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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

Texte Libre

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22 juin 2020 1 22 /06 /juin /2020 08:32

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 18

 

Maman tue certains de ses malades. De l'aide miséricordieuse. _______________ De l’ambroisie pleine la bouche. À vomir. _______________ Je me dois d'apprendre à accomplir l'acte, moi aussi. En silence, aveuglement, au cœur du noir. _______________ Sans mots. Seul le lien mère fils sera mis à l'épreuve. Le lien si puissant qui a provoqué le suicide du Travesti.

<>

Dans la région de mon ventre où l’on trouve pas mal de pensées, je dois constater que j’ai parfaitement raison. Maman n’existe que parce que j’existe. J’ose pousser les choses encore plus loin : elle existe pour que j’existe ; j’existe pour qu’elle existe. Nous ne mourons pas. Nous ne mourons toujours pas.

<>

Les questions que je me pose aujourd’hui partent du spectacle offert par l’Immortel qui fait semblant _______________ de mourir, de vivre. Des questions partielles (comme toujours) rangées dans des parties adéquates de l’arsenal cognitif. On modifie la réalité en la disséquant. « Pour la connaître. » On l’abîme afin de la rendre cohérente, rangée, adaptée à notre imagination.

- Ce qui, évidemment, suscite des questions à l’endroit des limites de notre intelligence connaisseuse.

On ne sait pas d’où elle part. En revanche, on croit savoir où elle arrive et où elle se termine : dans la conscience.

Cette dernière, sorte de nuage psychologique, agit en double sens. Elle crée autant de trous que d'appels d’air. Elle demande sans discontinuer des connaissances nouvelles, afin de métaboliser les anciennes selon quelques lois spécifiques. En même temps, elle arrête la connaissance (le connaître) par l’injection d’une obligation limitative : celle de s’intéresser toujours et exclusivement à l’homme.

Même en explorant l’infini, le néant ou Dieu, on ne s’intéresse qu’à l’homme. On n’est intéressé que par lui. On convertit, on dévie, on disjoncte, on modifie, pour faire entrer le tout dans le moule humain infiniment fini.

- Connaître c’est conquérir.

La découverte est toujours et encore une invasion.

C’est valable pour la vie. C’est valable pour la mort. C’est valable pour Dieu.

C’est dans ce sens que la capacité de Lucie de porter un intérêt, tel que le sien, à l’égard de la mort, me trouble végétativement, m’inquiète, me masturbe et… m’absorbe.

Connaître c’est créer l’extérieur de l’homme. Et tant pis si on essaie de se connaître soi-même !

- Connaître, c’est fou !1

 

 

En vente chez moi et sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)

Blog : www.alexandre-papilian.com/

1 Aussi, l’étrange attirance connaisseuse que je ressens pour le noir et pour le froid en train de pousser dans l'être de ce vieux enlaidit par sa petite rancune, ne m’inquiète pas vraiment. Si c’est fou, c’est fou ! Point !

 

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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 15:03

Avant propos

 

L’Atlantide aurait, occupé l’espace atlantique.

Ce qui compte, c’est l’espace transatlantique ----------- aujourd’hui. L’autre n’est que du reste ----------- un océan. Un rien, disons.

- Disons.

Ce qui se passe d’un côté et de l’autre de ce reste, de ce rien, de cet océan, ne passe pas inaperçu.

- Y a pas raison.

Justement. ----------- Autant effrayant que ce soit, y a pas raison. ----------- La raison n’a rien a y faire. Elle n’a pas raison d’y être. ----------- Autant.

Même plus. ----------- Même. ----------- Plus.

 

 

Espace transatlantique

- et un peu au-delà de -

 

Chère Monica,

Combien d’années se sont écoulées depuis ma dernière lettre ? Dix, onze, douze ? ----------- Cents ?

- Mille !

Soit ! Mille s’il le faut ! En tout cas, il a tellement de choses qui se sont passées, que mille ou dix mille ans ne me paraissaient pas « trop beaucoup ».

Je compte sur ta compréhension, sur ton amitié.

- Sur ton pardon.

Bon. Je commence. Par où ? Par où je peux. Et pourquoi pas par la crise des missiles cubains ? L’image me parait significative. Nous, les petites, une trentaine, agenouillées pendant la nuit, priant le Seigneur de ne pas laisser « venir » la guerre.

- Il faisait froid, il faisait presque noir...

Quelques ampoules jaunes, sombres éclairaient notre dortoir. En chemises de nuits, à poitrine plate ou à peine bourgeonnée, nous regardions le ciel (le plafond !) en murmurant des mots dépourvus de tout pouvoir. Preuve maximale : je priais non pas contre, mais pour la guerre. Et pour cause, les bonnes soeurs nous avaient dit que, en cas de guerre, nous rentrerions chez nous...

- Il ne m’a pas écoute, Dieu, lui.

Mon désir de guerre n’a pas été exaucé. ----------- Je jette en hâte des mots sur le papier. ----------- Avec du mâchefer et de la scorie dedans. Avec pas mal de gravats. Aussi. Aussi. Aussi.

Ma chère Monica, ma vie a basculé et je m’y retrouve difficilement. Cette lettre est due à une sorte de réflexe oublié, couvert, enterré sous les décombres du temps versé, perdu, échoué en nous, mais qui se voit réactivé soudainement, pour témoigner de l’unité de l’être que je suis, de l’être que nous sommes. ----------- Qui pourrait nous séparer, une fois intriquées dans nos mémoires (ou par elles ?) ? ----------- On ne peut pas se débarrasser de son passé. Il est comme prédestiné. ----------- De son avenir non plus.

- Pour ne pas parler de son présent !

Je reprends le contacte avec toi tout simplement, comme s’il n’y avait pas une vie entière écoulée depuis notre enfance.

- Depuis notre séjour chez les bonnes soeurs.

Comme si nous étions toujours là ----------- dans le dortoir austère, froid, dépersonnalisant ----------- en train de prier pour que la guerre n’arrive pas ----------- pour que les méchants Soviétiques soient empêchés d’installer leurs saloperies au Cuba ----------- pour que nos bons alliés, les Américains, ne soient pas obligés de bombarder le Cuba, l’Union Soviétique et ainsi de suite ----------- et pour que nous autres, les Brésiliens, poussions vivre en paix ----------- au sein de tout le monde...

Chose valable pour vous autres, comme je disais, mais par pour moi.

- Moi, je voulais la guerre.

Je voulais rentrer chez moi, chez nous... ----------- Chez rien du tout, chez nulle part ! (Les miens, en proie à une très difficile et, je crois, jamais achevée séparation, avaient trouvé que le couvent était la solution autant pour leur fille – moi –, que pour eux-mêmes !...)

…Où voulais-je, donc, retourner ? Dans mon enfance. Voilà où ! – Avec l’espoir d’y trouver la paix. ----------- Dans cet espoir.

Aujourd’hui, pourtant, suite à une longue analyse que j’ai faite ici, à Paris, je suis en mesure de dire que l’on m’a privé d’enfance. À l’heure de notre rencontre chez les bonnes sœurs, j’étais une gamine sans enfance, déjà. Une fillette estropiée. Une estropiée, tout court. ----------- Une castrée ; d’une certaine façon (ce qui pourrait expliquer pourquoi aucun enfant n’a pas trouvé bon, n’a pas voulu venir se blottir dans mon ventre – dans mon être). -----------Voilà ce que j’étais à l’époque.

- Toi aussi, tu avais droit, comme moi, aux délices de l’internat ----------- à l’époque.

On découvrait son sexe, à l’époque. On parlait tant de bêtises chuchotées ! Avec tellement de joie secrète de ceux – celles ! – qui (s’) échappent à la surveillance (désagréable et nuisible ----------- des soeurs et des mères).

Sauf que moi, ça, la pension, m’a brisée, m’a fracturée. Je suis sortie de là infirme. Toi, tu es restée moins de temps chez les bonnes soeurs. Combien ? Un an ? Deux ? Pas plus de deux, je crois. Tandis que moi !... J’y fus immergée pas moins de six ans...

- Ensemble, nous jouâmes au docteur et au touche-pipi.

Normal, je me dis. Te souviens-tu ?... On devait se laver à côté du lit, dans le bassin personnel, mais à la vue de tous... Avec l’ordre formel de se couvrir.

- Pour être vue le moins possible.

Ne pas regarder ailleurs, vers les autres. Ni ailleurs, vers soi même. Nous avion le choix restant : regarder vers le mur d’en face, ou vers le plafond. Le corps, que Dieu même, dans sa bonté infinie, nous avait donné, était non seulement imparfait, mais mauvais. Il était défendu de le regarder ! Le résultat, on le connaît. Touche-pipi. Examen plus qu’approfondi, ensuite. Plaisir, même !

Quelques mois avant de quitter, à mon tour, le couvent, j’étais parvenue à une phase plus complexe de l’existence. Je me cachais toujours dans la prière; mais, cette fois ce n’était pas pour que la guerre arrive, mais pour que mes règles n’arrivent pas. Si une fille, le jour où les règles pouvaient se déclencher, ne prenait pas garde de se munir de son pansement hygiénique, elle n’avait pas le droit d’aller chercher de la ouate, en haut, dans le dortoir, et était obligée de rester comme ça, salie, toute la journée ; si, par malheur, le bon Dieu, présent toujours dans les prières, avait décidé que ces maudites règles allaient se déclencher une fois la journée commencée, disons à dix heures du matin. Et moi, je priais le bon Dieu, moi, qu’elles n’arrivent pas, mes règles à moi ! Les règles !

- Je dirais que, inconsciemment, je voulais être pre-stérile ----------- aujourd’hui.

Tout ça, chère Monica, pour te dire que j’avais une sensibilité particulière à l’égard de tout ce qui est enrégimentement, attroupement, annihilation de la personnalité et de la personne et ainsi de suite.

Lorsque je mouillai l’ancre en Europe, je pus mesurer encore mieux la profondeur de l’espace atlantique qui sépare nos deux civilisations.

- Une vraie fosse.

La démocratie européenne, qui ressemble beaucoup à la paresse et à la lascivité (à tel point que je me demande si elle n’était pas imposée, en réalité, par les Américains ----------- et maintenue par eu, maintenue ainsi ----------- avec le but de dompter les habitants -----------sauvages ----------- du Vieux Monde, coupables de deux guerres mondiales ;  à tel point que je me demande si elle n’était que subie, et non pas engendrée par eux, les européens), cette démocratie édulcorée m’a envoûtée plus que je ne le croyais possible. Ici, tu ne trouveras pas la sauvagerie du Carnaval. Ni celle des enfants-bandits et des leurs bourreaux ----------- les escadrons de la mort. Par contre, tu trouveras une certaine douceur de vivre, pimentée par les vestiges charmeurs, envoûtants, voire soûlants, d’une histoire aussi forte que petite. Ce n’est pas une blague, un paradoxe, un « intellion ». C’est la pure réalité. L’histoire méditerranéenne, dont celle européenne fait partie, c’est de l’histoire parce qu’elle est petite, donc « contenable », et forte aussi, donc percutante, pénétrante ----------- une balle de fusil et non pas un obus. -----------, donc transmissible, voire contagieuse, épidémique. J’irais jusqu’à dire que c’est la seule histoire. C’est l’Histoire même. Tout le reste n’est que du reste. Du reste qui s’y accroche, qui s’y greffe ; ----------- à l’histoire...

- J’arrive ainsi au coeur du sujet même de ma lettre.

Ma chère Monica, il y a quelqu’un dans ma vie.

- Enfin ! ----------- je dirais.

Quelqu’un de mûr, un peu plus âgé que moi. Quelqu’un de descriptible. Je veux dire : quelqu’un « muni » (ou « doté » – je ne sais pas bien) d’un passé. C’est un Albanais de Kosovo. Un homme de bonne volonté, comme disait l’autre. Quelqu’un de bien. Un intellectuel ----------- et pas si stupide que ses collègues d’ici. Il n’a pas sa place à CNRS, je veux dire. Certainement pas !  Et pour cause : on trouve dans son agencement des gouttes de folie et des cristaux d’irrationalité ; ----------- beaucoup de souffrance...

- Ça le rend libre.

Libre de ne pas vouloir vivre en Albanie, mais de rester lié à son peuple et à a sa culture (auxquels je ne comprends rien !). Libre de prendre comme épouse une Serbe. Libre de lutter contre le communisme. Libre de s’opposer toutefois au libéralisme déchaîné.

- Etc., etc..

Enver quitta Pristina lorsque l’OTAN commença à bombarder la Yougoslavie ----------- et les Serbes à chasser les Albanais hors du Kosovo.

Il vint à Paris, avec Mirjana, sa femme, avec leurs deux enfants et avec les familles des ceux derniers. Les enfants, avec leurs familles respectives, partirent bientôt l’un pour l’Allemagne, l’autre pour l’Afrique du Sud.

Quant à eux, ils s’avérèrent parfaitement intégrables, ici, en France. Tous les deux, je veux dire, les parents. Enver est parfaitement francophone. Sa femme aussi, elle était parfaitement francophone. – Elle est morte.

Ils rentrèrent à Pristina, une fois les Serbes chassés de Kosovo. (Leurs enfants et leurs familles, par contre, non. Signe bénéfique de jeunesse, je trouve !) Ils se disaient prêts à tout recommencer. Non pas par naïveté, mais par manque de pot.

- On ne peut même pas parler de ça.

Je veux dire : de chance – dans leur cas. Enver et Mirjana rentrèrent à Pristina pour qu’elle, Mirjana, y meure.

Enver revint ensuite, d’une manière absolument clandestine, en France. Après que Mirjana fut tuée. Tuée comment ? – On lui a mis des pétards dans la bouche et on les a fait exploser. Elle ne fut même pas violée. Elle fut seulement tuée par l’explosion de sa tête -----------des pétards qu’elle fut obligée de tenir dans sa bouche.

Je me trouve au bord de l’océan de l’incompréhensible. Déjà je ne comprends pas. J’écoute et j’entends ce que l’on me dit. Mais je ne peux pas comprendre. Je suis cristallisée. ----------- Morte. ----------- Je ne suis plus une jeune fille frêle, capable d’accepter les ordres des bonnes soeurs et de ne pas regarder son propre corps pendant qu’on fasse sa toilette. Ni de prier Dieu que les règles n’arrivent le jour où l’on a oublié sa ouate...

On ne sait pas qui a tué Mirjana. L’enquête ne donnera rien. Enver, convaincu de cette réalité, quitta le Kosovo toute de suite. Il ne s’y retrouvait plus. Qui a tué sa femme ? Des Albanais, car elle était Serbe ? Des Serbes, car elle était mariée à un Albanais ? Qui ? Pourquoi ?

- C’est ce qu’on sait c’est comment.

Je ne dirais pas qu’il est devenu fou. Il ne l’est pas. Il est assommé; seulement. Il a reçu le choc de l’incompréhensible. Il ne peut pas comprendre. Et je dois reconnaître que l’on ne peut pas comprendre. Comment comprendre ? Des pétards dans la bouche ! La mort ! L’interdiction d’aller chercher sa ouate ! L’interdiction de se regarder soi-même ! Comment comprendre ? Qu’est-ce que je dois faire à l’intérieur de moi-même pour parvenir à comprendre ? Quelle (auto ?) mutilation dois-je (y) opérer pour pouvoir comprendre ?...

Tu vois, ma chère Monica, la distance mise entre nous par l’Atlantique, la distance transatlantique, n’est pas si creuse, profonde, vaste, réelle que ça. Je formule ainsi le contraire du postulat par lequel j’ai commencé ma lettre. C’est vrai. J’assume. Je n’y suis pour rien.

- J’ai couché avec Enver et je suis enceinte de lui.

 

                                                                                                         Alexandra

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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 16:51

Avant propos

 

Les questions idiotes devraient être jugées. À la Cour d’assises. ----------- Comme des crimes.

- Condamnées comme des affreux criminels !

Elles tuent tout en étant aussi légitimes que toutes les autres. ----------- Qui, elles, reposent sur l’intelligence ayant découvert – ou inventé – l’inconnu. Autant crétine qu’elle soit, face à l’inconnu, la question, quoi qu’elle soit, devient « explicable ». Même la plus incongrue, puant la stupidité (assortie ou pas par de l’hystérie ----------- méchanceté ----------- haine ----------- …), qui ne tient que du bon vouloir (tout aussi schopenhauerien et inexplicable que sa camarade tout aussi schopenhauerienne et inexplicable, la représentation).

- Même cela.

L’inconnu ne serait-il lui même l’écume même de la stupidité ?

Quoi qu’il en soit, la question reste confinée dans domaine réservée à l’humain qui, lui, croit avoir affaire à l’inconnu (tandis qu’en réalité il ne fait que souffrir d’une certaine léthargie de la compréhension ----------- manifestée, justement, par le croire).

- On ne comprend que ce qu’on peut comprendre ou, plus exactement, ce qu’on sait déjà.

- Ce qu’on croit. ----------- Ce qu’ ----------- on !

- Aucune question n’est posée à l’inconnu par l’existence, qui, elle, ne connaît pas d’inconnu ; même lorsqu’il s’agit de l’inexistence.

- L’existence n’interroge pas. Au mieux, elle affirme ----------- mais le plus souvent, elle impose. Chose valable même pour l’inexistence, dont l’immanence ne constitue nullement des impedimenta pour l’existence de l’affirmer ----------- imposer.

- Sans aucune question préliminaire ----------- ni ultérieure.

Cela étant, comme disait un moraliste français un peu et injustifié oublié aujourd’hui, « folie ou bêtise, quelle différence ? » (ou : folie et bêtise, même combat !).

Alors, si ce qui vient d’être dit était vrai – et pourquoi n’en serait-il pas ? – les questions visant la haine et, tant qu’on y est, la violence qui va avec, ces questions, donc, relèveraient-elles du même univers inconnu qui légitime toutes les autres questions ----------- censées ou stupides ? ----------- Malin celui qui oserait y répondre !

- Si ce n’est pas clair, lisons ce qui suit. – Même si ça ce sert à rien.

- Même si !

- Si !

- Ou ----------- si !

 

 

Un aîné

- il n’y pas des questions, ni d’autres explications -

 

 

 

Pourquoi ? Tu veux savoir pourquoi ?

- Parce que !

Voilà pourquoi ! ----------- Parce que – voilà pourquoi !

- C’est tout ?

T’es malin, toi ! ----------- Et toi, non ? ----------- Pas moins que super. ----------- Plus extra, tu meurs !

- Conard !

Ben, oui !... Casser la gueule ! Des gueules ! Aux arabes, aux noirs et tout ! Parce que vous, vous étiez pas des pédés, vous ?!

- Pédés !

Vous êtes au moins tout aussi enculés qu’eux ! Oui ! ----------- Même plus !

- C’est moi qui te le dis !

Et tiens ! Prends ça !

Parce que c’est comme ça, et pas autrement.

- Pour l’éternité !

- Imbécile !

- Pour l’éternité ! ----------- C’est moi qui te le dis ! ----------- Oui ! C’est c’la ! -----------Ton frangin ! Tu vois ça, l’éternité ?... Tu crois que je ne suis pas passé par là ? Et comment encore ! Je me suis fait tabasser rue Vieille du Temple ! Y avait que des pédés. Des phoques ! Partout. Plus que des youpins. Ça, oui ! Ça, je comprends ! Ils m’ont eu, les salauds ! J’étais par terre, et ils me prenaient aux pieds. C’était parce que j’avais dit à deux qui s’emmêlaient les langues qu’ils n’étaient que des enculés.

- Des sales pédés, quoi !

Et, pan, plein la gueule, et poum, plein l’estomac. Ils m’ont roulé, quoi ! C’est qui, eux ? Qu’ils s’enculent l’un l’autre, ils n’ont qu’à ! Mais c’est qui ----------- eux ? Hein ?

- Merde !

Les arabes, les négros ! Des conneries ! Ça n’a pas de sens ! Pour c’qui concerne les pédés, ça, oui ! Et les gouines ! Racle bien une truie péteuse de cette espèce, et t’auras du foutre partout. C’est astral, quoi !

- C’est ni les arabes, ni les corneilles qui...

- C’est que des pétés tout ça !

- C’est quoi un arabe, une corneille ? ----------- Ma bite ! ----------- Tandis qu’un enculé !... ----------- Et qu’on leurs donne du PACS. Pour qu’ils se le mettent directement dans le cul ! Et puis quoi encore ? Peut-être une prime, tant qu’on y est ?

- Une prime d’enculage ?

Ça, oui, habibi ! Ça !...  Et comme je te dis, si tu peux articuler une meuf, une saphe ----------- he he he ----------- y de la lecture ici, dans le céphal, dans la migraine ----------- tu bandes et tu craches.

- Partout. De partout. ----------- Et tout.

Ensuite, tu la sautes ! C’est quelque chose ! Le pied ! ----------- T’es quelqu’un.

- C’est tellement fort, que tu deviens quelqu’un.

- Capisci ? ----------- Quelqu’un ! ----------- Comprendi ? ----------- Mais, toi, non ! Toi, t’es encore endormi, toi.

T’es loin d’être réveillé. Et lorsque tu vas t’écarquiller les fanaux, tu vas te rendre compte que tout ça n’a laissé aucune trace ----------- vive en toi.

- C’est stelaire !

Rien d’ici, de terrestre. ----------- Y a simplement un lit sec ----------- une ride ----------- et tout ça ----------- et rien. C’est pas ça.

- Je te le promets.

Si t’as la rage, t’es quelqu’un. En plus, t’es bien, t’es super. Et tout ça. Et la haine, et la rage, et tout. Tu te laisses pas emmerder ! Tu laisses pas l’ennui venir. C’est le pire, je te le jure.

- Le pirissime, quoi !

Après l’ennui, il n’y a rien. ----------- Capisci ? ----------- Rien. ----------- Comprendi ? ----------- Il faut que t’assimiles, que t’intègres, que tu digères tout ça ! ----------- Et que tu ne chies pas !

- Voilà !

À toi, maintenant ! Et ne me regardes plus comme ça, conard ! Frangin ou pas, je suis plus âgé que toi. ----------- Et plus fort !

- Alors?...

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 11:50

Avant propos

Ce qui suit c’est l’histoire d’une sœur et d’un frère confrontés aux caprices de la nouvelle génération : fille du premier, nièce de la seconde. Ce sont de caprices ou des hésitations qui, en temps normaux, n’intéresseraient personne. À La rigueur, le mari de la jeune fille ; ou ses enfants. – Absentes et l’un et les autres. Elle était célibataire et sans enfants. Comme beaucoup d’autres de sa génération ; pour ne pas parler des générations à venir. Ils ne devraient intéresser ainsi ni l’éventuel lecteur de ces lignes, assujetti au voyeurisme (généralement humain) fruste et brutal de la pornographie, de l’imaginaire déchaîné (cosmique ou nanométrique ou génétique ou écologique ----------- et métaphysique) de la violence ketchup ou vraiment sanguinaire ou psycho-psychiatrique ou…

Pourtant, ce n’est pas comme ça que ça se passe. Comme preuve, Tchekhov est lu, relu (et abîmé chaque fois par l’esprit (du ?) lecteur, sans que l’auteur s’en formalise ----------- ce qui est loin d’être le cas du lecteur).

Tout ça pour dire qu’il s’agit d’un des ces moments privilégiés où on se dit qu’il faut donner à Cesare ce qui est à Cesare, à Tchekhov ce qui est à Tchekhov, et le reste à l’inanité de ce qui reste.

        

 

Filasses de fumée

- un certain souffle tchekhovien -

   

            Jean-François regarda Michèle. Celle-ci grattait avec son ongle une tache de fiente sèche sur la table ronde, en plastique vert foncé.

- Il y a quand même quelqu’un ! Pour nous gouverner tout ça !

Le frère et la soeur, la cinquantaine soignée, étaient assis dans leurs fauteuils de jardin confectionnés du même plastique vert foncé que la table. Sur la table, deux bouteilles de Bourgogne, dont une vide, deux pots de moutarde convertis en verres, un plateau en osier avec quelques morceaux de fromage, un panier en pailles pour le pain, un cendrier où les mégots blancs, de Jean-François, faisaient ménage avec les jaunes de Michèle, un briquet blanc.

- Tu vois ?

Jean-François leva son bras vers l’arborescence ombrageuse du tilleul d’au-dessus de leurs têtes. L’énorme couronne bourdonnait à plein régime. Les abeilles, invisibles, étaient bien là.

- Ça, continua-t-il, je peux comprendre – ça ! Du moins, partiellement… Je ne sais pas si ce sont les mêmes. Mais, peu importe. Les mêmes ou pas, elles viennent chaque année. Elles obéissent à l’ordre qui leur est donné, d’envahir la couronne et de sucer le nectaire des fleurs, de s’en gaver, de s’enivrer.

- Et de faciliter la fécondation végétale, dit Michèle avec une onde d’ironie dans sa voix.

- Et de faciliter la fécondation végétale, acquiesça Jean-François avec un sourire, en baissant le bras. Certes ! D’autant plus faudrait-il alors se poser des questions sur ! Obéissent-elles à une injonction de type ordre ou de type besoin ? Mais, autant dans un cas que dans l’autre, il y a toujours quelqu’un qui décide. En même temps, si tu les regardes bien, elles ont l’air de se saouler – en travaillant. Je sens ça. Je comprends ça. Elles s’embaument en travaillant. Et puis elles partent...

Il pris la bouteille et remplit les verres tout en continuant :

- Comment savent-elles agir de cette façon précisément ? ----------- Et pourquoi pas d’une autre ? ----------- Comment font-elles pour ne pas se concasser l’une l’autre, pour ne pas se piétiner – sur la même fleur ? ----------- Sauraient-elles qu’elles bourdonnent autour d’une fleur ? Sur une fleur ? ----------- Comment voient-elles la fleur ? C’est quoi pour elles … la fleur ?

Il mit la bouteille sur la table.

- Pour ne pas parler de ce qu’elles savaient les unes au sujet des autres, et de ce qu’elles savaient sur nous ! -----------  Si elles savaient quelque chose – tout court ! -----------  Et la communication ? C’est quoi la communication, la leur, du battement d’ailes ----------- du bourdonnement?...

La réponse silencieuse de Michèle : un petit mouvement de la tête et une sourcil légèrement haussée : de la condescendance amusée (pour l’exposé), du respect plus sérieux, un peu soumis ou grave (pour le problème soulevé). Elle grattait toujours la tache blanche de guano sur la table verte. 

Jean-François leva le verre – toast – et pris une gorgée de vin. ----------- Ensuite :

- Mais, enfin !, voyons !, c’est pareil chaque année. Et ça, je peux comprendre ça. L’éternel retour. C’est quelque chose qui m’est de plus en plus familière. -----------  Avec l’âge. ----------- À force de répétition.

La couronne du tilleul bourdonnait monotonement.

Ce fut le tour de Michèle de reprendre.

- Tu sais, dit-elle, la liberté même… Je crois que la liberté peut devenir une forme de gouvernance. ----------- C’est ce qui se passe. ----------- Exactement. À mon avis.

La femme arrêta de gratter la tache de guano et dévisagea son frère en attendant une réponse.

Le regard de celui-ci était humide, peut-être triste, ou seulement envahi par le vin. Ensuite :

- Si c’est le cas, la liberté n’est pas bonne. Ou, peut-être, s’agit-il de trop de liberté. Mais je ne crois pas que la liberté soit mise en cause. C’est plutôt autre chose. Peut-être le manque d’une mère... Il n’est pas exclu...

Silence. Bourdonnement.

Michèle sortit une cigarette jaune de son paquet et l’alluma.

- En fait, dit-elle en jetant deux filasses de fumée par les narines, une quenouille par la bouche, je la comprends. Elle a besoin d’un sujet pour sa tendresse. D’un objet de tendresse. D’un objet pour, pour la tendresse. C’est sa mère, bien sûr, qui lui manque. Toi aussi, tu lui manques. Tu es trop ours. Obtus même. Tu lui demandes de t’aider dans ta librairie. Bien sûr qu’elle sera sa libraire, à ta retraite... C’est naturel !... Mais peut-être qu’elle n’en veut pas. Peut-être qu’elle ne veut passer sa vie à servir des clients. Ça l’emmerde. Et, à vrai dire, c’est emmerdant. Il faut être toi, avec ton envie de jaser sur tout et avec n’importe qui, pour t’y sentir bien. Mais c’est pas son style. Il faut en être conscient ! Voilà, c’est pas son style !  Elle n’aime pas le commérage, le bavardage. Elle aime communiquer. C’est ça ! Communiquer ! Pas bourdonner ! Comme ces sottes-ci !

Michèle, apparemment irritée, leva à son tour le bras vers la couronne bourdonnante du tilleul.

- Pas comme ces sottes, je te dis ! Mais avec du sens ! Avec de la compréhension !...

Silence. Bourdonnement.

- Oui, toi, avec ta compréhension ! Ton éternelle compréhension ! gronda ensuite Jean-François. Je bavarde !... Bien sûr que si ! Comment faire, sinon ? comment faire autremment, hein ? On vit de quoi si je bavarde pas ?... Et c’est pas avec n’importe qui que je bavarde. C’est avec des gens qui veulent acheter des livres et non pas des chaussures, des saucisses ou de la marmelade. Des livres ! ----------- Je ne peux pas en écrire. Ni des livres. Ni d’autres choses. Ni rien. Je peux en vendre. Même du rien. Mais c’est pas mieux de vendre des livres ? ----------- Et tu vas pas me les casser avec ça ! Car moi aussi je peux dire... ----------- Enfin ! ----------- C’est pas ça. ----------- C’est qu’elle part dans une direction où je ne peux plus la suivre. Je ne la comprends pas. Elle n’est plus à moi. Elle est devenue une étrangère. Elle m’est étrangère. Elle ne communique plus ! Elle bourdonne ! Voilà ! C’est ça ! Elle bourdonne. Mais pour qui bourdonne-t-elle ? Pas pour moi ! ----------- Je ne la comprends plus. ----------- Moi. ----------- C’est quoi cette histoire du Rwanda ?... C’était quoi la prison, avant le Rwanda ?

Silence. Bourdonnement. Filasses de fumée.

- Je ne crois pas qu’elle ait été heureuse comme gardienne de prison, reprit Jean-François. Qui pourrait y être heureux ? Elle le reconnaît elle-même qu’elle ne se sentait pas plus... libre que toutes les salopes qu’elle gardait. J’ai eu même droit à des histoires extravagantes. Des folles, tu vois ? Toutes ! Du simple vol à l’étalage, à l’inceste terribles et au crime horrible. Des malheurs intégraux ! Des psychopathes, des putes profondes ! Tu vois ? Et tout ça – pour elle. Parce qu’elle a voulu – Dieu sait pourquoi – être matonne. ----------- Matonne, sinon rien !

Silence. Bourdonnement. Filasses de fumée.

- De la tendresse, dis-tu ? reprit Jean-François. Crois-tu qu’elle ait pu... aimer toute cette vermine-là…, qui pullule là-bas ? -----------  Mais, c’est qui, elle, Jésus Christ ? -----------  Ça lui a fait du bien, peut-être ? ----------- Tu parles ! Qui peut aimer tout ? ----------- Mon cul ! Tout ! ----------- Quand je pense à ce qu’elle a dû toucher, à quoi elle a dû se frotter ! -----------  C’est à gerber, quoi ! ----------- Me demander ensuite avoir encore de la tendresse pour elle – après tout ça ? Si Sandrine vivait encore, peut-être que les choses se seraient passées autrement.

Silence. Bourdonnement. Filasses de fumée.

- Qui sait, d’ailleurs, dit Michèle. Tu ne peux pas savoir. Je dirais même que tu te trompes. C’est pas ça. C’est seulement la liberté qu’elle cherche.

Michèle secoua la cendre de la cigarette dans le cendrier.

- Oui, la liberté, continua-t-elle. Tu sais, moi aussi, à son âge, j’ai été sur le point de fuguer. À vingt ans. À son âge, exactement. Maman, avec sa silhouette ----------- tu te rappelles ? ----------- toujours devant la fenêtre avec les rideaux fermés ----------- en attendent Dieu sait quoi. Un symbole, presque... Et papa, qui lui fourrait la main sous la jupe exactement quand elle apportait le bol de soupe à table et lorsqu’elle n’avait pas de main libre ----------- pour se défendre. Et... Tu sais que je les aie vue ? Je suis tombée sur eux et sur leur ahanements....

Michèle s’arrêta. Elle ne regardait pas son frère. Sur sa figure à la peau lisse, le nuage des souvenirs apportait une légère crispation.

Le silence s’installa pour quelques secondes – quelques dizaines – en dessous de la boule bourdonnante du tilleul.

Jean-François prit la bouteille et remplit son verre.

- Et ça t’a marquée ?

Il mit la bouteille sur la table.

- Je ne pourrais pas soutenir le contraire, répondit sa sœur... Enfin, voyons !

Elle leva son verre. Jean-François l’imita. ----------- Ils burent.

Silence. Bourdonnement. Fumée.

- C’est facile !

La voix de Jean-François, un peu rugueuse, trahissait l’agacement.

- Facile de dire : liberté. C’est quoi, la liberté ?! Son énervement ? Ses crises ?... Ses… hystéricales ? Car ce n’est que ça. ----------- C’est tout. ----------- Elle est nerveuse. Hystérique. Comme tous ses copains ! Ils s’excitent, les connards ! Ils n’arrivent pas à se trouver une place dans ce monde. Alors, ils prennent toutes les conneries pour de l’argent comptant. Des andouilles !...

Silence. Bourdonnement. Fumée.

- Nous aussi, non ?, nous avons pris..., dit Michèle. Notre soixante-huit !... C’était quoi notre soixante-huit sinon ça, de l’argent comptant irréel ? Et c’était quoi cette liberté sinon une vraie liberté ? Tu crois qu’avec une mère et un père tels que les nôtres, j’aurais eu le courage de prendre ma vie au sérieux ? Mais avec cette liberté, si. J’ai pu le faire. Et je l’ai fait.

Silence. Bourdonnement. Fumée.

- Ils la craignaient, eux, cette liberté. C’était quelque chose de presque irrationnel, de toute évidence. Elle leur faisait peur. Je veux dire, la liberté. Cette liberté. La nôtre. ----------- Sans elle, c’est certain, je n’aurais jamais eu le courage de leur faire savoir même pas que je fumais, et d’autant moins que je n’étais pas comme eux, que je n’étais ni coco, ni socialo, ni athée, mais que j’étais carrément de l’autre côté, que j’étais le contraire absolu : carrément chrétienne et très à droite.

Silence. Bourdonnement. Fumée.

- Malgré tout, je veux dire, en dépit de toute apparence, ils n’ont jamais avalé ça. Parce qu’ils n’ont jamais compris ce qui c’était. Ils ne pouvaient pas accepter que la gauche ne soit que pauvreté – ou démagogie.

- En fait, ils n’étaient pas tellement démagogues, se risqua Jean-François.

- Pauvres non plus, d’ailleurs. – Donc de gauche non plus. ----------- Ils étaient comme ils étaient ----------- non pas comme ils disaient être. Ils pouvait lutter plutôt contre que pour. ----------- C’est justement là que j’aie trouvé le point d’articulation avec eux. Moi aussi je pouvais être d’abord contre ! Le pour pouvait attendre. Lorsque je leur aie dit que leur gauche, dès qu’elle propose quelque chose, bonjour, l’aberration – ils se sont crispés.

Silence. Bourdonnement. Fumée.

- Encore que, plus humaine que leur gauche, tu meurs, se risqua de nouveau Jean-François.

Le regard de la femme devint coupant :

- Si ce n’est-ce, peut-être… le Jean-Françoisisme ?  Qu’est-ce que t’en pense ?

Silence. Bourdonnement. Fumée.

Michèle reprit :

- Mais il s’agissait peut-être – je me le dis encore aujourd’hui – seulement de pavées de bonne volonté… parsemée sur le chemin qui mène à l’Enfer !... Enfin ! Bref ! Ils l’ont bouclée. Silence radio. Ils n’ont eu rien à dire. Je veux dire, c’était mon Rwanda à moi. Tu comprends ?

Silence. Bourdonnement. Fumée.

- Ils étaient comme des volumes sans personnalité traversés par des énergies sans expression. J’ai l’impression que c’est comme ça qu’elle te regarde elle aussi, ta fille, aujourd’hui. J’en suis certaine même.

- Des volumes sans personnalité traversés par des énergies sans expression, répéta Jean-François.

- Oui. Des volumes sans personnalité traversés par des énergies sans expression. J’avais l’impression qu’ils cachaient des choses qui réclamaient à priori et justifiait à posteriori l’existence de la parole. Ça sonne prétentieux, je sais, mais c’est pas pour ça que ce soit moins vrai.

Silence. Bourdonnement. Fumée.

- Quant à eux, ils n’ont pas eu, eux, le courage de... de ne pas se résigner.  Ils...

Michèle s’interrompit.

Dans l’atmosphère planait une certaine tension.

Une histoire.

Une géographie.

Une préparation.

Rien d’explicite.

Le frère et la soeur se taisaient.

- Des volumes traversés par des énergies sans expression, dit Jean-François sur le tard, l’air pensif. Des choses qui réclament à priori et justifient à posteriori l’existence de la parole… Rwanda, librairie, Jean-Françoisisme, la gauche, valeurs humanitaires ----------- humanisme ----------- bourdonnement…

Silence. Bourdonnement. Filasses de fumée.

- C’est pas un peu fou tout ça ?

Silence. -----------

----------- Bourdonnement.

Filasses de fumée. -----------

 

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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 14:31

Avant propos

                Le chômage, quelle galère ! Quelles créatures infâmes, les chômeurs ! Des loosers ! Un monde où tout le monde serait au chômage, voilà l’Enfer. Si ce n’est-ce le monde qui secrète – ou excrète ? – le travail, qui soit l’Enfer ----------- le monde du travail.

- Quelle horreur, le travail !

La seule justification du travail consiste dans la satisfaction trouvée dans l’exploitation de l’autrui. Une exploitation indirecte. Satisfaisante indirectement. N’empêche, grâce à son travail, on peut jouir du travail de l’autre. ----------- En passant pas l’impersonnalité neutralisante (moralement blessante ----------- possédante) de l’argent. ----------- Mais pas assez, pas pleinement et, finalement, pas d’une manière satisfaisante.

- À la hauteur du propre travail, et pas plus.

Or, la grande satisfaction consiste dans le fait de profiter du travail de l’autrui ----------- sans contrepartie.

La contrepartie exclue l’exploitation et, du coup, la satisfaction.

Le travail n’est pas bon. Il est même dégradant. Même si on se laisse leurrer pas une certaine identification à l’Humanité, au Monde, et à la démocratie qui va avec ----------- si on veut que les exploités ne se rebellent pas et qu’ils ne secouent par trop le cocotier où on se sent tellement bien en tant qu’exploiteurs !...

Ce qui vient d’être dit n’a pas vraiment de rapport avec ce qui suit.

- L’avant propos, dans ce cas, pourrait n’être qu’un hors propos.

- Ou à peu près.

 

 

 

Un certain million

 

Le soleil sortit des nuages. La Seine perdit sa couleur de café au sable pour emprunter la nuance métallique que Jean Constantin appelait « atemporelle ». Il faisait beau.

- Il faisait presque chaud.

Le mois d’août ne s’était pas encore écoulé, ni fondu dans les brumes de l’automne. Le fleuve ressemblait au dos d’un dragon argenté traversé par des frissons.

- Là-bas, sous le Pont des Arts.

Sur le Pont des Arts, Jean Constantin se caressa la joue. Piquante.

- Il ne se rasait plus.

Une bonne barbe, voilà ce qui lui manquait. Ce qui lui conviendrait. Une bonne barbe, bien mariée à son nouveau statut social ! Il était maintenant un chômeur riche. Il avait réussi le coup de sa vie : il avait arraché cent cinquante mille euros d’indemnités à sa boîte. Un million de francs ! C’était le fruit d’une assez âpre négociation. Ils se sont séparés, sa boîte et lui, à l’amiable. On lui a signé un chèque de cent cinquante mille d’euros, un million – le million ! – de francs, et il est parti, armes et bagages.

- Vers rien.

Cent cinquante euros, qu’est-ce que c’est ? Rien ! Avec un million de francs on était riche autre fois. Lorsque le franc existait et circulait. ----------- Aujourd’hui, ça fait vieux, parler en francs, non ? ----------- Il allait toucher quand même des indemnités de l’ASSEDIC. Pour deux ans. En plus du million déjà encaissé !

- Le million qui emboîte la mort.

Voilà ! Jean Constantin avait décidé de se suicider, une fois le dernier sou dépensé. Encore faudrait-il arriver à ce dernier sou. Conformément à des lois incompréhensibles, l’argent appelle, crée, appelle, crée, appelle, crée, appelle..., l’argent. La vie...

- Quoi, la vie ? !

- Elle a quoi, la vie ? !

L’idée du suicide lui était venue justement à cause de cet argent, de ces cent cinquante mille euros – de ce million des francs encaissé. Tout ce qui pouvait se passer après avoir dégoté un million, n’était plus intéressant. C’était même ennuyeux. Ou insultant. Des gens qui possédaient plus d’un million ! Des millionnaires ! Eh ben, prout ! Ça sent pas bon.

- Des handicapés.

Ils le sont, sans doute. Non pas par leur million ou par leurs millions. Non. Mais par autre chose. De plus intime. De plus subtil. De plus inconsistant encore que l’état de la pauvreté ou celui de la misère. Saisissable, pour autant. À presque cinquante ans, Jean comptait deux mariages et un concubinage défaits, cinq enfants, dont trois mariés. Rien d’autre. Sa carrière : trente ans de bureau. Du mou. Du rien. Ses désirs : modestes. Ses besoins : presque nuls. Autre fois, l’énergie dont il disposait remplaçait avec un certain succès les vrais besoins et les désirs vrais ; aussi la joie, la nostalgie, l’envie, l’ennui..., etc.. Au moment où il avait commencé « la descente », vers quarante-sept, quarante-huit ans, il avait derrière lui un terrible panier de bêtises (pour remplir l’espace occupé et animé, chez d’autres, par la tendresse), ainsi qu’une grande quantité de grossièretés (en tant que remplaçantes de l’ironie nécessaire à toute vie qui se veut supportable). C’était ça qu’il eut constaté ou, ce qui revient au même, postulé.

- Il est terriblement troublant de voir comment un constat, donc un postulat, peut s’imposer d’une manière « objective » à plusieurs personnes en même temps.

- Même si, plus tard, il s’avère qu’on eut eu affaire à une... « erreur ».

C’était ça qu’il eut constaté lorsqu’il se fût laissé séduire par l’idée du « million suicidaire »... Là, autre fois, oui. Mais pas à présent. À présent il manquait de plus en plus d’énergie. Les lits des états d’esprit énumérés ci-dessus, étaient secs.

- C’est embêtant.

 Il n’y avait pas d’autre issue à cette situation, que la mort par glisse, avait songé Jean Constantin.

- Il faut se laisser glisser du sommet d’un million vers le creux du moins que rien.

- Ainsi, elle allait se passer d’une manière... appropriée, sa mort.

Créature civilisée, Jean considérait que la mort était, naturellement, de nature barbare, mais, naturellement, de nature inévitable. Sa fatalité pouvait être habillée, néanmoins, suivant l’envie du... propriétaire de la mort. Elle pouvait être intégrée dans les paramètres de ladite civilisation. En ce sens, un million faisait l’affaire, du point de vue de Jean. Surtout parce que, ainsi, il serait le premier à mettre en place – à sa place –, une vraie nouvelle méthode, une vraie nouvelle manière d’appréhender l’auto-responsabilisation, une vraie nouvelle manière d’auto-assumation. Il était, on dirait, content de lui même, Jean Constantin. Ou, du moins, pas mécontent. Il regardait le fleuve qui ressemblait de plus en plus au dos d’un dragon argenté traversé par des frissons.

Juste à côté de lui, assise en tailleur sur les planches du Pont des Arts, une jeune fille caressait les cordes de sa guitare. Elle était au bord du bonheur. Ou du malheur. Qui sait. Peut-être. La fille.

- Et quoi, la fille ?

- Elle a quoi, la fille ?

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 12:41

Avant propos

La nature de la lumière demeure une inconnue. ----------- Encore. ----------- Et pourquoi ? ----------- Pareil, à l’endroit de l’ombre. ----------- Certes. ----------- Quoiqu’on dise ! ----------- Quoique ! -----------Quant à la nature même… ----------- N’en parlons même pas !

        

 

Quatre-vingt kilos de lumière.

 

Il fait beau. Le jeune homme regarde le ciel clair, transparent. Il sent avec force, brutalement, qu’au-delà de cet abîme hautain se trouve un autre infini.

- Brusquement accessible.

La lumière est éclatante. Dorée. Le soleil, hivernal. Brillant à l’extrême. Mortel!

Entre deux bâtiments, on peut apercevoir une partie de la Tour Eiffel et une partie de la ligne du métro aérien.

Le jeune homme a la force de croire que l’amitié existe. Il est prêt à jurer sur l’amitié. Il la vit. Sans être contenue et définissable, elle jouit, à ses yeux, d’une certaine consistance... Elle est même transmissible, mais jamais contagieuse. Jamais !

- Qu’est-ce que ça pouvait être une épidémie d’amitié ?

Pour moi, le jeune homme, ce jeune homme précisément, représente une dette sans créancier. C’est la dette virtuelle – voire irréelle – que n’importe quel vieux a envers n’importe quel jeune. Le devoir de transmettre du savoir (le sien, ou celui du monde – le débat n’est pas clos). Le devoir de se faire vivre – et revivre –, par le jeune.

 

 

- Autant de son vivant que même après (avant n’étant pas encore possible, en dépit des avancées fulgurantes des biotechnologies et d’autre théories aux temps réversibles, renversés ou détournés ; en dépit des grandes réserves de sarcasme et de trivialité accumulées dans les esprits d’élite, privés et singuliers, mais aussi dans ceux ordinaires, publics, interchangeables, collectifs)…

 

Le devoir d’histoire. Plus largement, le devoir culturel. Impersonnel. Impératif. Surhumain ----------- à la hauteur de l’inhumain. C’est la manière empruntée par tout vieux qui veut jouir encore de la vie et du monde.

- Même trahi par son corps.

- Lâché !

- Même leurré par son espoir faustien.

- Même meurtri par l’implacable qui rend lucide.

            Il m’autorise à disjoncter, le jeune homme. Il me pousse, malgré mon âge avancé, à sortir de moi-même pour me retrouver là, à l’extérieur, en et au-dehors, au-delà de moi-même.

Je prends la liberté de m’imaginer moi-même en tant que quatrième âge, cinquième même ----------- lâché ----------- vieux cloué dans son rocking-chair, recevant le Messager.

 

 

Pour le Messager, la forme lumineuse et l’incandescence silencieuse, c’était plus que de l’habituel. – Aussi l’homme de lumière. Aussi l’homme de la lumière. – Aussi la brûlure invisible.   Aussi le feu invisible. – On les trouvait partout. – C’était et du reposant, et du terrifiant. Les deux et entre les deux. Du médian. – Le miroir dirigé par personne vers nulle part, n’était pas en mesure de rendre compte de la vraie mésaventure du Messager. Une mésaventure importée d’ailleurs sur la terre ; allogène ; irrespectueuse ; violeuse du terrestre, du naturel ; vécue dans la solitude ;  irrépétable ;  mémorable ;

- Une expérience, la seule, capable de  se dispenser des références -----------  l’illumination (variante édulcorée – ou seulement prélude – de transfiguration).

 

La description faite par le Messager même, la description brute, « pure » de ce que lui est arrivé, est, « naturellement », révélatrice de la capacité du Messager de communiquer avec les Non-Messagers.

- Avec Moi.

De sa capacité de « messagérer »... …seulement...

 

 

 

Il est touchant. Même plus : émouvant. Il admire Panaït Istrati. La chose ne manque pas de piment.

- Il aurait lu Panaït Istrati, je veux dire.

(Parce qu’on lisait ! ----------- Nous n’avons peur de rien, voyons ! Franchement : Panaït Istrati !)

Il est touché par la liberté désespérée et désespérante que l’amitié puisse encore nous donner. Il croit aujourd’hui que l’esprit qui a fait jaillir Panaït Istrati qui l’a fait pénétrer dans le monde, qui l’a fait accepter par ledit monde, règne toujours dans certains coins plus ou moins perdus… du monde.

- Bizarrement, pour moi c’est une sorte de post-sentiment.

 

 

Il m’est difficile de dire ensuite ----------- en tant que Messager ----------- si la forme est celle d’un homme, d’une femme, ou autre. Dans le clair-obscur volumineux du brouillard, la forme pourrait être tout aussi bien Hermès qu’Aphrodite, l’Archange Gabriel que la Vierge, les Erenies que les Possédés, ou une (tout) autre vision quelconque de n’importe qui... C’est plutôt ça : une vision quelconque ; de n’importe qui ; ou de n’importe quoi. Et pourquoi pas ? Pourquoi la vision quelconque de n’importe qui ou de n’importe quoi ne serait-elle importante ? À quoi sert-elle, sinon, une vision ?

- Que mésagère-t-elle ?

 

Il se dirige vers moi, il vient chez moi. Le jeune homme. Ce qui reste du non-moi aujourd’hui. ----------- Le non-moi d’aujourd’hui. ----------- Je le vois « mentalement » – instantanément – montant l’escalier en pierre jaune, couvert d’un gros et long tapis bleu foncé. Il y fait corps étranger, avec ses baskets délabrées, ses jeans troués, sa casquette rouge mise souvent de travers... Il vient chez moi animé, poussé par un espoir que je ne puisse caractériser que de fou.

- Il émigre de sa banlieue où l’accent remplace l’identité et où rien n’existe entre gagner et dilapider.

C’est son monde bourré de drogues, de graffitis, de mobylettes et de voitures volées, qu’il quitte pour me rendre visite. Le monde de ses « potes » et « frères » taillés en stupidité dure et transparente comme le cristal. Stupidité toute aussi vitale que mortelle. ----------- Le monde de ses « nanas », vite pétrifiées, enlaidies, masculinisées, voire transfigurées par la peur. Le monde de ses parents au chômage, mécontents, malades de leur situation, déjà morts... Le monde fatalement émancipé, car fortement aliéné par rapport à l’histoire. Son monde à lui.

 - Le monde de l’échec de cette histoire.

- Le monde anhistorique.

C’est (pour autant et simultanément) le monde « possiblement futur », gouverné par des instincts a-symboliques ; par des pressentiments incapables de contenir et de définir les sentiments à venir ; par la non-détermination.

- Qui surgissent même dans un milieu hostile ; qui arrivent à « régler » tout et partout, même dans un univers éminemment « artificiel », comme celui des cités.

- Pour apporter la preuve de la force vitale aveugle, comparable, assimilable à celle encore plus brutale, de l’existence-même. ----------- si l’on en avait encore besoin.

 

 

... Je suis un simple squelette dans le sarcophage de l’histoire. Elle est rarement autre chose, l’histoire, que le noir d’un sarcophage. Chose valable paradoxalement même pour l’homme de lumière ; notamment dans le noir de plus en plus lointain, de plus en plus hautain de l’énorme banalisation d’aujourd’hui.

 

Il vient vers moi avec ----------- poussé par ----------- un autre espoir encore et tout aussi fou que celui de lier amitié avec moi.

- Il arrive avec ----------- deux espoirs.

C’est quelque chose de plus innocent et de plus naïf et de barbare que l’on ne croit. Il détecte la sagesse et cède devant elle. Il croit pouvoir s’y plier ----------- comme preuve de sa consubstantialité avec. Il aimerait se laisser absorber par elle. Anéanti par elle.

- Il vise la purification.

Il croit en la sortie des ténèbres. Il substitue la sagesse à la purification. La sagesse d’un autre – à sa propre purification à lui.

- Pour commencer.

Pour lui, la sagesse n’est que la mise en réalité ----------- réalisation ----------- du savoir.

- La culture rendue terrestre.

Il y aspire sans saisir le manque de sens et de consistance de l’entreprise, le contresens de l’affaire.

- Pareil pour la croix et la bannière qu’il porte ----------- tel que chacun des nous.

Il espère trouver la pureté auprès de moi. Il n’accorde que trop d’importance à cette purification par combustion ----------- culturelle.

Sans savoir combien cette sagesse-culture est superficielle, irresponsable (car... objective), autosuffisante, au moins para-humaine sinon inhumaine...

Il aspire à la pureté. ----------- À moi. ----------- Pourquoi ? Pourquoi veut-il se débarrasser des choses qui l’impurifient ? Pourquoi veut-il accéder à la pureté ?

 

 

Je le vois, mentalement, arriver devant ma porte, juste avant d’actionner la sonnette. Je le construis. Je l’incarne. Je l’accompagne. Je me rends compte que je l’attends. Il me manque. Il entre dans ma vie. Il s’y est insinué. Il s’y est installé. Il y est. Il demeure dans ces dernières palpitations, dans ce qui me reste de cette vie.

- On ne s’est même pas rendu compte...

 

 

- J’ai l’impression d’avoir seulement passé, d’avoir seulement traversé ce monde. Un reflet dans le Miroir. Mais aussi repoussée par Miroir.

               Quatre-vingts kilos de lumière. Quatre-vingts kilos de lumière immobilisés dans un  rocking-chair. Mon rocking-chair. De la lumière paralysée... – ...Un arôme putride, frais et sec…

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 06:52

Avant propos

               

Tout de suite, prenons un exemple.

- La Bodin.

- Que la Bodin soit !

 

Souffre douleur

 

           

Jeune, svelte et agile. Taille moyenne. Des cheveux raids, châtains. Des yeux gris pétrole qui luisent étrangement. La Bodin ne regarde pas ce qu’elle paraît regarder, mais autre chose, qui n’existe certainement même pas. ----------- Peine : dix ans fermes ; – trafique des drogues ; proxénétisme aggravé ; viol de deux enfants : son demi-frère et sa demi-sœur d’une famille recomposée.

- Ça fait beaucoup pour une seule âme, hein ?

- Pour une âme seule.

Elle venait de d’avoir dix-huit ans : elle entrait en tôle. On l’avait fait avaler les cheveux des deux salopes. Et pas seulement les avaler, simplement ; – mais les manger, les mâcher, les ruminer.

- C’était le pet mental de la vieille Berthe.

On s’amusait bien alors. Surtout avec les nouvelles. Avec les pédophiles, encore plus. ----------- La Bodin avait l’air naïf, inexpérimenté ----------- ni-touche. ----------- Perverse jusqu’au bout de tout. Salope ----------- autant qu’elle contenait, renfermait, englobait ----------- gobait.

- La garce !

Elle n’a même pas bronché.

Non pas qu’elle se serait attendue, ni qu’elle aurait été choquée, abasourdie, prostrée.

- Ça non.

Citrouille. Mollusque. Indifférente. ----------- Qu’elle était. ----------- Ça nous a beaucoup irritées, nous autres. ----------- Il y avait de l’espace pour tous les écroulements abyssaux, pour toutes les implosions vertigineuses ----------- nano-néantisation merdique de merde. Ça promettait d’être un très bon souffre-douleur. ----------- Les meilleures sont les extrêmes.

- C’est ce que les cultivées disent ----------- tout ça ----------- et tout.

D’ailleurs, elles aussi sont passées par-là, les ‘telligentes. Y a pas de plus de merdique que les brillantes ----------- avec leur savoir lire, écrire, compter et papati et papata, et chichis-ci et chichis-là ----------- et tout ça et tout. ----------- On se demande même ce qu’elles foutent ici, à l’ombre de nous. Elles font hurler et chier toute la meute ----------- le monde. ----------- C’est qui elles ? Hein ? Qui ?

Dehors, peut-être seraient elles encore utiles, les putasses. Pas certainement, pour autant. ----------- Sinon, pourquoi seraient-elles envoyées en tôle ?

- Qu’est-ce qu’elles viennent nous fabriquer ici, dedans, où elles ne servent à rien ?

- Les brillantes, eh !, plein le cul !

Mais, même sans être Gorgone ou Aphrodite (‘telligent, non ?), elle a fait grave l’affaire, la Bodin : elle a avalé tous les cheveux qu’on lui a présenté, et tout ce qu’on lui a fourré dans l’oral. Autrefois on leur donner à savourer de la merde et boire de la pisse. Sucer les orteils. Lécher des chattes et des culs. Cette fois on a trouvé les cheveux. On a trouvé ça pas mal réfléchi. ----------- Ça grattait pas mal l’envie, l’instinct. ----------- C’était la mère Bertha qui, en prêtresse, lui enfonçait tout ça dans la gargamelle. ----------- La messe ! -----------Il fallait la voir, la vieille baderne. Excitée comme huit millions de puces. Elle était super. Hyper-hideuse.

Quant à elle, la Baudin était terriblement calme. Sereine. ----------- Pas de ce monde, quoi !

- C’était bien.

Elle nous excitait, nous les autres. Elle nous faisait trembler d’irritation, de haine, de jalousie ----------- d’envie. ----------- C’était quelque chose ----------- que d’avoir sous sa main une chose pareille. Un joli morceau que c’était ----------- et tout.

            On l’a fait avaler les cheveux des trois autres salopes.

- Elles ont profité pour changer de coiffure.

Les salopes ! ----------- Aujourd’hui, se vrai, on peut se faire la tête que l’on veut. De porc. De crapaud. De chèvre. ----------- Elles en ont profité !

Il fallait voir au travail les gros doigts de la vieille Bertha lorsque, pour la faire finir, elle lui enfonçait dans le gosier les dernières files ramassées sur le ciment ! -----------      Qui a vu ces doigts a changé pour toujours le sens des mots comme saucisse ou saucisson.

            - Et pour cause : on a trouvé la vieille, la Berthe, deux jours plus tard, morte, à la douche, les joues fendues de la commissure des lèvres jusqu’aux oreilles, quatre doigts coupés, un fourré dans la gorge, un autre dans l’oeil, le troisième dans la chatte, le dernier dans le cul.

            On savait qui c’était. On s’est tu. On la tu.

On dirait aujourd’hui que les choses n’ont pas changé, la mort de  la Berthe mise à part. Il en reste toujours des souffre-douleurs, ici, dedans.

            - Mais ce n’est plus la même joie.

            Ni le même plaisir.

La Bodin n’est pas la Berthe. Elle regarde ce qu’on fait. Et nous le faisons. Elle n’a même pas besoin de nous parler. On fait tout comme il faut, sans qu’elle se donne la peine de l’ouvrir. ----------- Et pourtant. ----------- Elle regarde, c’est vrai, mais ailleurs.

            Il se peut que se soit la plus active qui se retrouve morte ----------- aussi. Punie, tel que la Berthe, autrefois.

Mais il arrive aussi que ce soit la victime qui connaisse le même sort…

            - Pas toujours, pour autant.

- Et pas pareil.

- Vas comprendre ça.

On sait ce qu’on sait, mais on ne comprend pas ce qu’on sait. On ne peut pas comprendre ce qui est ailleurs, nulle part. ----------- On ne peut pas.

Voilà !

Ici, on meurt. ----------- Berthe, Bodin ; avant, après, sans elles, qu’importe ! ? ----------- Ça vient, de toute façon. ----------- On le sait.

- On sait qui le fait.

Mais on n’a pas les couilles pour agir. ----------- Des souffre-douleurs qu’on est. Ce n’est même pas à chier. ----------- À quoi bon ? ----------- Tout bêtement. ----------- Pourquoi serait-il autrement ? ----------- On n’a plus l’audace. ----------- Aucune ! ----------- La rage, certes. Mais pas le courage. Pas la folie.

 

Post propos

Et Bodin fut.

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 05:59

Avant propos

 

L’amour maternel est tel qu’il peut ----------- qu’il puisse ----------- rayonner et sur les filles, et sur les garçons. ----------- Au (du ?) moins. ----------- C’est un amour asexué. ----------- Étonnant, non ?

- Question de compréhension.

- D’appréhension.

Peu importe. Question, toujours. À l’infini.

- Question infinie ?

 

L’homme de la salope

                                                                                                                                                                                                                                       

Arlette regarda l’horloge-minuterie du four. Il était onze heures, presque.

- Mais qu’est-ce qu’il fabrique ?

Henri, son fils, venait de commencer sa crise d’adolescence. Il était agité, mécontent.

- Un état qui n’épargne personne.

Arlette le savait, elle même étant passée par là, les cours de pédagogie et psychologie adolescentine, en plus, lui ayant répété, lors de ses études, toutes ces choses connues et régulièrement oubliées...

- Mais qui s’estompe (une fois la crise dépassée) très vite, englouti par un oubli soulageant.

- Où traînait-il ?

Dans ses oreilles, le silence qui régnait dans la petite entrée-cuisine commença à se faire entendre.

Elle entrouvrit la porte de l’entrée. La cage de l’escalier, sombre, était muette. L’immeuble, protégé par la loi du quarante-huit, était, par la même loi, condamné : les propriétaires refusaient avec brutalité toute idée non pas de rénovation, mais de tout entretien.

- Ils s’en foutent, les salauds !

Ce n’était pas la première fois qu’elle y pensait.

- Ils s’en foutent, et nous y pourrissons !

La lumière de l’appartement éclairait le mur de la cage de l’escalier. Il était décrépit mais sec, sans la moindre trace de moisissure ; pourtant et heureusement. L’évier, en métal verdi, qui ne servait plus à rien, entrait lui aussi, à moitié, dans le rayon de lumière.

Un léger bruit à l’étage au-dessus la fit refermer la porte. Mais pas entièrement.

- Qu’elle sache, la salope, qu’elle n’est pas seule dans l’immeuble !

La salope, une femme petite, maigre-clou, tavelée de tâches de rousseur, avec des yeux bruns, méchants et luisants, attirait et terrorisait Arlette par ses fréquentations. Les hommes « s’y succédaient », « s’y enchaînaient », en montant et en descendant l’escalier. Ce n’était pas une vraie pute, pourtant.

- Ni une nymphomane.

Prise entre ces deux « catégories », la salope, lors de ses périodes « sans », devenait même supportable. Non pas sympathique. Ça, non ! Mais supportable. Elle pouvait être une brave femme. Elle gagnait sa croûte en travaillant dans une grande surface de banlieue. Arlette avait eu l’occasion d’entrer chez elle, dans son petit appart d’en dessus, quelques trois, quatre fois. Une brave et pauvre femme – et pute ! –, qui vivait toute seule, ou, plutôt, qui vivait avec sa solitude. Était-elle heureuse ? Malheureuse ? Quelle importance ? Grande chose, déjà, qu’elle vivait !...

Arlette se ressaisit. Elle était en train de penser à la salope (qui ne lui avait rien fait maintenant), et d’oublier la crise d’Henri qui, lui (Dieu seul sait, se dit Arlette traversée par un frisson d’angoisse), était peut-être en train de dealer, ou de se payer une autoradio, ou une voiture même, peut-être...

- Qu’est-ce qu’ils ne peuvent pas faire, les ados !

Arlette enseignait la physique au Lycée Condorcet, et croyait être une prof chevronnée, vaccinée contre les bêtises des jeunes. Auto-vaccinée plutôt. Les sottises qu’elle avait pu faire dans sa vie, étaient plus fortes...

- Prenons un seul exemple !

Le voyage au Yémen (avec – comment il s’appelait déjà... Laurent ? Philippe ?... et merde !), où ils n’avaient même pas quitté l’hôtel.

- Même pas pour voir le temps qu’il faisait ; nous avons bu, comme des trous ; baisé comme des malades ; fumé et dormi.

Et dehors, il y avait N’Djamena !

- Ou Dakar, ou Sanaa, ou… comment s’appelait-elle cette foutue ville extraterrestre ?

- Et puis, merde !

Ça, on ne raconte pas ça aux enfants. Surtout quand on est prof et mère, bien sûr!...

Ou un autre exemple. En soixante-huit. Lorsqu’on se bagarrait avec l’extrême droite !

- Nos camarades, tu parles des hommes !

Des ratatinés, aux lunettes épaisses !

- J’ai littéralement chié dans mon froc ; j’avais de la merde, pleines les cuisses ; je tremblais comme c’était pas possible, plus qu’une poule mouillée...

Le grincement de l’étage au-dessus se fit de nouveau entendre. Des pas faufilés, ensuite. Quelqu’un attendait, peut-être, qu’elle ferme la porte. Un homme, sans doute. De ceux qu’elle recevait, la salope ! Oui, une salope à hommes !

- Pas comme moi !

La dernière fois quand elle l’a fait, c’était… C’était, quand, merde ? ! 

Arlette ferma la porte doucement. Ensuite, elle éteignit la lumière. Elle resta immobile, dans l’entrée-cuisine, pour entendre les pas de l’homme avec lequel « la salope » avait joué à la bête à deux dos. Rien ne bougeait plus en haut. Le silence était total. Le noir, aussi. Presque. Il y avait, quand même, les chiffres lumineux, vert-bleus de l’horologe-minutérie du four. C’était le seul point de repère. Sinon, on pouvait croire qu’on était sorti de tout espace. Qu’on était perdu.

Dehors, les pas de l’homme de « la salope » devinrent matériels. Doucement, attentivement, le mâle mettait un pied après l’autre sur les marches en bois. Des pas légers. Il...

Les pas s’arrêtèrent sur le palier. Arlette entendit un tintement de clés. Quelqu’un essayait la serrure. Pour une seconde, elle eut peur.

- Un cambrioleur !

Ou qui sait quoi encore ! Mais, comme un court-circuit, elle eut la révélation. Henri ! C’était lui qui descendait à pas furtifs... Il venait d’en haut, de chez « la salope »! Alors, ça !

- Ça, alors !...

Arlette appuya sur l’interrupteur. La lumière explosa dans la petite pièce. Sur le seuil de l’entrée, Henri clignait ses paupières, aveuglé par la lumière-surprise. Dans son regard, un tremblement de frayeur, assorti d’un éclat dont on ne pouvait pas savoir si c’était du malheur, du bonheur ou de la férocité. Un éclat d’inhumain. Le tout enveloppé d’une d’un bonheur, d’une… générosité rayonnante. Et, en effet, Arlette sentit son âme mordue par la miséricorde.

- Brûlée.

 


 

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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 14:29

Avant propos

La Vierge de la Pietà de Michel-Ange a parlé à cette femme. (Voir ci-dessous.)

Elle a tonné dans ses entrailles. ----------- À mi-chemin entre torture et sublimation. ----------- Son intervention n’a pas été appropriée  au « réceptacle ».

 

Pietà

 

- À moi.

Ma minuscule personne pourrait être détruite. Et ce n’est toujours pas fini. Je ne suis pas faite pour de telles révélations, ni pour de tels sentiments.

- S’agirait-il de l’effet d’une certaine indigestion culturelle dont je suis la victime, depuis un moment ?

Je vis depuis un moment avec l’impression que ce que je sais non seulement n’est pas grand chose, non seulement ne sert pas à grand chose, mais c’est quelque chose d’empoisonné, de malfaisant.

- Une sorte d’assimilation « contre nature » des engins et des ingrédients culturels.

Quelque chose de maladif et de criminel. Un certain métabolisme malfaisant, néfaste des minéraux, des végétaux, des spectres animaliers…

Je suis prof d’histoire de l’art. Je suis une femme (femelle ?) seule, pas très belle, voire même pas belle – et libre. Je suis sans être. À l’exception des moments où je suis JE SUIS, comme il paraît qu’avait dit l’autre… Chose valable pour le moment dont il est question en ce qui suit. Le moment où la Vierge m’a interpellée. (Ou, peut-être, c’était Son Fils ; à moins que ce ne fût les Deux, ensemble ?)

Le moment a été hyper court. La Vierge de la Pietà de Michel-Ange a parlé à cette femme. ----------- Foudroyant. ----------- Ou j’exagère ? ----------- En tout cas, tellement profond, que la mémoire le garde aujourd’hui encore dans son espace peuplé de mystères soulevant l’effroi. Un moment pourtant pas destructeur. Pas destructeur sur le champ, je veux dire. La mort ne m’a pas prise dans ses bras. Et réciproquement : je ne l’ai pas prise dans mes bras, la mort. – Tel que le faisait la Vierge, avec Son Fils torturé même mort ----------- sur le champs.

Pas de Pietà, donc, de ce point de vue.

« De ce point de vue », tout c’est passé devant le group statuaire de Michel-Ange. Regardé de près, c’est du marbre, de la pierre. Pas plus. En tout cas, les traces laissées par le fou qui a tiré avec son revolver sur le rocher évidé sont visibles. Ce sont elles qui donnent cette certitude : c’est de la pierre qu’il s’agit, de la pierre noble, certes, mais toujours matérielle ; de la matière cristallisée ; du marbre, et pas plus que ça.

Mais – et ainsi on touche à la partie suspecte de culture de cette histoire –, on peut très bien imaginer qu’on injecte, qu’on infiltre, qu’on inocule des sens, des sentiments, des pensées dans une statue.

- A une statue.

Vu la main de celui qui a dégrossit le bloc de marbre pour faire sortir de son intérieur les deux souffrances, celle du Crucifié et celle de la Mère (cette dernière en se voyant d’un coup inaccomplie, inachevée, en tenant sur ses genoux son fils qui l’avait trahie, en la précédant dans la mort…), vu, aussi et ensuite, les centaines d’années écoulées depuis que ces souffrances soient sorties du bloc de marbre, pour qu’on les voit, vu les milliers et les milliers de jours et nuits qui se sont succédés, en apportant de la lumière et des ténèbres sur la statue, vu les innombrables regards qui se sont posés sur elles, vu tout ça, vu, encore plus, ce qui en est et qui en sera – il n’est pas possible que la statue soit resté inchangée au fil du temps.

- Elle a du changer.

On ne peut pas ne pas constater qu’elle n’est plus ce qu’elle était tout au début, la statue. Si ce n’était que le simple fait que, en la regardant, j’aie été amenée à tripoter et malmener de telles pensées. Des sentiments, plutôt. Ou, encore, des choses qui précèdent le sentiment, tout en étant plus fortes que le plus fort sentiment possible.

- J’ai nommé ainsi la vérité.

Elle ne pouvait en aucun cas avoir jadis, notamment tout au début de sa carrière-vie, le même impact qu’aujourd’hui, la statue. Elle n’était donc plus la même, maintenant qu’au début de sa présence terrestre. Et, en plus, moi-même, je n’existais pas encore « terrestrement », à cette époque-là. Tout a changé, donc, depuis !

Cela étant dit, revenons à nos moutons.

En face de la statue, avant que la Vierge ne me parle, ne m’interpelle, s’était plantée une Sainte Famille[1]. Ce n’était pas des Italiens. Normal[2] ! Mais, qu’importe !? Ils s’étaient arrêtés devant la Vierge et son Enfant, les trois anonymes entrés par la même occasion (par la même porte du destin) dans ma vie. Ils regardaient la pierre avec une application d’élève et obligeaient implicitement et tacitement la petite se trouvant à côté d’eux de faire pareil. Quant à elle, c’était une fillette de six, sept ans. Partiellement – c’est à dire, particulièrement – édentée, elle était jolie, et sympathique.

- On voyait bien qu’elle allait être plus tard belle et joyeuse, attrayante et séduisante.

Elle regardait le group statuaire avec une, comment dire, indifférente attention. De toute évidence elle se posait des questions fortement relativisantes.

- Qui était la jeune femme qui tenait le jeune homme sur ses genoux ?

- Le mort, lui, qu’est-ce que c’était ?

- Qui était-ce ? 

- En quoi, de quoi avaient-ils mérité d’être statués ?

- Est-ce que c’était du mérite de se trouver ainsi, taillé en pierre ?

J’ai eu, face à cette scène (qui n’en était même pas une), une révélation. Deux éternités interpénétrées s’ouvraient devant moi.

- À moi !

Pour celle du group statuaire, inutile d’insister. Mais pour l’autre… Ce qui donnait du terrible à la séquence était l’éternité de la fillette. Elle ne savait pas, la gamine, qui étaient la Vierge et Son Fils.

- Il n’y avait aucune raison[3] qu’elle le sache[4].

- Elle allait l’apprendre maintenant – pourtant[5].

C’est en ce moment-là que le troupeau de mes étudiants fit son apparition.

- Comme du néant !

Giorgio, mon fils, compris. À peine sorti de l’adolescence, avec ses poils noirs et moutonnés montants sur sa poitrine jusqu’à la fourche du cou, beau et bête, comme seulement un jeune mâle peut l’être…[6]

Je me suis vu en tant que la Vierge, en tenant Giorgio, Mon Fils, Mort Crucifié, sur Mes Genoux !

- J’ai senti l’Orgueil.

Cet orgueil spécifique.

- Une douleur rocheuse se précipitant dans mes entrailles, dans mes abîmes…

La Vierge m’avait parlé, en tonnerre – et pourtant muette – martyrisant à mort mes entrailles. Elle interpellé. Elle s’est emparée de mon Être. Cela n’a pas été une bonne chose[7].

- Je me suis tu, moi ----------- moi.

Moi.



[1]           …Non, je plaisante ! Mais c’était comme si. Enfin, presque.

 C’était, en tout cas, un trio. Un père, une mère et un enfant. Et on peut commencer par accepter que tout trio de cette espèce pourrait être une Sainte Famille. Dans notre cas ce n’était pas un mais une enfant. Différence, donc. On n’est guère la Christ, mais le Christ. Uniquement. – …Des jeans, des nattes, du chewing-gum, et puis un baladeur. Vous voyez la Différence – avec majuscule ! En tout cas, les parents de la môme, plantés devant la Pietà, étaient loin des masses christiques en flamme, comme on s’est habitué de dire pour se montrer capable de ressentir de choses terribles et exquises… On était de ce qu’il il y avait de plus ordinaire. Des gens comme tous les autres. Habitués à l’informatique et à l’Internet ; avec des permis de conduire ; manifestant un certain intérêt pour les bizarreries des stars ou pour la liberté et l’aisance des jet-sept, mais aussi pour les normes des leurs pairs ; avec un crédit immobilier et, peut-être, un autre pour la voiture ou pour la cuisine ou pour la salle de bains, en cours ; avec des problèmes de dos, de dents, d’argents, d’évolution de carrière, de patrimoine, de voisinage, politiques – et ainsi de suite, sans doute.)

 

[2]              De coutume, ceux qui défilent devant la Pietà de Michel Ange ne sont pas des Italiens – à l’exception de gens comme moi-et-mes-étudiants. On est presque exclusivement des étrangers. C’est-à-dire que cette Sainte Famille ne faisait, je crois, exception. On admirait la statue. On avait même payé pour la voir. On était des Français. Ou des Anglais…, des Américains…, des Russes…, des Temporaires… peut-être ? On n’était pas des Chinois. Des Noirs, non plus. On se trouvait là, immobiles temporairement, au milieu de la foule qui tanguait à droite et à gauche, comme un liquide contenu dans un volume aproximatif. Une foule qui donnait avec beaucoup de force la sensation d’inutile. (C’était qui tous ces gens-là qui regardaient la Madone et Son Fils-amant parti pour joindre l’Inéxistent, pour joindre le Père ? Des grains de sable désertique dans lequel l’eau fraîche ne tarde pas de se perdre. L’eau inutile !)

 

[3]              - Comment pourrait-elle savoir – avant toute explication – qu’est-ce que la crucifixion ?

 

[4]              Une vraie raison impose un savoir (de type) prénatal, un héritage. On est prédestiné pour le savoir –  asservi, esclavé par lui –, ou on ne sait pas !

 

[5]              Preuve supplémentaire qu’elle ne le savait pas. – Preuve supplémentaire qu’elle savait apprendre.

- Et pourtant, on n’apprend que ce qu’on « peut » savoir, que ce qu’on sait déjà…!

 

[6]              Figlio mio ! Bello figlio della mamma !

 

[7]              Ensuite, lorsque je me suis secouée pour m’extraire de cet état d’esprit (ou d’Esprit ?), je me suis demandé : « Et si à la place de la Pietà il y avait un Bouddha, un Dragon chinois ou un Serpent inca, ou, pourquoi pas, Lénine ou Michael Jackson ? »

- La folie roderait-elle autour de moi ?

- De MOI ?

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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 16:24

Avant propos

Le titre ou la dernière phrase pourraient suffire, parfois. Parfois, non. Parfois, les deux. Parfois, entre les deux. C’est le cas, je crois.

- Mais cela ne modifie en rien l’axe de la Terre.

- Et tant pis ! ----------- Et tant mieux !

        

Ils manquent d’irrépétable et d’impossible

(Comment sinon alors ?)

 

Inutile de continuer ! Même si le cas reste particulier, il est certainement répétable et, par conséquent, certainement possible ; à fondre dans la généralité uniformisante et confondante, unique, irrépétable et impossible.

 - La contamination réciproque avec du banal ! ----------- Voilà ! ----------- C’est c’la !

Ils s’inoculent réciproquement, en doses homéopathiques mais très efficaces, le mal, la maladie du banal. La plus fréquente des maladies ----------- la plus insinuée ----------- débordant de nuisances bienfaisantes ----------- la plus contaminante ----------- la plus habituelle ----------- la plus normalisante.

- Une maladie non-localisée.

- Une folie.

Voilà !

- La démence, la paranoïa, la schizophrénie, les délires du banal.

Voilà !

- Ils manquent de certaines substances. (Celle de l’irrépétable, notamment et pour commencer. Celle de l’impossible, notamment et pour aboutir.)

Ils sont tous et entièrement, jusqu’à leur dernière fibre, répétables et possibles. Ils manquent d’irrépétable et d’impossible. ----------- Ils sont (des) répétopossibles.

- Ils sont de plus en plus fous ! ----------- Certes ! ----------- Voilà !

Ils jouissent d’une certaine consistance ; d’une certaine cohérence ; d’une certaine logique. ----------- Aux yeux de leurs contemporains, bien sûr ! (Quant à ceux-ci, taillés, à leur tour, pareil, dans la même cohérence de la consistance, dans la même consistance de la cohérence qu’eux-mêmes, ils ne sont que très, voire trop possibles ----------- eux aussi.)

Tous trop pareils ! Ni irrépétables. Ni impossibles.

- Trop !

- Comment sinon alors ?

 

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