibbitz. À cette époque, 3 NT et 4 majeure avaient la même valeur en France, mais pas en Europe. Le partenaire de Ciprian décide de jouer 3 NT alors qu'ils étaient fités à pique. Il fait 3 NT – égal ; tout le monde avait chuté 4 piques. Chemla lui dit alors : « Monsieur, vous devez sûrement jouer en marque internationale ». La plupart des kibbitz les ont suivi ensuite sur les positions suivantes, pensant que le partenaire de Ciprian était un champion international. – Ciprian éprouva de la fierté et de la jalousie.
 
- Quant à moi, je n'ai jamais réussi à savoir le nom du partenaire de Ciprian.
 
S'il existe, ce partenaire. Si l'anecdote précitée n'est pas une modalité utilisée par Ciprian pour raconter sa rencontre avec Chemla et Stoppa.
 
Si.
 
Ensuite.
 
Ciprian avec Jean-Emmanuel, son partenaire préféré, vont faire le grand tournoi de Toulouse, avec le classement visible toutes les deux donnes.
 
Arrive une paire de « papys » qui exposent sur la table leurs feuilles de résultats des donnes précédentes. Ciprian (fidèle à la thèse affichée tout au début de la présente) jette un œil sur les feuilles et voit qu'à la donne 9, qui va arriver bientôt sur leur table, la ligne N-S, c'est à dire la leur, a réalisé un contrat de 4 cœurs + 3. Sur les feuilles de la paire suivante de « papys », la même chose : dans la donne 9, la ligne N-S réalise le contrat de 4 cœurs +3.
 
- Ciprian en parle à Jean-Emmanuel.
 
La donne arrive, trente minutes plus tard. Ciprian fait l'appel aux As. Il n'écoute même pas la réponse de son partenaire et lance l'appel aux Rois. Il leur manque trois Rois, mais Ciprian n'écoute toujours pas la réponse de Jean-Emmanuel et annonce le contrat : 7 cœurs. Ensuite, il essaie de jouer comme ses prédécesseurs – c'est à dire mal, très mal, plus que mal – pour faire ce qui n'était pas faisable (mais qui avait été fait deux fois de suite), pour arriver à 13 levées... Il chute deux fois.
 
- Parfois jouer bien ou mal au bridge ne sert pas à grand chose.
 
Voire, à rien.
 
- Ensuite, il se demande si ce n'était pas une kabbale contre eux, si les feuilles étalées par les « papys » n'étaient qu'un piège...
 
Va savoir !
 
Enfin, grand tournoi international de Juan les Pins. Deux salles de jeux (Casino et Palais des Congrès). Les Polonais vont souvent aux toilettes. Voire trop ! Sans doute pour échanger des informations.
 
Mais on n'a pas pu en apporter la preuve. – On n'a pas pu. – La preuve.
 
Sacrés Polaques !
 
Quant à moi, je ne sais pas pourquoi je raconte tout ça. Mais aussi pourquoi je serais tenu à garder tout ça « dans mon silence ».
 
- Dans ma mystique à moi.
 
Aussi inutile qu'elle soit. Aussi inutile que ce soit.
 
Inutile.
 
- Oui.
 
 
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31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 09:43

 

Haïku

Le Haïku est une forme fixe de poésie, inventée par les Japonais. 17 syllabes, trois vers, une référence obligatoire à la nature.

Lors des tournois du Club, les pauses qui s'imposent (pardon pour pauses/imposent, rime intérieure, mais nous sommes en plein dedans – je veux dire, dans la poésie ; ou non ?), pendant ces pauses, donc, on a à peine le temps d'avaler quatre, cinq taffes d'une cigarette qui n'a plus de goût depuis la loi qui rétrécit de plus en plus la liberté, voire l'existence des fumeurs.

C'est presque l'intervalle nécessaire pour bien lire et goûter un « instant » de type Haïku. C'est aussi parfois le temps de le créer.

- Le Haïku, je veux dire.

Dire.

Cela s'est passé aujourd'hui. Émilie Gros, soixante-dix années bien soignées, en répondant à une question aimable de mon partenaire, Raoul Valois, à parlé comme suit :

- Ma petite fille a peur de dire à sa mère combien son père lui manque.

En traduction haïku-ienne, ça donne :

Ma petite fille a peur de dire à sa mère

combien lui manque

son père.

Tout est dit dans cette phrase/poème. Enfin, sinon tout (la nature n'y est pas), beaucoup.

Ce qui n'est pas dit, pour autant, c'est l'expression vocale-sonore, faciale, corporelle, comportementale d'Émilie Gros.

- Inquiétude pour sa petite fille, mais aussi pour sa fille, plus une fine satisfaction quant à l'échec personnel de sa fille/concurrente et, par conséquent, une subtile satisfaction à l'endroit de sa propre supériorité par rapport à sa fille, à sa petite fille, au monde, à l'Univers.

Cela ne l'empêche pas de jouer « à l'italienne1 », comme un cochon, comme un âne, l'Émilie Gros.

- Elle est convaincue pourtant du contraire.

Du.

 

 

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1 L'expression française est « comme un pied » ; la roumaine, « comme une botte ». Pied, botte, l'Italie n'est pas loin. On peut donc jouer « à l'italienne »...

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25 décembre 2018 2 25 /12 /décembre /2018 09:05
 
 
L'hydre de l'Opinion
 
Les subtilités de la vie passée sont parfois plus subtiles qu'on ne le pense. Celles de la vie présente encore plus. Pour ne pas parler de celles de la vie future.
 
- Encore faut-il qu'on y arrive.
 
À la vie future, indeed.
 
- Indeed et inside.
 
Et.
 
Le fait ci-dessous, je le place dans la vie passée.
Johann n'est pas un nom trop usuel en français. Il est remplacé assez souvent par Jean. Ainsi, on dit Jean Sébastien Bach et non pas Johann Sebastian Bach.
 
En revanche, on dit toujours Johann Strauss, et non pas Jean Strauss ; que ce soit le père ou le fils. – Va savoir pourquoi !
- Pourquoi ou pas pourquoi, c'est un fait.
 
Un fait du passé avec des incidences dans le présent.
Dans mon Club de Bridge souvent mortuaire, on trouve de temps en temps des vieux trentenaires. Je m'explique.
- Ils sont bien sûr plus jeunes que les autres.
 
Plus jeunes, dans leur quasi-totalité (expression que je traite
– ici comme ailleurs – avec le même respect que « très supérieur » ou « très inférieur », « assez moyen », « assez médiocre » ou « assez exceptionnel », « commémorer l'anniversaire », « l'anniversaire de la mort », « décimé entièrement », et plus encore). Plus jeunes, certes, mais assez vieux. Et pour cause. Ils jouent au bridge.
 
- Ce n'est pas le propre de leur génération.
 
On doit être vieux et à l'aise financièrement pour jouer au bridge d'une manière régulière, soutenue.
 
- Vieux, voire moribonds.
 
Voire.
 
Mais, enfin, chaque règle avec son exception qui la confirme. Dans notre cas, il s'agit notamment d'un Johann, ou plus exactement de deux.
 
Rien à voir avec le vieux Bach ou avec les plus jeunes Strauss, père ou fils. C'est tout autre chose et ce n'est qu'une étrange coïncidence que la chose repose sur le même nom historique : Johann.
 
Les Johann présents, comme je disais, sont deux. L'un est le fils de Régis Ruchoux.
 
- Régis, donc, joue assez souvent en face de Marie Quai, la fille de Fabienne Quai.
 
Régis a un garçon nommé Johann.
 
Régis et Marie sont parmi les peu à prendre le flambeau bridgistique de la génération précédente. Ils ont grandi ensemble. Leur fusion spirituelle est plus qu'évidente. Ils sont de la famille, on dirait.
 
- Ou même plus.
 
Ou même. Car, voilà, récemment, Marie Quai a accouché d'un très beau garçon. Garçon qui a reçu le prénom de Johann. Non pas Jean, mais Johann. Comme le fils de Régis.
 
- Vu ?
 
Et cela – explique-t-on – parce que le père de Johann Ruchoux serait pressenti d'être le parrain de Johann Quai.
Mais cela n'est pas suffisant pour l'hydre de l'Opinion.
On laisse entendre « beaucoup plus » que ça.
Et Dieu sait si ce n'est pas vrai – non ?
 
- Ou pas.
 
 
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22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 09:46
 
 
Coco insupporte
 
Aujourd'hui j'ai été amené à m'intéresser à Coco. Elle s'est imposée à moi, à nous. Je veux dire, aux trois personnes qui l'entouraient le temps de deux donnes à la table de bridge.
 
Coco a été une superbe antillaise.
Une très belle femme.
 
- Je n'ai aucun doute.
 
Elle ne l'est plus. Elle a vieilli. Mais assez bien, pourrait-on dire.
 
Elle est toujours grande. 1,75 m. Elle a des épaules rondes, à mordre. Elle laisse entrevoir une poitrine assez généreuse. Elle n'est ni tassée, comme les femmes de son âge, ni voûtée.
Je ne dirais pas qu'elle serait encore baisable. Mais sa présence n'est pas désagréable. En fait, elle dégage un air de sportivité. Air dû, je crois, au fait qu'elle habite à la campagne.
 
- Oui, en effet, on ne sait pas ce que peut faire de l'homme la campagne.
 
De l'humain – en l'occurrence d'une femme.
 
D'une.
 
D'une femme qui joue au bridge. Pas très bien. Supportable.
 
Elle nous a raconté aujourd'hui quelque chose de drôle. Un de ses voisins fait collection de tracteurs.
 
- Il doit en avoir une bonne quarantaine.
 
Il les stocke sur son terrain, en les couvrant avec des bâches de fortune, en plastique noir, bleu, vert, rouge, jaune – enfin, de toutes les couleurs.
 
- On ne voit plus rien de ses engins.
 
Mais Coco ne se plaint pas. Les tracteurs ne sont pas plus beaux que les bâches qui les protègent.
 
- Si elles les protègent.
 
Si.
 
Le problème de Coco, c'est qu'elle est obligée de « goûter » assez souvent aux délices tractorisées de son voisin.
 
- Et pourquoi donc ?
 
C'est assez simple. Elle doit se payer l'expo de son voisin chaque fois qu'elle rend visite à la femme du collectionneur. Et cela se passe avec régularité et sans faute tous les jeudis.
 
Coco va voir sa voisine.
 
- Une femme charmante, qui ne peut plus trop bouger, suite à un AVC assez vilain.
 
Coco lui apporte le programme TV de la semaine écoulée, avec les mots fléchés et les croisés résolus.
 
- Elle n'arrive plus à résoudre, à remplir toute seule les grilles.
 
Pourtant ça l'amuse de vérifier le travail de Coco.
 
- Pourquoi « pourtant » ?
 
Mais en voilà une question !
 
Et ensuite, en voilà une autre :
 
- Qu'est-ce qu'elle fout la Coco dans ce petit opuscule issu de la réalité du Club de Bridge mortuaire ?
 
Comment se fait-il que nous trois, qui l'entourons le temps de deux donnes de bridge, sommes mis au courant de cette histoire de grilles de mots fléchés et/ou croisés résolues que la Coco porte tous les jeudis à sa voisine AVC-isée, épouse du collectionneur de tracteurs couverts des bâches multicolores que la Coco « insupporte »?
 
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