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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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18 décembre 2018 2 18 /12 /décembre /2018 08:54
 
Se – qui ?
 
À la maison, dans la rue, mais aussi au Club, je subis la pression médiatique de la campagne présidentielle.
 
- Comme tout un chacun, d'ailleurs.
 
Aborigène ou immigré.
 
- Nelly et Jean-Marcel inclus.
 
Nelly tremble de peur. Elle se dit que la crise va provoquer une gauchisation, assortie d'un gauchissement de la politique. Pire encore, de la société.
 
- Un gauchissement sociétal, comme on dit avec beaucoup d'élégance linguistique aujourd'hui.
 
Aujourd'hui.
 
Elle croit que son assurance-vieillesse sera anéantie par l'inflation et, qui sait, par une sorte de réquisition, de nationalisation des économies des Français.
 
- La pauvre assurance-vie de Nelly comprise.
 
Elle est rejointe, la Nelly, par le Jean-Marcel, un des richissimes du Club. Celui-ci regarde vers ses ami(e)s comparables en richesse, qui s'empressent, eux, de transférer leur pognon en Suisse. Lui-même, par contre, compte rester en France. Il se positionne déjà en victime :
 
- Même s'ils vont tout me prendre, je reste un fils de mon pays.
 
Il sait bien que :
 
- S'il y a un parti capable de mener une politique de droite en France, celui-là ne peut être que le parti socialiste.
 
Il est bien connu (conformément à certaines études) que pour chaque cellule du corps humain il faut prendre en compte entre 10-100 bactéries qui vivent leur vie sur et dans ledit corps. Si l'on faisait le calcul, on arriverait à des chiffres enivrants, soulants, vertigineux, abyssaux. En plus, il faut dire que beaucoup de ces bactéries restent inconnues (anaérobies, elles meurent et se soustraient de cette manière à la curiosité humaine, dès qu'elles sont sorties du corps humain). Les théories des grands nombres y trouvent paraît-il des terrains de plus en plus fertiles pour leur développement.
J'écoute les candidats à la présidence, j'écoute Nelly, Jean-Marcel, ainsi que les scientifiques et d'autres encore et encore. Je me sens comme tombé dans une espèce de creux schizo, parano et/ou an-historique.
 
Alors, je me permets de fantasmer. J'imagine que la sarabande vertigineuse des chiffres avancés par nos candidats à la Présidence de la République, par nos Nelly et Jean-Marcel, par nos scientifiques et par d'autres encore et encore qui effrayent encore et encore beaucoup de mes malheureux contemporains, partenaires de bridge compris, j'imagine donc que ladite sarabande des chiffres soit en réalité un effet de l'activité de ces bactéries humaines ou, si vous voulez, des bactério-humaines, voire de l'humanité bactérienne.
 
Alors, revenu sur terre, animé par un très sain esprit de copinage bridgeur, sublimé dans une grégaire et très saine colère citoyenne, je m'insurge :
 
- D'où sortent-ils, à qui mieux mieux, les candidats à la présidence de la République, tous ces chiffres énormes, géants et, pour la vie de tout un chacun, absolument inutiles, et à quoi bon les ventilent-ils sous nos nez (Nelly et Jean-Marcel inclus), qui n'en avons rien à cirer ?
 
Pour ne pas dire à foutre !
 
D'où la question ci-après, métaphysiquement fondamentale :
 
- Quelle différence entre faire et foutre ?
 
Pourrait-on croire/espérer que la réponse soit cachée dans l'expression « se faire foutre » ?
 
Se – qui ?
 
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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 08:22
 
Sur un site de rencontres
 
Il m'était sympathique. Chose toujours valable aujourd'hui. Même si j'ai moins l'occasion de le voir. Il a trouvé un travail. Dans un bureau de la Mairie, ou à la Sécurité Sociale, je ne sais pas. Et je ne tiens même pas à le savoir.
 
- Il travaille, et c'est tout.
 
Normalement, ça devait lui apporter un peu d'équilibre.
Récemment, les Suisses on rejeté par referendum l'idée de prolongation de deux semaines de leurs congés payés. Ils veulent travailler, les Suisses. Ça leur convient. Il sont des para-humains, voire des méta-humains. Peut-être même à côté de l'humain.
 
- Des inhumains ?
 
Il doit être Suisse, lui.
 
- Et pas trop.
 
Ancien pilote de chasse, il a pris sa retraite dès que possible. C'est à dire, quelque part autour de ses trente-cinq ans. Il croyait pouvoir enfin « vivre ». Il ne voulait plus, il ne voulait pas travailler.
 
- Il n'était pas Suisse, dirait-on.
 
Faux !
 
- Il a vite déprimé.
 
Il était marié, le malheureux. Marié à une garce qui n'a pas pu supporter la déprime du retraité. Elle est partie avec le boulanger du coin.
 
- Ou quelque chose du genre.
 
Il m'est devenu encore plus sympathique.
 
- Hier, il a fait son apparition au Club avec une nana.
 
Une cinquantenaire bien modérément élégante, soignée, dont la figure m'était familière.
 
- Familière, d'accord, mais d'où ?
 
Je la dévisage. Avec précaution. Je suis quand même bien éduqué.
 
- Enfin, je crois.
 
De toute façon, je ne lorgne pas les gens, comme ça.
- Comme ça me chante.
 
Je rencontre son regard. Elle m'a reconnu.
 
- J'en suis sûr !
 
Reconnu, d'accord, mais d'où ?
 
Après quelques minutes de concentration stressante, la lumière explose dans ma tête. Mais bien sûr, c'est sur le site de rencontres ! Je l'ai fréquenté, il y a deux ans. Et j'ai échangé, avec cette dame là, quelques messages.
 
- Je ne savais pas qu'elle jouait au bridge.
 
Elle non plus ne savait pas ça de moi... Ni d'elle-même, je crois. Je dirais qu'elle savait à peine que le bridge existe, je crois.
 
- Et puis, elle avait rencontré son aviateur.
 
Et lui, il l'avait mise sur la bonne voie.
 
- Je subodore.
 
Quant à nous, cette femme assise en face de l'ex-aviateur, et moi – rien de concret.
 
- Si ce n'est notre tristesse silencieuse et notre muet manque de confiance.
 
Muet.
 
 
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14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 07:19
 
 
 
Quoi qu'on en dise ou en fasse
 
Isis a une tête oblongue, un visage brun-pâle, un regard ultra-bleu et abyssal, une collection de chapeaux vertigineux, un divorce en cours (avec des biens assez importants à partager – un haras et un manoir de dix-huit pièces, à la Souterraine, des actions par milliers et deux appartements, l'un à Paris, l'autre à Nice), quelques copies de tableaux célèbres confectionnées par ses propres blanches mains, qu'elle accroche en biais, « pour les différencier de l'original », et deux lévriers peureux, tremblant de tout leur squelette.
 
Elle est spectaculaire, mais elle ne sort que rarement. On ne sait pas vraiment où elle passe son temps.
 
- Le temps passe, quoi qu'on fasse !
 
Quoi qu'on en fasse.
 
Elle vit depuis un moment avec Jack.
 
- Et avec les chiens tremblants.
 
Jack a, à son tour, une épouse décédée, un frère logicien, une maison bourgeoise square des Émailleurs, un armagnac très apprécié par Fabienne – la meilleure bridgeuse que le Limousin ait connu dans son histoire passée et future – un regard qui ne te regarde jamais, et des pantalons au cul bas.
Marcelline, une des partenaires habituelles de Jack, a des beaux yeux incolores, ronds et luisants, des jambes courtes et des fesses pas trop-trop, un pays d'origine et un mari médecin, héritier d'une maison située Square des Émailleurs, tout proche de la maison de Jack.
 
Isis ne joue pas au bridge.
 
Marcelline n'a pas de chiens et ne peint pas.
 
Fabienne joue au bridge – comme une déesse ! – et apprécie dès que et tant que possible le très-très bon armagnac de Jack.
 
Tout ce petit monde existe.
 
- Dans la plus crue, brute et nue réalité.
 
Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse.
 
- Quoi qu'on en dise ou en fasse.
 
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12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 07:41
Bagatelles
cueillies et inventées dans un Club de Bridge limousin par un Roumain d'origine divine
 
 
Ohptalmo, gynéco
 
- Vous savez ce qu'il m'est arrivé ? demande Jeannine.
Non, nous ne savons pas, Fabienne et moi, ce qu'il lui est arrivé. Si ce n'est le fait qu'elle ne joue pas aujourd'hui avec son partenaire habituel, Lazare.
 
Jeannine, la femme d'un ex-médecin militaire alzheimerien, mis dans une maison spécialisée (autre que celle où son partenaire habituel, Lazare, avait mis sa propre femme à lui), la soixante-dix-aine toujours stricte et soignée, bien coiffée (platinée) aujourd'hui comme hier, affiche aujourd'hui encore, comme hier d'ailleurs, quelques bijoux en or gris avec des brillants pas trop visibles – mais juste assez.
 
- Je lui ai dit que je vais voir mon ophtalmo, dit-elle, mais comme il est sourd des sourds, il comprend que je vais voir mon gynéco.
 
Fabienne et moi éclatons de rire.
 
- « Quoi, dit-il, seriez-vous enceinte ? » continue Jeannine.
Fabienne et moi, rires encore plus grands.
 
- Franchement, il est plus sourd encore qu'une taupe est aveugle, dit Jeannine.
 
- Et tu lui as dis quoi ? s'intéresse Fabienne.
 
- Je lui ai dit que oui, je suis enceinte, mais que je ne saurais pas lui dire qui est le père.
 
Sur ce, accompagnée par nos éclats de rire, Jeannine se lève et se dirige vers la table où elle va jouer les trois donnes suivantes en face de Myriam.
 
- Elle ne joue pas avec Lazare, aujourd'hui.
 
Lazare, quant à lui, amène sa viande (une boule – sa tête tondue, sur une autre boule – son thorax-ventre) et s'assoit à notre table. Il attend son partenaire d'aujourd'hui, Monsieur Pétri. Ce dernier, encore plus vieux que Lazare, énerve toujours Fabienne avec ses blagues inintelligibles. Mais on ne va pas insister sur cet aspect des choses. Il était, je crois, aux toilettes.
 
- Pas la peine d'insister non plus.
 
- J'ai entendu que t'as fait un enfant à Jeannine, dis-je à Lazare.
 
- Eh ? fait-il en penchant sa tête sourde vers moi.
 
Ensuite, il comprend :
 
- Ça ne craint rien.
 
Son ironie couplée à son auto-ironie est plus qu'irrésistible. Fabienne et moi sommes emportés par un rire con et pas gai.
 
- De toute évidence, il n'est pas aussi sourd que le dit Jeannine – le Lazare.
 
 
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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 08:31
 
 
La rage, une nouvelle femme
 
Aujourd'hui, je me suis réveillé dans un état d'esprit un peu spécial. Je hais. J'ai la rage.
 
- Je trouve ça un peu bizarre.
 
Voire, un peu beaucoup.
 
- Je me vois aujourd'hui en tant que Lazare.
 
Et, lorsque, dans la salle de bains, en tant que Lazare, je lave mon appareil dentaire, je jette un coup d'œil dans le miroir.
 
- Toujours en tant que Lazare.
 
La salle de bains est un endroit propice à une telle opération. En tant que Lazare, je n'aime pas le miroir de la chambre. La chambre, devenue depuis le départ de Louise ma chambre, devant le miroir-porte coulissant de l'armoire, c'était l'endroit de Louise. Elle se regardait souvent dans le miroir. Souvent, mais pas toujours. Elle connaissait des moments de désolation, quand sa propre image non seulement n'était pas bonne, mais était encore plus déprimante. Elle évitait parfois de se regarder.
 
- Tombée malade, elle sombra dans l'univers d'Alzheimer.
 
Elle ne me reconnaît plus aujourd'hui, ma Louise. Ou, très rarement. Ou, enfin, j'ai l'impression qu'elle me reconnaît (trop), lorsqu'elle baise ma main : je lui porte la petite cuillère à la bouche.
 
- Mais rien n'est moins sûr.
 
Son regard ne parle plus à personne.
 
C'est ce qu'à réveillé en moi l'image renvoyée dans mon regard par le miroir, ce matin, dans la salle de bain.
 
Je me demande – sans grand courage – si ce n'était pas le regard renvoyé par le miroir qui l'aurait poussée dans la démence, ma Louise.
 
- Son propre regard, ça peut rendre fou.
 
Je vais tous les jours, week-end compris, à dix-huit heures, à la clinique. Je lui donne à manger. Ça me fait autant du mal que du bien.
 
Mal, parce que je vois son état de dégradation.
 
Mal, parce que je me dis que je vais la suivre bientôt : dans la maladie ou dans la mort directement.
 
Bien, parce que je ne suis pas atteint, moi, de cette maladie (pas encore ; ni par la mort qui s'en suit – tant qu'on y est).
Bien, parce que je remplis quotidiennement mon devoir de bonté (je suis bon-bon-bon chaque jour, jour après jour – et cela n'est pas donné à tout le monde ; cela n'a pas de prix).
Bien, parce que je peux m'imaginer avec la conscience tranquille comment je pourrais me faire sucer par la kyné (une partouzarde tendance cuir, qui joue souvent au Club ; et d'ailleurs, je me demande même pourquoi elle joue au bridge au lieu de s'occuper de ses parties fines et de sa chasse au portefeuille bien garni, et qui s'est offerte à moi d'une manière plus que trop explicite ; d'ailleurs, Mimi, qui était présente et qui avait, elle aussi, flashé un peu sur moi, a réagi avec une certaine jalousie violente, en bloquant ainsi toute chance d'approche entre la kyné et moi, et en me laissant les couilles pendantes bien remplies d'un sperme improbable et en tout cas inutile, chose valable aussi pour mon portefeuille, inutilement rempli).
 
Bien, parce que je peux m'imaginer une partie de jambes en l'air avec Mimi, même si elle vient de fêter ses soixante-dix ans (fête que je n'ai pas honorée ; et pour cause, Mimi avait invité une vingtaine de personnes au Trois porcelets, dont je n'aime pas trop le patron, une espèce de voyou qui se permet des familiarités pas toujours agréables avec les clients et où, comme d'habitude dans de pareilles occasions, on parle très fort – on crie même – pour se faire entendre, ce qui transforme mes prothèses auditives en instruments de torture, avec leur écho inhumain...).
 
Bien, enfin, parce que je peux bousculer la Jeannine, ma partenaire habituelle, femme de médecin militaire, dont le mari souffre, comme mon épouse, de la maladie d'Alzheimer, mais qu'elle a mis dans une maison spécialisée loin de Limoges ; la Jeannine, ah, la Jeannine, insatisfaite par son sacrifice, mais calme et fiable avec ses bagues aux petites brillants et avec son sourire affable, combien de fois ne l'ai-je pas utilisée pour me soulager « à la main » !
 
- Je la hais !
 
J'ai la rage.
 
- J'ai une nouvelle femme.
 
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29 novembre 2018 4 29 /11 /novembre /2018 08:16
Bagatelles
cueillies et inventées dans un Club de Bridge limousin par un Roumain d'origine divine
 
 
Encore
 
- Chez nous, ça se passe pas comme ça !
 
Chez nous, c'est à dire non seulement ici, dans le Limousin, mais ici, dans le Limousin élargi, en France ; voire ici, dans la France élargie, en Occident ; voire ici, dans l'Occident élargi, dans le monde civilisé – le nôtre. Le nôtre, qui ne serait pas le mien. Et cela parce que moi, en plaisantant, j'ai dit que ce serait à la femme de payer, et non pas à l'homme.
 
Mon interlocuteur-contradicteur est un homme de taille moyenne. Ni trop gros, ni trop maigre. La peau écailleuse, parsemée de tâches de vieillesse. Une belle chevelure non atteinte par la calvitie. Une dentition irrégulière et noircie mais soignée. Il utilise une prothèse auditive, comme la plupart de ses congénères. Son eau de Cologne est agréable. Il s'habille en Monsieur Tout le Monde, invisiblement, transparentement. Il a été dessinateur technique. Il est retraité.
 
- Je ne connais pas son nom.
 
Il connait le mien. Il porte un bracelet en or rouge.
 
- Qui peut être tout aussi bien en cuivre.
 
Qui peut.
 
Il n'a pas de signes distinctifs. Il n'a pas de signe du tout. Il est comme une lettre sans mot.
Ma sortie de gigolo le choque. Il n'imagine pas comment on pourrait se faire payer par les femmes.
Ségolène, en face de moi, essaye de lui faire comprendre que je parle en me reposant sur mes phéromones.
 
- Je dégage des phéromones.
 
Ce qui fait que les femmes se précipitent sur moi.
 
- Au risque de me tuer.
 
- Tel que fut tué le personnage de Suskind.
 
- Grand livre !
 
Le Parfum, c'est à dire, indeed.
 
- Grand !
 
- Grand – occidental – extérieur.
 
Enfin, elles se jettent sur moi comme les mouches sur le miel.
 
- Ou sur la merde.
 
Ou.
 
Ça ne change rien. Pour les mouches, je veux dire. Ni pour moi.
 
- Elles sont belles mes réflexions, plaît-il ?
 
Plaît-il !
 
Ce qui est drôle c'est le fait que je ne couche pas avec Ségolène. Ni Ségolène avec moi, of course.
 
- C'est une question d'âge.
 
De trop vécu. De désir à peine ressuscité que refoulé. De manque de courage. De mort.
 
- De vie.
 
Encore.
 
 
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27 novembre 2018 2 27 /11 /novembre /2018 10:12
Bagatelles
cueillies et inventées dans un Club de Bridge limousin par un Roumain d'origine divine
 
 
 
Des latrines ambulantes
 
 
En proie à une furie froide, inutile et certainement mortifiante, je libère des visions.
 
- Mes délires.
 
Elles me quittent.
 
Qu'elles jaillissent de moi ! Qu'elles se répandent dans l'atmosphère ! Dans le monde !
 
- Dans l'Univers.
 
Qu'elles s'en aillent ! Quelles me laissent tranquille !
 
- Mort !
 
Je vois les sabots dont on a chaussé les joueurs – dans mes visions pour un mort, dans mes visions d'un mort. Des visions visibles que pour moi, au mieux visibles à travers moi. Ils sont tous ensabotés. Hommes et femmes ou quoi qu'ils puissent être ailleurs ou par ailleurs. Mes archétypes apocalyptiques tourbillonnent en une sarabande diabolique. (Pardon pour la rime intérieure « apocalyptique/diabolique ». – Et puis, merde !)
 
Je les vois aussi se passant l'un l'autre des microbes et des bactéries via leurs cartes qu’ils mettent en éventail à tour de rôle à l'aide de doigts humectés de salive. Je les vois se transférant des états d'esprit et d'âme via leurs regards, via leurs attitudes corporelles, pour ne pas dire via leurs corps mêmes, ratatinés et voutés, enchaînés, empelotés dans un organisme unique manquant de sens, une sorte de tumeur prévalpurgique.
 
Je vois l'intérieur de leur ventre : des tripes remplies de merde et de pisse.
 
- Ce sont des prélatrines, voire des pures latrines ambulantes.
Ils, eux – moi compris.
 
 
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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 14:12
 
 
Quant à l'autre, je ne sais pas
 
Il y a, dans la vie et ailleurs, des zones de bassesse féroce et mesquine.
 
L'histoire suivante en témoigne.
 
On m'a raconté – ou, si vous voulez, on m'a rapporté – comme quoi on m'aurait trouvé sur un site de rencontres. Comme quoi, quelques-unes des membres females du Club/basse-cour auraient essayé de me piéger, en se présentant (au monde, pour me trouver moi : moi, le centre du monde, comme tous les moi de ce monde) sous une fausse identité.
 
- La chose a provoqué quelques dommages collatéraux.
On m'a raconté comme quoi elles seraient entrées en contact avec d'autres paumés et mal en point comme elles... Comme quoi, l'une d'entre elles, « étant mal » (on m'avait raconté/rapporté qu'elle vivrait en fusion perpétuelle avec feu son époux ; un vrai mec selon la photo que j'ai vue), accompagnée par une autre bridge-woman, plus ou moins copine de plus ou moins circonstance, se serait rendue sur une île du lac de Vassivière, dans un restaurant connu et reconnu, où, le soir en question, se produisait un trio de jazz dansant...
 
- Comme quoi, avant de partir, la female aurait convoqué un de ses contacts males jusqu'alors virtuel, internetique.
Comme quoi, à l'abri de la fausse présentation qu'elle se serait faite sur la Toile, elle aurait attendu/guetté l'apparition du convoqué, la transformation du néant informatique en réalité incarnée.
 
- Et cela fut!
 
« Le voilà » aurait dit la female donneuse du rendez-vous.
Sur l'allée, un homme complètement insignifiant, selon les dires ultérieurs des deux copines, se dirigeait vers le restaurant. « Mais comment pourrais tu savoir que c'est lui ? lui aurait lancé sa copine. Tu lui as fourni un non-visage sur l'Internet. Il se peut que lui, à son tour, t'ait donné l'image d'un autre... » « Mais non, mais non... C'est lui. Vas voir. Moi... je ne peux pas, moi... Vas-y ! »
 
La copine de la rendez-vous-euse se serait levée et dirigée vers l'homme. « Jean ? » aurait elle demandé. « Oui » aurait été la réponse. « C'est pas moi, aurait dit la copine. »
 
(- Entre parenthèses : je trouve prodigieux de pouvoir dire « c'est pas moi ».)
 
« Nous sommes là », aurait ajouté la copine de la rendez-vous-euse.
 
Loin d'être surpris (ou fâché) de voir – de sa perspective cette fois – le néant informatique s'incarnant autrement qu'attendu, l'homme, la soixantaine mi-chauve, la chemise cendre, les bottes marron râpées et les pantalons jadis verts, une fois assis à table, tout près de la copine internetique, aurait commencé à raconter sa vie.
 
- Sans crier gare.
 
- Un dépressif, c'est clair !
 
Il aurait montré aux deux bridge-women une trentaine de photos prises avec son téléphone portable : sa maison, ses lapins, ses brebis et – surtout – ses plants de tomates. Les deux bridge-women auraient eu des crampes partout :
 
- Histoire de ne pas rire.
 
Il leur aurait dit, ensuite, qu'il vivait tout seul. (Expression ambiguë, n'est pas ? On ne sait pas s'il habitait seul, quitté et oublié par tous, ou s'il était tellement puissant qu'il était en mesure, qu'il pouvait exister seul, sans Nom, sans Image, sans l'aide de personne...) Il leur aurait dit ensuite et sans transition qu'il n'allait jamais à Limoges : trop loin, trop cher le gasoil. Il ne voyait pas trop de monde non plus ; voire peu, même moins.
 
« Est-ce que vous jouez au bridge ? » aurait poussé, espiègle, la copine de la rendez-vous-euse.
 
- Elle était en forme.
 
Non. Il ne jouait pas au bridge – jeu pour des gens friqués. Il ne jouait à rien, d'ailleurs, étant donné ses tomates, ses brebis, ses poules et ses lapins qui lui « phagocytaient » le temps et lui « suçaient » la vie jusqu'à la moelle.
 
- Voire plus.
 
Aussi, on entre maintenant dans une des zones de férocité basse et mesquine évoquées tout à l'heure.
 
La rendez-vous-euse vivant en perpétuelle fusion avec son feu époux, en aurait eu marre de tout ça. Elle se serait levée, en disant qu'il fallait partir. Elle aurait avoué qu'elle voulait regagner au plus vite sa maison et feu son mari, avec qui elle vivait en fusion même aujourd'hui, trois décennies depuis sa disparition...
 
Sur ce, l'incarnation du néant informatique male, qui avait répondu à l'appel du néant informatique female, aurait jeté aux deux bridge-women un regard larmoyant et aurait dit : « Quant à moi, je vais rejoindre maman. » « Parce que vous vivez avec votre mère... » se serait étonnée la copine de la rendez-vous-euse. » « Elle est décédée il y a vingt ans », aurait été la réponse.
 
Cela étant et pour finir, disons que la rendez-vous-euse a encore du chien. Elle est encore baisable. Avec ses soixante-dix ans (plein pot) fêtés avec pas mal d'amis. Et avec son feu mari qui la regardait – nous regardait – de là-haut.
 
- Qui fusionnait avec nous.
 
Quant à l'autre, je ne sais pas.
 
 
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20 novembre 2018 2 20 /11 /novembre /2018 09:19
 
 
 
Pourquoi faire ?
 
Vous n'allez pas me dire que tout ça c'est normal.
 
- Et pas fou.
 
Je viens d'apprendre que la même Muriel, qui me disait que lorsqu'on lui faisait l'amour elle me faisait l'amour, serait passée par un moment mémorable. Un moment gardé dans toutes les mémoires de ces précadavres qui animent encore le Club de bridge.
 
En règle générale, il n'est pas conseillé de jouer en face de son compagnon. Pour ne pas s'énerver d'une manière intime.
 
Pour ne pas arriver à la séparation.
 
Un jour, en suivant ce précepte, Muriel jouait non pas en face d'Alexis Broc, à l'époque son petit ami, mais en face de quelqu'un d'autre. Quant à Alexis Broc, il jouait en face de Perrine Terrade. À un moment Alexis dit à Perrine, en lui jetant les cartes à la figure :
 
- Tu joues tout aussi mal que tu baises.
 
La galerie s'est empressée de foudroyer de regards amusés-scandalisés-voyeuristes les pauvres Muriel et Perrine.
Alexis, quant à lui, remplissait la fonction de héros impunissable, voire admirable.
 
- On s'amuse toujours encore – et bien – de cette histoire.
 
Le fantôme de la baise hante toujours et encore les esprits de ces tremolos punis par la vieillesse, par l'impuissance.
 
- Par la peur mal cachée de la mort inéluctable.
 
- Ou par l'inéluctable de la mort ?
 
Quoi qu'il en soit, elle se trouve où, allez-vous demander, l'anormalité, la non, l'a-banalité de la situation ?
 
Je ne saurais le dire. Je sens seulement que ce n'est ni banal, ni normal.
 
Ou c'est moi ?
 
- Je veux dire, l'anormal.
 
Et pourquoi pas ?
 
Et alors, dans ces conditions, comment ne pas devenir fou ? Comment ne pas se rendre fou ?
 
- Cependant, pourquoi faire ?
 
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17 novembre 2018 6 17 /11 /novembre /2018 08:20
Bagatelles
cueillies et inventées dans un Club de Bridge limousin par un Roumain d'origine divine
 
 
Elle me fait peur
 
À peine un mètre cinquante-cinq de hauteur, Muriel masque ses rondeurs carrées (ou vice-versa, ses carrés ronds) sous de drôles de vêtements savamment/hautement imaginés pour sa seule personne unique.
 
- Ça lui va très bien d'ailleurs.
 
Peu après ma première apparition au Club, elle m'interpelle, curieuse de voir à quoi et comment on bouffe un balkano-mec garni d'une tête méditerranéenne et d'un regard sombre et souriant à la fois, pénétrant.
 
- La basse-cour entière caquette autour de vous, me dit-elle pendant la pause d'une demi-heure infligée tour à tour aux paires Est-Ouest en relais.
 
Je me tais plus que sagement.
 
- Qu'est-ce que vous auriez répondu, vous ?
 
Elle reprend, sans même avoir le temps d'observer ma retenue. Et je crois que même si elle l'avait observée...
 
- Alice a commencé une cure d'amaigrissement.
 
En tout cas, est-ce que je voyais la brune, là, à la table deux ? Elle était très dangereuse. Très. Elle avait éjecté sa fille et son fils. Elle n'avait plus aucun contact avec. Et quand sa belle fille était morte, elle avait dit qu'elle n'avait eu que ce qu'elle méritait. Sa spécialité était le veau aux groseilles. Mais que je fasse gaffe. Elle était hyper dangereuse. Et moi, étais-je marié ? Avais-je des enfants ? Elle en avait, elle – une fille. Journaliste indépendante. Elle voyageait beaucoup. Elle faisait des reportages pour les télés. Mais elle était mariée à un sud-américain ou à un porto-ricain ou ainsi de suite. C'était son malheur. Ils avaient pourtant un enfant, un garçon.
 
- Et toi – on se tutoie, non ? – es-tu heureux ?
 
Elle me voyait assez triste.
 
- C'est qui qui te plait dans cette basse-cour ?
 
Quand même pas Fernande, hein ? ! Elle m'avait vu jouer souvent avec elle... Je savais sans doute que sa fille s'était suicidée. Et elle rongeait ses ongles. Elle avait aussi un cancer au sein. Et elle avait aussi un fils autiste. Et un autre presque paralysé, après une chute de cheval. Pourquoi fallait-il qu'il monte ? Et elle ne jouait même pas si bien qu'elle voulait le croire. Sans parler du fait qu'après tous ces malheurs, c'était presque indécent de venir jouer au bridge... Même si certains trouvaient qu'elle était plus que courageuse, voire admirable... Admirable, tu parles !
 
- En tout cas, ce n'est pas pour toi !
 
Ce n'est pas avec ça que je soulagerai ma tension interne. Elle me fera venir à la maison, avec quelques amis et amies et je verrai. Limoges n'est pas si pauvre en belles femmes...
Et patati ! et patata ! et patati ! et patata !...
 
- Tout ça, il y a six mois.
 
Maintenant, on dirait que j'ai pris de la bouteille. Pas au point d'être parmi les vieux meubles du Club, mais accepté comme quelqu'un d'agréable.
 
Muriel n'a pas trop changé, entre temps. Toujours les mêmes rondeurs carrées (ou vice-versa) cachées sous ses vêtements uniques faits sur mesure.
 
- La mesure de son être particulier.
 
Toujours, la même énergie papoteuse. Toujours, les mêmes questions sur l'état de mon bonheur/malheur. Elle veut toujours me trouver une compagne. Elle essaie de voir toujours quels pourraient être mes goûts (de sauvage balkanique) pour leur trouver un exutoire. Elle aime s'imaginer – je m'imagine – comment je m'empare de la femme choisie (par elle), comment je lui trousse les jupes, enlève la petite culotte, lui fous la langue dans la bouche et dans la chatte, aussi la bite dans les mêmes endroits et dans tant d'autres...
 
- Je lui plais.
 
Mais, depuis deux jours, il y a quelque chose qui a changé chez, ou plutôt dans ma Muriel. Quelque chose qui a changé ma Muriel.
 
- Elle est amoureuse.
 
Elle se déclare en tant que. Elle met un peu plus (voire trop) de fond de teint sur ses joues et sur son cou. Son eau de Cologne est plus forte. Ses yeux commencent à avoir des cernes et des poches de plus en plus grands, de couleur de plus en plus aubergine. Son regard s'approfondit d'une manière improbable. Comme si la mort y devenait de plus en plus visible.
 
Elle vient me chuchoter dans l'oreille :
 
- Lorsque je fais l'amour, je pense uniquement à toi.
Elle touche légèrement mon oreille avec sa langue chaude. Je bande.
 
- Elle me fait peur.
 
 
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Blog : www.alexandre-papilian.com/
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