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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 08:28
 
 
                                                   Vive les phéromones libres
 
Nous sommes tombés d'accord, Magali et moi. Je dégage des phéromones puissantes. Les femmes essaiment autour de moi.
 
Un exemple. Cela vient de se passer hier, au Club de Saint Léonard le Noblat, abrégé Saint-Léo.
 
Une femme grande, un peu sèche, la soixantaine bien conservée, genre soixante-huitarde marginale. Une femme libérée. Une femme pâle. Une femme décidée pourtant (pourquoi pourtant ? parce que !) à vivre sa vie.
 
Elle est suivie par son époux de partenaire. Un mec qui ne fait pas partie de la vie qu'elle désirait. Enfin, je crois. C'est un homme un peu plus grand qu'elle, un possible ancien sportif. Il bouge avec une assurance rare pour les précadavres qui animent ce Club. Le visage congestionné, il a l'air d'un fermier anglais aimant les vins français.
 
La femme s'assoit. Elle remarque remarquablement vite mon accent remarquable.
 
- Vous êtes de quelle origine ? sourit-elle.
 
Je la dévisage et je réponds :
 
- D'origine divine.
 
Et j'ajoute tout de suite (en souriant, s'il vous plaît) :
 
- Comme vous.
 
La femme relève le défi. Elle sourit. Je la plains : le sourire ne lui va pas trop ; je veux dire qu'il ne fait pas bon ménage avec sa figure pâle. Elle dit :
 
- Parlez-nous un peu dans cette langue. J'aimerais tant la parler moi aussi !...
 
Le partenaire-mari de la femme fait la tête. Il n'aime pas « ces libertés ». Il se tait. Je me tais aussi. Pourquoi parlerais-je devant – pour – ce couple pâle-congestionné ?
 
Je suis placé en Sud. La femme, en Est.
 
Nous regardons nos cartes. Le donneur c'est moi. Je commence les enchères. Un trèfle. Le mari, un carreau. Magali, ma partenaire, deux trèfles. La femme, silence. Un silence qui se prolonge.
 
- Vous ne voulez vraiment pas me dire deux mots dans votre langue céleste ? dit-elle sur le tard, sans me regarder.
 
- Ma partenaire est sous votre charme, dit le mari.
 
De la jalousie grande comme un ziggourat.
 
La femme sourit. Ça ne lui va pas bien. Je souris. Ça me va bien. Je le pense, en tout cas.
 
Elle monte les enchères à deux cœurs. Je passe. Le partenaire-mari réfléchit. Réfléchit. Réfléchit. Et encore. Et encore.
 
- Votre partenaire est sous le charme, dis-je à la femme.
 
Elle ricane.
 
- Oui, s'énerve congestionement le fermier anglais aimant les vins français. Oui, mais pas sous le votre, mais sous celui de votre partenaire.
 
Je l'ai blessé. Ou, du moins, je l'ai énervé.
 
Nous continuons à enchérir jusqu'au moment ou le mari-fermier se perche à cinq cœurs.
 
Je contre.
 
Belliqueux, sans hésitation aucune, il surcontre.
 
Il se bat pour – et en même temps, contre – sa femelle et contre moi, qui, quant à moi, dégage toutes les phéromones appropriées pour conquérir sa femme et pour l'apoplexier lui même.
 
Une fois le jeu commencé, il s'avère d'une manière irréfutable que le contrat n'est pas faisable. Il y aura deux de chute.
Je décide de faire la bêtise nécessaire, pour que le fermier anglais au vin français gagne et pour qu'il continue à dominer/posséder sa femelle sans la brimer pour autant.
Cette dernière, pas du tout dupe, me regarde, déçue, avec honte pour son mari, pour elle même, en tant que femme de ce mari.
 
En tout cas, elle est toujours pâle.
 
Mais – problème !
 
Sur-énervé, le fermier anglais aimant le vin français fait une contre-connerie, qui ne lui donne plus aucune chance. Même si je fais le plus parfait contre-jeu, le contrat est complétement compromis. Contré et surcontré, le mari chute deux fois.
 
- Et je sens, avec effroi, le regard admiratif/vaincu de la femme cherchant le mien.
 
(- Vive les phéromones libres !)
 
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4 octobre 2018 4 04 /10 /octobre /2018 07:48
 
 
 
 
                                                     Décidément insondable
 
Ils sont petits et trapus. Il travaillent depuis des années pour créer un jardin japonnais autour de leur maison de Rilhac Rancon. Ils sont fous d'Händel. Ils travaillent avec les écouteurs sur les oreilles.
 
- Du Händel, du Händel et rien d'autre !
 
Rien.
 
Ils jouent au bridge d'une manière, comment dire, tout aussi exotique que l'image qu'ils se font de et sur leur jardin en pleine construction.
 
Il faut dire qu'ils ont fait venir des hyper-camions transportant des rocs arrondis pesant vingt tonnes l'un. Ils ont fait appel à un sourcier qui leur a indiqué l'existence d'une nappe importante d'eau dans le sol de leur jardin.
 
- À cinquante mètres sous la terre.
 
Ils ont creusé trois petits étangs reliés par deux cascades et deux ponts courbés, à la japonaise. Ils ont construit deux petits pavillons aux toits courbés – à la japonaise... Plus une végétation « adéquate »...
 
- Ça a de la gueule, c'est vrai.
 
Ils ont une théorie de l'espace. Ils considèrent que l'homme sans espace non seulement ne vaut rien, mais n'est rien.
 
- Sans son espace.
 
Sans.
 
L'homme ne peut pas vivre à l'extérieur de l'espace.
 
- Ça n'existe pas.
 
Cela étant, ils jouent au bridge dans un certain espace physique, matériel qui leur convient très bien. À savoir, des parallélépipèdes neutres, sans personnalité.
 
- C'est pour cela qu'il aiment jouer à Maupassant ou à Austerlitz.
 
Ce sont des parallélépipèdes sans aucune personnalité, ornés bénévolement par des peintres amateurs, avec des peintures potables (à Maupassant), irregardables (à Austerlitz), qui ne troublent pas les intéressés.
 
Ils ne veulent pas être influencés par la beauté de l'endroit.
 
- Comme à Royan ou à Saintes, par exemple.
 
Par.
 
La beauté est normative et immatérielle. Voire insaisissable.
 
- Insaisissable.
 
La beauté du jeu, pareil.
 
- La beauté de l'environnement ne peut que faire entrave à la beauté du jeu.
 
Il faut se concentrer sur les enchères et sur le jeu, et ne pas se laisser troubler par l'environnement.
 
Ils jouent toujours séparément. Pour ne pas se troubler réciproquement.
 
- Ils vivent dans une fusion parfaite, sinon.
 
Sinon !
 
Ils s'aiment non pas à la folie, mais à la totalité, si je puis me permettre.
 
Ils ne veulent pas abîmer leur amour par des disputes de jeu.
 
- Lorsqu'on à des cartes de jeu dans la main, on perd toute humanité et on devient un fauve.
 
Ce sont quatre heures d'impersonnel et d'oubli. Le monde se concentre dans les cinquante-deux cartes et rien d'autre. On quitte la vie, complexe et de plus en plus fatigante. Mais on ne meurt pas. On ne regarde pas/plus vers la « lumière blanche » du bout du tunnel.
 
- L'idéal serait de jouer dans le froid glacial, noir, mortifère – sidéral !
 
Alors, le jardin japonnais ?
 
- Décidément, l'humain est insondable.
 
 
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26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 06:56
 
 
 
 
                                                                     Deux bouchers
 
Ils sont deux. Pour un Club de bridge comme celui des Médias et, plus largement, pour tous les trois Clubs de bridge de Limoges, c'est beaucoup. Ils sont deux, donc. Notamment deux bouchers.
 
- Certes, le Limousin est renommé pour ses élevages bovins et pour ses boucheries, non ?
 
Pour ses porcelaines aussi. Pour ces émaux. Pour ses pommes. Pour son uranium. Pour ses militaires. Pour ses cheminots.
 
- Mais pas plus que ça.
 
Pas plus.
 
Que ça.
 
Mais là, il s'agit de deux « patients », comme j'aime appeler mes contemporains, deux bridgeurs-patients, donc, sortis de la confrérie des bouchers. L'un plus âgé, long et vouté, jouant très bien, marié à une femme qu'il fuit (je crois), jetant au et dans le monde des regards d'homosexuel en manque, qui te serre la main humidement et mollement, et qui ne jure que sur Océane (sur qui je me réserve – ou non! – le droit de revenir ailleurs) comme partenaire. L'autre, plus jeune, petit et menu, sortit d'une BD des années 50, avec comme coiffure un début de banane noire, des yeux bleus et, comme caractéristique générale, un état permanent de joie modérée, exprimé par des mouvements de rat rigolard.
 
- Ce dernier fut initié et attiré bridgeurement par le premier.
 
Peut-être sexuellement aussi.
 
- Mais je n'en sais rien.
 
Toujours est-il qu'ils entretiennent le Club de bridge des Médias. Ils plongent au moins une fois par semaine dans l'univers de contrats partiels, de manches, de chelems, de contres et de surcontres. Ils tiennent la comptabilité. Ils manipulent l'ordinateur. Ils.
 
Tout aussi certainement ils entrent quotidiennement, plusieurs fois par jour, dans les chambres frigorifiques de leur abattoir.
 
- À moins dix-huit Celsius.
 
Et je me demande, avec « un air interne » un peu non pas vache mais un peu grand veau :
 
- Quelle est cette pression exercée sur eux par les carcasses congelées suspendues sur leurs crochets géants dans le froid sans odeur ?
 
Et comment nous regardent-ils après ?
 
Nous.
 
Comment regardent-ils les carcasses après ?
 
Après nous.
 
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23 septembre 2018 7 23 /09 /septembre /2018 12:50
 
 
                                                      Devant l'église et devant la mosquée
 
Je ne vais pas tourner autour du pot. Je vais attaquer bille en tête l'épisode dont le catalyseur a été Monsieur Sardine.
 
Je l'ai aperçu aujourd'hui à l'Église du Sacré-Cœur.
 
- Mais qu'est-ce que tu foutais là, toi ?
 
La question n'est pas digne d'une réponse, je trouve. – Et je le dis.
 
Il m'arrive de m'y rendre. (Il n'est pas interdit d'aller se fondre dans la masse des pratiquants chrétiens, n'est-ce pas ?) Ce sont des catholiques, certes, par conséquent des primo schismatiques – par rapport aux byzantins (les ancêtres des orthodoxes – dont moi !) –, mais des chrétiens néanmoins. Tout aussi chrétiens que les schismatiques d'après, huguenots, protestants, anglicans, calvinistes et autres luthériens, voire mormons ou que sais-je encore.
À la sortie de la messe, dimanche à midi, les trottoirs entourant l'Église sont noirs de monde. Les gens se rencontrent, se saluent, se sourient l'un l'autre avec plus ou moins de politesse, d'hypocrisie, de jalousie. L'instinct grégaire élevé au grade de conformisme social leur donne satisfaction.
 
C'est dans cette meute paisible que je l'ai retrouvé.
 
- Je parle de Monsieur Sardine.
 
Égal à lui même, grand, sans trop de chair sur ses os, avec une tête massive et bien chauve, la peau parsemée de tâches de vieillesse, un peu voûté, habillé comme toujours en vert et gris, il se faisait remarquer par sa bouteille d'oxygène qu'il cachait dans un sac accroché à son épaule et, bien entendu, par les deux tuyaux en plastique transparent, reliés à cette bouteille, qui lui entraient dans les narines.
 
Et j'ai eu une révélation, une image sensitive.
 
- J'ai vu l'air.
 
On ne le voit pas, de coutume, d'accord ? C'est la matière la plus invisible qui soit. – Je parle de l'air. – Moi, je l'ai vu. J'ai vu l'air inspiré et expiré par les poumons de ceux qui étaient là et de tous leurs contemporains. Pollué par la misère de leurs poumons. Ingurgité par les plantes purificatrices. Expulsé dans... l'atmosphère.
 
- Cyclé et recyclé, quoi !
 
Oui, quoi ! Oui !
 
J'ai senti, comment dire, mon appartenance intime à la vie et au monde, partagés ceux-ci, la vie et le monde intimes, avec toute l'existence non-intime retenue par et sur la terre.
 
- Et, tout naturellement, avec toute l'inexistence pendante.
 
Tout naturellement. – Avec la mort, aussi, bien entendu.
 
- Bien entendu.
 
Ce qui rend la mort acceptable, voire agréable. Pour moi, du moins.
 
Mais lui, Monsieur Sardine, faisait bande à part. L'air qu'il utilisait pour remplir ses alvéoles pulmonaires ankylosées, pour ne pas dire constipées, n'appartenait pas à l'air commun. Il ne prenait pas contact avec l'univers, Monsieur Sardine, mais avec la bouteille d'oxygène. Il expirait, ensuite, Monsieur Sardine, mais ce qui partait dans l'atmosphère que nous autres étions condamnés à inspirer n'était pas quelque chose de naturel, et encore moins quelque chose de sain.
L'avant-veille, il jouait à une table voisine, en face d'une brave pouffiasse octogénaire mi-chauve dégorgeant de bijoux éclatants, la chaire ronde et molle et la voix aiguë, qui dispensait dans l'univers des sentences sans appel approuvées sans appel ni réserves autant par son partenaire, Monsieur Sardine, que par leurs deux adversaires, une trop brune septuagénaire décharnée, adepte de la fatalité incontrôlable au jeu, et une invisible passe-partout qui attendait plus passivement que la moyenne nationale la fin finale.
 
La pouffiasse, statuaire, enfin, digne, s'insurgeait contre les musulmans qui, le vendredi, juste à l'heure où les joueurs de bridge se dirigeaient vers leur Club, envahissaient les alentours de leur Mosquée.
 
- Elle se trouve dans la même rue que le Club, la Mosquée.
 
Sacrée Mosquée ! Sacré Club !
 
On apprit en les écoutant que la Mosquée, un ancien atelier de je ne sais pas quoi, achetée il y a vingt ans par les musulmans – par qui ? avec quel argent ? s'indignait la pouffiasse –, était aujourd'hui entièrement refaite à l'intérieur. Elle était même très belle, à l'intérieur. La télé locale même avait même réalisé un reportage.
 
- Le comble !
 
Ce qui gênait surtout était le fait qu'ils faisaient leur prière le vendredi.
 
- Ils ne peuvent pas faire ça comme tout le monde, le dimanche ?
 
- Pour ne pas parler du dernier scandale, avec leur viande halal !
 
Et Monsieur Sardine, dans tout ça ? Eh, oui ! Je l'ai retrouvé aujourd'hui, disais-je, fondu dans le troupeau des primo schismatiques, sur les trottoirs noir de monde de l'Église du Sacré-Cœur. Avec ses tuyaux dans les narines et sa bouteille d'oxygène cachée dans un sac accroché à son épaule.
 
- J'ai eu le cœur brisé.
 
Car c'est comme ça que nous sommes, nous autres :
 
- Miséricordieux.
 
Nous autres – moi même.
 
Moi !
 
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22 septembre 2018 6 22 /09 /septembre /2018 07:21
 
 
 
 
                                                     Ou
 
Claire... Je l'imagine nue, les jambes écartées sous Jacob. Et lui, entre ses jambes. Je l'imagine répondant à ses embrassades... Je sens son sexe mouillé ; son sexe pénétré ; ses rondeurs flasques (elle a la peau flétrie-ridée), son regard mi-coupable, mi-sauvage...
 
- Enfin, elle pouvait se payer la liberté d'un acte illégal, immoral, d'un autre acte que celui habituel...
 
Mais il n'y aura jamais rien entre Claire et Jacob.
 
D'ailleurs, Jacob n'existe même pas. Il sort directement de mon imagination.
 
- Ou de mes souvenirs.
 
La mémoire « sait être aussi folle que l'imagination » dit un membre de l'Académie1.
 
Au mieux, il est un des fantômes qui ne cessent de rôder dans les Clubs de bridge, ledit Jacob.
 
Je la vois rongée par des remords.
 
- La Claire !
 
Elle est mariée à un mec qui ne joue et qui ne jouera jamais au bridge. C'est un ancien militaire. Un militaire d'occupation.
 
- Les Français ne diront jamais ça, « d'occupation ».
 
Pourtant, c'est la pure vérité. Il est Lorrain d'origine, il parle très bien l'allemand, il a un nom germanique.
 
- Il servit la France qui, à côté des États Unis, de l'URSS et de la Grand Bretagne monitorisait l'Allemagne postbellique.
 
En tant que femme d'officier envoyé en Allemagne, Claire a mené une vie très stricte. Son entourage : des femmes d'officiers français détachés en Allemagne... Discipline et ennui. Vingt ans ! Une vie !
 
En tant qu'officier (d'occupation ou pas), son mari put prendre assez vite sa retraite. Il ne voulait pas faire une vraie carrière militaire. Il aimait le jardinage, la chasse, la famille.
 
Sa femme l'aime toujours :
 
- T'as vu quel mari j'ai eu, quel mari j'ai !
 
Qui dans ce monde a eu, avait, a, aura un tel bonheur ?...
 
Elle prend quand-même quelques libertés. Elle joue souvent au bridge, par exemple. Et, à ces occasions, j'aperçois dans son regard, en toile de fond, un voile de regret installé durablement, jour après jour. Alors je me dis qu'elle attends Jacob. Un Jacob qui, s'il n'existait pas, il faudrait l'inventer. Mais Jacob, qu'elle désire d'une manière très volatile mais forte (ou très forte mais volatile), n'existe pas.
 
- Et ne se laisse pas inventer.
 
Je trouve que j'ai quelque chose de très beau et triste dans mon intérieur.
 
- Ou de très triste et beau.
 
Ou.
 
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20 septembre 2018 4 20 /09 /septembre /2018 07:47

 

Une Anglaise aux truffes

 

Il est connu, voire très connu que le Périgord est envahi à présent par des Anglais. On les appelle même « des Grands-Bretons ».

- Enfin, pour rigoler.

Mais il arrive que ces Grand-Bretons, immigrés dans notre pays grâce à l'Europe qui n'a pratiquement plus de frontières intérieures – pardon pour ce barbarisme très utilisé aujourd'hui, comme « très supérieur », ou « décimer » (au lieu d'exterminer), ou « assez exceptionnel »... –, nous énervent nous autres, « les natifs », « les locaux » ou, pour les esprits plus acérés, « les aborigènes ».

C'est ce qui s'est passé hier.

Hier, le tournoi tournait tranquillement, même soporifiquement. Lazare jouait en face de Jeannine, comme souvent, et John, en face de sa rondelette de femme, Spoutnik, une Anglaise plus que brune, aux yeux plus que noirs, d'origine indienne.

À cette occasion, nous avons eu droit à un échantillon d'humour anglais. John a raconté que les anglais installés en France rencontrent « un set » spécifique de problèmes. Notamment, ils achètent des maisons délabrées, voire des granges non aménagées, et, petit à petit, ils les rendent habitables. L'heure de la retraite arrivée, ils bénéficient d'un logement acceptable, dans un pays européen renommé pour sa douceur de vivre. En plus, les Français supportent avec un certain stoïcisme frisant parfois l'élégance, le fait que ces Grands-Bretons aient du mal à se mettre au français... Bref, tout baigne.

- Seulement que, voilà, à l'heure de la retraite, les hommes britanniques deviennent fous.

Ils quittent leurs femmes et rentrent en Angleterre. Ou bien ils partent pour les Dominions ou Colonies qui, grâce à Dieu, existent toujours. Ils laissent les femmes seules, dans un pays dont elles parlent à peine la langue. Elles doivent se débrouiller avec les crédits engagés lors de l'acquisition de la maison, etc..

Spoutnik, l'Anglaise d'origine indienne, en pouffant asiatiquement de rire, dit que la solution réside dans la truffe. Le Périgord est renommé pour ses truffes. Il y a certains, même, qui essaient de mettre sur pieds des truffières. Alors, elles, les Anglaises abandonnées, n'ont qu'a se mettre au travail : chercher des truffes. Comme les chiens ou les cochons, ajoute elle avec un sourire encore plus subtil que le rire de tout à l'heure.

Oui, dit Jeannine, mais gare au voisinage. Les propriétaires de terrains – truffières artisanales ou industrielles – ont la gâchette facile. Ils tirent sur tout ce qui bouge.

- Ce serait l'Esprit de la Truffe.

De la terre. Du terroir. Du pays. Voire de l'univers.

- En tout cas, ça règle encore mieux le problème, dit Spoutnik.

Le rire des convives fut un peu jaune.

Il se peut que la présence des Anglais – voire de l'Anglais (indianoïde ou pas) ? – dans le Périgord soit un problème.

C'est mon avis.

 

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18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 07:47
 
 
 
 
                                                 Deux morales
 
 
Le tournoi battait son plein. Les hôtes avaient ouvert les grandes portes des trois salons pour n'en faire qu'un seul. Les squelettes enveloppés de chairs enveloppées à leur tour de fringues plus ou moins ternes ou ridicules – au choix –, comme de coutume en province, avaient pris place autours de tables prêtées, comme les étuis des cartes, par le Club d'Austerlitz.
 
Perrine Terrade, fille de notaire, mariée, trois enfants, avec trois ans d'études de droit mais préférant se présenter comme « exploitante agricole » mit sur la table un trois de cœur. À cette occasion, ses bracelets mélangés, de pacotille, de pierres/cristaux en plastique, mais aussi d'or jaune et gris cliquetèrent ni trop fort ni trop peu. Exactement comme il fallait.
 
- Elle est branchée, la Perrine.
 
Les gens de goût aujourd'hui portent des choses très chères, mélangées à d'autres, très bon marché, comme signe de noblesse démocratique.
 
- Aujourd'hui.
 
Certes. Dans le passé, on ne pouvait pas imaginer un tel blasphème. Mais aujourd'hui, tout a changé. Et il faut s'y habituer.
 
- S'y mettre.
 
Voilà. Même si ce n'est pas le sujet.
 
Enfin. En attendant la suite des enchères, Perrine regardait les murs gris. Ils avaient besoin d'un bon coup de peinture. Les lumières n'étaient pas trop fortes. Disons même, qu'elles étaient un peu mesquines...
 
- Comment vous appelez ? dit Monsieur Grau, l'adversaire de droite, en s'adressant à la partenaire de Perrine.
 
Perrine regarda son amie, une vieille dame, toute de brun et jaune habillée, très provincialement snobe, en attendant que celle-ci réponde « pair-impair ». C'était du moins ce qu'elles avaient convenu pour ce soir. Mais Grâce, perdue dans ses pensées, ne répondait pas.
 
- Alors, vous appelez comment? insista Monsieur Grau.
 
Quand il parlait, sa mâchoire faisait un mouvement latéral, comme une raboteuse ; ses paroles étaient souvent rabotées...
 
Pas de réponse.
 
- Pardon, Madame, mais vous vous appelez comment ? rabota de nouveau la mâchoire de Monsieur Grau.
 
- Mais enfin ! Je m'appelle Madame Grâce Gingout, enfin ! Vous devriez me connaître !
 
La première morale de cette petite histoire est que lorsqu’on a une mâchoire raboteuse, il vaut mieux ne pas jouer au bridge. En tout cas, pas contre Grâce Gingout, la partenaire provincialement très snobe de Perrine Terrade.
 
La deuxième : l'auteur de ces lignes n'en a rien à foutre.
 
- Ou presque.
 
Ou.
 
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15 septembre 2018 6 15 /09 /septembre /2018 08:15
 
 
 
 
                                                     Un(e) revenant(e) (suite)
 
 
Par la suite..., ce que j'ai appris par la suite, dans la même atmosphère sentant la mort, le sexe, la sueur...
 
- L'amour, quoi !
 
Quoi !
 
Ce que j'ai appris par la suite, fut un amalgame de choses croyables et incroyables.
 
Notamment : le mari de Claudine, militaire (encore un), avait perdu sa vie (encore une) en Afghanistan ; la pension de Claudine était suffisante pour bien vivre à Limoges, où, d'ailleurs, il y avait encore des régiments et des militaires ; elle n'y se sentait pas dépaysée ; elle commençait maintenant à fréquenter le club de bridge, qui allait lui apporter certainement de nouvelles connexions sociales. – Croyable. – Danielle et Basile, ses parents, avaient divorcé il y a longtemps déjà. – Croyable (voire plus : en connaissant Danielle et ses prouesses sexuelles, je ne vois pas l'homme qui aurait pu lui faire vraiment face.) – Marc, le frère de Claudine, avait d'abord été admis dans une prépa maths sup. – Incroyable (ce n'était qu'un nul agité, pas plus.) – Mais il avait vite renoncé à ses études, pour devenir VRP en vin. – Croyable (à peine). – Il s'était trouvé une compagne qui lui allait très bien. Une illettrée qui le prenait pour Dieu et devant qui il pouvait développer tout sans être contredit. – Croyable. – Basile avait refait sa vie avec une nana qui lui avait vite fait deux enfants assez réussis. – Croyable, pourquoi pas ? – Danielle avait sombré dans une dépression grave ; elle était restée à l'hôpital un peu plus de deux ans. – Croyable (et un peu pitoyable, pourrait-on dire). – Marc avait renoncé relativement vite à son VRP-isme vinicole, se serait engagé dans une fabrique, avait commencé à battre sa femme soumise et les quatre gosses qu'elle lui avait fait, au point que la police et la justice durent intervenir pour l’éloigner de la maison (avec même quelques passages par la prison). – Croyable plus qu'absolument. – Enfin, Danielle se serait construit une maison au Sénégal et se serait trouvé un jeune noir pour lui tenir compagnie. Elle l'aurait viré assez vite, pour le remplacer par son frère à elle, un ex maton (dont je venais d'apprendre l'existence), condamné avec sursis pour violence, et éliminé du système judiciaire à l'âge de la préretraite. – Croyable.
 
- Ils couchent ensemble aujourd'hui.
 
Et après un moment :
 
- Et j'en suis jalouse.
 
Après quoi, la Claudine se faufile sous la couverture, pour me sucer et pour me dire :
 
- Disons que tu étais mon papa, d'accord ?
 
Et moi, dans ma tête :
 
- Jalouse, voyons !
 
Une jalousie incandescente.
 
Avec un sentiment de peur assez déplaisant : comment se dérouleront les choses dorénavant dans le monde bridgeur – au Club ?
 
Jalouse, va !
 
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13 septembre 2018 4 13 /09 /septembre /2018 08:12
 
 
 
 
                                                      Un(e) revenant(e)
 
Je ne l'ai pas reconnue toute de suite. Elle m'a attrapé par derrière. Comme la première fois, il y a bientôt trente ans,
Je jouais en face de Marine. J'ai senti deux paumes très chaudes sur mes épaules. J'ai essayé de me tourner à droite, ensuite à gauche. La personne « surprenante » bougeait de façon que je ne puisse pas la voir. J'interrogeai du regard Marine, mais la réponse muette de celle-ci me fit savoir que ma partenaire ne connaissait pas la personne qui se cachait derrière moi.
 
Enfin, elle se fit voir. C'était Claudine, la fille de Danielle et Basile Barataud.
 
Embrassade et décision d'aller prendre un verre après le tournoi.
 
Jusque là, je... me souviens d’elle. Elle était jeune et potelée. Une Lolita bien foutue, disons. Elle m'avait attrapé par derrière, dans la piscine. Comme aujourd'hui, au club. C'était la piscine de la résidence où Danielle et Basile, ses parents, deux commerciaux financièrement aisés, nous avaient conviés, nous autres six invités, à nous baigner, entre deux tranches de bridge familial.
 
Leur appartement, situé dans une résidence « classe » des Yvelines, pas loin de Paris, était assez spacieux pour pouvoir y organiser, au rez-de-chaussée, dans le grand salon, des petits tournois par paires ou par quatre.
 
Claudine était la fille de Basile et Danielle. Elle avait aussi un frère, Marc, un jeune un peu hyperactif, soupçonné à un moment donné d'autisme, mais en réalité plutôt un peu crétin.
Elle m'avait attrapé par derrière, comme je viens de le dire. Elle avait mis ses petites mains sur mes épaules. Elle s'est collée doucement à moi, en caressant mon dos avec ses seins déjà bien formés... Son soutien-gorge était en soie, douce... Elle a mis les jambes autour de mes hanches. J'ai coulé, avec elle. On s'est embrassés fugitivement (très) sous l'eau. Je lui ai mis la main dans la culotte, mon doigt caressant une nanoseconde son sexe... Nous sommes sortis à la surface en riant... Personne n'avait remarqué notre étreinte.
À l'époque, je couchais avec Danielle, sa mère. Mais je n'aurais pas dit non, si l'occasion s'était présentée, de me faire aussi sa fille.
 
- Mais ce ne fut pas ainsi.
 
Ce fut le cas à cet instant, par contre. Et ce fut très bien. Très-très bien, même. J'ai rajeuni d'un coup. Parce que sauvage.
C'est ensuite seulement, nos têtes reposant sur les oreillers, que nous commençâmes, dans le noir de la pièce sentant nos sexes, nos respirations, nos sueurs, nos eaux de Cologne, nos morts, à nous intéresser à notre passé ; et à celui des autres.
 
- Celui de siens, par exemple.
 
Par.
 
Par la suite...
 
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9 septembre 2018 7 09 /09 /septembre /2018 14:22
 
 
 
                                                      Avant propos (suite 2)
 
Les pages noircies qui suivent se sont « cristallisées » dans l'attente de mon procès final, si je peux me permettre.
 
- Le procès !
 
Le procès commencé avec mon arrivée sur terre. Mon Dernier Jugement !
 
- Le côté très stupide de la vie.
 
Des pensées dépressives, certes ; macabres, parfois. Mais... « justifiées ». Si le mot « juste » (composante du mot « justice ») a encore du sens lorsque la vie de celui qui l'emploie touche à sa fin.
 
- Mon cas !
 
Je n'ai pas trop de temps à ma disposition. J'ai pris ma retraite. Je « parasite » la société et je fais mon bilan...
Ou, enfin. Je me dis que je devrais le faire.
 
- Ce qui, évidemment, n'est pas la même chose.
 
Mais il n’y a que cela que je puisse faire maintenant.
 
- Pas autre chose.
 
À moins que la description du Club de bridge, où je passe des heures, des jours et des semaines, soit considérée comme quelque chose d'autre.
 
- Une création, une ultime création...
 
Une création ultime, peut-être ?
 
J'ai la mort tantôt froide et transpirée, tantôt fraîche, tantôt incendiée, tantôt transformée en braises...
 
On dirait une cage pour toutes ces morts-là. Et pour toutes les autres.
 
- À venir.
 
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